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samedi 26 novembre 2022

Gyrdir Elíasson / Au bord de la Sandá / Encore l’Islande, décidément !

 


Encore l’Islande, décidément !

par Maurice Mourier
21 mai 2019

Brillamment traduite, corrigée, éditée par une maison québécoise de Chicoutimi, ville sise à l’amorce des Laurentides et du grand Nord canadien, l’histoire d’une calme beauté pénétrante de Gyrdir Elíasson a pour cadre un autre grand Nord, celui de l’Islande, cadre extrêmement présent qui, d’une certaine façon, occupe tout l’espace d’un texte court, avec ses forêts, son terrain de vacances d’été encombré de caravanes, la maison du garde forestier. Mais, à part la rivière Sandá, but de la plupart des promenades du narrateur, rien n’est nommé dans ce décor qui, généralement, reste vide, dépourvu d’hommes, et presque d’animaux.


Gyrdir Elíasson, Au bord de la Sandá. Trad. de l’islandais par Catherine Eyjólfsson. La Peuplade, 142 p., 18 €


Le narrateur parle de ce qu’il voit : les arbres, la lumière dont il suit les fluctuations sur deux saisons, l’été, où il devrait avoir de la compagnie, car nombre de vacanciers, dont parfois les véhicules touchent presque les deux siens (un logis, un atelier, tous deux dételés de la vieille voiture), se rassemblent en ce lieu et s’y amusent ; l’automne, moins riche en fréquentations possibles, le climat rude raréfiant vite les voyageurs. Mais, de toute manière, celui qui écrit et le plus souvent monologue en suivant la pente de la rêverie ne se préoccupe pas de l’abondance ou de l’absence de ses voisins, puisqu’il ne fraie avec personne, sinon par hasard. Et l’arrivée de l’hiver et la première neige coïncident avec la fin du livre de Gyrdir Elíasson, qui laisse le narrateur seul.

C’est un peintre. On croit comprendre qu’il a eu une certaine notoriété autrefois et a pratiqué l’abstraction. Puis il a opté pour le figuratif. Un visiteur, venu une seule fois de la ville innommée et déjà possesseur de certaines de ses œuvres, voudrait lui acheter deux de ses aquarelles nouvelles, qu’il refuse sèchement de vendre, s’attirant les reproches du marchand (ou de l’amateur) qui semble l’accuser de se prendre pour un génie incompris. Mais c’est sans doute faux. Il s’agit plutôt d’un artiste qui a peut-être un jour cru en son propre talent mais qui sait aujourd’hui, en se comparant dans ses songeries à Van Gogh dont il relit les lettres, qu’à  côté de celui-ci et de quelques autres, Chagall, Soutine, il ne fait pas le poids. Il s’est donc retiré du passé, où il fut quelqu’un, eut et aima peut-être une femme, deux enfants, pour tenter de vivre la plénitude d’une existence naturelle, ici et maintenant.

Un misanthrope déçu par le monde ? En partie seulement. Certes, la médiocrité de ses contemporains et de lui-même l’étouffe, mais rien de cela n’est violent et si l’une de ses trop nombreuses tentatives de toucher enfin à l’intimité des arbres en les peignant lui paraît ratée – c’est toujours le cas, au moins depuis sa quasi-retraite au milieu de la forêt –, il la déchire sans drame, quitte la caravane-atelier et se réfugie sans hâte dans la caravane à vivre.

Quelle stratégie adopte-t-il alors afin de repousser le plus loin possible son sentiment d’échec ? Aucune. Il s’enfonce seulement dans sa propre pensée, comme le lièvre de La Fontaine, philosophe malgré lui : «  Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ? » Or ce sont de telles songeries solitaires qui constituent la seule matière de ce petit livre, si parfait grâce à son écriture d’une justesse miraculeuse.

Songeries d’autant plus profondes qu’elles sont « à vide », ne portent que sur l’essentiel, c’est-à-dire la vie, la mort, le temps. Infiniment éloignées de toute application à ce pour quoi les hommes veillent et se fatiguent, croyant brasser dans l’accessoire autre chose que le rien. Penser ne le paralyse pas, ne l’induit jamais à quelque accès de mélancolie qui inquièterait un psychiatre s’il en rencontrait un dans cette forêt bien réelle qui a peu à peu pris possession de son être. Non, il n’est pas en train de devenir fou, peut-être pas, ou pas encore tout à fait, bien qu’il soit sujet parfois à des hallucinations auditives et croie voir passer les cavaliers de l’Apocalypse, mais sans réaction excessive. D’ailleurs, un des signes clairs de sa normalité est qu’il demeure sensible à la peur quand des bruits nocturnes viennent l’assaillir dans son inconfortable demeure, et sensible aussi, surtout, à la beauté, toute la beauté dont celle des femmes, même si elle concerne des créatures possiblement inventées.

