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lundi 29 mai 2023

Jack London / Croc-Blanc / Ami des animaux et des hommes

 

Deux Jack London Mourier


Ami des animaux et des hommes

par Maurice Mourier
22 novembre 2016

Maurice Mourier, écrivain, poète et critique littéraire à EaN, a dirigé une édition de Croc-blanc (Pocket). Puisant dans ses souvenirs, il choisit un Jack London qui le rattache à la puissance des lectures d’enfance.

Il y a deux London au moins.

L’un coureur des bois et des glaces, ami des animaux, connaissant leur langage. L’autre socialiste, communiste même et militant engagé à l’époque d’une Amérique toute livrée aux soubresauts, pas encore faite ni rassise ni bouffie de puissance.

C’est le premier que j’ai connu d’abord, enfant, une sorte de prolongement plus sérieux des merveilles du Père Castor illustrées par Rojan, que ma mère me lisait dès 1942 puis que je lisais moi-même avant 45, et qui s’accordaient si complètement à une existence libre de petit sauvage en terre lointaine à quarante kilomètres de Paris (mais la guerre mettait alors la ville à part de toute autre terre habitée). 

Alors Croc-Blanc et la folie de Loup Larsen et Jerry dans l’île. Bref, L’Appel de la forêt, et de la mer. 

Près d’une demi-siècle plus tard, quand je préparais mon édition de Croc-Blanc pour « Lire et Voir les Classiques » (Presses Pocket, 1990), je découvris avec effarement que les traductions de la Bibliothèque Verte, qui avaient nourri mon ivresse étaient affreusement fautives, amputées de ces passages politiques et moralisateurs à la fois qui sont pourtant ce qui, dans son texte, importait le plus à London. 

Tant pis, un livre qui tient, dépenaillé ou non, est fait aussi, surtout de l’effet qu’il induit plus ou moins involontairement (les histoires, souvent si pauvres, de la Bible, n’ont-elles pas fait rêver des générations, même si elles sont restées pour quelques-uns, dont je suis, lettre morte ?) 

En tout cas, London est resté pour moi auteur de jeunesse. Tant mieux, je crois. Comme Kipling, c’est par là seulement qu’il n’a pas vieilli.

 

Maurice Mourier 

Dernier livre paru : Par une forêt obscure, L’Ogre.


Retrouvez notre dossier sur Jack London en suivant ce lien.





dimanche 31 janvier 2016

Jack London / L'appel de l'écriture


Jack London

JACK LONDON L’APPEL DE L’ÉCRITURE

Une anthologie de l’auteur de «Croc blanc» où il apparaît en loup des lettres

Par Philippe Lançon— 29 janvier 2016 à 18:01
On enterre beaucoup d’écrivains et d’artistes nationaux ou internationaux, ces temps-ci. En 1903, c’est Kipling qu’on enterrait. Certes, il n’est mort qu’en 1936, mais il arrive qu’on inhume un auteur de son vivant, sous des pelletées de superlatifs ou de suppressifs. Jack London, 27 ans et déjà quelques vies derrière lui, a son idée sur les célébrations et funérailles dont l’auteur de Kim, qu’il admire, est le sujet in vivo. Elles valent aussi bien pour les grands d’aujourd’hui. Qui les célèbre ? «La masse instable et grégaire, toujours à califourchon sur la barrière, toujours prête à tomber d’un côté ou de l’autre et à y regrimper sans la moindre gêne ; qui vote démocrate à une élection et républicain à la suivante ; qui découvre et hisse sur le pavois un prophète qu’elle lapidera peut-être demain ; qui pousse des clameurs d’admiration pour le livre que tout le monde lit, pour la seule raison que tout le monde le lit. C’est le troupeau où règnent la fantaisie et le caprice, la marotte et la mode, c’est la masse instable, incohérente, parlant et pensant comme la foule, les «singes», excusez-moi, du temps présent.»