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lundi 1 juillet 2024

Isidore Isou / Antonin Artaud torturé par les psychiatres / Globi-boulga

Antonin Artaud
Evelyne Dominault


Gloubi-boulga

par Alain Joubert
10 août 2020

On est en droit de s’interroger sur les raisons qui ont poussé à rééditer ce petit livre d’Isidore Isou, datant de 1970. Serait-ce parce que le seul nom d’Antonin Artaud sur la couverture assure une vente probable ? Nous n’osons croire, en effet, que la collection « Al Dante » a misé sur l’intérêt des pages d’Isidore, leur propos relevant d’un pauvre délire sournois et revanchard, en forme de gloubi-boulga – vous savez, ce plat immangeable concocté par le dinosaure Casimir sur les antennes de la télévision, à l’attention des jeunes enfants, au cours des années 1974 à 1982… Mais, à propos de dinosaure, peut-être faut-il rappeler à nos jeunes lecteurs qui était le dénommé Isou, et quels furent ses exploits.


Isidore Isou, Antonin Artaud torturé par les psychiatres. Les ignobles erreurs de André Breton, Tristan Tzara, Robert Desnos et Claude Bourdet dans l’affaire de l’internement d’Antonin Artaud. Les Presses du réel, coll. « Al Dante », 144 p., 13 €


Français d’origine roumaine, né en 1925, Isidore Goldstein fit son apparition sur la scène parisienne en 1945, avec dans sa besace l’idée d’un nouveau mouvement poétique baptisé « lettrisme ». Il s’agissait de réduire le langage à une série de sons dépourvus de sens apparent, une forme de glossolalie percutante qui fît fi des mots, ces encombrants porteurs de significations, donc de contraintes ! La liberté par le cri et l’onomatopée, voilà la solution ! Disons qu’en l’occurrence Isou s’était contenté de systématiser des expériences déjà menées avant les années 1920 par les dadaïstes de Berlin et de Zurich, notamment Hugo Ball et Kurt Schwitters ; on en trouve aussi des traces chez Desnos ou Arp, mais c’est certainement Artaud qui alla le plus loin dans cette voie, chez les surréalistes, la glossolalie révélant, selon lui, ce qu’il appelait « la consomption de la langue » (lettre à Henri Parisot, 22 septembre 1945). De là à créer un mouvement entièrement voué à cette activité…

André Breton, toujours aux aguets, éprouva, au début, une légère sympathie pour le personnage d’Isidore Isou, son côté histrion et son vocabulaire déroutant lui rappelant sans doute – un peu – les délires paranoïaques du Dalí de la grande époque, celui des années 1930. Mais si l’emballage était rigolo, le contenu n’était vraiment pas à la hauteur. Je crois bien qu’il existe une photo sur laquelle on voit André Breton marchant le long de la Seine en compagnie d’Isou, un discret sourire sur les lèvres du surréaliste accompagnant les élucubrations du lettriste en pleine action verbale !

Pour ma part, dans ma folle jeunesse, je me suis confronté par deux fois aux « travaux » d’Isou. D’abord, en 1951-1952, à l’occasion d’une projection au Studio de l’Étoile d’un film dont le titre m’avait intrigué : Traité de bave et d’éternité ; las, il s’agissait d’une interminable déambulation d’un personnage dans les rues de différents endroits, tandis qu’une voix off débitait un discours totalement dépourvu d’intérêt, où se mêlaient arrogance autosatisfaite et banalités pseudo-poétiques, quelque chose dans ce genre, vous voyez… La « bave » du titre correspondait bien à cette logorrhée envahissante, et « l’éternité » aux trois heures – et plus – que durait le film, sachant qu’il s’agissait alors d’une version abrégée, puisqu’il est indiqué quelque part que cinq heures constituaient le métrage initial : je n’aurais alors pas survécu.

Un peu plus tard, en 1954, j’eus l’opportunité de voir, en chair et en os, le dénommé Isou sur la scène du Théâtre de Poche, dans un « spectacle » intitulé La marche des jongleurs, au cours duquel, selon un procédé du même ordre que celui du film, il parlait d’abondance en présence d’un comparse, pour asséner aux rares spectateurs présents dans la salle quelques-unes de ces vérités incontournables qu’il était bien seul à promouvoir, en dépit d’un groupe minuscule où l’on retrouvait Maurice Lemaître et Gabriel Pomerand, notamment. Guy Debord y fit ses premières armes, avant de créer l’Internationale lettriste qui deviendrait plus tard l’Internationale situationniste, entreprise d’une tout autre envergure, quoi qu’on en pense par ailleurs.

Maintenant que le lecteur a pu se faire une idée, allégée, de ce qu’était le personnage, il me faut quand même parler un peu de cette réédition aberrante. De quoi s’agit-il, en effet ? Sous le titre principal de l’ouvrage, et sur la page de titre, on peut lire : les ignobles erreurs de André Breton, Tristan Tzara, Robert Desnos et Claude Bourdet dans l’affaire de l’internement d’Antonin Artaud : un peu de poudre aux yeux de l’éventuel lecteur afin de masquer la véritable cible de l’ouvrage et les raisons personnelles qui sont ainsi dissimulées.