Gyrdir Elíasson, Au bord de la Sandá

La rivière Sanda, en Islande (2009)

En somme, du fond de son anonymat dépourvu de toute ostentation, le peintre qu’il est toujours reste passionné par ce qui l’entoure, les plantes, le murmure des eaux, le mouvement des saisons, et l’on peut même dire que la rivière Sandá, second personnage du livre et terme de ses quotidiens vagabondages, l’équilibre comme une compagne, en dépit du fait qu’il semble souhaiter parfois la survenue d’une sauvageonne en chair et en os auprès de lui, semblable en cela au soldat perdu de Gracq, dans Un balcon en forêt, au point de la susciter de temps en temps, au bord de la rivière, vêtue de rouge et peut-être bien hallucinée, mais cette piste romanesque empreinte d’un fantastique trop attendu, trop aimable, à la manière de l’Ondine de La Motte-Fouqué, créature née de l’eau, ne tient pas la route, et n’est en tout cas pas suivie.

On pourrait lire ce récit tout palpitant de la vie intérieure du narrateur – et qui laisse ainsi toute la place à la petite musique bourdonnant sans arrêt dans l’intimité infinie de chacun, sans péripétie, sans anecdote – comme une méditation à propos de la mort qui vient inéluctablement. Mais il faudrait pour cela gommer le caractère morbide d’une telle méditation et surtout l’aura simpliste, étroitement religieuse, qu’on aurait tendance à lui associer dans le contexte nordique où la pratique de l’examen de conscience plonge ses racines dans une tradition protestante tenace.

Le peintre du livre pense à la mort mais ne l’accueille pas dans ses préoccupations majeures. Tout impuissant qu’il est à perpétuer par le pinceau les nymphes éparses de la forêt, si évidemment visibles pour un artiste à travers les sveltes silhouettes des arbres, il demeure tendu vers l’espoir d’exprimer un jour la féerie des choses qu’un individu ordinaire suppose à tort inertes. C’est donc, à sa manière taciturne et renfermée, un être orienté vers l’avenir et qui ne renoncera à son rêve que si le paysage final, dépouillé de mouvement, que l’immobilisation hivernale semble menacer d’ankylose définitive, se fige autour de lui comme un sarcophage.

Contre ce danger de cristallisation mortifère, un fermier juché sur son tracteur, qui en est descendu lors des premiers froids pour lui réparer gentiment sa voiture tombée en panne, l’a mis en garde, tel un Merlin providentiel, discret mais vaguement protecteur. Suivra-t-il son unique conseil, celui de ne pas s’attarder trop longtemps dans la forêt ? Les lignes ultimes du texte ne permettent pas de répondre.

Le narrateur a peut-être bien fait son deuil de la civilisation, en émule de l’auteur donné pour inconnu (ce doit être celui-là même du livre) dont une citation précède le récit : « Nul homme sage n’écrit de livre. / Nul homme sage ne raconte son histoire. / L’homme sage sait se dissimuler, / se faire oublier de tous. » Mais ce quasi-quatrain de poète stoïcien est lui-même surmonté d’une phrase… d’André Gide, qui proclame tout le contraire et chante les nourritures terrestres. Si bien que ce n’est peut-être pas le goût de l’anéantissement et du repos éternel qui triomphe dans cette prose d’un bout à l’autre indissociable de « la merveille », au sens surréaliste du terme, mais « plutôt la vie » comme le crie le jeune Breton dans un poème qui porte ce titre, paru dans  Le Journal du Peuple le 1er décembre 1923, et figurant déjà un peu auparavant dans Clair de terre (novembre 1923). Une telle indécidabilité, on s’en doute, distille un charme prenant qui ne saurait déplaire à tout fanatique de vraie littérature, lequel préfère les délices de l’imaginaire à l’étouffe-chrétien de l’histoire vraie.

EN ATTENDANT NADEAU

jeudi 24 novembre 2022

Guǒmundur Andri Thorsson / La valse de Valeyri / L’Islande dans la brume du temps

 

Guǒmundur Andri Thorsson





L’Islande dans 

la brume 

du temps

par Maurice Mourier
28 août 2016

Guǒmundur Andri Thorsson : encore un Islandais ! Qu’y faire si cette nation, une des plus petites de notre Europe qui fout le camp, a du génie ? Elle nous apporte en tout cas, depuis quelques années, grâce au traducteur exceptionnel qu’est Éric Boury, des romanciers très particuliers en ce que leur prose, pour les meilleurs d’entre eux, rend un son de probité foncière, une des valeurs qu’elle prône par ailleurs – à contre-courant des faussetés à la mode presque d’un bout à l’autre du champ littéraire universel – étant l’honnêteté, le refus du tape-à-l’œil, un souci tout flaubertien de la vérité.



Guǒmundur Andri Thorsson, La valse de Valeyri. Trad. de l’islandais par Éric Boury. Gallimard, 183 p., 18 €



Ils ne sont pas pour autant des besogneux de « l’histoire vraie », ces dissidents nordiques, des gagne-petit de la minutie factuelle. Rien n’est plus authentique que leur production, rien n’est plus proche de la réalité insolite d’une micro-société d’éventreurs de morues récemment convertis à l’économie casino, ayant abandonné pour le monde en peau de lapin des affaires ses traditions, imposées par la géographie et la météorologie, de labeur opiniâtre et de gain modeste, mais qui, une fois crevée la baudruche du profit virtuel, sut, seule en Europe, démettre ses politiciens véreux et traîner ses banquiers devant les tribunaux.

