Luna Picoli-Truffaut : "Fanny Ardant a été mon maître Yoda"
Par Christelle Laffin | Le 04 décembre 2016
Portrait d'une « fille de » douée, à l'affiche du Divan de Staline, le troisième long-métrage de Fanny Ardant.
Elle entre à pas feutrés dans le cinéma français mais ne devrait pas tarder à faire partie des visages familiers. Avec un nom pareil, difficile d’échapper à son destin. Si Luna Picoli-Truffaut n’est pas parente avec Michel (Piccoli), elle est bien la petite-fille de François (Truffaut). Née en 1987, la jolie brune au regard facétieux ne se prédestinait pas au cinéma. Diplômée des Beaux-Arts, artiste-photographe-chanteuse, Luna a mis du temps à légitimer son envie de jouer. À 29 ans, c’est assumé ! Après deux films - Deux Rémi,deux et Rosalie Blum -, on la découvrira en janvier dans Le Divan de Staline, réalisé par Fanny Ardant- la dernière compagne de son grand-père. Elle y joue Varvara, une « intrigante femme de chambre ». « Fanny m’a soutenue. Elle a été mon maître Yoda », raconte celle qui, parallèlement à sa nouvelle carrière, poursuit d’autres activités (musique et blog), symptomatiques de la génération Y.
Le Divan de Staline, de Fanny Ardant, avec Gérard Depardieu, Emmanuelle Seigner, Paul Hamy. En salles le 11 janvier 2017.
Fanny Ardant et Frédéric Beigbeder : "On s'est connus sur un paillasson"
Par Laetitia Cénac | Le 21 novembre 2011
Conversation entre la plus romanesque de nos actrices et le plus médiatique de nos auteurs
Quand la plus romanesque de nos actrices rencontre le plus médiatique de nos auteurs, que se racontent-ils ? Des histoires de livres, mais aussi d’amour, de mort, d’humour... Elle joue, seule en scène, l’Année de la pensée magique (1), de Joan Didion, tandis qu’il sort son Premier bilan après l’apocalypse (2), un manifeste de ses émois littéraires. Rencontre épique.Imaginez-les : la femme fatale avec ses talons de dix centimètres, ses diamants aux doigts, ses narines frémissantes, et le punk BCBG, sa barbe de huit jours et demi, ses mains dans les poches, son dandysme affiché. Et mettez le son, surtout : le phrasé de Fanny Ardant, avec ses inspirations profondes et ses phrases – en suspens – qui ont l’air de mourir, et le rire de Frédéric Beigbeder, du genre « nouveau hussard détaché » ou garnement pas mécontent de sa blague.
Leur point de vue n’est pas toujours le même. Mais ils ont en partage le sens de la liberté, le goût de la provocation et l’envie de rire de (presque) tout. On ne pouvait rêver mieux, pour cette entrevue, que le salon feutré de L’Hôtel, à Saint-Germain-des-Prés. L’ombre tutélaire d’Oscar Wilde, jadis habitué des lieux, planait au-dessus de ce tête-à-tête irrévérencieux. Madame Figaro. – Fanny Ardant, vous avez souhaité cette rencontre avec Frédéric Beigbeder... Frédéric Beigbeder. – Vous m’avez souhaité ! Je suis très flatté ! Il ne me reste qu’à déclarer ma flamme... Fanny Ardant. – Je voulais quelqu’un d’intelligent, de provocateur, de rapide. Et puis, au cas où l’on ne saurait pas quoi se dire, ça ne ferait rien. Pas le côté « oh là là »... F. B. – Ça ne serait pas très grave... F. A. – Voilà. Frédéric, je l’ai rencontré une fois chez Michèle Manceaux, il y a plus de dix ans. On s’est connus sur un paillasson... C’était comme un salon littéraire. Michèle Manceaux venait d’écrire un livre sur Duras.
(1) L’Année de la pensée magique, de Joan Didion, mise en scène de Thierry Klifa, au Théâtre de l’Atelier.
(2) Premier bilan après l’apocalypse, éditions Grasset.
