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lundi 14 août 2023

Arthur Rimbaud / Bateau ivre

Arthur Rimbaud
Sábat



ARTHUR RIMBAUD
BATEAU IVRE

Comme je descendais des Fleuves impassiblesJe ne me sentis plus guidé par les haleurs;Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages,Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées,Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,Je courus! Et les Péninsules démarrées,N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flotsQu'on appelle rouleurs éternels de victimes,Dixs nuit, sans regretter l'œil niais des falots.
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes suresL'eau verte pénétra ma coque de sapinEt des taches de vins bleus et des vomissuresMe lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors je me suis baigné dans le poèmeDe la mer, infusé d'astres et latescent,Dévorant les azurs verts où, flottaison blêmeEt ravie, un noyé pensif parfois descend,
Où, teignant tout à coup les bleuités, déliresEt rythmes lents sous les rutilements du jour,Plus fortes que l'alcool, plus vastes que vos lyres,Fermentent les rousseurs amères de l'amour.
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes,Et les ressacs, et les courants, je sais le soir,L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir.
J'ai vu le soleil bas taché d'horreurs mystiquesIlluminant de longs figements violets,Pareils à des acteurs de drames très antiques,Les flots roulant au loin leurs frissons de volets;
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,Baisers montant aux yeux des mers avec lenteur,La circulation des sèves inouïesEt l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs.
J'ai suivi des mois pleins, pareille aux vacheriesHystériques, la houle à l'assaut des récifs,Sans songer que les pieds lumineux des MariesPussent forcer le muffle aux Océans poussifs;
J'ai heurté, savez-vous? d'incroyables Florides,Mêlant aux fleurs des yeux de panthères, aux peauxD'hommes, des arcs-en-ciel tendus comme des brides,Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux;
J'ai vu fermenter les marais énormes, nassesOù pourrit dans les joncs tout un Léviathan,Des écroulements d'eaux au milieu des bonacesEt les lointains vers les gouffres cataractant!
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises!Échouages hideux au fond des golfes brunsOù les serpents géants dévorés des punaisesChoient des arbres tordus avec de noirs parfums!
J'aurais voulu montrer aux enfants ces doradesDu flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants,Des écumes de fleurs ont béni mes déradesEt d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,La mer dont le sanglot faisait mon roulis douxMontait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunesEt je restais ainsi qu'une femme à genoux,
Presqu'île ballottant sur mes bords les querellesEt les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds,Et je voguais lorsqu'à travers mes liens frêlesDes noyés descendaient dormir à reculons.
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,Moi dont les Monitors et les voiliers des HansesN'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau,
Libre, fumant, monté de brumes violettes,Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un murQui porte, confiture exquise aux bons poètes,Des lichens de soleil et des morves d'azur,
Qui courais taché de lunules électriques,Plante folle, escorté des hippocampes noirs,Quand les Juillets faisaient croûler à coups de triquesLes cieux ultramarins aux ardents entonnoirs,
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieuesLe rut des Béhémots et des Maelstroms épais,Fileur éternel des immobilités bleues,Je regrette l'Europe aux anciens parapets.
J'ai vu des archipels sidéraux! Et des îlesDont les cieux délirants sont ouverts au vogueur:—Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur?
Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les aubes sont navrantes,Toute lune est atroce et tout soleil amer.L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.Oh! que ma quille éclate! Oh! que j'aille à la mer!
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flacheNoire et froide où, vers le crépuscule embaumé,Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâcheUn bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,Ni nager sous les yeux horribles des pontons!




mardi 20 septembre 2022

Arthur Rimbaud / Rumeurs et visions

Arthur Rimbaud
 




Arthur Rimbaud

Rumeurs et visions

Samedi 17 septembre 2022

Résumé

Un montage de textes qui fait la part belle aux "Illuminations", dont le manuscrit est conservé à la BnF, mais aussi à d’autres poèmes de Rimbaud, interprétés par plusieurs comédiens. Un cheminement dans cette œuvre poétique fulgurante et radicale. En direct de la Maison de la Radio et de la Musique

En savoir plus

Afin de célébrer la réouverture du site Richelieu, berceau historique de la BnF, les 17 et 18 septembre, France Culture s’associe avec la BnF et diffuse en direct le samedi 17 septembre à 21h Arthur Rimbaud - Rumeurs et visions. Ce montage de textes composé par Laure Egoroff fait la part belle aux Illuminations, dont le manuscrit est conservé à la bibliothèque, mais aussi à d’autres poèmes de Rimbaud, interprétés par plusieurs comédiens.

