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lundi 19 janvier 2026

Les couleurs de Maigret

 

Georges Simenon

Les couleurs de Maigret

par Murielle Wenger

"les avenues, les rues de Paris étaient un véritable feu d'artifice dans la chaleur de juillet et on voyait partout des éclaboussures de lumières; il en jaillissait des toits d'ardoises et des tuiles roses, des vitres des fenêtres où chantait le rouge d'un géranium; il en ruisselait des carrosseries multicolores des autos, du bleu, du vert, du jaune" (La patience de Maigret)

1. Introduction

Simenon a répété plus d'une fois combien il a aimé les peintres, en particulier les impressionnistes qui faisaient chanter les couleurs, et sans doute son œuvre littéraire en est-elle influencée. A sa manière, Simenon sait aussi user des couleurs pour dépeindre une ambiance, un paysage, un personnage. 

dimanche 18 janvier 2026

Visite chez Georges Simenon, à Cannes



Voici Georges Simenon dans la piscine de la villa Golden Gate qu'il possède à Cannes, jouant avec deux de ses trois enfants, Johnny (7 ans) et Marie-Georges (4 ans).

Visite chez Georges Simenon,
à Cannes

EN entrant dans le beau jardin ensoleillé de la villa « Golden Gate », située dans le riche quartier de la Californie, à Cannes, où Georges Simenon, créateur du légendaire commissaire de police, Maigret, a trouvé, à 53 ans, le havre confortable pour son activité de romancier ultra-fécond, il nous fallait, involontairement, penser au sombre milieu liégeois qu'avait évoqué l'auteur belge dans ses souvenirs d'enfance et à ses parents en lutte constante contre la gêne et la misère.

samedi 17 janvier 2026

Georges Simenon / Les demis de Maigret

 


Les demis de Maigret

Georges Simenon

English translation

 

Une des questions qu'on m'a posées le plus souvent et à laquelle, au début, je ne trouvais guère de réponse satisfaisante, est:

— Pourquoi Maigret boit-il de la bière ?

Car Maigret est né dans une campagne de France qui produit un agréable petit vin blanc et vit ordinairement à Paris où les apéritifs sont à l'honneur.

La plupart du temps, je répondais:

— Le voyez-vous boire de la menthe verte, ou de l'anisette ?

C'est une erreur de croire qu'un auteur décide délibérément que son personnage sera bâti de telle ou telle facon, aura tel ou tel goût. La création d'un personnage est une chose quelque peu mystérieuse, qui se passe pour la plus grande part dans le subconscient.

Pour être tout à fait franc, j'aurais pu dire:

— Il boit de la bière parce qu'il ne peut faire autrement que boire de la bière. Pourquoi avez-vous le nez long, vous ? Et pourquoi mangez-vous des pommes frites à la plupart des repas ?

Or, je suis allé récemment à Liège, pour un trop bref séjour, malheureusement. Mais cette brièveté n'a été qu'apparente. En effet, pendant les semaines, les mois qui suivirent, mille détails enfouis au plus profond de ma mémoire se mirent à remonter à la surface.

Par exemple, j'ai revu la rue de l'Official, où la bonne vieille Gazette de Liègepossédait ses bureaux au temps où j'étais un jeune reporter. J'ai revu la Violette, où je me rendais presque quotidiennement, et les locaux du commissariat central.

A cause de cela, par la suite, de retour ici, il m'est arrivé de refaire les chemins que le jeune homme en imperméable beige faisait jadis.

— Tiens! Vers midi, il m'arrivait de m'arrêter à tel endroit... A cinq heures de l'après-midi, presque chaque jour, de rencontrer un ami à tel autre.

Trois endroits en tout, que j'avais presque oubliés, mais que je revois aujourd'hui avec une précision photographique et dont, même, je retrouve l'odeur.

Trois endroits, comme par hasard, où j'allais boire de la bière.

L'un était un café, dans le bas de la Haute-Sauvenière, un café calme et propre où ne fréquentaient que des habitués, j'allais dire des initiés, et, pour la plupart, ils avaient, dans une armoire vitrée, leur verre personnel, marqué à leur chiffre, de beaux verres à pied de la contenance d'un litre dans lesquels on dégustait avec respect de la bière limpide.

Le rendez-vous de cinq heures, c'était dans un autre café, non loin de là, juste de l'autre côté du Théâtre Royal, le Café de la Bourse, où les clients, toujours les mêmes, aux mêmes tables de marbre, jouaient aux cartes ou au jaquet et où le patron, le matin, en bras de chemise, passait plus d'une heure a nettoyer avec amour la tuyauterie de sa pompe à bière. C'est lui qui, un jour, m'expliqua l'importance de cette opération, qu'il ne confiait à aucun de ses garçons.

