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lundi 25 août 2014

Emmy Awards 2014 / Tout ce qu'il faut savoir de la cérémonie




Emmy Awards 2014
Tout ce qu'il faut savoir de la cérémonie
Le rendez-vous est pris : cette nuit, les meilleurs programmes de la télévision américaine vont être récompensés par des Emmy Awards. Voici les infos essentielles à retenir avant l'heure H...
19: c'est le nombre de nominations pourGame of Thrones.
La série médiévo-fantastique de HBO, devenue culte en 4 saisons, - et renouvelée pour une cinquième et sixième saisons - a été la plus souvent nommée, cette année. Avec 19 prix possibles, c'est trois de plus que l'an dernier. Juste derrière, la mini-série Fargo est en lice dans 18 catégories et American Horror Story: Coven compte 17 nominations.
Emmy Awards 2014 : tout ce qu'il faut savoir de la cérémonie

Un petit dernier pour Breaking Bad?
Pour ce qui est des acteurs, Woody Harrelson fera face à Matthew McConaughey, son collègue de True Detective dans la catégorie «meilleur acteur dans une série dramatique». Mais attention à ne pas oublier un certain... Bryan Cranston pour son rôle dans Breaking Bad!
La série culte sacrée «meilleure série dramatique» l'an dernier, sera de nouveau nommée pour le meilleur rôle masculin, meilleur second rôle masculin et féminin, entre autres. Ce serait donc le dernier prix pour ce feuilleton achevé il y a presque un an après cinq saisons.
Chez les femmes, Claire Danes de Homeland, Julianna Margulies de The Good Wife et Kerry Washington vue dans Scandal se disputeront le trophée de «la meilleure actrice dans une série dramatique»

Hommage à Robin Williams
La soirée sera dédiée à la mémoire de Robin Williams dont la mort a bouleversé Hollywood.
Le comique de génie, qui s'est suicidé le 11 août, avait remporté deux Emmys dans les années 80 pour des émissions de variété. La série dans laquelle il jouait l'an dernier, «The Crazy Ones», avec Sarah Michelle Gellar, n'avait pas été reconduite.
Après avoir débuté sur les scènes de théâtre d'improvisation, il avait été révélé par son bref passage à la télévision dans un rôle d'extra-terrestre dans la série à succès «Happy Days», qui avait ensuite été déclinée dans une série à part entière à succès, Mork et Mindy. Son ami et ex-compère à la scène Billy Crystal lui rendra hommage lors de la soirée..


Rendez-vous à Los Angeles
La cérémonie des Emmy Awards va se tenir, ce lundi 25 août, à Los Angeles au Nokia Theater. Le show débutera à 17H00, soit 2h en France.
Le présentateur de «talk-shows» Seth Meyer orchestrera la soirée. Il sera rejoint sur scène par une myriade de vedettes, dont les humoristes Stephen Colbert et Jimmy Fallon, les actrices Viola Davis, Halle Berry, Debra Messing, Lucy Liu, les acteurs Bryan Cranston, Woody Harrelson ou encore la chanteuse Gwen Stefani.
Comment regarder la cérémonie en France?
La 66ème cérémonie des Primetime Emmy sera retransmise en direct sur Série Club. Rendez-vous dès 1h55 sur la chaine. A noter que pour la première fois, la cérémonie sera diffusée en direct et en clair sur CanalSat.fr qui proposera également un live-tweet.