La cible, c’est le docteur Ferdière, le chef du service de psychiatrie de l’asile de Rodez où fut interné Antonin Artaud de 1943 à 1946. Les raisons personnelles, on en trouve trace dans trois petits paragraphes soigneusement distribués au fil du texte ; ainsi, en page 44, on peut lire que l’auteur et ses camarades du groupe lettriste ont été « internés » plusieurs mois « entre mai 1968 et avril 1969, c’est-à-dire à peu près un an, jusqu’à ce que les membres de notre mouvement aient payé les amendes dues et que le responsable de l’appel à l’aliéniste ait fait sa cure de sommeil, imposée comme punition par ses propres amis » ; plus loin, en page 128, on peut lire que : « selon lui [le docteur Ferdière] il a agi avec tant de générosité envers Isou, en cherchant à lui faire prodiguer des soins, alors que celui-ci le combat par des textes, en même temps que tout le groupe lettriste » ; observons qu’Isou parle ici de lui à la troisième personne !

Enfin, en dernière page, on peut lire l’injonction suivante : « Nous demandons à l’ancien médecin-directeur de Rodez de rencontrer les avocats du mouvement lettriste et des associations d’écrivains et d’hommes de science, alliés à notre école, de leur payer les dommages et intérêts dus pour les torts qu’il leur a faits, surtout au cours de l’année 1968-1969, avant de se livrer à une cure de psychokladologie ». Ainsi, la responsabilité du docteur Ferdière serait donc pleine et entière aux yeux d’Isou, ce qui justifierait sa hargne, ses mensonges et l’invraisemblable charabia qui nous occupe maintenant. La célèbre anguille sous roche était donc là, cachée sous le fatras des arguments, mais prête à surgir d’entre les mots.

Sans doute est-il utile maintenant d’évoquer les autres raisons qui font de Gaston Ferdière une cible, de même qu’il convient d’élucider le terme barbare qui vient clore l’injonction formulée par Isidore Isou ; c’est ce que nous allons essayer de faire autant que possible, ce qui n’a rien d’évident, soyez-en sûrs !

Après avoir traité Freud de « faussaire démentiel de la culture et de la vie », et s’être autodésigné comme le créateur d’une nouvelle façon d’aborder les problèmes posés par l’état mental de supposés « malades », la psychokladologie, voici comment Isou décrit les vertus de cette « science » ; votre attention absolue est requise, suite au roulement de tambour : « le Dr Ferdière n’envisage jamais les structures fondamentales, toméïques, les contenus kladologiques […] la ligne paradilogique, le réseau de polygnoïa et la multi-aliénation déproductive et décréative des individus normaux, par rapport auxquels se situe la nosologie nouvelle, psychokladologique ». Vous êtes autorisés à prendre un peu de repos, avant la poursuite de cette brillante démonstration.

Remontons maintenant aux origines des années d’internement d’Artaud, ce qui nous mènera aux diatribes d’Isou à l’encontre de Breton ; et remarquons au passage que la première édition de ce livre date de 1970, soit quatre ans après la disparition de Breton : notre courageux auteur n’aurait jamais osé le publier du vivant de quelqu’un qui l’aurait instantanément pulvérisé « façon puzzle », comme on dit volontiers de nos jours !

Tout commence par le don d’une canne que son ami René Thomas vient de lui faire ; Artaud, féru de sciences occultes, en quête des secrets de la philosophie druidique, craignant toujours les envoûtements, et persuadé que cette canne était à l’origine celle de saint Patrick, patron des Irlandais, écrit, dans Les nouvelles révélations de l’être (Denoël, juin 1937) : « Cela veut dire que Moi qui parle j’ai une Épée et une Canne. Une canne avec 13 nœuds et que cette canne porte au 9e nœud le signe magique de la foudre ; que 9 est le chiffre de la destruction par le feu et QUE JE PRÉVOIS UNE DESTRUCTION PAR LE FEU ». En août 1937, Artaud embarque pour l’Irlande, d’abord à Galway, puis dans les îles d’Aran, avant de séjourner à Dublin où, dans un état de complète indigence, il demande asile à un couvent français. Que se passe-t-il alors ? Plus tard, Artaud racontera : « J’ai été déporté d’Irlande à la suite d’émeutes de rues qui eurent lieu autour et à propos de la canne que je portais à ce moment-là avec moi ».

Bon. Toujours est-il qu’Artaud est retenu à l’hospice Saint-de-Dieu, à Dublin, puis rapatrié en France sur le Washington, contre son gré, bien entendu. Au cours de ce voyage, des incidents se produisent, considérés comme dangereux par l’équipage, sans que nous en ayons le détail. On lui passe la camisole jusqu’au Havre, puis, après débarquement, il est interné d’office. C’est d’abord l’asile de Quatremare, puis Sotteville-lès-Rouen, Sainte-Anne, Ville-Évrard, tout cela pendant six ans, enfin Rodez pour les trois dernières années.