Frédéric Beigbeder
"On est tous des midinettes"
Frédéric, vous avez fait une faute de goût. Dans votre livre – qui recense vos coups de coeur en littérature, votre Top 100 –, il n’y a pas Duras... Or Fanny a jouéla Musica, la Maladie de la mort... F. B. – Je crois qu’il y a ceux qui aiment Sagan et ceux qui aiment Duras. Difficile d’aimer les deux en même temps. F. A. – Moi, je dirais qu’il y a ceux qui aiment Duras et ceux qui aiment Yourcenar. F. B. – Yourcenar, j’ai aussi du mal. F. A. – On peut tomber sur une phrase ciselée, mais on s’ennuie... Tandis que Duras, elle, ne parle que de ce qu’on a vécu. C’est-à-dire comment on se met la tête à l’envers pour une histoire d’amour qui n’en valait pas la peine. F. B. – Alors ça, je peux comprendre... F. A. – Elle, Duras, elle ne parle que de ça... On dit : « Ce sont des histoires de midinettes. » Mais on est tous des midinettes.
Frédéric Beigbeder
F. B. – Duras, j’ai essayé souvent, mais je n’ai jamais vraiment... Il y a une exception, c’est le Ravissement de Lol V. Stein. L’histoire d’une nana qui se fait chiper son mec par une autre nana. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle le regarde danser avec une autre femme et qu’elle ne fait rien. Finalement, quand on est amoureux de quelqu’un, on doit le laisser libre. Finalement, être un peu mou en amour, c’est pas mal. F. A. – Mou en amour, ça voudrait dire fataliste ? F. B. – Un peu fataliste. La vie décide à votre place. On n’a pas à faire de choix. F. A. – Mais alors... le chagrin ? F. B. – La Princesse de Clèves, c’est pareil : elle est folle amoureuse d’un type, mais elle sait que ça ne marchera pas. Alors autant rester chez soi... F. A. – Moi, je suis d’accord avec vous, on ne se bat pas pour l’amour. F. B. – Sinon, on devient moche.
Fanny Ardant.
Photo Carole Bellaïche
F. A. – Exactement ! Mais je n’appelle pas ça être passif. Prenez la Princesse de Clèves, la Religieuse portugaise, toutes les héroïnes de Marguerite Duras : elles deviennent folles ou elles en meurent silencieusement. F. B. – Tout ce que je peux vous dire, c’est que Fanny et moi, c’était comme Lol V. Stein. On s’est vus, on a discuté, et elle est partie avec un autre. Elle m’a quitté pour un autre. Et j’étais là, sur le paillasson, abandonné, à regarder les invités qui buvaient : il y avait Jean Echenoz, Olivier Rolin... F. A. – Est-ce que les écrivains lisent les livres les uns des autres ?
Parlez-nous de votre livre sur vos lectures... F. B. – Tout le monde fait ce livre un jour ou l’autre. En général, on dit : « Voilà les livres que j’emporterais sur une île déserte. » Je me suis dit : le papier va disparaître. Il sera remplacé par les écrans. Quels sont les cent livres de papier que j’ai envie de sauver ? F. A. – C’est beaucoup, cent !
Il y a des auteurs qui reviennent deux fois et pas beaucoup de femmes... F. B. – Il y a Colette, Sagan, Dorothy Parker, Jean Rhys... F. A. – Je prends Jean Rhys. Elle m’a foudroyée. F. B. – Ça ne m’étonne pas.
"La lecture, c'est comme la drogue"
Quels sont vos premiers souvenirs de lecture ? F. A. – Ça s’enfonce dans la nuit des temps. J’ai toujours pensé que la lecture, c’était comme une drogue. On pense qu’on est si malheureux qu’on ne va pas survivre à cette heure, à cette minute, on s’allonge avec un livre... et hop ! c’est parti. F. B. – Je suis addict à cette définition. F. A. – Parfois, sur des tournages où les cadres sont laids, où la lumière est laide, où tout est laid, un livre, et vous êtes le roi du monde.