Cette simplicité, cette absence d’esbroufe aurait dû aboutir à des textes terre-à-terre de disciples de Champfleury, au mieux de Roger Martin du Gard, de la bonne grosse prose qui tient au corps et remplit les cases de l’esprit sans le combler. Or, il n’en est rien. S’embarquer dans un roman islandais accompli, c’est presque aussitôt être emporté par un courant ascendant et voguer, tel le rêveur baudelairien, « au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, / Des montagnes, des bois, des nuages, des mers ». Car l’artiste, là-haut, n’est pas seulement l’héritier des colonisateurs norvégiens qui créèrent l’Althing – première assemblée républicaine – en 930, il n’a pas seulement dans sa famille nombre d’ancêtres qui furent marins pêcheurs et paysans. Son bagage comprend aussi obligatoirement des poètes, l’Islande aux longs hivers étant sans doute la nation la plus cultivée et la plus poétique du monde, où se lisent encore dans le texte (la langue a peu évolué) les Edda du XIIIe siècle.

Voyez-vous cela ? Que les petits Français sachent par cœur les chansons de geste écrites deux siècles avant ce François Villon, poète national dont ils sont incapables de comprendre un seul vers sans un tombereau de gloses qui les rasent ! Et les Islandais ne se sont nullement figés dans leur glorieux passé littéraire. Orgueilleux à juste titre de leur idiome norois archaïque, ils sont obligés par la difficulté et la minuscule aire linguistique de celui-ci (leur pays ténébreux et méchamment volcanique n’abrite qu’un peu plus de trois cent mille habitants, guère plus que la Corse) d’être au moins bilingues et parlent tous l’anglais, mais aussi le plus souvent les autres langues scandinaves, et leurs écrivains n’ignorent rien des littératures étrangères.

Est-ce ce statut culturel privilégié qui explique l’ampleur exceptionnelle de leur production romanesque ? Oui, certainement, mais c’est l’imprégnation poétique de leurs écrivains en prose qui met certains d’entre eux si nettement au-dessus de l’étiage artistique moyen.

Ainsi, La valse de Valeyri, texte enchanteur de Thorsson presque égal, par bouffées intenses, à la trilogie grandiose de Jón Kalman Stefánsson (Entre ciel et terre, 2010 ; La tristesse des anges, 2011 ; Le cœur de l’homme, 2013, tous publiés chez Gallimard et traduits par Éric Boury), pourrait n’être que la chronique naturaliste d’un petit village côtier, composée d’une suite de vignettes dont le centre est chaque fois un personnage pittoresque : Kata, la jeune émigrée de Slovaquie (elle traîne un lourd passé de viol et dirige la chorale locale) ; le poète Smyrill ; le pasteur ivrogne et solitaire qui perd sa vie et ses nuits dans de stupides jeux d’argent sur Internet ; le banquier Oli, acteur et victime de l’économie casino, dont les prêts inconsidérés ont conduit la conserverie à la faillite, un brave homme pourtant ; et tous ces gens souvent affublés de sobriquets cocasses : Lalli l’Allongé, Lalli le Macareux, Lara de l’Allongé…

On admirerait alors la virtuosité des récits individuels emboîtés, comment ils tournent et valsent l’un par rapport à l’autre, une anecdote revenant de loin pour s’accoler à une autre, et les fragments de ces existences menues finissant par s’agglutiner en une substance humaine unique, riche et colorée, le pointillisme de la peinture formant un vaste tableau.

Mais en fait il ne s’agit pas de cela, ou pas de cela seulement. Le point de vue adopté peut bien être, superficiellement, celui de Seurat, il n’est pas pour autant frontal mais aérien, et nous glissons tout de suite dans l’atmosphère fantasmagorique de ces contes mélancoliques d’Andersen où ce qui importe (pensons aux Fleurs de la petite Ida) est moins de créer l’illusion de la vie chez les êtres aux destins croisés qui nous sont montrés que de permettre au lecteur de ne jamais oublier que les valses racontées sont toujours valses des morts.

D’ailleurs, le récit de Thorsson n’est-il pas explicitement mis au compte d’une entité narratrice aussi fuligineuse et fantasque que la brume qui, en Islande, estompe et cache la netteté graphique des plus beaux jours ? Certes, cette brume elle-même dissimule à peine le père récemment disparu de l’auteur. Le livre lui est dédié et l’on comprend que toutes choses, tragédies comprises, qui surgissent avec naturel de la tapisserie tissée par les mots de Thorsson, sont issues de la vision d’un homme bienveillant et qui n’est plus. Bref, un mort assume ces histoires, dans un mélange d’acuité visuelle et de tact dont le charme prenant est d’essence immatérielle ou, pour mieux dire, poétique. Telle est la vertu cardinale des artistes islandais : poètes avant tout, leurs grands textes s’élèvent d’un vol aisé de la réalité commune au rêve, et du reportage qu’on oublie à la célébration qu’on a envie de ne jamais oublier.