Pourquoi Isou s’en prend-il à Breton ou à Desnos ? En premier lieu, pour se valoriser : si les circonstances l’ont fait interner quelque temps en 1968-1969, il devient essentiel à ses yeux de se comparer à Artaud, comme de mettre en cause ceux de ses amis qui se sont préoccupés de lui et de son sort, Desnos et Breton, par exemple ! Ferdière déclarera un jour que, en 1943 « dans les asiles les psychopathes sont à proprement parler condamnés à mort par le nazisme ; ils connaissent d’effroyables carences et meurent de faim par milliers », ce qui autorise notre pseudo-génie à écrire : « Mais quels sont les textes de protestation publique, imprimés à cette période, par notre “savant” écrivain, pour dévoiler cet ignoble état de fait ? » En 1943, sous l’occupation nazie et le régime de Pétain… autant se suicider tout de suite ! Aussi, quand Desnos fait en sorte d’arracher Artaud à l’asile de Ville-Évrard, pensant qu’il sera mieux nourri à Rodez, Isou ironise sur cette préoccupation terre à terre, du haut de son savoir absolu en matière de problèmes psychiques. On appréciera… D’ailleurs, dans une lettre de février 1944 envoyée au docteur Ferdière, Artaud déclare : « C’est l’internement et les mauvais traitements que j’ai subis au début qui m’avaient mis dans cet état de bête traquée dans lequel me trouvais quand je suis arrivé ici ». Les six années avant Rodez, donc !

Quant à son attaque contre Breton, elle vaut le détour. Voici ce qu’écrit Breton dans la revue La Tour de Feu, en 1959 : « Artaud était persuadé qu’à son débarquement au Havre, retour d’Irlande, une véritable émeute avait éclaté (pour empêcher certaines déclarations qu’il devait faire) et que j’avais été tué en me portant à son secours. Qu’il pût fréquemment y faire allusion dans ses lettres ou ses conversations avec moi montre assez que le monde n’admettait plus pour lui les coordonnées habituelles ». On voit que Breton prend toutes les précautions pour ne pas évoquer la folie que certains n’hésitent pas à brandir. Mais : « Le jour vint pourtant – c’était un matin, en tête-à-tête, à la terrasse des Deux-Magots – où il me somma, au nom de tout ce qui pouvait nous unir, de confondre ceux qui contestaient l’authenticité d’un tel fait. Force me fut de lui répondre, en propres termes (de manière à le heurter le moins possible) que, sur ce point, mes souvenirs ne corroboraient pas les siens. Il me regarda avec désespoir et les larmes lui vinrent aux yeux. Sa déduction fut que les puissances occultes dont il s’était attiré la hargne avaient réussi à tromper ma mémoire ». Commentaire d’Isidore : « Breton parle à Artaud comme à un “fou” et non comme à un homme qui a pu faire, comme tous les hommes, une erreur optique normale ». Ainsi Breton aurait-il dû considérer, de vive voix, le fait qu’il avait bien été tué sous les yeux d’Artaud, afin d’effacer une « erreur optique normale » ! On s’interroge sur les erreurs optiques normales qui devaient ponctuer la vie d’Isou lorsqu’il rédigeait son pamphlet anti-Ferdière ! La clé de cet infernal charabia serait-elle là ?

Demeure la question des électrochocs subis par Artaud durant son séjour à Rodez. L’ancien interne du docteur Ferdière, Jacques Latrémolière, dans sa thèse de 1944, devait déclarer : « Le danger dans l’électro-choc est aussi grand  que dans toutes les autres méthodes, mais pas plus grand ». On voudra bien se reporter à la doxa des années 1940 concernant l’usage habituel de ces chocs électriques, et ne pas lire le passé à la lumière d’aujourd’hui ; ce qui était déjà vrai en 1970, Isidore, même si on peut le regretter après le surgissement de l’antipsychiatrie dans les années qui suivent 1968. À ce sujet, il est bon de rappeler au lecteur contemporain que, dans le numéro 3 de la revue La Révolution surréaliste, en avril 1925, André Breton avait fait publier une « Lettre aux Médecins-Chefs des Asiles de Fous », qui se terminait par ces mots : « Sans insister sur le caractère parfaitement génial des manifestations de certains fous, dans la mesure où nous sommes aptes à l’apprécier, nous affirmons la légitimité absolue de leur conception de la réalité, et de tous les actes qui en découlent. Puissiez-vous vous en souvenir demain matin à l’heure de la visite, quand vous tenterez sans lexique de converser avec ces hommes sur lesquels, reconnaissez-le, vous n’avez d’avantage que celui de la force ».

On a longtemps attribué à Artaud la paternité de cette déclaration collective, en raison de son caractère, et du fait qu’il avait alors rédigé plusieurs autres lettres, notamment au pape, au dalaï-lama ou aux écoles de Bouddha, toutes publiées dans ce même numéro 3 de la revue surréaliste. Eh bien non ! Dans le tome 1 de son livre Tracts surréalistes et déclarations collectives (Éric Losfeld, 1980), José Pierre reproduit le premier jet de cette lettre, de la main de… Robert Desnos. Comme on se retrouve !