Vous avez dédié votre livre à votre fille, Chloé, qui, écrivez-vous, « lit plus vite que moi »... F. B. – Oui, elle lit très vite. Elle aime bien les histoires de vampires, Twilight, etc. F. A. – Moi aussi, j’aime Dracula, le prince des ténèbres. F. B. – Elle est un peu gothique, Fanny. Regardez le maquillage, les yeux et tout. Elle fout les chocottes. F. A. – Dracula, il est très sexy. Il incarne le mal. Il est séduisant. Il inquiète les jeunes filles que la société veut marier. Et puis, il disparaît avec le jour... F. B. – Je crois que j’ai commencé à lire avec des romans fantastiques, comme Docteur Jekyll et Mister Hyde, de Stevenson. Ça m’a marqué. D’ailleurs, c’est mon mode de vie : être totalement double. La journée, très gentil, et à partir du moment où le soleil se couche, on devient un monstre maléfique. F. A. – Mais pourquoi attendre la nuit ?
Frédéric Beigbeder.
Photo Carole Bellaïche
F. B. – C’est le côté vampire. Les vampires dorment le jour. Je suis un couche-tard. Je peux rester à discuter avec des amis jusqu’à pas d’heure. Mais dès que les oiseaux chantent et que le soleil se lève, je vais me coucher à toute vitesse. J’ai peur du jour. F. B. – Pourquoi avoir choisi Joan Didion ? F. A. – Thierry Klifa, qui signe la mise en scène, me l’a proposé. Vous savez, c’est comme quand on boit un verre d’eau d’un seul coup. J’ai lu la pièce. F. B. – C’est très triste, ce livre. F. A. – Il y a la douleur et puis quelque chose de carnassier. Un mélange. On ne l’a pas complètement cassée, cette femme. J’ai découvert Joan Didion par l’intermédiaire de Bret Easton Ellis, dont je suis fanatique. F. B. – Comme moi. Ça y est ! On a trouvé notre paillasson.
"On est dans une société où tout le monde évacue la mort"
F. A. – À la question « Qui admirez-vous le plus ? », il avait répondu : « Balzac, Don DeLillo et Joan Didion. Les deux premiers, ça allait, mais qui est cette Joan Didion ? C’est ainsi que j’ai lu Marie avec ou sans rien, l’Année de la pensée magique... F. B. – Elle a perdu son mari et sa fille. F. A. – C’est pour ça que je pose souvent la question à un écrivain : « Est-ce que ça vous a sauvé la vie d’écrire ça ? » On sait qu’on n’est jamais guéri de quelque chose. Mais pendant un temps, ça a sauvé. On a donné une forme à cette douleur innommable. Tout à l’heure, on parlait des chagrins d’amour. Mais là, il s’agit de la perte
irréparable des êtres qu’on a aimés. Joan Didion a une langue – comme peuvent avoir les Américains – très matter-of-fact, très pragmatique. Pas de « gnangnantisme ».
F. B. – C’est très compliqué d’écrire sur le deuil. Souvent, les gens deviennent un peu larmoyants. Elle, du fait de son passé de journaliste, enquête sur la douleur. Elle a la précision du reporter. F. A. – Elle dit qu’elle peut tout donner, les tee-shirts, les casquettes, mais pas les chaussures de son mari. C’est ça, la pensée magique. Ce sont des pensées conditionnelles, comme dans les civilisations antiques. Si l’on sacrifie deux vierges, la pluie reviendra. Si je garde les chaussures, il reviendra. Qui n’a pas eu de pensée magique ? F. B. – Moi, je ressens ça chaque fois que j’ai des amis qui meurent, au moment où je dois supprimer leur numéro dans mon portable. Ou alors – un autre truc terrible – quand vous tombez sur sa voix qui n’a pas été effacée sur un répondeur. C’est comme de la magie. F. A. – Moi, ça m’est arrivé d’appeler et de me dire : mais il n’est pas foutu de répondre, ce type ! F. B. – Il est mort ! C’est mal élevé ! F. A. – On est dans une société où tout le monde évacue la mort : il a disparu, il nous a quittés... Là, c’est le sujet de la pièce. Il est mort. Et elle arrive sur scène en disant : « Je suis venue vous dire ce qui va vous arriver. » Elle est provocatrice. Elle joue les Cassandre. Et puis, j’aime l’idée de trente représentations. Autant de répétitions que de représentations... Je sais que je sortirai du théâtre comme d’un restaurant japonais, en ayant encore faim. Mais... bye-bye !