EN ATTENDANT NADEAU

mercredi 23 novembre 2022

Jón Kalman Stefánsson / L’univers dans un mouchoir de poche






 


L’univers dans un mouchoir de poche

par Maurice Mourier
19 septembre 2020
Lumière d’été, puis vient la nuit de Jón Kalman Stefánsson est un roman, bien qu’il ressemble superficiellement à un recueil de nouvelles, ou à une chronique d’existences villageoises, en Islande, aujourd’hui. C’est bien un roman parce qu’un narrateur extérieur aux huit histoires contées les relie, incarnant une sorte de chœur antique qui annonce, commente, s’étonne, s’amuse, avant de perdre la parole lors de la fin abrupte qui brise et clôt le récit.




Jón Kalman Stefánsson, Lumière d’été, puis vient la nuit. Trad. de l’islandais par Éric Boury. Grasset, 320 p., 22,50 €

Récit unique, au sujet sans limites : la vie, l’amour, la mort, tout simplement. Et, comme il arrive aussi, tout naturellement, dans la vie, bien que le pessimisme brutal de l’épisode ultime assomme le narrateur et accable le lecteur, on ne saurait longtemps se révolter contre l’évidence : la mort, pour solde de tout compte, l’emporte à la fin et entraîne avec elle l’amour vers le néant.

C’est donc un roman philosophique ? Bien sûr, mais ça ne se voit pas, car le romancier, au sommet de son art de la dissimulation, et de son génie, cache merveilleusement son jeu. Comment croire en effet qu’une enfilade de tout petits fragments de toutes petites destinées d’un tout petit pays puisse renfermer en son noyau une méditation aussi sombre et lyrique sur l’abîme des destinées et la toute-puissance du hasard, une méditation assez profonde et poignante en son apparente sérénité pour que sa portée soit non point locale mais universelle ?


Il n’est question, dans ce livre dont la puissance d’émotion est telle qu’elle abolit toute lecture distanciée et fait de chaque lecteur un Islandais frémissant, que d’une minuscule parcelle de l’humanité, qui s’agite, se consume en passions diverses et meurt dans un canton reculé de l’île aux volcans, un village suffisamment insignifiant pour demeurer anonyme, bien qu’une singulière absence semble le caractériser : il ne possède ni cimetière ni église.

Il est d’ailleurs peuplé de gens simples, éleveurs de moutons, pêcheurs, artisans, employés de la Coopérative, de l’Atelier de tricot, enseignants de l’école élémentaire, ouvriers. Mais nous sommes en Islande, où le goût de la culture et du savoir, de la littérature et surtout de la poésie, est la chose du monde la mieux partagée. Donc, nombre d’habitants adultes ont poursuivi dans la capitale, et souvent complété à l’étranger, des études supérieures, beaucoup parlent des langues autres que la leur et pas seulement l’anglais ; on utilise l’hiver démesuré et sa nuit permanente, certes pour s’enivrer de vodka ou de whisky, mais d’abord pour lire, écouter de la musique, se créer des vocations étranges. Témoin le directeur de l’Atelier du tricot qui, ayant une fois rêvé en latin, bazarde son métier, sacrifie sa famille, se ruine en volumes coûteux et devient « l’Astronome ».

Jón Kalman Stefánsson, Lumière d’été, puis vient la nuit.

Jón Kalman Stefánsson © J.-F. Paga

On pourrait croire que ce personnage de cosmologiste autodidacte et conférencier d’occasion entame une série de portraits, de « cas » plus ou moins pittoresques (un menuisier qui est aussi policier à temps partiel ; une postière qui ouvre le courrier et informe, sans encourir aucune sanction, l’ensemble des villageois des liaisons et des adultères ; les manutentionnaires de la Coopérative qu’une panne électrique incite à croire aux fantômes). N’émane-t-il pas de leurs aventures grotesques ou tragiques une comédie dramatique provinciale douce-amère comme il s’en écrit tant d’autres dans certains pays intéressés par la société plus que par l’individu (la Chine, la Corée notamment), cent textes qui trouvent ici des éditeurs à cause de leur intérêt exotique supposé ?.

Tout européenne qu’elle est, l’Islande, plus encore que la Scandinavie, n’est-elle pas aussi pour nous pourvue d’un charme exotique grâce à ses paysages de mer et de ciel mêlés, à la violence de son climat, à sa terre rugueuse et noire, aux douceurs miraculeuses du court été célébré par un culte autochtone pour le moindre rayon de soleil ? Tout cela, qui est beau et différent, imprègne les descriptions de Stefánsson, peintre impressionniste de haute volée.