Enfin, si Artaud eut à souffrir des électrochocs, il n’en garda pas moins toutes ses capacités et publia successivement : Artaud le Momo (1947), Van Gogh, le suicidé de la société (1947) et Pour en finir avec le jugement de Dieu, texte de l’émission réalisée par lui pour la radio, programmée pour le 4 février 1948, mais immédiatement interdite le 1er, en dépit de nombreuses protestations.

Afin d’en terminer, quand même, je conseille vivement à nos lecteurs d’économiser les 13 euros qui leur permettraient d’acquérir le « machin » d’Isidore Isou, euros qui leur permettront, en lieu et place, de se régaler d’une bonne poignée de cerises, c’est la fin de la saison !

EN ATTENDANT NADEAU


dimanche 20 août 2023

Un Dada du XIIIe siècle

Douin de Lavesne, Trubert
Capitales historiées, © BnF, manuscrit français 2188, fol. 4 et 5

 

Un Dada 

du XIIIe siècle

par Alain Joubert
27 juin 2020

Où l’on pourra vérifier que l’éternité de la jeunesse se manifeste à travers le temps, dès les provocations infernalement drôles d’un trouvère du XIIIe siècle. Dans son fabliau Trubert, le révolté Douin de Lavesne se révèle un artiste surréaliste et dadaïste avant l’heure.


Douin de Lavesne, Trubert. Nouvelle traduction, présentation et notes de Bertrand Rouziès-Léonardi. Lurlure, 224 p., 19 €


Trubert, avec ses 2 984 vers, relève-t-il du fabliau – comme indiqué sur la couverture – ou bien du roman – à la manière du Perceval de Chrétien de Troyes ? On retrouve codes et langage du roman antique, relève Bertrand Rouziès-Léonardi dans sa présentation : « alternance de séquences purement narratives et de dialogues enlevés qui vont du registre familier au registre soutenu, élasticité temporelle, intensification de l’action, invraisemblances calculées, listes descriptives, personnages archétypiques qui couvrent tout le spectre social ou presque, géographie bipolaire (la forêt/le château), etc. ».

Peu importe, au demeurant, puisque ce qui aimante Trubert c’est, par le non-sens et la provocation, de mettre à mal les fondements de l’ordre alors dominant, l’aristocratie. Tout y passe : chevalerie, guerre, famille, mariage arrangé, vassalité, les armes employées ayant double force, à la fois directe et symbolique, à savoir sexualité, homosexualité et zoophilie, note le traducteur, qui précise : « Trubert remplace Dieu par le Désir. Il suffit d’un déguisement et d’une caresse pour rendre égaux tous les hommes devant le Désir ».

Comme il convient de donner un corps bien réel aux règles combattues, de les incarner en quelque sorte, ce sont le duc Garnier et le roi Golias qui deviendront la cible des outrances et de la violence – parfois criminelle – manifestées par Trubert, afin de mener son combat de « truand » parmi les truands au pouvoir, eux qui n’hésitent pas à violenter leurs « sujets » avec impudence. Car il s’agit d’exposer « le fond de bassesse inhérent à toute grandeur. On n’abaisse pas un fond. C’est la superstructure qu’il faut effondrer. Le bâton n’est pas de trop pour y parvenir. Le bâton, c’est l’arme du pédagogue », insiste le traducteur, sachant que Trubert est ce redoutable pédagogue, comme on va le voir. Ainsi, quand notre truand s’indigne devant un crucifix géant sur lequel il voit agoniser un pauvre type, cela « vaut sermon à l’adresse de tous ces chrétiens prétendus qui, habitués par l’art à la vision horrifique du Christ souffrant, ne s’étonnent plus de voir un homme, larron ou pas, se balancer au mât du gibet seigneurial ». Quand l’Art sert la soupe à la soumission : retenons cette variante à La Boétie, et revenons à nos bâtons !

Pour mieux aboutir à ses fins, notre héros s’appuie d’abord sur un motif (un prétexte ?) de bon aloi, déclarant à sa mère, veuve avec deux enfants, fille et garçon, tous prenant soin d’une génisse, ce qui va suivre : « Mère, il me vient une idée à l’esprit : / Nous devrions vendre notre génisse. / Ma sœur aurait besoin d’une pelisse. / Vous voyez bien qu’elle va toute nue. / Tant qu’elle sera chichement vêtue, Nous lui chercherons un époux en vain ». Avec l’accord de sa mère, « Trubert se met en chemin au matin. / C’est au château que le marché se tient. / Avec sa vache, il s’y rend sans tarder. / Un boucher se dit prêt à l’acheter ». Commence alors la valse des avatars ; avec les sous de la vente, il achète une chèvre à bon prix et, sans coup férir, demande à un maître artisan de la peindre de plusieurs couleurs : « Le maître applique alors sur la toison / Indigo, jaune, vert et vermillon. / Cette opération embellit la bête ».