"Aussi précoce que fulgurante, l’œuvre poétique d’Arthur Rimbaud - des premiers vers en alexandrins d’inspiration parnassienne à la prose visionnaire des Illuminations, en passant par la période de la Voyance et la crise d’Une saison en enfer, seul recueil publié de son vivant - tient entre ces cinq années: 1870-1875. Le poète a entre quinze et vingt ans.
L’influence des maîtres - Hugo, Banville, Leconte de Lisle - et la régularité du vers laissent la place à l’exploration de terres poétiques inconnues. L’expérimentation formelle d’une écriture qui doit fixer la sensation s’accompagne de l’épreuve physique et psychique d’un « long, patient et raisonné dérèglement de tous les sens ». Le jeune Rimbaud “s’encrapule” à Paris, à Bruxelles, à Londres en compagnie de Verlaine, plonge dans l’inconnu pour en rapporter « de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues".

Pendant trois années surtout, de 1870 à 1873, Rimbaud ne vit que pour la poésie, dans l’espoir qu’elle puisse "changer la vie". Puis, peu après sa vingtième année, il dit adieu à la création littéraire. Après plusieurs voyages en Europe, il gagne Aden en Egypte où il s’engage dans une maison de commerce de peaux et café, puis se rend en Ethiopie, à Harrar notamment, pour y faire du trafic d’armes.

Rapatrié à Marseille à la suite d’une tumeur cancéreuse à la jambe, il y meurt le 10 novembre 1891 à l’âge de 37 ans.

"A en croire Les poètes de sept ans, la révolte sourdait déjà chez l’écolier penché sur sa table de travail. Certaines compositions en vers latins du brillant jeune élève de Charleville évoquent des échappées dans la campagne ardennaise loin des bancs et des maîtres d’école. Les projets de fugue sont mis en actes par trois fois en 1870-71, au grand désespoir de sa mère, Vitalie Cuif. L’adolescent se rebelle contre sa "sale éducation" religieuse, la société bourgeoise, conventionnelle, l’ordre, le travail, tous les conformismes de pensée propres à l’occident. Avec Michelet et les révolutionnaires de 1848 et 1870, il a nourri le rêve d’une humanité libérée de toutes les servitudes, il a adhéré aux espoirs portés par la Commune.

Nous suivrons les traces dans l’œuvre d’une insatisfaction de l’existence, de la projection dans un ailleurs rêvé - image du bateau ivre ou du canot tirant sur sa chaîne. A l’eau stagnante de la flache, Rimbaud superpose les flots tumultueux d’un océan qui doit l’emmener vers la vie nouvelle, loin des « marais occidentaux », loin de la maison rustique, des livres de messe, des ancêtres et de l’incompréhension de la "mère Rimb". Mais cet entêtement dans la fuite n’est pas pour autant rupture complète des amarres : les liens familiaux perdurent et l’enfance rayonne comme un territoire perdu à regret. Ce montage de textes est donc une tentative pour tresser ensemble certains de ces fils, avec pour continuum l’eau sur laquelle s’irisent rêves et ambitions. Nous cheminerons ainsi jusqu’à l’ailleurs poétique radical que constituent les  Illuminations , proses oniriques et mystérieuses dont les recherches actuelles s’accordent à dire qu’elles furent, au moins pour partie, les dernières productions littéraires de Rimbaud. "Je ne peux plus parler", "je voudrais me taire" écrit Rimbaud dans Une Saison en enfer . On peut penser que les tableaux des Illuminations sont à lire comme des contrepoints à la pensée articulée, le poète lui substituant l’image pure, le réel fragmenté, surgissant par visions successives, un jeu de correspondances lancé d’âme à âme, avant de se taire pour de bon." Laure Egoroff

En direct de la maison de la radio et de la musique

Choix de poèmes d’ Arthur Rimbaud et réalisation : Laure Egoroff
Avec : Audrey Stupovski, Mathieu Perotto et Adrien Michaux
Prise de son, montage, mixage: Pierrick Charles, Bastien Varigault
Assistante à la réalisation : Justine Dibling
Conseillère littéraire Caroline Ouazana

"C’est en 1957, lors de la vente de la collection du grand bibliophile Lucien Graux, que la Bibliothèque nationale préempta ce qu’il est convenu d’appeler « le manuscrit des Illuminations de Rimbaud », même si quasiment chaque terme de cette dénomination pourrait être contesté, à commencer par le singulier : il ne contient en effet que 29 poèmes sur la quarantaine du recueil tel que nous le connaissons aujourd’hui. Un second volume, contenant quatre autres textes, fut acquis dans cette même vente. Quelques autres feuillets se trouvent dans des collections publiques ou privées, certains enfin sont perdus. Le recueil du département des Manuscrits, constitué par Lucien Graux et relié sous maroquin rouge, rassemble les premiers poèmes publiés en 1886 dans la revue La Vogue, un extrait imprimé de cette revue, et une lettre de Verlaine au publiciste Léo d’Orfer.