Le troisième endroit... Ma foi, c'était à l'ombre de l'Hôtel de Ville, une pièce sombre, en contrebas, que le passant avait peu de chance de remarquer et où il n'y avait jamais plus de deux ou trois personnel à la fois. La bière y était servie par une femme blonde et forte sortie d'un tableau de Rubens qui s'asseyait à votre table et buvait avec vous en riant d'un bon rire indulgent à vos plaisanteries. Cela n'allait pas plus loin, d'ailleurs. Et c'était la compagne idéale pour vous aider à savourer un demi bien tiré.

Pourquoi Maigret boit-il de la bière ?

Je crois que ces trois images fournissent la réponse à la question et je n'y aurais sans doute jamais pensé sans mon récent voyage et sans le souper inoubliable que j'y ai fait, avec mes confrères, dans une sorte de sanctuaire de la bière, la Brasserie Piedbœuf, à Jupille, où j'ai retrouvé, non seulement mes vieux amis de jadis, mais les jeunes qui sont venus ensuite, en même temps que cette bonne odeur de bière fraîche qui reste pour moi comme l'odeur de la Belgique.

Georges Simenon, 
Lakeville, Connecticut, 
le 3 janvier 1953.





vendredi 16 janvier 2026

Georges Simenon / "Le vrai Maigret sera mon vieil ami Gabin..."

 


Georges Simenon

Georges Simenon
"Le vrai Maigret sera mon vieil ami Gabin..."

On ne présente pas Georges Simenon. Tout le monde a lu nombre de ses romans. Il est l'auteur le plus fécond du monde, le plus traduit et le plus lu. Celui aussi dont le plus grand nombre de livres ont été adaptés au cinéma, parce que, de tous les romanciers, nul n'a comme lui le pouvoir de créer un climat. C'est pour toutes ces raisons que l'on peut parler en littérature du « phénomène Simenon ». Les quelques notes qu'il a jetées ci-dessous sur papier à l'intention des lecteurs de « Ciné-Revue » éclaireront sa personnalité dont le meilleur caractère est peut-être cette bonne humeur, ce « savoir-vivre » (dans le sens de : savoir accepter la vie) qu'il doit, si on l'en croit, à sa ville natale.

 

Je préfère écrire plutôt que parler car je me rends compte que j'ai la voix un peu claironnante. Je m'en suis aperçu en constatant que mes enfants avaient la même voix que moi. J'ai compris quel supplice les gens pouvaient endurer à m'entendre, parce que mes enfants m'écorchent les oreilles. Et ils ont, tout le monde l'assure, le même son de voix que moi...

jeudi 15 janvier 2026

Georges Simenon / L'Écrivain de l'homme nu écrira toujours dépouillé

 

La veille du premier jour d'écriture, il sait juste ce qui se passera dans le premier chapitre.


L'Écrivain de l'homme nu écrira toujours dépouillé

ANALYSE

Paris, Montparnasse, 1922 : Georges Sim alias Christian Brulls, Georges Martin Georges, Kim ou Germain d'Antibes, écrit sept nouvelles par jour pour les lectrices de « Frou-Frou », « Paris-Plaisirs » ou encore du « Matin », où sévit, à la rédaction en chef, Colette. Elle lui dit : « J'ai lu votre dernier conte... C'est presque ça, mais ce n'est pas ça. Il est trop littéraire. Il ne faut pas faire de littérature. Pas de littérature, et ça ira. »

lundi 17 février 2020

Commissaire à la pipe / totem de Maigret




Commissaire à la pipe 

L’animal totem de Maigret

Dans la tradition du roman policier, le détective est souvent associé au chien qui furette. Simenon, lui, fait de son commissaire un éléphant

Nicolas Dufour
Publié samedi 3 août 2019 à 18:01
Modifié mardi 6 août 2019 à 20:30.

L’animal totem de Maigret surprend. Quand on découvre le commissaire et ses enquêtes, on est frappé par le choix de l’analogie animalière – un passage obligé pour les personnages de romans policiers – opéré par Georges Simenon. Les fondateurs du genre tels qu’Arthur Conan Doyle puis Agatha Christie ont souvent associé leurs créatures au chien. Le quadrupède domestiqué tient même lieu de modèle des investigateurs, parce qu’il fouille, il renifle, il traque le nez tendu.

Le cas du chien

La manière agitée dont la bête à truffe découvre, quadrille, collecte, constitue le reflet expressif de celui qui se concentre sur la chasse à l’assassin. C’en est même physique: Sherlock Holmes comme Hercule Poirot se mettent volontiers à quatre pattes, qui pour chercher de parlantes cendres de cigarettes, qui pour relever une éloquente goutte de cire de bougie.
Georges Simenon recourt à quelques occasions à la métaphore canine – pour illustrer la quête d’indices, celle-ci semble irrésistible. Chez Maigret, il s’agit surtout de pourchasser les odeurs, qui racontent l’univers dans lequel il s’insère.