Il n’y a pourtant aucun effet d’exotisme dans son écriture entièrement rythmique et poétique qui, comme celle de Baudelaire, prend la boue et en fait de l’or. Car ce qui requiert Stefánsson, c’est moins la comédie humaine comme révélatrice du fonctionnement d’une société et de la singularité d’un milieu (bien qu’une lecture sociologique et politique de ses romans soit possible, ils sont assez riches pour cela) que le spectacle exaltant ou navrant des péripéties générées par le Destin, tel qu’il s’émiette en trajectoires individuelles.

De là ce don exceptionnel pour la création de personnages animés d’appétits vitaux et de capacités autodestructrices hors du commun. On a dit à juste titre – est-ce Flaubert, est-ce Albert Béguin, est-ce Proust, ou peut-être bien Baudelaire – que tous les personnages de Balzac avaient du génie, parce que ce génie était celui même de Balzac. J’appliquerais volontiers la même formule aux héros le plus souvent malheureux de ce grand livre, si pitoyables parfois que leur malheur ou leur échec nous glacent comme le feraient ceux des meilleurs de nos amis. Ainsi de Hannes, le menuisier policier buveur et lecteur de poèmes, incapable de surmonter la mort de son épouse et la prémonition du néant, qui se suicide à l’issue d’un second chapitre au titre sublime (« Les larmes ont la forme d’une barque à rames ») après avoir adressé à son fils Jónas une lettre d’une bouleversante splendeur.

Au fond, ce qui compte le plus, dans Lumière d’été, puis vient la nuit, roman de 2005 auquel le parfait traducteur Éric Boury a laissé son titre original, c’est l’inéluctabilité de l’enchaînement temporel : à l’été en forme de don du ciel, la nuit succède, après l’explosion de l’amour sous ses espèces les plus réelles, les plus sexuelles, l’amour qui se confond ici, comme ailleurs chez Stefánsson, avec la tendresse et la dévotion à l’être aimé – du moins cela se passe-t-il ainsi dans les couples dignes de ce nom –, rien ne peut advenir que la mort, éventuellement la plus injuste, celle qui brise dans l’œuf tout l’espoir d’un bonheur qui était en train de se construire (chapitre 8 et dernier).

Les villageois nommés d’un village sans nom, sans église et sans lieu où inhumer leurs défunts aiment se noyer dans les remous sanglants du soleil qui se couche. C’est leur façon à eux, archaïque et sensuelle, de méditer sur la mort, puisqu’ils sont autant de poètes-nés. Le narrateur essaie de se persuader que ce n’est pas triste, le hasard étant seul maître des fins premières et dernières. Mais il ne pourrait assurément dire, comme le curé de campagne de Bernanos sur son lit de jeune mort, que « tout est grâce ». Ni le roman dont les images nous hantent, ni la poésie qu’il amène à son plus haut période, ne sauraient être que mélancoliques s’ils se situent à ce niveau de beauté.

EN ATTENDAN NADEAU

lundi 21 novembre 2022

Jón Kalman Stefánsson / Ásta / Stefánsson l’incomparable

 




Stefánsson l’incomparable

par Maurice Mourier
17 septembre 2018

C’est peut-être un roman de l’autre pente, désormais descendante, que Jón Kalman Stefánsson a publié en 2017, à cinquante-quatre ans, jeune encore à notre époque où, quand on a la chance d’être un travailleur intellectuel, on ne commence à vieillir qu’après disons soixante-cinq ans, mais tout de même l’horizon, singulièrement, se rapproche, et cette avancée vers l’inéluctable produit des métamorphoses, moins dans les thèmes abordés que dans le système narratif qui préside à leur mouvement, et à notre émotion.


Jón Kalman Stefánsson, Ásta. Trad. de l’islandais par Éric Boury. Grasset, 491 p., 23 €

La plus aisément repérable de ces métamorphoses affecte le statut du narrateur. Certes, celui-ci a toujours été très présent dans les récits de Stefánsson, qui même, en jouant sur la confusion coupable narrateur/auteur, ne s’est jamais interdit de manifester, au fil du texte, une présence réelle qui l’autorisait à intervenir en tel ou tel point des histoires riches en accidents, hautes en personnages, qu’il inventait, par exemple pour en tirer une leçon, souvent narquoise, ou bien afin de témoigner de son empathie à l’égard d’un être de papier, femme plus fréquemment qu’homme d’ailleurs. Au rebours de toute « écriture blanche » et sans hésiter un instant à encourager ou à sermonner ce personnage, à la manière de ces grands romanciers du XIXe siècle (d’avant « l’analyse textuelle ») : Balzac, Hugo, Dickens surtout.

Mais il franchit un pas de plus dans le dévoilement, en se mettant lui-même en scène et en abyme sous la forme d’un écrivain qui finit par accepter l’offre intéressée d’un couple d’habiles organisateurs de séjours culturels dans l’Islande profonde, dont la générosité – ils lui aménagent une douillette « résidence de travail » dans un ancien phare – se réserve le droit de le prier de s’en absenter certains jours où ils font visiter à leurs touristes le saint des saints : cette Thébaïde où un célèbre conteur ourdit la trame de son œuvre immortelle.