Bien que Rimbaud fût encore vivant à cette date, il est totalement étranger à cette publication, et, dans son exil abyssin, n’en eut même pas connaissance. En 1875, il avait laissé cette liasse de feuillets aux soins de son ami le poète Germain Nouveau et de Verlaine, avec pour mission vague de les publier — c’est du moins ce que l’on croit savoir par quelques allusions dans les lettres et les souvenirs de Verlaine. Il est manifeste en tout cas qu’il s’agit bien de copies mises au propre ; la plupart sont de la main de Rimbaud, quelques-unes de celle de Nouveau, ce qui a conduit certains à contester la paternité des poèmes. Aucun brouillon antérieur n’est conservé ; il s’agit donc des seuls témoins manuscrits des Illuminations. Leur parfaite netteté peut donner l’illusion d’une genèse spontanée de ces textes, comme s’ils étaient nés d’une révélation, et non d’un travail poétique.

Le cheminement de ces manuscrits, passés de main en main, reste très mystérieux, et relève presque du roman policier. Même s’il n’intéresse que les chasseurs de trésors, il conditionne la conception même des Illuminations telles que nous croyons les connaître : au fil de ces tribulations, des feuillets ont très bien pu disparaître ; la complétude du recueil est donc hypothétique. Tout aussi hypothétiques sont la date de composition (les manuscrits ne portent aucune indication), le titre d’Illuminations (donné par Verlaine, qui disait le tenir de Rimbaud, mais sans qu’on ait aucune trace de cette intention) et la composition même du recueil : l’ordonnancement actuel du manuscrit est dû à l’écrivain et critique d’art Félix Fénéon, qui se chargea de la première publication. C’est lui qui numérota les feuillets, selon un ordre semble-t-il aléatoire, pour les transmettre à l’imprimeur (on retrouve les indications typographiques et les noms des ouvriers au crayon sur le manuscrit). Quelle forme, quel titre, quel sens Rimbaud aurait-il donnés à ces textes s’il les avait lui-même menés jusqu’à la publication ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Tel qu’il est, ce manuscrit sans rature ni information contextuelle ne fait que repousser l’énigme et ne nous apprend donc rien sur les Illuminations — rien, sinon la fascinante fragilité et la vertigineuse contingence d’un miracle poétique."

Thomas Cazentre
Conservateur, département des Manuscrits
Bibliothèque nationale de France


RADIO FRANCE


vendredi 15 septembre 2017

Isabelle Rimbaud / Une soeur à la gloire de son frère


Isabelle Rimbaud, une soeur à la gloire de son frère

David Westphal
15 juillet 2016, 10h34 | MAJ : 06 septembre 2016, 18h03

Qui veilla sur le poète durant sa longue agonie ? Et, surtout, qui consacra sa vie à bâtir, plus ou moins fidèlement, sa légende ? Sa jeune sœur ! Par amour fraternel, elle se mit même à l’écriture.

En ce mois de mai 1891, Isabelle Rimbaud a 30 ans lorsque son frère Arthur, gravement malade, l’appelle d’urgence à son chevet. De six ans sa cadette, elle ne l’a pas vu depuis onze ans, ne connaît rien de ses aventures commerciales en Afrique, n’a jamais lu une ligne écrite de sa main… S’ils n’ont partagé, enfants, que de rares instants de vie familiale, elle sait qu’il est aussi indomptable que brillant. Elle est désormais adulte et sans doute curieuse, malgré les circonstances, de découvrir ce frère dont les « semelles de vent », comme disait le poète Verlaine, l’ont éloigné d’elle. Ce qu’elle ignore, c’est que lui venir en aide changera sa propre vie, et qu’elle s’attachera désormais à écrire, quitte à la travestir, la légende d’Arthur Rimbaud.

Quatre mois à son chevet

Isabelle est une sœur aimante, imprégnée d’une éducation chrétienne et rigoriste. Aussi se rend-elle aussitôt auprès de son frère malade. Atteint d’une tumeur maligne au genou, il a dû quitter l’Ethiopie et la ville de Harar, où il faisait du négoce, pour se faire soigner en France. Il entre à l’hôpital de la Conception, à Marseille, où il est amputé. Excepté un bref séjour sur sa terre natale de Charleville (Ardennes), il y vivra les quatre derniers mois de sa courte vie. Quatre mois d’agonie, durant lesquels sa sœur ne le quittera plus et sera, tour à tour, sa secrétaire, sa confidente, son infirmière et son alter ego. C’est ainsi qu’Isabelle Rimbaud n’a vraiment connu son frère qu’au seuil de la mort, recueillant seule ses pensées, ses souvenirs, ses espoirs, travaillant nuit et jour à l’assister pour le nourrir, le laver et soulager ses souffrances.

