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vendredi 4 mars 2016

Adam Thirlwell / "J'avais dans la tête l'idée d'un paragraphe infini"

Adam Thirlwell

Adam Thirlwell

"J'avais dans la tête l'idée d'un paragraphe infini"



CRÉÉ : 22-02-2016 13:59

PORTRAIT - "Candide et lubrique" (éditions de l'Olivier), le nouveau roman d'Adam Thirlwell, confirme une fois encore les espoirs que ses pairs ont porté en lui depuis ses débuts à l'âge de 24 ans. L'écrivain britannique, qui aime jouer sur le fond et la forme de ses livres, s'amuse à innover et expérimenter en s'inspirant également du design et de l'art contemporain. Rencontre.


En 2004, un jeune Londonien de 24 ans perçait dans les lettres avec un premier roman insolent, Politique. Sans attendre, le magazine Granta l'a inclus dans sa liste des "meilleurs romanciers britanniques de moins de 40 ans". Douze ans après, Adam Thirlwell a gardé sa bouille de gamin espiègle et confirmé les espoirs que portaient cette étiquette d'enfant prodige qui ne le lâche plus. 

"Ça pose toujours un problème quand on commence très jeune !", s'amuse-t-il dans un français parfait. "Mais j'essaie de grandir un peu depuis... Quand j'étais plus jeune, je voulais vraiment créer mon propre style. Après l'avoir fait, il m'a fallu encore en changer. Je ne pouvais pas continuer comme dans Politique, mais ça vient aussi du sujet du livre, il faut toujours trouver la bonne narration pour la bonne histoire."

L'auteur de Virgin Suicides est l'un de ses plus grands fans

Adam Thirlwell ne s'est certes pas reposé sur ses lauriers. Il a publié un autre roman,L'Evasion, un essai sur la traduction, un livre-objet très design (Kapow !, non traduit), des articles pour le New Yorker... Et aujourd'hui, ce Candide et lubrique qui porte sa griffe tout en innovant encore. "Je vois des connexions entre Politique et Candide et lubrique, il s'agit toujours de la peur de l'ennui, du temps qui ne passe pas, et de la recherche du désir, de l'excitation." On y suit un narrateur sans nom et sans histoire, qui se réveille un matin auprès d'une femme qui n'est pas la sienne. Tout ça ne lui ressemble tellement pas qu'il va se lancer dans d'autres folies, dont des braquages au pistolet à eau, avec son ami Hiro, aussi immature et déjanté que lui. 

Jeffrey Eugenides a qualifié de roman de "fou" et d'"hilarant", mais quand on fait remarquer à Thirlwell qu'il est tout autant mélancolique, il acquiesce : "Je pense qu'on peut dire la même chose de tous mes livres. Celui-ci est vraiment hanté par le temps, peut-être parce que je suis plus âgé maintenant. Avant, j'écrivais des 'livres jeunes' ! J'étais très intéressé par les trentenaires car c'est un âge de transition. Mon héros veut essayer de repousser le passage à l'âge adulte mais c'est impossible. Le moteur du roman, c'était de montrer un personnage à la fois responsable et innocent, dans une banlieue ordinaire qui pourrait être n'importe laquelle."

Alors Thirlwell s'amuse. Il joue sur le monologue intérieur de son personnage, les registres de langue, les références, parfois jusqu'au délire. "Avant, mes romans étaient conçus comme des collages de petits morceaux, alors qu'ici c'est beaucoup plus fluide. J'avais dans la tête l'idée d'un paragraphe infini. J'ai un grand souci de la construction, mais avec ce roman il y avait quelque chose qui m'a un peu dépassé." Il faut dire que Thirlwell aime les expériences littéraires transversales, comme le prouvent ses participations aux projets de ses amis plasticiens : "Le monde de l'art m'intéresse beaucoup, reconnaît-il, il y a une énergie intellectuelle qui m'attire. Avec Philippe Parreno que je connais bien, nous allons donner une conférence ensemble à la Serpentine Gallery à Londres, en avril, sur l'art du montage vidéo. A côté de certains artistes, je trouve quelquefois que le roman est un peu démodé. Alors j'essaie petit à petit de le rendre plus contemporain."

METRONEWS




jeudi 3 mars 2016

Adam Thirlwell / Candide et Lubrique, roman burger





Adam Thirlwell : Candide et Lubrique, roman burger

Christine Marcandier 
12 février 2016 

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andide et Lubrique : les deux adjectifs qui forment le titre du dernier roman d’Adam Thirlwell ne sont pas seulement des qualificatifs ; ils ont pour fonction d’introduire à des catégories morales et esthétiques, non conciliables, deux possibles du roman ou d’un personnage en quelque sorte, deux routes a prioriantithétiques qu’il s’agira pourtant de faire converger. Tout le récit est dans ce « et », l’entrave, voire l’aporie romanesque qu’il suppose et permet de dépasser.

mercredi 2 mars 2016

Adam Thirlwell / Candide et lubrique / Very bad trip



Candide et lubrique, d'Adam Thirlwell: very bad trip


LA CHRONIQUE D'ÉRIC NEUHOFF 

Avec un humour corrosif, l'auteur de Politique met en scène un antihéros pathétique dans un cauchemar éveillé.