L'éléphantesque surprise
La surprise vient surtout du fait que l’écrivain compare son héros à… un éléphant. Il le décrit souvent comme «un pachyderme», gros et voûté, qui marche lourdement dans la phase de l’enquête où il se trouve, et se sait, dans le brouillard. Cette pesanteur représente une réalité dans la constitution fictionnelle autant que physique du personnage. En même temps, elle permet au romancier de jouer sur les impressions, les états d’âme, et le rythme.
Dans presque chaque intrigue, Maigret a sa phase éléphantesque; il a aussi son quart d'heure de légèreté, quand, on le devine – Simenon le laisse juste entendre –, le commissaire a résolu l’énigme. Puis vient le moment d’extrême tension, qui doit conduire à l’erreur fatale du coupable, sa capture organisée et argumentée, ou son effondrement. On est assez loin, alors, de l’éléphant.

mardi 7 janvier 2020

Commissaire à la pipe / Le trouble des «Mémoires de Maigret»


Commissaire à la pipe

Le trouble des «Mémoires de Maigret»

En commençant la lecture des «Mémoires», 35e Maigret, on peut être gêné par cette soudaine parole du grand taiseux. Mais le petit théâtre de marionnettes de Georges Simenon tourne à plein

Nicolas Dufour
Publié dimanche 28 juillet 2019 à 18:07
Modifié mardi 6 août 2019 à 20:30

En entamant la lecture des Mémoires de Maigret, j’ai eu comme une brève bouffée de panique. A l’entrée de ce livre différent, mon 33e Maigret au long de mon défi de l’été (les lire tous), j’ai presque été tenté de repousser ce «je» si étrange, cette brusque prise de parole de celui qui ne parle presque jamais.
Les Mémoires de Maigret constituent un chapitre particulier dans la geste de 75 romans. Georges Simenon avait demandé qu’il soit traité de façon spéciale, «peut-être avec un caractère bien choisi et assez grand», et avait souhaité que son nom n’apparaisse pas: il s’agirait, vraiment, des mémoires du personnage de fiction. Pour nombre de connaisseurs, à commencer par le biographe et expert Pierre Assouline, c’est leur Maigret favori.


Une interview de Pierre Assouline: «C’est le moment de découvrir Maigret»

Une peur face à cette parole

Pour ma part, j’ai eu peur, un temps, d’entendre Maigret soudain s’exprimer. Puis je me suis fait à ces aveux qui ressemblent tant au personnage. L’écrivain pousse l’amusement jusqu’à agiter la relation entre… l’auteur et sa créature – il décrit même les discussions de Maigret avec Simenon, devenu un ami, que Mme Maigret apprécie. Ce n’est plus de la mise en abyme, mais un joli petit théâtre de marionnettes que surplombe le romancier, créant sa propre frêle figurine face au massif enquêteur.

La méthode et la malice

Au fil des pages, le policier précise le cœur de sa méthode et, comme une conséquence, de son rapport à ses «clients», les malfrats et autres crapules. On y reviendra dans cette chronique. Surtout, pour le plaisir final, dans ces Mémoires, le conteur affirme que son double a décidé de mettre Maigret à la retraite de manière prématurée parce qu’il commençait «à en avoir assez du Quai des Orfèvres». «Mon Quai!», s’insurge Maigret. Un sommet de malice.
Par la suite, quand on reprend le cours des romans avec le nocturne Maigret au Picratt’s, on garde en tête ces confessions, comme une courte brèche intime dans notre relation au commissaire.

En bonus

Quand Maigret décrit l’écrivain qui le suit, afin de se renseigner sur ses méthodes:
«Je ne jetais que de petits coups d'oeil au jeune homme qui devait avoir dans les vingt-quatre ans, qui était maigre, les cheveux presque aussi longs que ceux du patron, et dont le moins que je puisse dire est qu'il ne paraissait douter de rien – et certainement pas de lui-même.»
Dans la nouvelle intégrale Maigret, volume 5, Omnibus.



mardi 24 décembre 2019

Commissaire à la pipe / Ces envoûtants débuts des romans de Maigret


Commissaire à la pipe
Ces envoûtants débuts des romans de Maigret

Le démarrage d’un Maigret plonge le lecteur dans l’intrigue d’une manière immédiate et d’emblée captivante. Même quand Georges Simenon semble temporiser, il précipite les choses

Nicolas Dufour
Publié samedi 20 juillet 2019 à 14:32
Modifié mardi 6 août 2019 à 20:31

Les romans de Maigret sont des appartements sans vestibule. Alors que nombre d’auteurs traînassent, zigzaguent ou font de l’accroche en flashforward (une scène située dans le futur) avant de rétropédaler pour diluer leur poussif démarrage sur d’interminables pages, Georges Simenon pose son personnage d’emblée, et son intrigue, presque toujours, sans chipoter. Les débuts des Maigret ont une extraordinaire manière de nous accrocher au nouveau défi du gros taiseux – lequel parle encore moins au début de ses investigations que pendant.