L’un des plus célèbres portraits du poète, alors âgé de 17 ans, réalisé à partir d’une photo d’Etienne Carjat. – Bianchetti/Leemage
L’un des plus célèbres portraits du poète, alors âgé de 17 ans, réalisé à partir d’une photo d’Etienne Carjat.
Bianchetti/Leemage

Un surprenant portrait

Arthur Rimbaud meurt le 10 novembre 1891 à l’âge de 37 ans. Après avoir exécuté ses dernières volontés, Isabelle va tenter de lui rendre la gloire et les égards qu’à son sens il mérite, dessiner pour lui un costume sans tache ni accroc. Témoin privilégié des derniers jours, elle s’emploie à défendre sa mémoire, à le faire connaître de tous, à publier ses écrits, à raconter en partie sa vie et son histoire. Dans ses quatre livres sur son frère, elle mêle les faits et les interprétations que lui dicte sa propre foi. En 1914, dans Rimbaud mystique, elle écrit : « J’ai la conviction absolue qu’il entrait dans les desseins d’En-Haut que cet élu se vêtît sur la terre des oripeaux de l’incroyance, afin de mieux prouver aux hommes l’inanité de leurs révoltes contre la puissance éternelle. » En regard des frasques et des outrances d’Arthur Rimbaud, ce costume de bon chrétien semble mal ajusté, et en étonne plus d’un !

Ce rapprochement a changé sa vie

Dans les efforts consentis pour bâtir la postérité de son frère, Isabelle va même trouver un mari. Par la simple grâce de ses lettres et la vertu de son combat, elle séduit un homme prêt à l’accompagner dans sa mission. Il s’agit de Pierre-Eugène Dufour, artiste et homme de lettres qui écrit sous un pseudonyme qui fleure bon le XIXe siècle et le théâtre de Georges Feydeau : Paterne Berrichon. Ce dernier demande la main d’Isabelle sans même l’avoir jamais vue, et l’épouse en 1897. Ensemble, ils poursuivront la légende d’Arthur. Aujourd’hui encore, les débats font rage sur l’héritage littéraire laissé par Isabelle Rimbaud. Elle a ses détracteurs et ses défenseurs. La vérité, s’il en est une, tient peut-être dans cette phrase tirée de son ouvrage Mon frère Arthur : « Je l’ai aidé à mourir et lui, avant de me quitter, a voulu m’enseigner le vrai bonheur de la vie. Il m’a, en mourant, aidée à vivre (…). En quatre mois, il m’a plus appris que d’autres en trente années. »
Les mots révélés
1er juin 1860 : Isabelle Rimbaud naît à Charleville (Ardennes), six ans après Arthur.
Mai 1891 : Rimbaud, malade, est rapatrié à Marseille. Isabelle, qui ne l’a pas vu depuis onze ans, l’y rejoint.
10 novembre 1891 : Rimbaud s’éteint. Sa sœur est à ses côtés.
20 juin 1917 : Isabelle décède à Neuilly, près de Paris, d’un cancer.
1921 : Reliques, recueil de textes sur son frère, est publié.


