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vendredi 12 février 2021

Joann Sfar / Souvenirs de Gainsbourg en boule à neige



Souvenirs de Gainsbourg en boule à neige

 

Le bédéaste Joann Sfar réussit, de peu et aux points, le pari fou de «Gainsbourg (vie héroïque)»

T.J.
Publié mercredi 20 janvier 2010 à 00:41

Si une seule personne a bénéficié du flop, commercial et artistique, de Coluche par Antoine de Caunes, c’est bien le bédéaste Joann Sfar. Depuis cette catastrophe industrielle, il est en effet exclu de produire, en France, une biographie à prétentions réalistes. C’est dire que Sfar a pu laisser libre cours à sa fantaisie naturelle et que c’est de là, des inventions les plus débridées, que naît l’affection que Gainsbourg (vie héroïque) finit par emporter. Mais c’est une victoire aux points, et après décompte, dans une narration chronologique d’une grande platitude, une alignée de vignettes sans grande surprise sinon celle de recréer, systématiquement, des saynettes que les amateurs même les moins érudits de Gainsbourg connaissent déjà.





Gainsbourg et Fréhel, Gainsbourg et Vian, Gainsbourg et Gréco, Gainsbourg et Bardot, Gainsbourg et Birkin, Charlotte et les flingues, les copains gendarmes et les anciens combattants, l’achat du manuscrit de «La Marseillaise» et la rencontre avec Bambou: entre art de la transgression, voire de la transcendance, et travail d’imitation, la balance penche plus souvent vers le second. Si bien qu’il reste de Serge Gainsbourg, outre la performance stupéfiante d’Eric Elmosnino dans le rôle-titre (lire en page 12), ce qu’il reste du Sacré-Cœur ou de l’Arc de Triomphe dans une boule à neige. Tout dépend alors du talent de l’artiste qui aura sculpté la miniature et des libertés qu’il aura osé prendre face à son modèle. Il se trouve que Joann Sfar regorge de talent et que la liberté d’adaptation est sa marque, dans la bande dessinée, depuis deux décennies.





Une volute un peu aigre

Comme Oliver Stone avec The Doors (sans doute la bio d’artiste la plus proche de ce Gainsbourg ironiquement stipulé vie héroïque), Sfar s’amuse à construire à partir d’images connues voire iconiques, une vision qui s’autorise toutes les digressions. Ainsi, pour le plus intéressant, de ces marionnettes étranges qui collent aux talons du chanteur: une figure de Juif, type Monsieur Patate, derrière le petit Lucien Ginzburg (le petit Vaudois Kacey Mottet Klein révélé par Ursula Meier dans Home); un double affiné et pervers, futur Gainsbarre, derrière l’épaule du Gainsbourg encore hésitant; sans compter toutes les femmes qui, de Gréco-Mouglalis à Bardot-Casta, tiennent davantage du fantasme punaisé dans la chambre de l’éternel ado Sfar que de l’incarnation.




Voilà un film qui ne répond à aucune question. Et qui n’en pose pas non plus. Mais il parvient à faire remonter, comme la neige quand on secoue la boule, une volute de ce que fut Gainsbourg. Volute un peu aigre de Gitane sans filtre plutôt que fumée ample et vraiment exotique de Havane.

Gainsbourg (vie héroïque), de Joann Sfar (France 2009), avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Doug Jones, Anna Mouglalis, Mylène Jampanoï, Sara Forestier, Kacey Mottet Klein. 2h10.

LE TEMPS


mercredi 10 février 2021

Retour au Donjon avec Lewis Trondheim et Joann Sfar

 


Marvin, Herbert et Isis volent vers de nouvelles aventures.


Retour au Donjon avec Lewis Trondheim et Joann Sfar

Herbert et Marvin sont de retour! Fête dans les chaumières et les castels! Sfar et Trondheim relancent leur «fantasbuleuse» série d’«heroic fantasy» pour rire en deux albums et une innovation chronologique de taille

Antoine Duplant
Publié dimanche 2 février 2020 à 14:00
Modifié dimanche 2 février 2020 à 14:01