Le cas de «L’Affaire Saint-Fiacre»

Prenons l’introduction de L’Affaire Saint-Fiacre, où le commissaire revient dans son village d’enfance. Les premières lignes indiquent qu’il est cinq heures et demie, et que «le premier coup de la messe vient de sonner…». Or les messes vont jouer un rôle central dans l’intrigue: c’est durant l’une d’elles que la comtesse est morte, début de l’enquête.
Il est des cas où l’écrivain s’amuse, crée une diversion aussi ludique que brève. Maigret et son mort commence par une plaisante scène de discussion avec une vieille dingo qui s’imagine empoisonnée par l’ensemble de son entourage.

Le démarrage halluciné de «Félicie est là»

La plongée dans le nouveau roman, le nouvel univers, peut se révéler fort directe, comme dans Maigret chez le coroner, où le Frenchie est lancé sur le banc d’une procédure judiciaire au Texas, dont il restera spectateur jusqu’au bout. Et quand Georges Simenon recourt au flashforward, c’est le démarrage halluciné de Félicie est là, durant lequel le grand policier déambule en campagne avec l’étrange Félicie à ses côtés, se souvient de son enfance, avant de revenir à ses esprits dans le rude cadre d’une reconstitution.
On peut encore penser au roulis du train des premières pages du Port des brumes, quand Maigret regarde Joris, l’amnésique. Ses réflexions sont «les mêmes au début de chaque enquête. Est-ce que celle-ci serait passionnante, banale, écœurante ou tragique?». Et l’on tourne la page, assoiffé.

«Des faits le plus minutieusement reconstitués, il ne se dégageait rien, sinon que la découverte des deux charretiers de Dizy était pour ainsi dire impossible.»
L'amorce de Monsieur Gallet, décédé, le 3e Maigret:
«La toute première prise de contact entre le commissaire Maigret et le mort, avec qui il allait vivre des semaines durant dans la plus déroutante des intimités, eut lieu le 27 juin 1930 en des circonstances à la fois banales, pénibles et inoubliables.»
Le début de Félicie est là, 24e Maigret:
«Ce fut une seconde absolument extraordinaire, car cela ne dura probablement qu'une seconde, comme, assure-t-on, les rêves qui nous paraissent les plus longs. Maigret, des années plus tard, aurait encore pu montrer l'endroit exact où cela s'était produit, la portion de trottoir où il avait les pieds, la pierre de taille sur laquelle se profilait son ombre, il aurait pu, non seulement reconstituer les moindres détails du décor, mais retrouver l'odeur éparse, les vibrations de l'air qui avaient un goût de souvenir d'enfance.
C'était la première fois, cette année-là, qu'il sortait sans pardessus, la première fois qu'il se trouvait à la campagne à dix heures du matin. Sa grosse pipe elle-même avait une saveur de printemps. Il faisait encore frais. Maigret marchait lourdement, les mains dans les poches du pantalon. Félicie marchait à côté de lui, un tout petit peu en avant de lui, obligée de faire deux pas précipités chaque fois qu'il en faisait un.
Ils passaient tous les deux devant une façade neuve, en briques roses. Dans la vitrine on voyait quelques légumes, deux ou trois fromages, des boudins sur un plat de faïence.
Félicie se précipita davantage, tendit le bras, poussa une porte vitrée et c'est alors, sans doute à cause de la sonnerie qui se déclencha, que le phénomène se produisit.
La sonnerie de la boutique n'était pas une sonnerie quelconque. Des tubes en métal léger pendaient derrière la porte et, quand celle-ci s'ouvrait, les tubes s'entrechoquaient, formant carillon, émettant une musique aérienne.
Jadis, quand Maigret était gamin, il y avait dans son village, chez le charcutier qui venait de remettre sa boutique à neuf, un carillon pareil à celui-ci.
Voilà pourquoi la seconde présente resta comme en suspens. Pendant un temps impossible à déterminer, Maigret fut vraiment en dehors de la scène qui se vivait, il la vit comme s'il n'était pas dans la peau de l'épais commissaire que Félicie trainait derrière elle.
A croire que c'était le gamin d'autrefois qui était là, caché quelque part. invisible, et qui regardait avec une forte envie de pouffer.
Voyons! Tout cela était-il sérieux? Que faisait-il, ce monsieur grave, massif, dans un décor qui n'avait pas plus de consistance qu'un jouet, derrière cette Félicie au ridicule chapeau rouge sorti des pages d'un illustré pour enfants?
Une enquête? Il s'occupait d'un assassinat? Il cherchait un coupable? Et cela alors que les petits oiseaux chantaient, que l'herbe était d'un vert innocent, les briques d'un rose de bonbon fondant, qu'il y avait partout des fleurs toutes neuves, que les poireaux eux-mêmes à la devanture avaient l'air de fleurs?»