L’intention d’un autoportrait satirique, et même comique, est ici évidente et le lecteur pourrait être tenté de lire l’ensemble du roman comme un mélodrame auquel il convient de ne pas se laisser prendre tout entier, puisqu’il sort de l’atelier d’un homme dont on ne sait rien mais qui pourrait être l’image de l’auteur lui-même, prisonnier consentant de sa propre gloire.


Séduisante, cette grille de lecture est pourtant fausse, ou plutôt elle fonctionne comme un leurre, un subterfuge pudique grâce auquel le plus brillant des romanciers contemporains dissimule en partie derrière un dispositif littéraire ressortissant au divertissement autodépréciatif l’extrême pathétique d’une fiction qui peut-être le touche de très près (l’apparition, dans l’épilogue, du personnage de « ma fille », qui se mêle à l’action comme Tadeusz Kantor aux acteurs de sa troupe dans La classe morte, va dans ce sens, mais elle reste suffisamment discrète pour empêcher du même coup la propension trop fréquente du lecteur à se gargariser d’« histoires vraies »).

Je crois en revanche que le choix d’insérer un romancier à l’intérieur du processus de création obéit pour Stefánsson à deux fins. Il s’agit d’abord en fait, non pas d’édulcorer l’horreur du conte en nous permettant de retrouver in fine notre assiette sur le mode : ouf ! tout ça n’est que tragédie fomentée par un auteur plutôt douteux sur le plan de la déontologie personnelle, qui accepte de se faire héberger gratis par des margoulins qu’il paye en tranches de vie bien saignantes ; mais, bien au contraire, d’inviter à réfléchir aux pouvoirs, mais surtout aux limites des pouvoirs de la narration.

Comment raconter d’une façon plausible une destinée complexe (comme le sont toutes les destinées), puisque la contradiction, les changements brutaux de cap, l’apparente absurdité des prises de conscience, l’impossibilité de répondre honnêtement à la question « est-il bon ? est-il méchant ? », dont les éléments d’appréciation fluctuent sans cesse en fonction notamment des âges de la vie des personnages ? C’était le problème même auquel Proust se mesurait à propos de Gilberte, d’Odette, de Mme Verdurin, et auquel il ne fallait pas moins que l’immensité de la Recherche pour le déclarer enfin insoluble.

Jón Kalman Stefánsson, Ásta

Jón Kalman Stefánsson © Einar Falur Ingólfsson

J’ai cité trois personnages de femmes chez Proust, car c’est sur des femmes qu’il est instauré débat dans ce livre, en particulier sur une femme, qui donne son titre à l’ensemble, petite fille puis adolescente difficile et pour cela reléguée chez des paysans des terres désolées de l’Ouest ; jeune fille scolairement douée qui séduit et désespère les hommes ; une dévergondée incapable de comprendre l’amour de Jósef, un étrange garçon qui se suicidera pour elle ; incapable d’élever sa fille née d’une aventure absurde et sans lendemain ; elle-même suicidaire et victime d’une mère alcoolique et prostituée, demi-folle de surcroît, qui voit des extraterrestres : bref, une héroïne toute de négativité apparente, qui finira professeur d’université, solitaire et sans espoir.

Là réside  le caractère tragique de ce livre où s’enchevêtrent les destinées dans un désordre construit avec une prodigieuse virtuosité et qui aboutit à des révélations gigognes sur des trajectoires humaines fracassées. Les femmes, éminemment positives face à leurs hommes falots et poivrots dans tous les romans de Stefánsson jusqu’à celui-ci, y ont perdu une grande part de leur aura, et cela dès leurs jeunesse, l’extrême beauté ne les préservant nullement d’une déchéance à laquelle ne se dérobent que certaines aïeules (celle qui a perdu la tête dans les fjords de l’Ouest et que son fils traite si tendrement ; la vieille nourrice d’Ásta, morte avant son retour d’exil et dont elle a négligé les lettres ; la sœur aînée d’Ásta ; ses amies fidèles). Naturellement, il convient de ne pas s’y tromper. Si les hommes du livre sont le plus souvent de braves types, ils brillent rarement par la subtilité, et se réduisent parfois, même l’universitaire allemand spécialiste de Brecht, à de pures machines désirantes capables d’abdiquer toute dignité professorale devant l’offensive sexuelle d’une belle gamine (aucune condamnation moraliste ridicule, du reste, dans cette scène).

Mais le choix d’exhiber pour la première fois de manière non équivoque l’atelier romanesque au cœur même du roman en train de s’écrire, c’est-à-dire en l’occurrence de chercher dans la crainte et le tremblement la recette narrative qui permettrait (et en effet permet ici constamment) de transformer en splendeur lyrique émotionnelle la tristesse infinie de la réalité communément vécue, correspond surtout, à un niveau plus profond de l’intention d’art, à la tâche héroïque et désespérée du chroniqueur obsédé par le souci éperdu de rendre justice à chacun de ses personnages.