  Le Parisien Magazine





jeudi 14 septembre 2017

Arthur Rimbaud, le voleur de feu, par S.Cohen-Scali

Arthur Rimbaud, le voleur de feu, 

par S.Cohen-Scali



Jeune Amie Lectrice et Jeune Ami Lecteur, cette humble chronique vous est destinée, tout particulièrement, et elle reprend certains de mes propos de février 2014, en un précédent papier.
Mais comme ma très chère co-blogueuse,  Véronique,  a parlé  récemment d’un formidable livre illustré sur Rimbaud et édité par Diane de Selliers, que j’espère avoir pour Noël (je sais c’est un gros cadeau mais je pèse aussi mon poids…), alors que l’on me répète que ma bibliothèque prend trop de place…, je me suis dit que je pouvais, au moins, m’adresser aux jeunes, avant les fêtes et en parlant de Rimbaud, justement.
Voici un livre qui peut être « attaqué » dès le début du collège et qui m’a totalement passionné.
L’auteure place en exergue Arthur Rimbaud, le poète flamboyant, contestataire des autorités, adepte des vagabondages et plus tard des pérégrinations orientalistes et immisce en son écriture une esquisse de biographie, des appuis mis en forme avec doigté de poèmes majeurs et la présence récurrente d’un oiseau multicolore, au plumage tiré du célèbre sonnet « voyelles » et dénommé Baou, qui permet à Arthur de faire le lien entre son univers jugé insipide et la conquête de la vraie vie, par la poésie.
On retrouve « la mother », sa Maman à la fois reconnaissante et fière de ses talents scolaires et intraitable sur son destin tracé, qui ne peut se lier à certaines lectures jugées débauchées et qui, par son comportement, sera autant détestée que consultée par Arthur…
On repère juste de manière fugace le père militaire qui ne venait à « Charlestown » que pour « besogner » son épouse et accroître quantitativement la famille mais qui fut une source inépuisable d’inspiration pour Arthur, puisqu’il a voyagé et qu’il maîtrisait plusieurs langues et dialectes.
On intègre Frédéric et Arthur, frères qui se retrouvent dans la même classe, Frédéric par ses limites et Arthur par son génie et dont la cohabitation ne sera jamais ni aisée, ni repoussée.
On entend les punitions sévères que la Maman distribue et l’importance glauque des latrines où Arthur passe un temps certain, car jugé garnement, et qu’il utilise en imagination poétique.
On est charmé par les liens directs qui unissent Arthur à ses petites soeurs, Vitalie et surtout Isabelle, qui l’identifient comme savant et différent mais aussi comme un solitaire mélancolique et insaisissable.
On salue le professeur d’Arthur, Georges Izambard, qui comprend très vite ses talents et qui essaie sans succès d’instaurer un dialogue entre Arthur et sa mère.
On se rappelle qu’Arthur avait 16 ans au moment de la bataille de Sedan (à quelques encablures de Charleville) et qu’il a connu la terrible tempête de la guerre de 70, avec son frère Frédéric enrôlé, et en orchestrant ce qu’il a vu avec le poème magnifique et glaçant dit du « dormeur du val ».
On suit le Baou et Arthur avec ses fugues à répétition et sa mise en détention dans le Paris en guerre…
On imagine Rimbaud recevoir avec une ferveur absolue le message de Verlaine l’invitant à rejoindre le clan des poètes avec force et frénésie…
Et l’on s’attriste à voir la chère Isabelle veiller son frère de 37 ans s’éteindre à petit feu après un périple de plus de 15 ans, où il s’est éloigné de tout, pour vivre des tonnes d’expérience, et, oublier la poésie dans sa dimension classique pour vivre lui-même une aventure poétique absolue.
Un petit bijou de composition que je recommande à votre attention et qui vous permettra à la fois de découvrir ou redécouvrir Rimbaud et surtout de reprendre en choeur et à coeur ses plus emblématiques poèmes qui vous feront comprendre que c’est bien autre chose que ce satané Maurice Carême, souvent déclamé en primaire, et totalement insupportable, n’est-ce pas ?
Affections Jeunes Amies et Jeunes Amis  et belle lecture et belles futures fêtes!
Éric


mercredi 13 septembre 2017

Verlaine et Rimbaud: passion, humiliations et poésie

Paul Verlaine

Verlaine et Rimbaud: passion, humiliations et poésie

Par Guillaume Evin
Publié le 15/08/2016 à 12:16

Poètes géniaux, amants maudits, Rimbaud et Verlaine ont laissé à la poésie française les plus beaux vers du XIXe siècle. Ils vécurent l'une des histoires d'amour les plus célèbres et cahotiques de leur époque.

Il admire Baudelaire, dévore Balzac, Dumas et bien sûr Hugo, raffole de Banville, succombe à la poésie de Glatigny. Dans ce Paris du Second EmpirePaul Verlaine rêve de vivre de sa plume. Entre deux poèmes, il fréquente les estaminets. Pour rien au monde il ne raterait avec ses amis en fin d'après-midi, "l'heure tout émeraude", celle de l'absinthe
Encombré d'un physique peu flatteur, Verlaine traîne sa peine de cabarets en maisons de tolérance. Heureusement, sa plume parle pour lui. Ses rimes font les beaux jours de la revue Parnasse contemporain. S'il tombe sous le charme d'une fille de 16 ans nommée Mathilde qu'il s'empresse d'épouser, il éprouve bientôt un véritable coup de foudre pour un garçon de 17, qui l'admire et lui a fait parvenir ses écrits: Arthur Rimbaud, qu'il rencontre en 1871. 
Rimbaud rêve lui aussi de devenir poète. Le jeune homme a la beauté du diable et des idées très arrêtées. Il déteste la Sainte-Trinité (l'Eglise, l'Armée, les Institutions), les bonnes manières et les honneurs. Verlaine est subjugué par cet ange tombé du ciel au talent sidérant, qui sublime son mal-être par des vers d'une beauté inouïe.  