Fanny Ardant : "Je n'ai aucune assurance avec les hommes"
Par Laetitia Cénac | Le 09 septembre 2016
L’irréductible du cinéma français dynamite les codes comme aucune autre. Cette fois, elle s’essaye au théâtre de boulevard avec la comédie culte Croque-Monsieur. L’occasion rêvée pour évoquer avec elle la passion amoureuse.
Fin des répétitions, 18 heures. Fanny Ardant attend sagement, attablée au foyer du Théâtre de la Michodière. Œil charbonneux, décolleté à volants, bagues à tous les doigts, elle a troqué son élégance parisienne pour un look gypsy. Va-t-elle tirer les cartes ou lire dans le marc de café ? En fait, elle est Coco Baisos, l’aventurière qui collectionne les maris dans Croque-Monsieur (1), pièce de Marcel Mithois, créée par Jacqueline Maillan en 1964, et mise en scène par Thierry Klifa.
« Cette femme est contradictoire. Elle se sert des hommes, elle ne s’avoue jamais vaincue, elle n’a pas peur du ridicule, elle paye comptant. Mais au fond, c’est un hymne à la vie. Elle ne sera jamais victime, misérable, pleurnicharde, accablée. Elle trace. » L’occasion est trop belle. Et si nous parlions d’amour avec Fanny Ardant ? Elle acquiesce. Les mots en i lui vont bien. Elle est tour à tour irrespectueuse, iconoclaste, incandescente, irrésistible. Et toujours insolite. Si on la questionne sur une ville à la taille de l’amour, elle choisit sans hésiter : « Ouessant. Une île. C’est sans retour. Les marins ont pour dicton : "Qui voit Ouessant voit son sang." Je ne dirai jamais Venise ! » Le ton est donné.
La passion selon Ardant
« Si vous me demandez : "Est-ce que la passion est raisonnable pour construire une vie ?" Non ! Par définition, la passion est quelque chose qui vous fait perdre vos moyens, vous prive d’oxygène, vous enlève le peu d’intelligence dont vous disposez. Les coups de foudre, ça consume. Je pense que pour avoir une vie équilibrée, il faut retourner au temps des grands-mères. Les mariages arrangés avaient une grande intelligence. L’amour grandissait petit à petit. Les Indiens disaient que nous, les Occidentaux, nous attendions d’être au climax de l’amour pour se marier et que, dès lors, le sentiment dépérissait. Alors qu’eux faisaient le contraire. Ils mettaient des petites brindilles dans le feu et, à la fin de la vie, ils s’aimaient comme des fous. »
L’art et l’amour
« Quand on est très amoureux, on ne pense à rien d’autre. On a l’impression que le monde est parfait, qu’à deux on peut être seuls contre tous. Il me semble que des gens comme Mozart, comme Proust, comme Van Gogh, s’ils avaient été très amoureux ou très aimés, n’auraient rien créé. L’art, ce n’est pas entre 9 heures du matin et 5 heures du soir. On fait ça parce que c’est plus fort que soi. L’art prend la place que l’amour laisse libre. Emplit cette vie plus tiède que celle dont on avait rêvé. L’artiste a d’autant plus de lucidité qu’il sait.
On m’objectera le cas de Bach, marié, huit enfants. Mais que sait-on de lui ? De cette vie de famille dont on pourrait dire : "Tout va très bien Madame la Marquise." Mais que sait-on du cœur d’un homme ou du cœur d’une femme ? L’amoureux, lui, il peut être au ban de la société, il peut être honni, il est le roi du monde. Parce qu’il aime et qu’il est aimé. »
Vivre d’avoir aimé
« Quand on se retrouve dans le noir, on peut voir sa vie comme un couloir jalonné de flambeaux. Ou bien une mer agitée avec au loin des phares. Et on se souvient de ces moments où on aimait tellement. On pourrait le formuler ainsi : "Qu’est-ce qui me prouve que je ne suis pas morte ? Que je ne suis pas dans l’antichambre de la mort ?" Il suffit de se remémorer qu’on a aimé. Tout revient : les douleurs et les grandes espérances.
