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jeudi 4 septembre 2025

Valerio Varesi / La main de Dieu / Énigme dans les Apennins

 

La main de Dieu, de Valerio Varesi : énigme dans les Apennins


Énigme dans les Apennins

Suspense (46)

Dans La main de Dieu, le dernier livre de Valerio Varesi, un cadavre est retrouvé à moitié immergé dans la boue sous un des plus vieux ponts de Parme. Le commissaire Soneri, héros mélancolique des six précédents romans de l’auteur, doit alors quitter sa ville pour aller enquêter loin en amont, dans les neiges et les montagnes des Apennins, là où nait la rivière Parma. Il va tenter, dans une bourgade perdue, au milieu d’habitants hostiles, mesquins et taiseux, de résoudre l’énigme.

samedi 23 août 2025

Jakub Szamałek / Tu sais qui / Au bal du Web

 


Suspense (47) : au bal du Web avec Jakub Szamałek

Au bal du Web

Suspense (47)

« Les nouvelles technologies permettent anonymat et confidentialité complète et également une surveillance totale, ce qui fait de 1984 un scénario optimiste », déclare Julita, l’héroïne journaliste de Tu sais qui du Polonais Jakub Szamałek.


Jakub Szamałek, Tu sais qui. Trad. du polonais par Kamil Barbarski. Metailié, 448 p., 23 €


Déclaration sans originalité mais qui décrit bien une des préoccupations du livre. Voilà qui ne devrait toutefois pas empêcher de lire ce polar, par ailleurs peu sentencieux et gentiment ironique, dans lequel Julita, pour mener son enquête, doit se colleter aux aspects les plus cachés et criminels du Net. Oublions donc que « Nous en tant que société devons répondre à la question de savoir quelle valeur nous attribuons à la vie privée. Et quel prix nous sommes prêts à payer pour cela », autre réflexion de l’héroïne, et distrayons-nous.

Suspense (47) : au bal du Web avec Jakub Szamałek

« Hacker » © CC2.0/The Preiser Project

Julita travaille pour Meganews.pl, un site d’information en ligne (entendez : un tabloïd du Net spécialisé dans les articles à sensation). Son but, si elle veut gagner un peu plus d’argent et accéder un jour au statut de journaliste vedette, est de trouver et de rédiger le sujet le plus « cliquable » possible, celui qui aura droit au rouge le plus rouge de la heatmap du site. 

Lorsque Ryszard Buczek, qui dirige une émission télévisée pour enfants, est tué dans un accident de voiture, Julita a le sentiment que le sujet est hot et publie aussitôt un article racoleur, rapidement très liké. Les choses deviennent hotter lorsque, voulant exploiter à fond le filon Buczek, elle commence à subodorer que la mort de l’animateur est due à un acte criminel. Elle décide d’en savoir plus et en découvre suffisamment pour agacer les autorités et un certain « Tusaisqui » qui lui intime, via sa messagerie, de cesser ses recherches et ses « posts ». Comme elle refuse, il inonde alors les réseaux sociaux et les imprimantes de son employeur de photos d’elle compromettantes. Elle est virée mais continue l’enquête, aidée, entre autres, par un génie de l’informatique mal embouché, Jan Tran. La mort de Buczek est bien un assassinat : quelqu’un a pris à distance le contrôle du système de guidage électronique de sa voiture. Buczek n’est pas qui il semblait être, Jan Tran non plus, un curieux procureur entre en scène, Julita se montre plus intrépide qu’il ne faudrait, etc. 

Le roman contient ce qu’il faut de péripéties, de déguisements, de suspense, de personnages secondaires bizarres ou sympathiques… Il contient surtout beaucoup de moments où les téléphones se déclenchent seuls, les écrans font apparaître des messages venus d’on ne sait où, des conversations cryptées s’engagent entre interlocuteurs mystérieux… Les machines apparaissent comme plus monstrueuses (même si nous savons qu’elles n’agissent pas seules) que les monstres dont nous avons l’habitude : loups-garous, fantômes, serial killers, gangsters, politiques véreux ou mafieux… Elles peuvent à loisir violer notre intimité, détruire notre réputation, voler notre argent, mettre un terme à notre existence. Mais, dans Tu sais qui, l’auteur ne se contente pas de décrire les effets (possibles) des systèmes de hacking, il prend aussi plaisir à nous expliquer leur fonctionnement technique. 

Pourtant, peu d’entre nous rêvent de leçons sur les cybermécanismes du spearfishing, du vol d’identité, de l’extorsion, activités pratiquées sur le Dark Web comme sur celui qui ne l’est pas, à côté d’autres semble-t-il louables (cf. les révélations de Julian Assange). À tort, car les aventures cybernétiques de Julita, Jan et compagnie nous permettent de bénéficier d’intrigants petits cours d’informatique (à condition d’en sauter quelques moments un peu rasoir). Ils nous donnent, à nous élèves lecteurs, l’impression de tout comprendre et le désir de nous transformer en héros capables de déjouer les menées de puissances cachées et destructrices. Suivons les indications de Jan ! Avec trois ou quatre ordinateurs personnels différents, des mots de passe à gogo, quelques nuits de pianotage, un bon coussin, des litres de collyre, du flair cryptographique et de l’obstination, clic clic clic… Le tour est joué. 