De retour au château, où vit le duc de la contrée, sa femme, « assise près d’une croisée, / Dit à celle qui lui tient compagnie : / Regardez, mademoiselle Aude, ma mie, / La bête étrange que cet homme mène, / Les couleurs qui ruissellent sur sa laine. / Je dois l’avouer, c’est une merveille ! ». Désirant vivement l’acquérir, elle mande Trubert en ses appartements et lui dit : « S’il vous plait, veuillez nous vendre / Votre chèvre. N’hésitez pas à prendre / De nos deniers sonnants pour vous payer. »  Mais Trubert lui propose un singulier marché : « Oui-da, je vous la vendrai volontiers, / Une saillie et cinq sous en deniers / C’est là son prix. À moins vous ne l’aurez ».

J’ouvre ici une parenthèse. Mes connaissances en ancien français sont très limitées mais, puisque nous est donné en page de gauche le texte original, je m’interroge : pourquoi le traducteur a-t-il choisi le mot « saillie », aujourd’hui réservé au taureau ou à l’étalon, par exemple, alors que, sous la plume de l’auteur, c’est « foutre » qui figure en bonne place pour désigner l’exercice ? Un zeste de pudeur bien étonnant chez celui qui, dans son introduction, n’hésite pas à écrire : « Haut les culs et bas les masques ! » D’autant que le mot « foutre » a toujours pignon sur rue, de nos jours, si j’ose dire ! Une coquetterie, peut-être ?  Souhaitons qu’il n’y en ait pas d’autres, qui nous échapperaient…

Douin de Lavesne, Trubert

Après tergiversations, et sur les conseils de sa suivante, la duchesse sera chevauchée par Trubert mais, le retour du duc s’annonçant, et alors que Trubert s’incruste, elle puise largement dans son coffret débordant de bijoux et de pièces d’argent, puis chasse Trubert qui s’en va avec sa chèvre et dix livres au moins. En débouchant sur la chaussée, il rencontre le duc et sa troupe qui reviennent de la chasse. Tous s’étonnent devant la chèvre, phénomène rare ! Le duc s’approche du garçon et lui dit : « Cette chèvre est-elle à vendre, l’ami ? / – En effet, monseigneur. Vous la voulez ? / – À combien, mon frère, vous l’estimez ? / Dites-moi son prix et je vous l’achète. / – Volontiers. La chose n’est pas secrète. / Elle vaut quatre poils de votre cul / Et cinq sous tout rond. J’ai fait le calcul ».

Après s’être indigné, le duc finira par céder, baissant ses chausses au nez de Trubert et lui montrant son derrière ; à l’aide d’un poinçon bien effilé, il pique le duc au cul, ce qui provoque bien des cris de l’intéressé qui, pour que le marché se termine, fait remettre au garçon cent sous d’un chevalier et part avec la chèvre qu’il entend offrir à la duchesse ! On aura compris ce qui va suivre, il convient donc de presser le pas ! Le ton est donné, et les leçons vont s’accélérer, à base de mystifications bien tranchantes où le bâton jouera pleinement son rôle éducateur, sachant qu’ici le bâton matérialise l’esprit de rébellion vis-à-vis de l’autoritarisme du pouvoir et ne constitue pas une fin en soi ! « Il est dans l’essence des symboles d’être symboliques », disait Jacques Vaché

Vont se succéder dès lors plusieurs métamorphoses de Trubert, toujours destinées à ridiculiser le duc en lui faisant mille misères. Ainsi : « Un petit démon lui souffle à l’oreille / Que le duc n’a pas fini de le voir. / Il lui rendra visite pour savoir / S’il ne peut pas en tirer plus d’argent ». Déguisé, grimé et armé tel un charpentier, il se fait bientôt inviter au château, le duc ayant quelques projets pour une nouvelle maison. S’ensuivront certains épisodes  où, après avoir pété bruyamment au dîner de réception et accusé sa voisine de table, Trubert entraînera le duc dans la forêt, parviendra par menterie à le ligoter à un arbre et lui administrera une volée de coups de bâton (le revoilà !), non sans, la nuit précédente, s’être fait passer pour lui auprès de la duchesse, profitant de l’obscurité et d’une chambre séparée, et non sans avoir joui tant et plus de l’épouse, à la grande satisfaction de celle-ci, très surprise de tant de vigueur inhabituelle !

Toujours par menterie, ruse et vilenie, Trubert parviendra à faire pendre, au château, le neveu du duc qui pensait bien tenir son agresseur en sa personne. Mais la bastonnade l’ayant fort endommagé, il fait quérir le meilleur médecin possible ; évidemment, c’est à nouveau Trubert, dûment déguisé, qui se présente. Afin de soulager les douleurs, et après avoir isolé le patient avec ordre de ne pas déranger, il l’attache à nouveau, l’enduit d’un onguent « miracle » qui n’est autre que de la merde de chien, et lui fait donner de la verge une fois encore.