D’ailleurs, quand des enfants ou des adolescents vous parlent de leur peine de cœur, tout resurgit. On a un disque dur à l’intérieur de nous. Il y a une mémoire du corps, du chagrin, de l’exaltation. Je crois beaucoup à l’amour. Je ne me moque jamais. N’importe qui peut me parler pendant des heures, vous m’entendez : "Il m’a dit ci, et je lui ai dit ça, et il m’a dit…" Ça me passionne : "Et à ce moment-là, qu’est-ce que t’as répondu ?" »
Duras, forcément
« J’ai la même vision de l’amour que Marguerite Duras. L’amour brûle, fait une combustion. On ne s’en remet pas. Évidemment, cela va à l’encontre de notre société construite sur honneur, patrie, famille, papa, maman, enfants, la petite maison dans la prairie. C’est ingérable, les gens fous d’amour. Ça se fiche de payer ses impôts et d’avoir la police de France à ses trousses. Prenez le personnage de Lol V. Stein. Marguerite Duras saisit l’amour au moment où on devient fou, capable d’enfermement absolu, de dénuement le plus extrême…
La folie, l’ivresse, l’autodestruction ne sont pas des choses comestibles pour une société qui fonctionne. Quand je parle de l’amour comme ça, j’en parle en mon nom et je prends mes responsabilités. Que dit le bon sens commun d’un chagrin d’amour ? "Allez, un de perdu, dix de retrouvés." Il dit : "On ne se tue pas par amour." Or, nous portons une bombe à retardement qui nous fera peut-être dire un jour : "Oui, j’abandonnerai mes enfants. Oui, je suivrai cet homme…" Il y a cette possibilité de dire non à ce qui nous a été enseigné : se brosser les dents, aller à l’école, être à l’heure au bureau… "Aucune histoire conjugale ne résiste à un inconnu qui entre dans un bar", écrit Duras dans la Musica. »
Avec le temps
« Quand on est grand rescapé d’une histoire qui vous a brûlé, il y a quelque chose en nous qui est mort. On peut faire semblant. Ce n’est pas du tout négatif ce que je dis là. C’est comme une locomotive qui a été dézinguée, mais dont la vitesse est acquise. Elle continue à glisser, elle traverse des paysages, des forêts, des glaciers, elle voyage. N’empêche ! Son moteur est cassé.
J’aime la vie, mais il y a des choses sur lesquelles je ne tournerai jamais la page. Toutes celles qui m’ont fait souffrir, je ne les oublierai jamais. Dans la Femme d’à côté (de François Truffaut), je disais : "On me demande de tourner la page mais la page pèse 100 kilos." On vous dit : 'Faut aller de l’avant." Non ! Ou : "Faut pas regarder le passé." Non ! J’aime la vie, mais je suis une incurable pessimiste. On peut aimer la vie et parler de la mort. La mort n’est pas une ennemie, curieusement. C’est un régulateur et même une pacificatrice. La mort vient vous dire : "Tu te mets la tête à l’envers pour ça, t’es folle. Vis ! La vie est plus importante." »
La Callas
« Moi, si j’avais été Callas, je serais tombée amoureuse d’Onassis. Parce que j’aime beaucoup, beaucoup les self-made-men, les gens qui se sont sortis de la mouise. Maria Callas était entourée de gens qui la traitaient de "Divine" et qui n’osaient pas poser la main sur elle. Et, tout d’un coup, ce charretier est arrivé, ce voyou, carnassier, grec comme elle. Les gens disent : "C’est parce qu’il était riche." Mais elle était riche, elle aussi. En fait, il était self-made-man comme elle, ils s’en étaient sortis tous les deux. Quand ils se retrouvaient dans leur chambre, ils devaient manger du pan-bagnat. Fini, les diams, les visons.
Zeffirelli, metteur en scène de Callas Forever, que j’ai tourné, le détestait. On se disputait. Je lui rétorquais : "Tu ne comprends rien aux femmes ! C’est très attirant un homme qui ne dit pas : "Je t’ai écoutée chanter… J’avais des frissons", mais plutôt : "Bon, t’as fini ton truc ?" »
Présence des hommes
« J’aime beaucoup les hommes, la compagnie des hommes, je ne sais pas pourquoi. Souvent, je dis : "Il vaut mieux dîner avec un hommestupide qu’une femme intelligente." J’ai bien dit dîner… L’importance des hommes, les mains des hommes, les voix des hommes. Pour autant, je ne regarde rien chez un homme. Quelque chose s’insinue en moi comme un filtre, ce n’est pas du domaine du conscient, du raisonné, du raisonnable. Quelque chose s’est passé, mais c’est indéfini.