LE TEMPS




jeudi 19 décembre 2019

Commissaire à la pipe / Paris 1913, les premiers pas de Maigret



Commissaire à la pipe

Paris 1913, les premiers pas de Maigret

A son 30e roman du cycle, Georges Simenon décide de raconter la première enquête du futur commissaire. Tout y est placé
Nicolas Dufour
Publié dimanche 14 juillet 2019

Il a des moustaches, et même des fixe-moustaches pour la nuit: s’il ne les avait pas mis, il devait «redresser les pointes au fer chaud» le matin. Ainsi apparaît Jules Maigret, 22 ans, secrétaire de commissariat, Paris, 15 avril 1913. Dans La Première Enquête de Maigret, écrit en Arizona en septembre 1948, Georges Simenon conte les débuts de son personnage. Emouvants: tant d’indices sont glissés ici, pour mieux comprendre ce taiseux que les amateurs suivent déjà depuis un moment – c’est le 30e roman.
Hormis une allusion au fait qu’il est moins massif que plus tard, et la mention des moustaches, son créateur ne donne guère de détails physiques du jeune Maigret. Madame, avec qui il est marié depuis cinq mois, est d’abord décrite comme une «grosse fille fraîche».

Un drame qui tombe comme une brique

Sa première enquête tombe sur Maigret comme une brique. Un soir, alors qu’il révise ses manuels en rêvant du Quai des orfèvres, un homme affolé débarque au commissariat du quartier Saint-Georges. Ce musicien affirme avoir vu une femme appeler à l’aide depuis une fenêtre, et avoir entendu un coup de feu. Or l’hôtel particulier appartient à des gens de la haute société parisienne que fréquente le commissaire, son patron.
Le problème est là. Son supérieur le met en congé, sous-entendu: enquêtez discrètement. Mais le poids des deux clans concernés, deux familles mal entremêlées, va peser jusqu’au bout. A deux reprises, Jules, tout ambitieux qu’il soit, pense démissionner, froissé par les compromissions sociales: «On lui salissait sa police.»

La future posture du commissaire

Simenon ne le souligne jamais, mais tout Maigret se fabrique là, sa posture ambivalente, ce constant pas de côté qui sera le sien, sur un axe qui va de la loi aux malfrats. Son pragmatisme moral, en somme. L’investigation sur les Gendreau-Balthazar façonne Maigret dans le pire, pour le meilleur. Et puis, l’affaire est étouffée. Il entre au Quai.

Bonus pour nos internautes

■ La note personnelle inaugurale de cette Première enquête de Maigret:
«Trois fois déjà, depuis le commencement de la nuit le jeune secrétaire du commissariat s'était levé pour aller tisonner le poêle, et c'était de ce poêle-là qu'il garderait la nostalgie sa vie durant, c'était le même, ou presque, qu'il retrouverait un jour au Quai des Orfèvres et que plus tard, quand on installerait le chauffage central dans les locaux de la Police Judiciaire, le commissaire divisionnaire Maigret, chef de la Brigade spéciale, obtiendrait de conserver dans son bureau.»
■ Ce qu'il apprend durant son enquête:
«Car il comprenait que ce n'était pas seulement une question d'argent. A partir d'un certain degré de fortune, ce n'est pas l'argent qui compte, mais la puissance.»
■ La conclusion:
«La leçon qu'il reçut ce jour-là, sur un ton paternel, ne figurait pas dans ses manuels de police scientifique.
– Vous comprenez? Faire le moins de dégâts possibles. A quoi cela aurait-il servi?
– A la vérité.
– Quelle vérité?».


La pipe était rivée dans la mâchoire. Il ne la retirait pas parce qu’il était au MajesticCOMMISSAIRE À LA PIPE

COMMISSAIRE À LA PIPE

vendredi 6 décembre 2019

Pierre Assouline / «C’est le moment de découvrir Maigret»



Pierre Assouline: «C’est le moment de découvrir Maigret»

L’auteur et journaliste Pierre Assouline, biographe de Georges Simenon, inaugure la réédition des romans du commissaire Maigret, pour les 30 ans de la mort de l’écrivain belge. Discussion autour du policier le moins bavard de l’histoire
Nicolas Dufour
Publié dimanche 17 mars 2019 à 17:56, modifié dimanche 17 mars 2019 à 18:57.

Il a arpenté le monde de Georges Simenon, ses 200 romans, dont 75 Maigret. Il a écrit la biographie de l’auteur belge, ainsi qu’un Autodictionnaire Simenon. L’écrivain et journaliste Pierre Assouline signe la première préface des dix volumes de la nouvelle intégrale de Maigret. Celle-ci est publiée ces temps par Omnibus, à l’occasion des 30 ans de la mort de Simenon, décédé à Lausanne en 1989.
Le Temps: J’ai une chance dingue: je découvre ces jours les «Maigret». Que dites-vous à ceux qui s’y lancent?