Verlaine, à bout, tire deux balles sur son compagnon

Rimbaud est flatté de cet amour qui ne dit pas son nom. Ensemble, ils défraient la chronique. Ils boivent. Ils jurent. Ils provoquent le bourgeois. Choquée, parfois molestée par son mari colérique, Mathilde s'éloigne. Verlaine choisit Rimbaud l'indésirable. A l'été 1872, les amants maudits fuient ce Paris qui les rejette et filent mener une vie de bâton de chaise, d'abord en Belgique, puis en Angleterre. Sur un coup de tête, Rimbaud rentre seul à Charleville. Tristesse infinie qui inspire à Verlaine ses plus beaux vers: "Il pleure dans mon coeur/Comme il pleut sur la ville..." 
Leur histoire est de plus en plus heurtée. Rimbaud malmène Verlaine. L'humilie, le rudoie. Verlaine est à bout. À Bruxelles, il tire deux balles sur son compagnon, touché à l'avant-bras. Arrestation. Procès. Condamnation. Mathilde obtient le divorce. Peu après sa sortie de prison, en janvier 1875, Verlaine court retrouver Rimbaud, parti à Stuttgart. Là-bas, sur la rive du Neckar, une énième dispute clôt à jamais leur relation. Verlaine a 30 ans, Rimbaud dix de moins. 


mardi 12 septembre 2017

L'arme avec laquelle Verlaine manqua de tuer Rimbaud vendue 434 500 euros




L'arme avec laquelle Verlaine manqua de tuer Rimbaud vendue 434 500 euros



 Par LEXPRESS.fr avec AFP , publié le , mis à jour à 



Le poète avait blessé son amant à Bruxelles en tirant sur lui. Le revolver a été vendu ce mercredi aux enchères chez Christie's, à Paris.

10 juillet 1873, 14h, dans une chambre d'un hôtel de la rue des Brasseurs à Bruxelles, deux coups de feu claquent. Verlaine, alors âgé de 29 ans, tire sur Rimbaud, de onze ans son cadet. Une balle blesse le jeune homme au-dessus de l'articulation du poignet. L'autre touche un mur avant de ricocher sur la cheminée. S'achève ainsi le coup de feu le plus célèbre de la littérature française

Une vente au-delà des estimations

L'arme, estimé entre 50 000 et 60 000 euros, a été vendu aux enchère 434 500 euros ce mercredi chez Christie's à Paris. Elle avait signé la fin des relations entre les deux amants. Dénoncé à la police par Rimbaud, l'auteur des Poèmes saturniens sera arrêté, jugé et condamné en août 1873 à deux ans de prison. Il s'agit d'un revolverLefaucheux à six coups de calibre 7 millimètres. Verlaine l'a acheté le matin même chez un armurier bruxellois avec une boîte de 50 cartouches. 
Confisqué par la police, le revolver, d'un modèle très courant à l'époque, sera rendu à l'armurerie Montigny avant d'être cédé en 1981, au moment de la fermeture de ce magasin, à son propriétaire. L'acheteur du jour, dont on ignore la nationalité, a enchéri au téléphone, a seulement précisé la maison de vente. 

Amours tumultueuses

La querelle entre les deux hommes a commencé à Londres en mai 1873. Les amours de Verlaine et Rimbaud sont devenues tumultueuses. Verlaine a envie de renouer avec sa femme, Mathilde, épousée en 1870, un an avant sa rencontre avec l'auteur du Bateau ivre. Après une énième dispute, il plaque son jeune amant et part pour Bruxelles. Rimbaud le rejoint. De nouvelles disputes éclatent. 
Verlaine a des envies de suicide, Rimbaud parle de s'engager dans l'armée. Ils s'enivrent, pleurent, connaissent le désespoir des amours qui s'achèvent. Avant de lui tirer dessus, Rimbaud raconte que Verlaine lui aurait dit: "Tiens! Je t'apprendrai à vouloir partir!".  
A peine pansé à l'hôpital, Rimbaud songe à quitter Bruxelles. Verlaine le menace à nouveau de son arme en pleine rue. Rimbaud hèle un policier qui arrête tout le monde. 

Un autre revolver ?