Or ils lui échappent, non parce que les êtres de fiction possèdent leur autonomie (excuse poussive que tant de mauvais romanciers mettent en avant pour expliquer, croient-ils, leurs insuffisances narratives), mais parce que tout personnage, si le potier pétrisseur a su doter son Golem d’assez de puissance vitale, devient rapidement trop riche de potentialités pour que le démiurge puisse espérer le raconter exhaustivement.

Il le peut d’autant moins que la mort les rattrape tous deux, être de fiction et créateur, et que même Proust est en fin de compte acculé à laisser en partie inachevée la Recherche, ce monument dans et contre le Temps.

Jón Kalman Stefánsson, Ásta

Hvalnes, en Islande

C’est pourquoi le plus touchant des personnages de ce magnifique roman est moins l’héroïne que son père, Sigvaldi, le peintre en bâtiment, qui dès la page 18 gît mourant sur le trottoir de Stavanger, ville norvégienne où il vit exilé en compagnie d’une seconde épouse depuis que Helga, la mère prostituée et ivrognesse d’Ásta, a inauguré, en cette famille et ses alentours, le cycle dans l’ensemble déprimant des chutes et des renaissances.

Dans une large mesure, c’est à travers Sigvaldi victime d’un coma éclairé de réminiscences qu’est bâtie la construction effilochée, brisée comme son corps souffrant, d’une intrigue qui de bout en bout lutte avec la mort, les morts successives, les suicides tentés ou réussis. Récit fait de pièces et de morceaux, où les époques, du XIXe siècle à nos jours, se chevauchent, se heurtent les unes les autres en autos tamponneuses, comportent toutes leurs zones d’ombre et dans un savant pêle-mêle convoquent écrivains, poètes, musiciens. Car la culture est partout, illuminant la misère islandaise qui souligne les péripéties joyeuses ou sombres du texte d’une sorte de basse continue, une culture accompagnant, chez cet admirable peuple de lettrés compulsifs, les décisions les plus graves afin de proclamer que la vie, tout de même, vaut la peine d’être vécue.

Le sous-titre du roman est fort étrange : « Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde ? » Cette interrogation baudelairienne (« n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde ! ») décrit en forme d’utopie une aporie imprégnant le texte d’une couleur bien noire, car même le suicide, qu’élit Jósef comme remède au mal d’aimer sans vrai retour, ne mène pas « hors du monde », il mène au néant qui est le revers obscur du mur du Temps.

Mais l’œuvre de Dickens aussi était noire, témoin de la lugubre Angleterre victorienne. Or, comment la lire, souvent, sans allégresse ? Stefánsson, à qui un certain optimisme béatement chrétien, au contraire de son grand ancêtre anglais, semble faire défaut à la base, transcende néanmoins la désespérance parce que l’étroitesse pincée du naturalisme, la froideur du constat d’huissier, l’indifférence, le cynisme, la posture désinvolte de celui à qui on ne la fait pas, toute cette facilité d’écriture qui transforme tant de récits de vie en pipi de chat, tout cela lui est absolument étranger.

La mort hante son art, la disparition, l’irrémédiable. Mais il en est remué, touché, bouleversé . Le rythme syncopé de ses paragraphes, leur art grandiose du cut, signifient de page en page que son génie dramatique n’est pas de bois. Je reviens à Kantor, l’incomparable. Si vous ne savez comme lui, sans démagogie, sans tape-à-l’œil mais aussi sans détachement supérieur, pratiquer le « Théâtre de l’émotion », oubliez la scène, journalistes du pire, elle est faite pour Stefánsson, elle n’est pas de votre ressort.


EaN a également rendu compte d’À la mesure de l’univers, de Jón Kalman Stefánsson

 

EN ATTENDANT NADEAU

dimanche 20 novembre 2022

« La Vérité sur la lumière » / L’homme est un enfant qui joue avec l’interrupteur

 



« La Vérité sur la lumière » – L’homme est un enfant qui joue avec l’interrupteur

Camille Gho
31 OCTOBRE 2021


Dans La Vérité sur la lumièreAuður Ava Ólafsdóttir réussit à mêler avec brio les voix et les sujets pour poser une question centrale : que fait l’humain sur Terre ?

La Vérité sur la lumière, nouveau roman de l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir ne fait pas exception : après Rosa Candida et Miss Islande (prix Médicis étranger 2019), c’est à nouveau une figure féminine forte qui est mise au premier plan. Et Dýja, l’héroïne transmet même plusieurs voix – celles de ses aïeules.

On ne sait pas grand chose à propos de la narratrice. Elle dévoile les informations au compte-goutte, petit à petit. Si elle manie le je de la narration, le roman n’est pas seulement à propos d’elle.