Douin de Lavesne, Trubert

Capitales historiées, © BnF, manuscrit français 2188, fol. 4 et 5

Plus tard, alors que le duc se voit lancer un défi guerrier par le roi Golias, c’est en chevalier flamboyant que Trubert se propose de défaire l’armée ennemie. Il y parviendra grâce à un cheval emballé et à certaines circonstances ; en chemin vers le château, il croisera une paysanne. « Il lui découpe le cul et le con, / Et met dans un sac cette venaison. / Il compte l’offrir au duc en présent », prétextant qu’il s’agit là de ce qui reste de la tête du roi Golias, dûment décapité par ses soins. Pour cela, le duc lui offrira la main de sa fille ! Encore plus tard, après avoir été démasqué, il revient habillé en femme, et prétend être la sœur de Trubert ; le duc, séduit par sa mine et ses propos, lui confie de veiller sur sa fille en tant que suivante. Le soir, quand il faut aller au lit, Rosette, la fille du duc, propose à celle que l’on nomme dame fleurie de dormir avec elle. La chandelle éteinte, et la chemise enlevée, c’est sous les draps que commence la scène : « Comment en l’état rester impassible ? / Trubert a beau faire, son vit se tend. / Rosette contre sa cuisse le sent : / Qu’est-ce donc que ceci ? Dites-le-moi. / – Très volontiers, en toute bonne foi. / C’est mon copain, un petit lapereau. […] Dedans mon con je le mets et le couche / à l’occasion il m’apaise et me fait le plus grand bien. / – Accepterait-il d’entrer dans le mien ? »  Etc, mais le lecteur avisé sait ce qui va s’ensuivre ! Faut-il voir là l’origine de l’expression « chaud lapin » ?

Du dénouement, il ne sera rien révélé ici ; sachez cependant qu’à force d’habiletés Trubert parviendra à faire épouser Rosette par le roi Golias – point mort, on l’a deviné –, et que ce glissement vers l’amour opéré par Douin de Lavesne en ses ultimes vers « se présente comme une passation de relais au sexe dit ‟faible”, qui se rebiffe à travers lui [le héros] », peut annoncer le traducteur.

Si, comme le suggère la quatrième de couverture, Trubert « anticipe de plusieurs siècles certaines performances dadaïstes », j’avance que l’hommage fait à la femme in fine le rapproche également du surréalisme et de ses valeurs, révolte comprise.

EN ATTENDAN NADEAU


lundi 6 juin 2022

Anton Stoltz / Le jardin du Lagerkommandant / Une monstrueuse normalité

 



Une monstrueuse normalité

par Alain Joubert
21 avril 2021

En 1943, Hans Nebel et sa femme, Anna, arrivent en Pologne, sous un soleil radieux, dans une région boisée qui leur rappelle un peu la Forêt-Noire. Une vraie chance. Lui est Untersturmfürer ; c’est un SS. Il vient d’être affecté à l’état-major d’Auschwitz, où il sera chargé de la comptabilité du camp. Son supérieur lui assure que les conditions d’existence en Pologne sont excellentes pour les familles, puis lui offre un cigare, en ajoutant qu’il y a pire comme travail. Anton Stoltz, écrivain canadien dont Le jardin du Lagerkommandant est le premier roman, mène la narration du point de vue d’Anna ; ce sont donc les réflexions et les états d’âme de cette bonne épouse qui constituent l’essentiel du récit qui va suivre. 


Anton Stoltz, Le jardin du Lagerkommandant. Maurice Nadeau, 192 p., 19 €


Ainsi l’installation dans un chalet vaste et confortable, une « villa », à quelques kilomètres du camp, se passe-t-elle pour le mieux : il y a le chauffage central et l’eau chaude. Le seul véritable souci d’Anna concerne l’éducation de ses deux enfants, Joachim et Helmut, mais on lui assure que Frau Muller, originaire de Berlin, s’en occupera merveilleusement. Il ne reste plus au personnage d’Anton Stoltz, dès lors, qu’à réfléchir à son emploi du temps, une fois les garçons en classe.

Pour commencer, Anna estime qu’elle a besoin d’être régulièrement coiffée, chaque vendredi, et demande à son mari de lui envoyer quelqu’un, préférant être coiffée à domicile plutôt que de se rendre au salon de coiffure du camp. C’est une Juive (on ne saura jamais son nom), qui sert d’interprète au bureau de l’état-major, que propose Hans ; elle n’a pas du tout le type sémite, observe Anna, qui, du coup, souhaite la prendre à la maison pour l’employer également à certaines tâches domestiques ; c’est tellement plus pratique pour l’entretien des lieux ! Hans donne son accord en précisant cependant : « Pas question qu’elle touche à la cuisine, nous engagerons quelqu’un d’autre pour cela ». Ce sera une jeune fille, allemande par son père, hollandaise par sa mère, prénommée Elisabeth (elle a le droit d’être « nommée », elle !), et Témoin de Jéhovah, donc d’une parfaite docilité, déclare Hans, même si ces gens-là « ont des idées un peu bizarres en ce qui concerne la pratique religieuse, et sont pacifistes ».

