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mardi 29 décembre 2020

Gary Oldman / «Smiley, c'est l'anti-James Bond»

 Benedict Cumberbatch et Gary Oldman mènent l'enquête 
pour débusquer la taupe. La Taupe (c) Studio Canal

Gary Oldman : «Smiley, c'est l'anti-James Bond»

INTERVIEW - Le comédien endosse le costume gris du héros de La Taupe: un maître espion aux allures de simple quidam.

Jusqu'à présent, Gary Oldman, 53 ans, était habitué aux rôles de méchants. Le flic sadique dans Léon? C'est lui. Le comte Dracula dans le film de Coppola? Encore lui. Sans oublier son interprétation du sulfureux bassiste des Sex Pistols Sid Vicious dans leSid and Nancy d'Alex Cox. Depuis quelques années, Oldman inverse la tendance, notamment grâce à Harry Potter ou Batman. Aujourd'hui, il est George Smiley, le héros de La Taupe. En incarnant l'espion tranquille créé par John Le Carré, l'acteur britannique trouve son meilleur rôle, qui lui vaut d'être en lice pour l'oscar le 25 février.

LE FIGARO. - Qu'est-ce qui vous conduit à accepter de tourner La Taupe?

GaryOLDMAN. - Un simple coup de téléphone. Tomas Alfredson voulait que je joue George Smiley et souhaitait me rencontrer. Je connaissais son travail sur Morse. J'avais lu les romans de Le Carré. George Smiley n'était pas un inconnu pour moi. J'ai foncé. Je n'ai appris que bien plus tard que la production avait cherché durant 18 mois l'acteur capable d'interpréter Smiley…

Comment s'est déroulée votre rencontre avec Alfredson?

J'ai immédiatement compris que non seulement Alfredson aurait une vision originale du script, mais qu'en plus c'était quelqu'un de gentil, avec un grand sens de l'humour, vous savez, un peu au-dessous du radar (Rires).

De quelle manière êtes-vous entré dans la peau de l'agent secret George Smiley?

La silhouette originelle de Smiley m'a été inspirée par la photographie de Graham Greene avec son trench-coat, que m'avait fournie Tomas. Pour moi, ce fut comme un indice, un début de piste. En réalité, je ne me suis jamais vraiment aventuré en dehors des descriptions de John Le Carré. George Smiley est à l'exact opposé d'un personnage comme James Bond. Il est si réel, banal. Si vous le rencontriez dans la rue, vous ne le remarqueriez même pas. Je veux dire par là que James Bond est le fantasme masculin. C'est tout cet univers de smoking et de belles robes, de bolides luxueux et de femmes somptueuses. James Bond passe son temps à sauter dans le lit de ses conquêtes. Dans La Taupe, c'est l'inverse. C'est la femme de Smiley qui est de mœurs légères. Quant à la paire de lunettes de Smiley, en fait, elles sont iconiques. Elles sont à George Smiley ce que l'Aston Martin est à James Bond!

Comment avez-vous découvert ces étonnantes lunettes?

Par hasard. Tout a commencé en Californie. Mon œil a été attiré par un panneau d'affichage. J'ai d'abord cru que c'était une photo de Marcello Mastroianni. En m'approchant, j'ai découvert qu'il s'agissait de Colin Firth dans A Single Man! Un an plus tard, dans un aéroport, en feuilletant un magazine, je découvre un magasin de lunettes vintage à Pasadena. Me souvenant de l'affiche de Colin Firth, je note l'adresse. Lorsqu'on me propose le rôle de Smiley et qu'il est précisé qu'il lui faut des lunettes, je téléphone au magasin. J'y vais et je trouve les lunettes! Tout s'est enchaîné comme une histoire d'espionnage. Le plus drôle est que j'ai fini par tourner le film avec Colin Firth! Ce qui m'amuse avec cette paire de lunettes, c'est qu'elle me donne l'air d'être un vieux hibou! Dans le film, Smiley voit tout, entend tout. Il ne prononce pas le moindre son avant la vingtième minute. On se demande alors ce qu'il pense. Le personnage reste mystérieux, menaçant. Il peut même être cruel, très manipulateur.