On connait la suite, en prison (où il passera 555 jours), Verlaine écrira les 32 poèmes de Cellulairement qu'il dispersera dans les recueils SagesseJadis et naguèreParallèlement ou Invectives. Rimbaud, rentré chez sa mère, se met à l'écriture d'Une saison en enfer. Verlaine et Rimbaud se reverront une dernière fois après la libération du premier, en février 1875, à Stuttgart où Rimbaud remet à son ami le manuscrit des Illuminations. 
Selon Le Parisien, un certain Jean Lenoir, ancien chef deux étoiles dans les Ardennes, a dit être lui aussi en possession du revolver, acheté à un antiquaire dans les années 1960. Mais selon Christie's, le modèle en question était courant à l'époque des faits. "Nous nous attendons à en voir d'autres surgir de minute en minute", a dit la maison de ventes au journal.  


lundi 11 septembre 2017

Verlaine et Rimbaud / L'arme du «crime»

Paul Verlaine et Arthuer Rimbaud

Paul Verlaine et Arthur Rimbaud

L'arme du «crime»


Par Jérôme Dupuis

Publié le 16/11/2006 à 00:00

Soudain, le très honorable conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique vous met le revolver entre les mains. Votre bras tremble un peu. L'émotion. Cent trente-trois ans plus tôt, à deux pas d'ici, Paul Verlaine serrait cette même crosse en bois et tirait les deux balles les plus célèbres de la littérature française sur son ami Arthur Rimbaud. Alors, on caresse pensivement ce revolver de poche Lefaucheux 7 mm, qui tient plus du colt de western que du browning des Tontons flingueurs. Et, presque mécaniquement, «pour voir», on ne peut s'empêcher de pointer le canon sur le conservateur, Bernard Bousmanne - qui, soit dit en passant, fait un Rimbaud très crédible. 
On croyait ce mythique six-coups disparu depuis plus d'un siècle, et voici qu'il vient de resurgir par miracle d'une cave bruxelloise. «Sur le moment, je suis resté sans voix», se souvient le conservateur (1). Pour mieux apprécier ce coup de théâtre, il faut revenir en juillet 1873. Après leur vie tumultueuse à «Leun'deun» - comprenez: Londres - Verlaine et Rimbaud se retrouvent à Bruxelles. La situation est des plus confuses: le premier, surexcité, menace à chaque instant de se faire sauter la cervelle; son compère, sans le sou, souffle le chaud et le froid dans le cou de son ami et amant. 
Le 10 juillet au matin, Verlaine file à l'armurerie Montigny, passage des Galeries Saint-Hubert, et achète un revolver avec 50 cartouches. Après avoir ingurgité force absinthes dans des estaminets de la Grand-Place, il retourne, passablement éméché, à l'hôtel A la ville de Courtrai. Là, il rejoint Rimbaud dans leur chambre, cale sa chaise contre la porte et tire à deux reprises sur le poète en lâchant: «Voilà pour toi, puisque tu pars!» La première balle vient se ficher dans le poignet de Rimbaud; la seconde rebondit sur le plancher. Verlaine est arrêté, puis incarcéré à la prison de l'Amigo. Après quelques soins, Rimbaud rentre dans les Ardennes, où, dans la fièvre, il termine Une saison en enfer. 
On perd, en revanche, toute trace de l' «arme du crime». En réalité, n'ayant été réclamée par aucun des protagonistes, elle est discrètement restituée à l'armurier Montigny. Qui la range dans sa réserve. Elle va y dormir plus d'un siècle, jusqu'à ce que le magasin dépose le bilan, dans les années 1980. Pour effectuer l'inventaire de liquidation, le propriétaire fait appel à son ami Jacques Ruth, grand amateur d'armes. Pour le remercier, il veut lui offrir des timbres de collection. Ruth refuse, gêné par ce cadeau de prix. «Alors, prends ce revolver: c'est celui avec lequel Verlaine a tiré sur Rimbaud», lance l'armurier. 
Le Lefaucheux traîne plusieurs années chez Jacques Ruth, qui n'y accorde pas grande importance. Mais, un soir, il tombe par hasard sur Eclipse totale, film où Leonardo DiCaprio interprète le rôle de Rimbaud. Il se rend soudain compte qu'il détient un trésor. Contacte la RTBF, qui ne réagit pas. Diffuse des photos sur des sites consacrés aux armes. Aucun écho. Et puis, en 2004, une importante exposition est consacrée au poète de Charleville au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. «M. Ruth m'a appelé et m'a dit qu'il détenait le revolver de Verlaine, se souvient Bernard Bousmanne, commissaire de l'exposition. J'ai cru à une plaisanterie. Mais tous les éléments correspondaient: le modèle, la date et le lieu de fabrication. Nous avons même demandé des expertises balistiques à l'Ecole royale militaire de Bruxelles. Elles ont été concluantes. On peut affirmer qu'il est à 99% sûr qu'il s'agit du revolver de Verlaine.» Un revolver qui, selon la formule consacrée, aura fait couler beaucoup plus d'encre que de sang. 
(1) Bernard Bousmanne revient sur cette découverte et publie de très nombreux fac-similés des auditions des deux poètes dans son passionnant Reviens, reviens, cher ami. Rimbaud-Verlaine, l'affaire de Bruxelles. Calmann-Lévy, 178 p., 35 euros. 
De notre envoyé spécial 

Le jour où j'ai tenu le revolver avec lequel Verlaine a tiré sur Rimbaud

Arthur Rimbaud

Le jour où j'ai tenu le revolver avec lequel Verlaine a tiré sur Rimbaud



Par Jérôme Dupuis
Publié le 20/10/2016 à 16:57 , mis à jour à 16:57

Christie's va vendre aux enchères l'arme qui faillit tuer le plus mythique de nos poètes. Notre journaliste l'a eue en mains. Il se souvient.