L’intendance, c’est bien joli, mais cela ne suffit pas à Anna qui pense transformer son salon en un espace de concert et de lecture, espérant que certaines femmes d’officiers, qu’elle n’a pas encore côtoyées à Auschwitz, aimeraient participer à ces soirées, au lieu de se rencontrer uniquement « pour partager café, gâteaux et pâtisseries, ou pour un thé musical ». Sa solution : un événement tous les mois, sur un thème musical associé à une lecture. Pour ouvrir la saison, elle décide de proposer le thème de la joie en musique, en s’appuyant sur Beethoven, Bruckner et Bach et, pour la première lecture, sur l’un des grands auteurs romantiques allemands à choisir. On se fournira en alcools et victuailles grâce au Lagerkommandant, « homme en mesure de comprendre ce type de demande », sachant que sa femme, Frau Hoess, adore le faste et « s’approvisionne largement aux entrepôts de vivres du camp ».

Le jardin du Lagerkommandant, d'Anton Stoltz : monstrueuse normalité

Photo de mariage d’un « Oberlieutenant » SS © ww2gallery

L’urgence du moment, cependant, c’est de vérifier si la Juive, âgée de dix-sept ans et demi, est en mesure de coiffer convenablement Anna. Tout se passera le mieux du monde et Hans, de retour du camp, pourra dire à sa femme « C’est du travail de professionnelle, nul doute là-dessus ». Plus tard, dans la soirée, après avoir tous les deux bu force schnaps, Hans dissertera sur l’impératif catégorique de Kant, en déclarant que la morale, au sens où l’entendait le philosophe, « ne pouvait être discutée que si des hommes comme lui avaient le courage de poser la question […] en termes dramatiques, excessifs, grâce à une action nouvelle, inconcevable jusque-là pour l’esprit humain », ce qui laissa songeuse Anna qui, à cet instant encore, ignorait tout de ce qui se passait réellement dans le camp. Bien sûr, l’odeur nauséabonde qui flottait alentour, si elle lui rappelait celle d’une tannerie qu’elle respirait jadis du côté de Günzburg, lui laissait à penser qu’il s’agissait alors d’une tannerie « d’un type particulier ».

Certes, elle savait par son mari, qui était chargé de compter les morts, qu’il existait un four crématoire, mais la manière dont ces morts s’étaient ainsi accumulés lui échappait totalement. Et si elle comprenait qu’il fallait éviter les risques d’épidémie, elle se disait néanmoins : « N’aurait-on pas pu tout de même enfouir les corps à une bonne profondeur plutôt que de nous imposer cela ? » Ce à quoi Hans répondait : « Tu n’as qu’à te boucher le nez si ça te déplait ».

Un jour qu’il avait beaucoup bu, Hans déclara qu’il avait aussi beaucoup réfléchi au cas du Christ, et que c’était un faux Juif : « Jésus était un aryen venu de l’Inde et qui a été tué parce qu’il n’était pas sémite. Ce qui nous autorise à croire en lui ». Sur ces bonnes paroles, Anna fait endosser à la coiffeuse juive une blouse qui permet de dissimuler son étoile jaune au travail, sachant que la jeune fille ne s’approprie pas le bien d’autrui et ne songe pas à fuir ; une perle, à l’image d’un bon SS qui ne vole ni ne fuit, déclara Hans, sauf exception…

Toujours soucieuse de sa bonne forme physique, Anna évite de compenser son ennui par la nourriture : « Ce serait si bête de grossir à Auschwitz lorsqu’une femme peut employer son temps à se cultiver et à profiter de la campagne ». Il s’agit à présent d’organiser la première soirée de concert et d’en fixer le programme, le problème de l’approvisionnement étant surmonté !

Cette soirée se déroulera sans incident, à grands coups de Bach et de Chopin, pour la musique, et avec l’aide des poèmes d’Evald Klust lus par Frau Brunner. Il est vrai qu’Anna avait rédigé une présentation affirmant que « nous, Allemands, avons une largeur de vue que les autres peuples n’ont pas, dès qu’il s’agit d’apprécier les œuvres du génie humain ». Un autre jour, alors qu’elle fait l’éloge du docteur Kremer qui tente de trouver des réponses au problème du « vieillissement », Hans s’insurge violemment et déclare : « On ne vieillit pas à Auschwitz, Anna, Le problème du vieillissement ne se pose pas, ne s’est jamais posé et ne se posera pas à Auschwitz, tu m’entends ? Tu ne sais rien et tu ne dois rien savoir ! » À l’avenir, en plusieurs circonstances, Hans formulera un certain nombre de critiques quant au devenir de l’Allemagne, ce qui se passe sur le front de l’Est lui paraissant négativement décisif. Mais la grande question pour Anna est ailleurs ; elle souhaiterait posséder un grand jardin, agrémenté d’une serre où pourraient être cultivés des fruits exotiques !