CATÉGORIE DRAME
Meilleure série dramatique
Breaking Bad (AMC)
Downton Abbey (PBS)
Game of Thrones (HBO)
House of Cards (Netflix)
Mad Men (AMC)
True Detective (HBO)
Meilleure actrice dans une série dramatique
Lizzie Caplan pour Masters of Sex (Showtime)
Claire Danes pour Homeland (Showtime)
Michelle Dockery pour Downton Abbey (PBS)
Julianna Margulies pour The Good Wife (CBS)
Kerry Washington pour Scandal (ABC)
Robin Wright pour House of Cards (Netflix)
Meilleur acteur une série dramatique
Bryan Cranston pour Breaking Bad (AMC)
Jeff Daniels pour The Newsroom (HBO)
Jon Hamm pour Mad Men (AMC)
Woody Harrelson pour True Detective (HBO)
Matthew McConaughey pour True Detective (HBO)
Kevin Spacey pour House of Cards (Netflix)
Meilleur acteur de second rôle dans une série dramatique
Aaron Paul pour Breaking Bad (AMC)
Peter Dinklage pour Game of Thrones (HBO)
Jon Voight pour Ray Donovan (Showtime)
Jim Carter pour Downton Abbey (PBS)
Mandy Patinkin pour Homeland (Showtime)
Josh Charles pour The Good Wife (CBS)
Meilleure actrice de second rôle dans une série dramatique
Anna Gunn pour Breaking Bad (AMC)
Joanne Froggatt pour Downton Abbey (PBS)
Christina Hendricks pour Mad Men (AMC)
Maggie Smith pour Downton Abbey (PBS)
Lena Headey pour Game of Thrones (HBO)
Christine Baranski pour The Good Wife (CBS)
Meilleur acteur guest-star dans une série dramatique
Paul Giamatti pour Downton Abbey (PBS)
Reg E. Cathey pour House of Cards (Netflix)
Robert Morse pour Mad Men (AMC)
Beau Bridges pour Masters of Sex (Showtime)
Joe Morton pour Scandal (ABC)
Dylan Baker pour The Good Wife (CBS)
Meilleure actrice guest-star dans une série dramatique
Diana Rigg pour Game of Thrones (HBO)
Kate Mara pour House of Cards (Netflix)
Allison Janney pour Masters of Sex (Showtime)
Kate Burton pour Scandal (ABC)
Margo Martindale pour The Americans (FX)
Jane Fonda pour The Newsroom (HBO)
CATÉGORIE COMÉDIE
Meilleure série comique
The Big Bang Theory (CBS)
Louie (FX)
Modern Family (ABC)
Orange is the New Black (Netflix)
Silicon Valley (HBO)
Veep (HBO)
Meilleure actrice dans une comédie
Lena Dunham pour Girls (HBO)
Edie Falco pour Nurse Jackie (Showtime)
Julia Louis-Dreyfus pour Veep (HBO)
Melissa McCarthy pour Mike & Molly (CBS)
Amy Poehler pour Parks And Recreation (NBC)
Taylor Schilling pour Orange Is the New Black (Netflix)
Meilleur acteur dans une comédie
Louis C.K. pour Louie (FX)
Don Cheadle pour House of Lies (Showtime)
Ricky Gervais pour Derek
Matt LeBlanc pour Episodes (Showtime)
William H. Macy pour Shameless (Showtime)
Jim Parsons pour The Big Bang Theory (CBS)
Meilleur acteur de second rôle dans une comédie
Andre Braugher, Brooklyn Nine-Nine (FOX)
Ty Burrell pour Modern Family (ABC)
Fred Armisen pour Portlandia (IFC)
Adam Driver pour Girls (HBO)
Jesse Tyler Ferguson pour Modern Family (ABC)
Tony Hale pour Veep (HBO)
Meilleure actrice de second rôle dans une comédie
Julie Bowen pour Modern Family (ABC)
Kate Mulgrew pour Orange Is the New Black (Netflix)
Mayim Bialik pour The Big Bang Theory (CBS)
Allison Janney pour Mom (CBS)
Kate McKinnon pour Saturday Night Live (NBC)
Anna Chlumsky pour Veep (HBO)
Meilleur acteur guest-star dans une comédie
Nathan Lane pour Modern Family (ABC)
Steve Buscemi pour Portlandia (IFC)
Jimmy Fallon pour Saturday Night Live (NBC)
Louis C.K. pour Saturday Night Live (NBC)
Bob Newhart pour The Big Bang Theory (CBS)
Gary Cole pour Veep (HBO)
Meilleure actrice guest-star dans une comédie
Uzo Aduba pour Orange is the New Black (Netflix)
Laverne Cox pour Orange is the New Black (Netflix)
Natasha Lyonne pour Orange is the New Black (Netflix)
Tina Fey pour Saturday Night Live (NBC)
Melissa McCarthy pour Saturday Night Live (NBC)
Joan Cusack pour Shameless (Showtime)
CATÉGORIE MINI-SERIE/TÉLÉFILM
Meilleure mini-série
American Horror Story: Coven
Bonnie & Clyde
Fargo
Luther
Treme
The White Queen
Meilleur téléfilm
Killing Kennedy
Muhammad Ali's Greatest Fight
The Normal Heart
Sherlock: His Last Vow
The Trip to Bountiful
Meilleure actrice dans une mini-série ou un téléfilm
Helena Bonham Carter pour Burton and Taylor
Minnie Driver pour Return to Zero
Jessica Lange pour American Horror Story: Coven
Sarah Paulson pour American Horror Story: Coven
Cicely Tyson pour The Trip to Bountiful
Kristen Wiig pour The Spoils of Babylon
Meilleur acteur une mini-série ou un téléfilm
Benedict Cumberbatch pour Sherlock
Chiwetel Ejiofor pour Dancing on the Edge
Idris Elba pour Luther
Martin Freeman pour Sherlock
Mark Ruffalo pour The Normal Heart
Billy Bob Thornton pour Fargo
Meilleure actrice de second rôle dans une mini-série ou un téléfilm
Frances Conroy pour American Horror Story: Coven
Angela Bassett pour American Horror Story: Coven
Ellen Burstyn pour Flowers in the Attic
Kathy Bates pour American Horror Story: Coven
Allison Tolman pour Fargo
Julia Roberts pour The Normal Heart
Meilleur acteur de second rôle dans une mini-série ou un téléfilm
Colin Hanks pour Fargo
Jim Parsons pour The Normal Heart
Alfred Molina pour The Normal Heart
Martin Freeman pour Sherlock
Joe Mantello pour The Normal Heart
Matt Bomer pour The Normal Heart