Certes, la gousse d’ail et le crucifix, c’était moins compliqué, mais les temps changent, et Tu sais qui nous entraine dans un bal virevoltant, non de vampires mais de nouvelles technologies informatiques. Délétère et cybernétique à souhait !

EN ATTENDANT NADEAU




mercredi 18 mai 2022

Jørn Lier Horst / Lilja Sigurðardóttir / Cap au Nord

 



Suspense (45) : Jørn Lier Horst et Lilja Sigurðardóttir

Cap au Nord


par Claude Grimal
18 mai 2022

Suspense (45)

L’inspecteur norvégien Wisting exerce ses talents depuis une douzaine de romans : il se penche dans La chambre du fils sur une « affaire non résolue » (un « cold case ») pour la quatrième fois. Jørn Lier Horst, son créateur, a bien sûr donné aux vieilles histoires que Wisting tente de résoudre des prolongements dans le présent, suspense oblige. Encore plus au nord, l’Islandaise Lilja Sigurðardóttir lance une enquêtrice financière sur la piste de sa sœur disparue.


Jørn Lier Horst, La chambre du fils. Trad. du norvégien par Aude Pasquier. Gallimard, coll. « série noire », 480 p., 20 €

Lilja Sigurðardóttir, Froid comme l’enfer. Trad. de l’islandais par Jean-Christophe Salaün. Métailié, coll. « Noir », 288 p., 21 €


Tout commence dans La chambre du fils, le nouvel opus de Jørn Lier Horst, avec la mort de Bernhard Clausen, ancien ouvrier soudeur, membre important du parti travailliste et ex-ministre. En allant visiter son chalet, un de ses collègues du parti découvre neuf cartons remplis de billets de banque.Wisting est chargé de découvrir d’où ils proviennent et d’éviter que l’affaire ne s’ébruite. L’argent, comprend-il très vite, est celui d’un hold-up réalisé vingt ans plus tôt et jamais élucidé. En fouillant un peu dans les vieux dossiers, il s’aperçoit également que, le jour du vol, un jeune homme est allé pêcher près du chalet de Clausen et n’a ensuite jamais été revu. Ce sont les liens entre Clausen, le braquage, et l’homme disparu que va tenter de démêler Wisting. Il enrôle officiellement et officieusement dans son enquête des collègues et sa fille journaliste (que les lecteurs de Horst connaissent déjà).

Nous sommes donc en terrain familier, avec des personnages que nous aimons bien, des rebondissements quand il faut, des méchants menaçants quand ils le doivent, et des balades dans les forêts norvégiennes. Côté gastronomie, c’est aussi assez norvégien, la saucisse réchauffée au micro-ondes se posant là comme mets de prédilection.

À quelque 1 500 kilomètres au nord-ouest, en Islande, on enquête aussi, mais d’abord en amateur. En effet, dans Froid comme l’enfer de Lilja Sigurdarðottir, Aurora, qui vit en Angleterre, revient en Islande, pour tenter de retrouver sa sœur Isafold qui a disparu. Elle le fait, sans enthousiasme, à la demande de sa mère, persuadée que les talents déployés par sa fille dans son métier d’enquêtrice financière, spécialiste du débusquage d’investissements douteux, permettront de résoudre le mystère.

Suspense (45) : Jørn Lier Horst et Lilja Sigurðardóttir

Aurora, de retour au pays, découvre la violence à laquelle Isafold était soumise de la part d’un mari brutal et qu’elle a toujours niée, mais pas l’endroit où elle aurait bien pu se réfugier. Enquêter, c’est bien, mais séduire, ce n’est pas mal non plus, et Aurora, au fil de ses investigations, joue de ses charmes pour ensorceler deux messieurs dont un policier qui va l’aider dans la recherche de sa sœur. Mais rien n’est comme il paraît.

Le ton est assez enjoué, le déroulement de l’intrigue aussi. Le lecteur apprend des choses sur les scandales financiers qui ont ébranlé l’île et sur ce que la société islandaise peut avoir de décourageant et de sympathique. D’un autre point de vue, le même lecteur, s’il est familier des polars d’Arnaldur Indriðason, Ragnar Jónasson, Yrsa Sigurðardóttir (autres auteurs islandais), se dit que le pays doit être à coup sûr le paradis des assassins, truffé comme il l’est (par les bons soins imaginatifs de ces écrivains) de cadavres « irretrouvables », précipités pour l’éternité dans ses eaux, ses glaciers et ses vertigineusement profondes failles volcaniques.

Voilà qui ajoutera quelques frissons à notre prochain trek en Islande.

EN ATTENDANT NADEAU