Pierre Assouline: Qu’ils ont en effet beaucoup de chance. On ne peut pas vous dire: «Il était temps!», ce serait un peu bête et présomptueux. Parce qu’il n’y a justement pas de moment: les Maigret, comme tout Simenon, font partie des classiques modernes. En tant que tels, ces romans sont intemporels et universels. Ils attirent de nouveaux lecteurs à tout instant. Vous qui commencez maintenant, vous avez l’avantage de venir après des éventuels concurrents. Columbo, par exemple, qui a un peu écorné la puissance et le prestige de Maigret à la TV, et conséquemment, sur le livre – il y a toujours un lien entre cinéma, télévision et livre.
Aujourd’hui, il n’existe pas de concurrence à Maigret. Les binômes homme-femme des séries de Netflix représentent un autre monde, basé sur une police scientifique d’une expertise inouïe. Maigret demeure seul, il s’en remet entièrement au facteur humain. Il tranche tellement avec l’offre actuelle, face au camp d’en face, qu’il n’a pas de rival.
Vous mentionnez Columbo. Celui-ci avait quelque chose de Maigret, qui se disait «parfois imbécile» face aux suspects…
Oui, c’est en faisant l’idiot que l’enquête peut être résolue. Mais puisque Columbo est derrière nous, dans notre contexte éditorial ou télévisuel, le moment n’a jamais été aussi propice pour découvrir Maigret. Il retrouve tout son attrait.
On pourrait être pessimiste: Maigret, c’est vieux… Qui achètera ces gros volumes de romans agglomérés?
Je crois beaucoup à cette nouvelle édition. Les couvertures de Loustal donnent un coup de jeune et, surtout, de la couleur à un univers qui en manque singulièrement. L’univers de Simenon est gris, sombre; on en a fait un cliché, la pluie, le brouillard… Mais ils représentent quelque chose. L’œuvre est enveloppée d’un halo qui n’est pas toujours engageant. Or les couleurs de Loustal sont formidables. Je pense que cette édition va compter dans la redécouverte de Simenon.

La cause n’est donc pas perdue?
Il n’y a pas de cause! Simenon est lu depuis 1929, partout dans le monde. Pour chaque livre, les chiffres ne sont pas si élevés qu’on imagine, on ne peut pas comparer aux best-sellers d’aujourd’hui. Mais Simenon a publié jusqu’à quatre livres par an. C’est l’accumulation qui fait les chiffres.
D’ailleurs, l’édition Omnibus indique les dates de rédaction et de publication des romans. Parfois, il n’y a qu’un mois de délai. Alors qu’à présent il faut parfois des années pour qu’un éditeur publie un roman, cela paraît fou…
C’est particulier à l’économie de l’édition à cette époque, qui ne correspond pas à celle d’aujourd’hui. On publiait d’abord dans des journaux. Quand ils éditaient ce genre de littérature populaire, Tallandier, Fayard et les autres le faisaient de manière industrielle. Ce n’était pas corrigé, il y avait des coquilles, le papier était médiocre… Cela allait très vite.
J’essaie de comprendre en quoi Maigret fascine toujours. Ce monde-là, avec ses écluses et ses guinguettes épaissies de fumée, a pourtant disparu?
Pas vraiment. Ces petites villes de province, les chemins de halage que décrit Simenon, sont toujours là. Promenez-vous dans la France profonde, rien n’a changé. Allez à Moulins, où se déroule L’affaire Saint-Fiacre: le mobilier a changé, mais pas la géographie. On s’est rendu compte que la topographie des romans de Simenon est la même dans tous ses romans, et c’est, de manière subliminale, celle de la ville de Liège, la ville de son enfance. La mairie, le bistrot, l’école, vous retrouvez cette disposition partout.
On est aussi frappé par la variété des personnages, toujours surprenants…