Qu'est-ce qu'elles lui trouvent? Il n'a rien pour lui. À trente ans et des poussières, il vit encore chez ses parents (avec sa femme). Il est arrogant, paresseux, sans emploi (sa femme travaille). Le narrateur n'a rien pour lui. Sauf d'être un héros d'Adam Thirlwell: cela veut dire qu'il coupe les cheveux en quatre, a de l'humour à revendre et un don très sûr pour se fourrer dans des situations impossibles. 


Adam Thirlwell



RENCONTRE AVEC ADAM THIRLWELL, DE RETOUR AVEC UN LIVRE DES PLUS CORROSIFS


Par Sylvain Bourmeau 15 févr. 2016 - 12h48

LONDRES EST EN FLAMMES : SON PRODIGE LITTÉRAIRE, ADAM THIRLWELL, EST DE RETOUR, AVEC UN LIVRE CORROSIF COMME JAMAIS. SOUS SADRÔLERIE, "CANDIDE ET LUBRIQUE" DÉSHABILLE LE MONDE. RENCONTRE.



Adam Thirlwell fait partie de ces précoces qui percent en agaçant certains autant qu'ils réjouissent les autres. Et pour ces écrivains-là, les choses ne s'arrangent pas avec le temps car ce sont bien souvent de vrais auteurs, architectes d'oeuvres authentiques - le contraire des météorites littéraires. On peut penser, dans les générations précédentes, à un Martin Amis ou à un David Foster Wallace. Adam Thirlwell avait fait sensation à 24 ans, en 2003, avec Politique, un premier roman faussement naïf et vraiment postmoderne pour lequel il avait laissé exprès l'échafaudage apparent. Après quoi, il signait en 2009 L'Evasion, deuxième roman à la fois comique, philosophique et érotique. Il revient ces jours-ci avec un troisième opus dont les ingrédients sont brandis dès le titre : Candide et lubrique, ou l'histoire déjantée d'un drôle de héros anonyme à prétention universelle. Un Tintin moderne, pervers et/ou naïf, lancé dans des aventures en terra incognita globalisée, le tout sous la forme d'un faux roman noir classique mais logorrhéique, rapidement délirant et animé d'une grande joie sexuelle. A moins qu'il ne s'agisse d'un Very Bad Trip.
Grazia - D'où vient ce personnage ambivalent, aussi fascinant que détestable ?
Adam Thirlwell : Oh, il m'est venu d'une certaine manière de parler que j'entendais de plus en plus autour de moi. Je veux dire : cette façon qu'ont les gens de se sentir coupables des malheurs des autres (les pauvres, les animaux...), tout en conservant leur innocence de base. Et nous sommes, bien entendu, tous coupables dans notre monde bourgeois ! Cette contradiction se retrouve dans le mot "cute" que j'ai mis dans le titre original : Lurid & Cute. Cette voix est l'esprit de notre époque ! Un héros pour notre temps ! Et il est sans doute important de préciser quece personnage n'a pas de nom. Qu'il peut donc être de manière terrible et injuste confondu avec moi, le romancier innocent...
- Une nouvelle fois, l'un de vos romans offre un alliage détonnant de comique et de sérieux. C'est un prisme pour mieux voir le monde ?
C'est ainsi que je perçois notre condition cosmique. Pour moi, l'alliage n'est peut-être pas si détonnant : le comique n'est qu'un autre aspect du sérieux. Et il s'agit là d'une position philosophique, pas simplement technique. Démontrer à quel point sont vides nos prétentions au sérieux : voilà une belle ambition pour le roman. C'est pourquoi mon narrateur maintient toujours sa perfection morale, y compris lorsque les événements qu'il décrit se mettent à ressembler à un délire hollywoodien (partouzes, drogues et armes à feu). Ce décalage est certainement une tentative pour voir le monde de manière plus précise et pour perturber le lecteur en lui faisant partager ce genre de vision. C'est en tout cas mon espoir. Ce mot "détestable" indique combien la question de ce qui est "aimable", de ce qu'on peut "liker" est décisive dans notre esthétique numérique. Et l'une des manières de réduire l'écart entre lecteur et auteur, entre romancier et narrateur, c'est d'employer des tonalités inattendues.
- L'utopie vers laquelle tend ce nouveau roman n'est pas sans rapport avec celle du bien titré Politique : comment vivre ensemble libres ? C'est une philosophie de vie personnelle ?
Eh bien, "contre Sainte-Beuve", j'insiste absolument sur la séparation entre le moi qui écrit et le moi qui vit. J'ai toujours été attiré par des personnages utopistes. Et vivre en totale sincérité est une forme d'utopie. Mais comme nous vivons au quotidien assaillis par de nouvelles loyautés et tentations, il est très difficile de préserver cette sincérité. Mais ce mot d'utopie m'obsède. Tous les romans sont des mondes miniatures, et l'une des choses essentielles à explorer, c'est précisément la manière dont nous passons notre temps à imaginer d'autres mondes à l'intérieur du nôtre. Et puis l'autre aspect de la liberté concerne celle du lecteur à l'égard du romancier. Démasquer la construction d'un roman, voilà encore un bel exemple de pensée utopique.

CANDIDE ET LUBRIQUE d'Adam Thirlwell (L'Olivier, 396 pages).