Avez-vous eu des contacts avec John Le Carré?

Oui. Ce fut une rencontre merveilleuse, drôle et intéressante. J'ai pris le petit déjeuner chez lui à Amstead. Il a eu 80 ans en 2011 et termine son prochain roman. Il m'a raconté plein d'anecdotes, d'histoires d'espions. L'homme m'a paru tout ce qu'il y a de plus vivant! Ce fut un grand honneur de le rencontrer et d'avoir sa bénédiction pour Smiley, surtout quand on passe après Alec Guinness!



LE FIGARO



jeudi 8 mars 2018

Les heures sombres / Dix-sept jours dans la fumée des cigares brûlés par le feu de la guerre






Les heures sombres, dix-sept jours dans la fumée des cigares brûlés par le feu de la guerre


Les heures sombres, c’est avant tout une performance, celle de Gary Oldman qui, du cigare à la montre en passant par sa bague, les lunettes, le chapeau, incarne un Churchill plus vrai que nature. Bref, tous les accessoires caractéristiques de l’homme d’état et de guerre sont bien présents dans le film et la production est remontée à la source pour les trouver. Sauf pour le bottier qui n’est plus en activité. C’est aussi la seconde fois qu’un film reçoit l’autorisation de déposer ses caméras au palais de Westminster, ainsi qu’à la résidence et lieu de travail de Churchill, au 10 Downing Street. Puis, on ne peut regarder ce film sans avoir une pensée pour John Hurt, décédé avant le tournage, et à qui Ronald Pickup a eu la lourde tâche de succéder dans le rôle Neville Chamberlain.
Note : 15/20 (Vu au cinéma Caméo des Grignoux)
Résumé: Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque. Alors que plane la menace d’une invasion du Royaume- Uni par Hitler et que 200 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI, se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe. Churchill doit prendre une décision fatidique : négocier un traité de paix avec l’Allemagne nazie et épargner à ce terrible prix le peuple britannique ou mobiliser le pays et se battre envers et contre tout. Avec le soutien de Clémentine, celle qu’il a épousée 31 ans auparavant, il se tourne vers le peuple britannique pour trouver la force de tenir et de se battre pour défendre les idéaux de son pays, sa liberté et son indépendance. Avec le pouvoir des mots comme ultime recours, et avec l’aide de son infatigable secrétaire, Winston Churchill doit composer et prononcer les discours qui rallieront son pays. Traversant, comme l’Europe entière, ses heures les plus sombres, il est en marche pour changer à jamais le cours de l’Histoire.
« Les Heures Sombres » nous emmène dans les coulisses du pouvoir durant les premiers jours d’un Winston Churchill fraîchement élu Premier ministre de Grande-Bretagne, par défaut et au détriment de la grande majorité du Parlement, ne croyant plus en ses priorités politiques, lui qui préférerait combattre que de négocier pour une quelconque idée de paix. De la veille de sa nomination jusqu’au premier jour de l’évacuation de Dunkerque (où il n’y a que 17 jours d’écart), le film nous plonge dans l’enfer historico-politique avec lequel il a dû jongler, alors qu’Hitler était aux portes de la Grande-Bretagne, après n’avoir fait qu’une bouchée de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas.
Faisant globalement impasse sur la carrière qui précéda son rôle de Premier ministre (si ce n’est via des dialogues contredisant sa nomination ou favorisant sa destitution), le film de Joe Wright impressionne par l’intérêt qu’il soulève à travers la course effrénée que Churchill a dû mettre en place pour raisonner son peuple. Ce dernier étant alors prêt à capituler avec les puissances de l’Axe pour permettre à son pays de conserver son indépendance (mais à quel(s) prix?).