Je me souviens quand François Ozon m’a proposé un rôle dans 8 Femmes, je m’étais dit : "Ah ! Quelle barbe… Il n’y aura pas d’hommes." J’ai toujours peur qu’on exclue les hommes. Je serais très triste dans une société qui ne comprendrait que des femmes. J’ai plus de points communs avec les hommes au bout du compte. Mais je suis quelqu’un de très timide, qui n’a aucune assurance avec les hommes. Très, très timide. Si jamais on ne m’invite pas à danser, je ne danse pas. C’est une métaphore. Je préfère faire tapisserie plutôt que de dire : "Vous m’invitez à danser ?" »
Fanny Ardant et Gérard Depardieu, une belle histoire d'amitié
Paris Match| Publié le 09/01/2017 à 18h11 Margaret Macdonald
Amis depuis plus de trente ans, Fanny Ardant et Gérard Depardieu ont à nouveau collaboré sur le dernier film de la majestueuse actrice devenue réalisatrice. Leur histoire est celle d'une amitié fidèle ponctuée de retrouvailles cinématographiques. Les deux géants du cinéma ne tarissent pas d'éloges l'un envers l'autre.
A l’occasion de la sortie du nouveau film de Fanny Ardant «Le divan de Staline», une adaptation du roman éponyme de Jean-Daniel Baltassat, la réalisatrice et actrice française, accompagnée de Gérard Depardieu qui joue l’ancien dirigeant de l’ex-Union Soviétique, ont parlé de leur amitié de longue date devant les caméras du «13h Week-end» de France 2. Le 3èmelong-métrage de la star française a été tourné au Portugal et raconte l’histoire d’un Staline vieillissant qui entreprend une psychanalyse avec sa maîtresse, jouée par Emmanuelle Seigner. Fanny Ardant admet volontiers qu’elle avait cherché un rôle qui serait adapté au personnage de Gérard Depardieu car elle souhaitait avant tout le filmer. «C’est un Stradivarius, Gerard» déclare la réalisatrice à propos du monument du cinéma français qu’est devenu Depardieu au fil des années. Fanny Ardant avait déjà réalisé un film avec Gérard Depardieu en 2013 : «Cadences Obstinées».
Une amitié qui a débuté au cinéma
Gérard Depardieu et Fanny Ardant se connaissent et s’apprécient depuis longtemps et leur complicité transperce la caméra. Durant l’entretien, Depardieu dit en plaisantant de son amie : «Fanny en plus il faut la tenir, des fois elle te sort des trucs insensés. Des trucs à te prendre des coups de poubelle dans la gueule.» Aux mots de l’acteur, les deux pouffent de rire comme d’une plaisanterie privée entre deux complices, dont le sens échappe à ceux qui les écoutent. A l'origine, Gérard Depardieu et Fanny Ardant se sont rencontrés sur le tournage de «Chiens» dans les années 1970. L'actrice a plus tard révélé que Gérard était la seule personne aimable avec elle sur le tournage.
Les deux stars se sont, ensuite, données la réplique sous la direction de François Truffaut en 1981 dans le film «La femme d’a côté». Une amitié fidèle est née. Depuis, les deux amis ont joué, plusieurs fois ensemble au théâtre et au cinéma. En 2014, Ardant était montée sur les planches avec Depardieu dans la pièce «La Musica deuxième» de Marguerite Duras, dix ans après avoir joué dans «La Musica», œuvre de Duras également. Côté salles obscures, Depardieu et Ardant ont été à l’affiche ensemble de «Nathalie», «Le Colonel Chabert» ou encore «Hello Goodbye». Fanny Ardant termine l’interview avec des mots forts en affection pour son ami : «Je pourrais conclure cette conversation en disant : je ne peux pas imaginer la vie sans Gérard, point.»