vendredi 22 août 2014

Bipolares / Comprendre pour soigner




Bipolaires:

comprendre pour soigner

Par , publié le 

Bipolaire, vraiment? Le livre du psychanalyste britannique Darian Leader décrypte les ressorts d'une maladie d'autant plus complexe à bien diagnostiquer que chaque cas est singulier. L'Express en publie les passages les plus éclairants. Exclusif. 


Bipolaires: comprendre pour soigner
Catherine Zeta-Jones est atteinte de troubles bipolaires depuis des années.
Reuters

[Extraits]

Un filon pour l'industrie pharmaceutique

En braquant le projecteur sur les alternances d'humeur et pas sur des processus plus profonds, on a élargi le périmètre pour y inclure de plus en plus de monde. Aujourd'hui, on parle même de "bipolarité soft" pour des patients qui "réagissent fort aux pertes". En assouplissant à ce point les critères, on a ouvert un boulevard à l'industrie pharmaceutique, en invitant un nombre toujours plus grand de consommateurs à se considérer comme bipolaires. [...] 



Pourtant, aucun patient n'est plus enclin à ne pasprendre ses médicaments que le patient diagnostiqué bipolaire - d'où ces discours sans fin, chez les médecins aussi bien que les associations de soutien aux patients, sur l'importance de bien prendre ses médicaments. [...] 
Il ne faudrait pas sous-estimer, encore une fois, le poids du marketing de la bipolarité. [...] De plus en plus de gens en viennent à se trouver "bipolaires", souffrant d'un "trouble" qui suivrait ses propres règles, formulées de l'extérieur. [...] Il nous faut revenir à une approche plus ancienne et plus humaine. A une approche qui se penche sur la singularité de chaque cas. Et qui offre à la personne maniaco-dépressive une chance d'assumer - aussi lent et douloureux que puisse être le processus - ce qui de son histoire peut être assumé, et de trouver quand même une manière de vivre avec ce qui ne le peut pas. 

Le poids de l'enfance

Le désir de tenir son public, de l'avoir de son côté, renvoie à une dimension bien spécifique de l'enfance, qu'évoquent de nombreux sujets maniaco-dépressifs. Une mère, un père ou une autre personne très proche peuvent avoir été eux-mêmes la proie de changements d'humeur brusques, souvent terrifiants et imprévisibles pour l'enfant, qui s'est senti abandonné puis à nouveau adoré avec une inconstance féroce. [...] La structure de pendule ou de balan cier de certaines formes de maniaco-dépression est donc inscrite sur l'enfant, littéralement. 
[...] Un schéma [que les maniacodépres sifs] peuvent revivre plus tard avec leurs propres changements d'humeur, au gré desquels ils se sentent au centre du monde puis, de façon insoutenable, seuls et oubliés de tous. De même que plus tard ils peuvent rechercher des relations de dépendance totale comme étant la seule garantie d'amour. Une personne va avoir sur eux une forme de toute-puissance, leur devenir la source de tout, si bien que la moindre ombre au tableau, la moindre frustration prendra à leurs yeux les proportions d'un rejet définitif. 