Bon parleur (comme bon buveur), ses discours et ses paroles ont marqué le peuple britannique et les forces alliées, leur donnant la force de combattre, d’aller chercher la victoire, et de sauver (plus de) trois-cents mille vies prises au piège à Dunkerque, grâce à l’opération « Dynamo » (pour ça, allez voir Dunkerque de Christopher Nolan), initiée par Winston Churchill, et qui mobilisera la marine marchande, des flottes de pêche et de plaisance, ainsi que des canots de la Royal National Lifeboat Institution.
Le film rend à ce passage, déterminant de la Second Guerre mondiale, toute sa dimension politique complexe, entre complot, manipulation et idéologie. « Les Heures Sombres » est un film historiquement intéressant, qui nous rappelle par la même occasion que l’avenir qui se jouait à l’époque s’est dessiné et décidé dans un mouchoir de poche. Coulisses de la naissance de l’opération « Dynamo », « Les Heures Sombres » est un peu le penchant plus cérébral et terre-à-terre du « Dunkerque » de Christopher Nolan, sorti l’été dernier.
Ce film, c’est aussi l’opportunité pour un acteur d’entrer dans la peau d’une personne ayant foisonné dans la politique britannique, et même européenne, et inscrit au panthéon de celles qui ont contribué au monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. C’est Gary Oldman qui interprète ici Churchill, lui qui a accepté de supporter près de trois heures trente de maquillage par jour pour le bien de la ressemblance. Il a ainsi travaillé sa voix, sa démarche corporelle, tandis que maquilleur Kazuhiro Tsuji s’est occupé de lui créer un moulage en silicone qui lui fut appliqué, mais auquel il fallait encore ajouter une bonne dose de maquillage, ainsi que la coiffure, pour achever la transformation. Près de six mois de travail ont été nécessaires pour réaliser cet ensemble de prothèses, qui pesait la moitié du poids de l’acteur. Et, finalement, Oldman livre une très belle interprétation, à hauteur de l’extraordinaire métamorphose réalisée, lui qui mérite donc toute la reconnaissance du cinéma pour son rôle. Dommage qu’à côté du personnage principal, le reste de la galerie peine à soulever les foules. Ainsi, on regrettera un manque flagrant de la place de la femme dans l’intrigue, et ce n’est pas le rôle tenu par Lily James (la dactylographe de Churchill), ni celui de Kristin Scott Thomas (l’épouse), qui vont changer la donne.
En termes de divertissement, « Les Heures Sombres » tisse davantage sa toile dans le discours et l’éloquence, plutôt que dans le film de guerre. Il est bien entendu question ici d’un portrait humain en proie à d’énormes responsabilités, et aux répercussions qui dépassent tout entendement. Heureusement, sa mise en scène (classique dans le genre) ne manque pas de rythme, ni de tension, malgré l’histoire que nous connaissons tous. De plus, la musique de compositeur Dario Marianelli permet à l’ensemble de vibrer d’autant plus, au-delà des mots et de l’intonation.
« Les Heures Sombres » entre donc dans la cours des bons élèves, à défaut de sortir du lot.Après le Golden Globe du meilleur acteur dans un drame, le film devrait aussi offrir à Gary Oldman son premier Oscar, le 4 mars prochain. Et ce ne serait que mérité.
Titre : Les heures sombres
Pays : Grande-Bretagne
Réalisateur : Joe Wright
Acteurs : Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Ben Mendelsohn, Lily James, Ronald Pickup, Stephen Dillane, Samuel West, David Schofield…
Genre : Biopic, Historique, Drame
Durée : 126 min
Date de sortie : le 17/01/2018





mercredi 7 mars 2018

Le Churchill « patriotique » que Le Monde et Télérama n’ont pas aimé



Gary Oldman interprète Winston Churchill dans "Les Heures sombres" de Joe Wright (2018)

Le Churchill « patriotique » que Le Monde et Télérama n’ont pas aimé


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