Une lignée de sages-femmes

Dýja est un diminutif – son vrai prénom est Dómhildur. Le même que sa grande-tante, surnommée tante Fífa. Dans cette famille, on donne aux nouvelles-nées le prénom d’une sage-femme célibataire de la famille. C’est la tradition. Dýja ne fait pas exception ; et lorsque, plus tard, elle devient à son tour sage-femme, la nouvelle s’impose comme une évidence auprès de la famille. Sa tante la prend alors sous son aile, l’héberge dans son appartement. Et jusqu’à la fin de sa vie, lui parle de l’importance du métier de sage-femme. Dýja accouche au long de sa carrière 1922 bébés. Sa grande-tante 5077.

« J’accueille l’enfant à sa naissance, je le soulève de terre et le présente au monde. Je suis la mère de la lumière. De tous les mots de notre langue, je suis le plus beau – ljósmoðir.  »

La Vérité sur la lumière, Auður Ava Ólafsdóttir.

Les voix et les histoires de sa grande-tante, mais aussi de son arrière-grand-mère se mêlent à son récit. Plus tard, par les écrits de cette arrière-grand-mère, les voix d’autres sages-femmes islandaises se font entendre. Elles peignent ainsi non seulement le portrait d’un métier où les hommes occupent une place minimale, mais aussi la beauté de leur pays.

À l’aide de sa toponymie, comme toujours, extrêmement précise, Auður Ava Ólafsdóttir fait de La Vérité sur la lumière une ode à l’Islande et à ses brusques changements d’humeur météorologiques. Et en liant intimement le récit de son héroïne face à ces déchaînements. Car comme le dit la tante Fífa, rien n’est laissé au hasard.

La vérité sur l’homme

Ou plutôt la vérité de tante Fífa. Car ce roman n’est pas seulement le récit de la naissance de bébés ; il est aussi celui de la genèse de l’écriture. La grande-tante lègue à sa petite-nièce un carton rempli de manuscrits. Trois « brouillons » de livres qui mettent en lumière une toute autre personne que celle que Dýja a connu de son vivant.

Fífa livre une réflexion souvent désenchantée et « à la fois en avance et en retard sur son temps » sur l’homme, sa place dans l’équilibre du monde et son impact désastreux sur ce dernier. Ces réflexions et le dur travail d’écriture se mêle aux petites révélations amenées par le présent de narration de Dýja, et qui permettent aux lecteur.ice.s de mieux les comprendre, elle et sa tante. Les propos que tient cette dernière paraissent parfois en rupture totale avec son métier – qu’elle pratiquait pourtant avec assiduité. Mais les rebondissements et inserts de plus en plus fréquents à partir du milieu du roman permettent de mieux saisir la teneur de ses propos.

« En réalité, l’animal le plus précaire de la Terre ne se remet jamais d’être né. »

La Vérité sur la lumière, Auður Ava Ólafsdóttir.

Les manuscrits de la grande-tante sont de plus en plus défaitistes. Et ses inquiétudes se retrouvent dans notre réalité : l’instabilité de l’homme est la cause principale du déclin de notre planète. « Quand l’humanité se sera éteinte restera la lumière. » La fin du roman célèbre cette lumière qui n’a pas besoin de l’homme.

AUÐUR AVA ÓLAFSDÓTTIRLa vérité sur la lumière

Roman traduit de l’islandais par Éric Boury

Issue d’une lignée de sages-femmes, Dýja est à son tour « mère de la lumière ». Ses parents dirigent des pompes funèbres, sa sœur est météorologue : naître, mourir, et au milieu quelques tempêtes.

Alors qu’un ouragan menace, Dýja aide à mettre au monde son 1922e bébé. Elle apprivoise l’appartement hérité de sa grand-tante, avec ses meubles vintage, ses ampoules qui clignotent et un carton à bananes rempli de manuscrits. Car tante Fífa a poursuivi l’œuvre de l’arrière-grand-mère, insérant les récits de ces femmes qui parcouraient la lande dans le blizzard à ses propres réflexions aussi fantasques que visionnaires sur la planète, la vie – et la lumière.

Sous les combles, un touriste australien semble venu des antipodes simplement pour faire le point. Décidément, l’être humain est l’animal le plus vulnérable de la Terre, le fil ténu qui relie à la vie aussi fragile qu’une aurore boréale.

AUÐUR AVA ÓLAFSDÓTTIR

Explorant avec grâce les troublantes drôleries de l’inconstance humaine, Auður Ava Ólafsdóttir poursuit, depuis Rosa candida, une œuvre d’une grande finesse, qui lui a valu notamment le Nordic Council Literature Prize, la plus haute distinction décernée à un écrivain des cinq pays nordiques. Encensée par la presse, elle est aussi la lauréate de l’Íslensku bókmenntaverðlaunin, le plus prestigieux prix littéraire islandais, pour Ör, et du Prix Médicis étranger pour Miss Islande.

« Révélée au public français grâce à Rosa candida, l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir possède l’art de dire les choses compliquées avec des mots simples. Celui aussi de suggérer l’émerveillement devant le miracle quotidien de l’existence. » – Elena Balzamo, Le Monde des Livres.

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