C’est la pâte humaine propre à Simenon. Il a beaucoup vécu avant d’écrire. Certains écrivains américains se targuent d’avoir exercé de nombreux métiers. Mais dans le cas de Simenon, c’est réel, depuis ses reportages à l’âge de 16 ans; il a vécu les métiers qu’il décrit. Il possède un stock d’émotions, de choses vues, dans tous les milieux. Il a même été mondain. Quand il est entré chez Gallimard, il habitait Neuilly, il est devenu un peu parvenu. Mais ce n’est pas lui, il aime la campagne, être retiré. Toute la palette de personnages existe dans ses romans.
Dans les «Maigret» comme dans les autres livres, ceux qu’il appelait les «romans durs»?
Je fais de moins en moins la différence entre les Maigret et les romans durs. C’est Simenon qui a établi cette distinction, en disant qu’il écrivait des Maigret pour se délasser. Il voulait absolument entrer dans la vie littéraire parisienne, il a été adoubé par Gide et la NRF… Ses propres propos ont porté préjudice à une partie de son œuvre, alors même que le personnage de Maigret est devenu bien plus célèbre que son créateur. Le fait est que les Maigret se vendaient mieux que les romans durs. Il en a souffert, en rigolant. Il faut reconsidérer l’ensemble, tout Simenon, sous le même bandeau: la condition humaine, avec ce que cela comporte de tragique. Jusqu’à l’absence de rédemption.
Et il y a les personnages féminins. Dans certains cas, un auteur n’oserait plus dépeindre des femmes ainsi; et parfois, Simenon façonne des figures d’une force incroyable.
Quand je pense personnage de femme, je vous réponds Betty, mais ce n’est pas dans un Maigret. On peut évoquer Madame Maigret, effacée mais bien là. Cela dit, admettez que ce qui est parfois écrit dans Maigret est loin d’un Lolita de Nabokov, qui, lui, aurait vraiment du mal à paraître aujourd’hui.
Face à certains personnages, comme ces petites vieilles qui trottent pour servir les verres dans les bistrots, je songe à Jacques Brel…
La majorité des enquêtes de Maigret sont localisées à Paris. Mais ce n’est pas un hasard si vous pensez à Brel: Simenon entretient des souvenirs du même Plat Pays, avec son empathie. C’est le paysage humain de son enfance, dans son quartier populaire de Liège. Ce souvenir est sans doute un peu le même que celui de Brel.
Avez-vous une préférence dans les adaptations?
J’aime beaucoup La tête d’un homme, de Julien Duvivier. J’apprécie Jean Gabin, qui est aussi français que Maigret. Mais le meilleur reste Bruno Cremer. Il a la stature, il est grand, épais, il fait plus de 100 kilos. Et ce qui est le plus important, il sait se taire.
Le taiseux, c’est ce qui définit le personnage?
Maigret est l’homme qui fait parler les autres. Il a sa manière d’avoir davantage de compassion pour les coupables que pour les victimes, car le suspect risque sa tête. Les coupables l’attirent parce qu’il a la conviction d’être l’un d’entre eux. Ces romans illustrent l’idée que les gens derrière les barreaux ne sont pas des criminels-nés, mais des gens que la vie, les circonstances ont amené au point de rupture. Toute sa vie, Simenon a eu peur de basculer. Il a collé cela à Maigret.
Qui prolonge Maigret aujourd’hui?
Personne. Il est mort avec son créateur, comme Tintin avec Hergé. Si l’on parle de Simenon, Patrick Modiano a quelque chose de lui. Des amis m’ont dit que mon premier roman, La cliente, était totalement dans la veine Simenon; je pensais à plein de clins d’œil, mais je ne m’étais pas rendu compte que des situations aussi étaient proches de Simenon. J’étais pleinement imprégné.