Sexualité agitée...

Comme le remarque Terri Cheney [NDLR : une célèbre avocate américaine, qui a raconté sa vie de bipolaire dans une autobiographie, Manic], "le sexe à l'état maniaque n'est pas vraiment un rapport sexuel. C'est du discours, juste une façon de plus d'apaiser un insatiable besoin de contact et de communication. A la place des mots je parlais avec ma peau". Le sexe maintient le destinataire bien présent, il est là, tout près : le sujet passe d'un partenaire à l'autre comme il passerait d'un interlocuteur à l'autre. Terri Cheney a tout à fait raison de souligner que la fameuse hyperactivité de l'état maniaque et cette façon de gigoter, de remuer, de toucher à tout constamment ne sont en fin de compte que des variantes d'une même impulsion de parler, de continuer à bavarder.  
[...] Que c'est à l'arraché, toujours plus ou moins de façon désespérée que la personne maniaque arrive à maintenir en face d'elle son interlocuteur, comme s'il fallait à tout prix qu'il soit là - à la manière dont un comique de standup fait tout pour que les gens ne se détournent pas un instant de lui. Est-ce vraiment un hasard si la maniacodépression est si commune chez les comiques ? 

...mais fidélité en amour

Plus l'amour est fragile, plus le besoin est grand, peut-être, de s'y investir. Ce qui n'est pas sans lien avec le remarquable sens de la loyauté qu'on trouve au coeur de la maniaco-dépression. Les sujets maniaco-dépressifs peuvent être maltraités, trompés, dénigrés par quelqu'un qui compte beaucoup pour eux, ils lui resteront fidèles, même quand ils laissent tomber d'autres person nes de leur entourage pour un tort beaucoup moins grave. S'ils s'étaient accrochés à un amour qui leur permettait d'échapper à ce lieu dangereux et effrayant où ils risquaient à tout moment d'être abandonnés, maintenant ils cherchent désespérément à s'assurer qu'il existe une figure qui pourra jouer ce rôle à leurs yeux, qu'elle soit un amant, un médecin ou un thérapeute. 

Le bipolaire, panier percé altruiste

[...] Les frénésies d'achats sont souvent financées par de l'argent qu'on emprunte, le sauvetage (s'il y en a) n'inter -venant en général qu'un bon moment après que la dépense a été effectuée. Dans la plupart des cas, les sujets maniaques dépensent un argent qu'ils n'ont pas. Mais une frénésie de shopping peut aussi prendre la forme d'une série de vols.  
[...] Pour quelqu'un qui traverse un épisode maniaque, le monde a l'air tellement généreux, et prêt à tout pardonner. Tout est là, à portée de main, il suffit de s'en saisir, et de s'en repaître. On dirait que le sujet a été comme dépouillé de son système socio-symbolique, moral aussi bien qu'économique [...].  
On voit parfois ces frénésies dépensières comme des déchaînements égoïstes et narcissiques, insoucieux des proches, qui se retrouvent souvent à devoir régler les factures. Et pourtant, à mesure qu'on en écoute les récits, on se rend compte qu'un certain altruisme est ici en jeu. Une logique sacrificielle préside à ces épisodes frénétiques et, de fait, un sujet maniaque peut tout aussi bien donner tout ce qu'il possède qu'acquérir des choses nouvelles. 
[...] Il ne faut pas sous-estimer cette dimension interpersonnelle dans la maniaco-dépression. Aussi égoïstes que semblent être les actes de la personne, il y a toujours quelqu'un d'autre à l'horizon. On a remarqué que les sujets maniaques essayaient de rallier les gens à leurs plans ou leurs projets, souvent avec succès. Il s'agit moins d'entreprise privée ou de passe-temps solitaire que d'un effort plus ambitieux, plus inclusif, qui peut très bien avoir pour but le bien commun. Des collègues, des amis, des investisseurs sont contactés, et les choses auront lieu. 
[...] Il y a peut-être là une autre clef de la maniaco-dépression. L'altruisme, la logique sacrificielle, et la nature béni gne du monde alentour qui vous observe, tout cela va dans le même sens, suggérant que pour le sujet maniacodépressif, la croyance dans un Autre qui serait bon par nature, dans un monde généreux et gratifiant, est ce qui doit être préservé à tout prix. [...] D'où le sens nouveau qu'il faut attribuer au fait que les sujets maniaques accumulent des dettes considérables sous les yeux de leurs proches. Le sujet montre directement qu'il est en dette, et la dimension altruiste et sacrificielle de l'épisode maniaque peut être vue comme la tentative de remboursement ou d'annulation d'une dette. 