C'était il a y dix ans presque jour pour jour. Dans son bureau de Bruxelles, le très honorable conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique m'a mis en joue avec un revolver. Il venait de le sortir de son coffre-fort. Puis, il me l'a tendu. Je me souviens que mon bras tremblait un peu. L'émotion. Cent trente ans plus tôt, à deux pas d'ici, Paul Verlaine serrait cette même crosse en bois et tirait les deux balles les plus célèbres de la littérature française sur son ami Arthur Rimbaud. Alors, j'ai caressé quelques instants ce revolver de poche Lefaucheux 7 mm, qui tient plus du colt de western que du browning des Tontons-flingueurs. Et, presque mécaniquement, "pour voir", je n'ai pu m'empêcher de pointer le canon sur le conservateur, Bernard Bousmanne -qui, soit dit en passant, faisait un Rimbaud tout à fait crédible. Puis, il est allé rejoindre le coffre-fort. 
Cette arme mythique va être proposée aux enchères le 30 novembre prochain par Christie's, à Paris. Estimation: entre 50 000 et 70 000 euros. On avait longtemps cru ce pistolet disparu. Il avait pourtant resurgi par miracle d'une cave bruxelloise, il y a dix ans. 

Absinthe et coups de feu à Bruxelles

Pour mieux apprécier ce coup de théâtre, il faut revenir en juillet 1873. Après leur vie tumultueuse à "Leun'deun" -comprendre: Londres-, Verlaine et Rimbaud se retrouvent à Bruxelles. La situation est des plus confuse: le premier, surexcité, menace à chaque instant de se faire sauter la cervelle; son compère, sans le sou, souffle le chaud et le froid dans le cou de son ami et amant. 
Le 10 juillet au matin, Verlaine file à l'armurerie Montigny, passage Saint-Hubert, et achète un revolver avec cinquante cartouches. Après avoir ingurgité force absinthes dans des estaminets de la Grand Place, il rejoint Rimbaud dans leur chambre d'hôtel, cale sa chaise contre la porte et tire à deux reprises sur le poète en lâchant: "Voilà pour toi puisque tu pars!" La première balle vient se ficher dans le poignet de Rimbaud, la seconde rebondit sur le plancher. Verlaine est arrêté, puis incarcéré à la prison de l'Amigo. 





Le célèbre revolver sera vendu aux enchères chez Christie's le 30 novembre.
Christie's



On perd en revanche toute trace de "l'arme du crime". En réalité, n'ayant été réclamée par aucun des protagonistes, elle est discrètement restituée à l'armurier Montigny. Qui la range dans sa réserve. Elle va y dormir plus d'un siècle, jusqu'à ce que le magasin dépose le bilan dans les années 80. Pour réaliser l'inventaire de liquidation, le propriétaire fait appel à son ami Jacques Ruth, grand amateur d'armes. Pour le remercier, il veut lui offrir des timbres de collection. Ruth refuse, gêné par ce cadeau de prix. "Alors, tiens, prend ce revolver, c'est celui avec lequel Verlaine a tiré sur Rimbaud !", lance l'armurier. 

Sauvé grâce à Leonardo DiCaprio !

Le Lefaucheux traîne quelques années chez Jacques Ruth, qui n'y accorde pas grande importance. Mais un soir, il tombe par hasard sur Totale éclipse, film où Leonardo DiCaprio interprète le rôle de Rimbaud. Il réalise soudain qu'il détient un trésor. En 2004, une grande exposition est consacrée au poète de Charleville au Palais des beaux-arts de Bruxelles. "Monsieur Ruth m'a appelé et m'a dit qu'il détenait le revolver de Verlaine, se souvient Bernard Bousmanne, commissaire de l'exposition. J'ai cru à une plaisanterie. Mais tous les éléments correspondaient, le modèle, la date et le lieu de fabrication. Nous avons même demandé des expertises balistiques à l'Ecole royale militaire de Bruxelles. Elles ont été concluantes. On peut dire qu'il s'agit à 99% du revolver de Verlaine." Un revolver qui, selon la formule consacrée, aura fait couler beaucoup plus d'encre que de sang.