Tout Maigret. Dix volumes paraissant jusqu’au 4 avril. Omnibus. Aussi en livres électroniques.


mardi 3 décembre 2019

Pierre Assouline / «Un écrivain ne peut pas écrire n'importe quoi»

Pierre Assouline

Pierre Assouline: «Un écrivain ne peut pas écrire n'importe quoi»

Pierre Assouline, auteur d'une biographie de Georges Simenon parue en 1992. Il donnera une conférence sur le père de Maigret au Cercle littéraire de Lausanne samedi

Lisbeth Koutchoumoff
Publié mardi 13 octobre 2015 à 14:55, modifié mardi 13 octobre 2015 à 21:44.

Le Temps: Que reprochez-vous au roman de Patrick Roegiers?
Pierre Assouline: Je reproche le parti pris de l'auteur dans son livre et dans les interviews qu'il donne. Son parti pris est de tirer à vue sur Georges Simenon. Tout écrivain peut s'emparer de la vie de personnalités réelles et il a le droit bien entendu de faire de Georges Simenon un personnage de fiction et lui reprocher beaucoup de choses, il n'est pas un saint. Mais on ne peut pas pour autant écrire n'importe quoi. On ne peut pas attribuer à quelqu'un qui a existé des actions, des idées, des propos contraires à ce qu'il a dit et fait. Ce que fait Roegiers est quasiment diffamatoire.A quoi pensez-vous?
La thèse prinicipale du livre est de dire que Georges Simenon a envoyé son frère exprès à la mort pour le préserver d'une image qui pouvait lui porter préjudice. C'est atroce! Cela signifie qu'il l'a tué. Alors qu'en fait il l'a sauvé. Patrick Roegiers le fait mourir sous l'uniforme nazi de la Légion Wallonie alors qu'il est mort, en pleine rédemption, sous l'uniforme français de la Légion étrangère, en Indochine. Ce n'est pas la même chose, cela n'a pas le même sens.
C'est Georges qui lui avait conseillé la Légion étrangère?
Après avoir participé au massacre de Courcelles, Christian risquait le peloton d'exécution ou le lynchage en Belgique. Il rejoint Georges à Paris, un soir, sur un banc de la place des Vosges. Georges lui dit de partir à la Légion étrangère où l'on change de nom et où le passé est effacé. C'est ce qui s'est passé. Christian Simenon a disparu et est devenu Christian Renaud. Il est mort au bout de deux ans, au combat.
Dans le livre, le portrait de Georges Simenon pendant l'occupation est accablant. Qu'en est-il?
Il y a des choses qui sont vraies mais Patrick Roegiers ne retient que des choses à charge et de façon tellement outrancière que cela en devient ridicule.
Qu'est-ce qui est vrai?
Que Goerges Simenon a été l'écrivain français le plus adapté au cinéma pendant l'Occupation. Il l'était déjà avant la guerre. Il n'a pas refusé de l'être mais il n'a pas pour autant signé des oeuvres de collaboration ou des oeuvres nazies. La moitié de ces films ont été produit par la Continental, maison allemande. Cette maison a produit les plus grands films français de cette période, les films de Carné, de Clousot, d'Autant-Lara et d'autres. Georges Simenon s'est contenté de vendre ses droits. Certains acteurs ont été jusqu'à tourner des films de propagande en Allemagne.
Il a été inquiété pour collaboration après la guerre?
J'ai eu son dossier d'épuration entre les mains. Il ne contient rien. Sur son travail littéraire, il était édité par Gallimard, comme beaucoup d'autres. Et pour les adaptations cinématographiques, certains, jaloux de son succès, on brandit des articles signés de lui dans des journaux cllaborateurs. Mais il s'agissait uniquement de bonnes feuilles de ses romans.
Est-ce que le roman révèle des choses nouvelles?
Patrick Roegiers se sert de ma biographie, c'est son droit, les biographies servent à cela. Mais Patrick Roegiers instrumentalise ce que j'ai écris pour étayer sa thèse de la collaboration de Georges Simenon. Georges Simenon n'a pas collaboré. Il a bien gagné sa vie. Ce n'est pas un crime.
Et les articles anti-sémites qu'il a écrit à 17 ans, c'est connu aussi?
Cela fait un chapitre dans ma biographie. On ne peut pas utiliser des lettres des années 1920 pour tirer des conclusions sur les années de l'Occupation.
Quelle place occupe Georges Simenon, l'écrivain, pour vous?
Il reste l'un des grands écrivains de langue française. Il est probablement celui qui a été le plus adapté au cinéma et à la télévision. Son influence sur notre imaginaire est considérable. Son rayonnement à l'étranger aussi. Il est un styliste exceptionnel. Cette façon de toucher à l'os avec une telle économie de moyens est exceptionnelle.


dimanche 24 novembre 2019

Rowan Atkinson / Maigre Maigret

Rowan Atkinson


Rowan Atkinson, 
maigre Maigret

L'acteur de Mr Bean incarne le commissaire de Simenon dans une étonnante nouvelle variation demandée par la chaîne ITV, famélique sur tous les plans
Nicolas Dufour
Publié dimanche 5 mars 2017 à 18:14, modifié mercredi 22 mars 2017 à 12:40.



Le comique qui se lance dans le registre dramatique, l’exercice est connu, et souvent réussi. Rowan Atkinson, Mr Bean, a déjà tenté d’autres aventures, s’en tirant plutôt bien. Le voici propulsé dans le personnage et le gilet de Jules Maigret, dans deux téléfilms de la BBC que France 3 a montrés ces temps, et qui vont sortir en DVD en édition francophone. Deux autres chapitres sont attendus cette année. Mr Bean en Maigret? Il y a là un défi stimulant, excitant, de quoi faire chauffer la pipe.

Revenons à Gabin, Cremer voire Richard

Elle refroidit vite. Ces enquêtes sont plates à presque tous les niveaux et offrent un piètre nouveau chapitre aux adaptations du commissaire de Simenon, magnifié naguère par Jean Gabin et Bruno Cremer – il faudrait même se pencher à nouveau sur Jean Richard, souvent un peu vite remisé comme paternaliste d’ancien régime.
Stewart Harcourt, le scénariste des nouvelles versions, a quelque expérience. Il a écrit Le Crime de l’Orient-Express dans la version portée par l’acteur David Suchet et il a adapté les enquêtes d’Agatha Raisin.

Les volutes comme palliatifs à la déco

Il fait ce qu’il peut, mais le cadre donné à ces Maigret paraît trop contraignant. ITV, la chaîne commanditaire, a limité les risques, et cela se voit. Les rues de Paris – c’est-à-dire Budapest, le lieu de tournage – se résument à des vignettes combinant bouts de trottoirs, antiques bagnoles pas trop nombreuses et vieilles enseignes fabriquées à deux sous. Les intérieurs, d’un vide déconcertant, sont remplis tant bien que mal par les volutes des cigarettes et des pipes, devenues palliatives pour une décoration en rade. Les intrigues se nouent ainsi dans une ambiance feutrée, diminuée, restreinte. Tout paraît posé pour réduire le propos, comme la réalisation.
Sourcils presque fillonesques toujours bien froncés, Rowan Atkinson fait le policier sérieux, et taiseux. Maigret n’est certes pas un bavard. Mais là aussi, la consigne semble se résumer simplement: en faire le moins possible. Dès lors, il ne se joue rien dans des téléfilms qui ne fabriquent rien. Maigre Maigret.