Lewis Trondheim (Lapinot) et Joann Sfar (Le Chat du rabbin) sont les meilleurs amis de la terre. Mais ils se voyaient moins depuis qu’ils avaient mis un point final à Donjon. Lancée en 1998, cette fabuleuse saga d’heroic fantasy au second degré se développe en arborescence sidérante. Elle témoigne de l’inépuisable créativité des auteurs et de leur armada de dessinateurs surdoués: Larcenet, Blutch, Blain, Menu, Killofer… Pour raffermir le lien de l’amitié, les deux démiurges ont décidé de relancer leur opus maximum et d’en élargir même les perspectives, puisque, aux périodes situées avant (Donjon Potron-Minet) et après (Donjon Crépuscule) le grand siècle du Donjon, s’ajoutent Donjon Antipodes –, situé 10 000 tomes avant avant, et Donjon Antipodes +, 10 000 tomes après après…

L’action de L’Armée du crâne se déroule donc dans la préhistoire, quand Terra Amata était peuplée de créatures humanoïdes, disparues par la suite. L’affaire commence comme le premier volet cinématographique du Seigneur des anneaux par une bataille titanesque entre elfes et orques. Coups de haches contre sortilèges, tous les combattants tombent au champ d’horreur. Tous, sauf deux clébards: un bouledogue haineux du côté orque et un chien-chien à ruban rose du côté elfe. Le premier est bête et costaud, le second chétif et malin. Forcés de s’unir, ils vont faire route ensemble, se confronter à l’inépuisable cruauté du monde et s’initier à la bipédie. Sans doute sont-ils les lointains fondateurs de la population zoomorphe de Donjon.

Hors des Remparts, qui s’inscrit dans la continuité du cycle zénithal, ressemble à un tour de chauffe, une manière de renouer avec les personnages iconiques. Herbert de Vaucanson, le canard fanfaron, porteur de l’épée du Destin, Marvin, le dragon râleur, et Isis de Céphalonie, la féline fiancée d’Herbert, se sont vu assigner une mission délicate: quérir un fugus purit, ce champignon qui, outre son odeur pestilentielle, a le pouvoir de réduire les pierres en sable. Accessoirement, ils doivent infiltrer l’Ordre des pourvoyeurs exécutaires dont le centre névralgique se trouve dans le vortex d’un tourbillon marin… Aventures, bagarres, disputes puériles, massages démonologiques et gags potaches abondent. Ce redémarrage annonce des lendemains radieux dans le Donjonland.


Genre: bande dessinée

Titre: Donjon: Hors des Remparts

Auteurs: Boulet (dessin), Joann Sfar et Lewis Trondheim (scénario)

Titre: Donjon Antipodes: L’Armée du crâne

Auteurs: Gregory Panaccione (dessin), Joann Sfar et Lewis Trondheim (scénario)

Editeur: Dargaud

Pages: 56 p

LE TEMPS



jeudi 4 février 2021

Joann Sfar / «Un livre, c’est fait pour dire nos doutes»

Joann Star / Le chat du rabbin


Joann Sfar: «Un livre, c’est fait pour dire nos doutes»

 

Dessinateur prolixe et surdoué, merveilleux conteur, l’auteur nous enchante avec «Le chat du rabbin» et une profusion de livres mêlant humour et sagesse. Le Cartoonmuseum de Bâle lui consacre une belle exposition: «Sans début ni fin»


Antoine Duplant
Publié vendredi 12 avril 2019 à 18:57
Modifié vendredi 19 avril 2019 à 13:27

En un quart de siècle, Joann Sfar a publié quelque 150 livres, sans oublier treize Carnets intimes et (déjà) 29 tomes de Donjon, la saga de fantasy pour rire qu’il coscénariste avec Lewis Trondheim. Entre deux albums, il trouve le temps de réaliser des films, un dessin animé, Le chat du rabbin, ou l’admirable

Nourri de bandes dessinées et de séries B, Joann Sfar aime les monstres, les trolls et les golems, les fantômes et les super-héros, les vampires petits ou grands… Ayant étudié la philosophie et les Beaux-Arts, il s’intéresse aussi à la mythologie grecque et aux présocratiques, à Chagall et à Dalí; il relit Le petit prince et Romain Gary, vénère Brassens et Gainsbourg. Un matou lui a valu une notoriété universelle: le chat du rabbin, l’insolent félin qui, doué de la parole, raille volontiers les hommes et leurs religions dans des histoires renouant avec la sagesse délectable des contes arabes.

LE TEMPS