Des maux aux mots

La personne maniaque a le don de la parole, un don qui fait défaut en général à presque tout le monde. Elle a trouvé au sein du langage une position à partir de laquelle parler, et dérouler bientôt sans effort blagues, jeux de mots et répar -ties instantanées. On peut aller jusqu'à y voir la source de l'exaltation bien connue de la personne maniaque : c'est parce qu'on arrive si bien à parler que l'humeur s'élève jusqu'à l'exaltation, et non l'inverse. Ce n'est pas l'humeur qui leur permet de parler mais la parole qui libère en eux une certaine humeur. [...] 
Dans la phase maniaque c'est comme si les mots s'étaient arrachés à l'emprise de leur sens, offrant à la place leurs connexions acoustiques, tandis que dans la phase dépressive les mots se font souvent rares, et lourds d'une seule et unique signification. "Je suis un connard, je suis un connard, je suis un connard", comme se le répétait à lui-même sans fin l'un de mes patients aux points les plus bas de sa maniaco-dépression. 

Un bipolaire n'est pas un dépressif...

La psychanalyse a souvent fait l'erreur de mélanger la mélancolie et la manie, alors que les mélancolies sans manie sont assez différentes des phases dépres -sives de la maniaco-dépression. [...] Dès que le spectre de notre morta lité envahit les pensées du maniaco-dépressif, l'éclat de la vie est soudain terni. Ce qui est assez différent de la dépression du mélancolique, qui tourne plutôt autour de l'idée de ruine - morale, spirituelle, physique. Dans la mélancolie le sujet enrage contre lui-même, déclinant une litanie de reproches contre soi et se plaignant sans répit de quelque faute ou péché dont il serait coupable. 
Dans la maniaco-dépression aussi la présence d'un sentiment de culpabilité est indéniable, mais quelque chose est différent. Quand le mélancolique se plaint d'être ruiné ou anéanti, il impute à lui-même le processus de destruction, tandis que le maniaco-dépressif l'imputera aussi hors de lui. C'est toute la différence entre "j'ai détruit l'Autre" et "l'Autre m'a détruit". Même si l'idée de nullité et de ruine peut être là dans les deux cas, l'accent n'est pas mis sur la même chose. Et là où le mélancolique se sent souvent coupable pour un acte qui a eu lieu dans le passé, il est intéressant de voir que le sujet maniacodépressif situe fréquemment la cata -strophe dans l'avenir. Quelque chose de terrible va se produire. 

... ni un mélancolique

Dans la mélancolie, la personne prend toute la faute sur ses épaules, inébranlable dans l'avilissement et l'autoflagellation, alors qu'avec la maniacodépression la faute oscille. En phase dépressive, en effet, la personne se repasse intérieurement non seulement ses propres fautes et ses échecs, mais aussi ceux des autres, et tous les torts que les autres lui ont causés. D'où les images de vengeance si fréquentes chez les maniaco-dépressifs, mais absentes dans la mélancolie.  
[...] Il y a une autre différence de taille. Souvent les sujets maniaco-dépressifs se sentiront paralysés pendant la phase dépressive, incapables de prendre la plus simple des petites décisions du quotidien. Une fois sortis du lit, quels habits mettre, que manger, dans quelle direction marcher, quels mots employer si quelqu'un les salue ? Alors qu'à l'état maniaque les décisions ont l'air de se prendre toutes seules, en dépression tout est figé, et les décisions deviennent des tâches insurmontables. Comme le résume un patient, "ce n'était pas que je n'arrivais pas à décider, c'est qu'il n'y avait même plus de je pour décider". 

Bipolaire, vraiment?, par Darian Leader, trad. de l'anglais par François Cusset. Albin Michel, 192p., 15€.

LE EXPRESS



Voir aussi
Bipolaires / Qui son-ils?