Bon. Le lecteur du roman d’Anton Stoltz a compris ce qui se passe à quelques kilomètres du camp, cette vie bucolique au milieu de fermes, d’écuries, de jardins individuels, alors que les chambres à gaz tournent à plein régime afin d’éliminer Juifs et Tziganes par un système d’extermination de masse. Ah ! bien sûr, il y a l’odeur ! Bref, nous sommes au cœur d’une « normalité monstrueuse »…

Dans une postface, Anton Stoltz nous apprend que l’Untersturmfürer Hans Nebel n’est pas un personnage de fiction ; né en 1910, il est mort en 1973, après avoir passé quatre ans dans un camp d’internement américain à partir de 1945. Stoltz précise aussi que : « Si on ne peut mettre sur le même plan ici les problèmes domestiques de Frau Nebel et les meurtres de masse qui sont commis à l’intérieur du camp, dissocier ces deux réalités serait une erreur. Car ce qui a lieu à l’intérieur comme à l’extérieur du camp constitue l’envers et l’endroit d’une même entreprise de dissimulation de la vérité. Ici, on se plaint des odeurs ; là-bas, on brûle les corps. »

Dans cette chronique, je n’ai relaté qu’une petite partie des réjouissances hypothétiques vues par Anna, et des interrogations diverses de Hans, voire de ses « complaisances » envers la Juive, comme nous l’apprendra une lettre non cachetée, retrouvée dans ses papiers après sa mort. Mais ce livre, d’une grande puissance d’évocation, « montre l’emprise de cette idéologie mortifère que fut le nazisme sur ceux qui, « muets », « sourds », « aveugles » et « amnésiques », furent trop souvent les complices des bourreaux », rappelle Anton Stoltz, en guise de conclusion. Certains « rappels » sont-ils toujours aussi utiles ? L’avenir nous le dira.

EN ATTENDANT NADEAU

vendredi 17 décembre 2021

Le centenaire de Gabrielle Wittkop

 



Hemlock et Les héritages : le centenaire de Gabrielle Wittkop

Gabrielle Wittkop © Luc Paris


Le centenaire de Gabrielle Wittkop

par Alain Joubert
28 octobre 2020

Le fait d’écrire nous enseigne-t-il l’implicite, le silencieux, le secret, ce qui ne se voit pas, ce qui se devine, ce qui n’a l’air de rien ? Vous venez de lire le détournement d’une interrogation de la philosophe Cynthia Fleury, portant sur autre chose ; en l’état, il a toute sa place dans ce qui va suivre concernant Gabrielle Wittkop, qui aurait eu cent ans cette année. Un de ses textes (Hemlock) reparaît, pendant qu’un autre (Les héritages) apparaît.


Gabrielle Wittkop, Hemlock (à travers les meurtrières). Quidam, 556 p., 25 €

Gabrielle Wittkop, Les héritages. Christian Bourgois, 170 p., 17 €


Avant d’en venir aux ouvrages, peut-être convient-il de rappeler aux lecteurs qui était leur auteur, écrivain trop peu connu qui se voulait influencée par Sade et Lautréamont. Née « par accident » le 27 mai 1920 à Nantes, d’une mère qui ne l’aimait pas, Marguerite Marie Louise Gabrielle Ménardeau qui deviendra Gabrielle Wittkop est élevée par une bonne martiniquaise et un père libre penseur ; dès l’âge de quatre ans, elle plonge dans les livres et, à vingt ans, a tout lu : Sade, Voltaire, La Mettrie, Holbach, Condillac. Très jeune, elle déteste les enfants : « Je me souviens que j’écrasais rageusement avec mes pieds le crâne des baigneurs en Celluloïd », précise-t-elle quelque part. Par crainte d’enfanter, elle se voudra « surtout » lesbienne.

À Paris, durant l’Occupation, elle rencontre un écrivain allemand antinazi, déserteur, homosexuel, de vingt et un ans son aîné ; ils s’aiment « comme deux frères », et se cachent dans une mansarde de la rue de Seine jusqu’en août 1944. Justus Wittkop, c’est son nom, prend contact avec les Alliés et gagne Londres pour réaliser, à la BBC, des émissions destinées à l’Allemagne en guerre. De « bons français » dénoncent Gabrielle pour avoir vécu avec un « boche » ; arrêtée sans autre vérification, elle est transférée à Drancy pour y être tondue. En 1946, elle rejoint clandestinement l’Allemagne et y épouse Justus ; ainsi, du fait de l’état civil, « naît » enfin Gabrielle Wittkop.

Grâce à Justus, elle exercera pour la presse allemande le métier de journaliste culturelle, et voyagera beaucoup, surtout en Asie. En 1970, sa rencontre avec Christopher, un Anglais rédacteur en chef d’un journal bâlois, jouera le rôle de « catalyseur psychique et spirituel de son travail vraiment littéraire ». Son vrai premier roman, Le nécrophile, lui est d’ailleurs dédié. Mais Christopher est assassiné à Bombay le 1er février 1973, et Gabrielle rédigera alors La mort de C., écrit « avec le sang du cœur ». Suivront Sérénissime assassinatLe sommeil de la raison, d’autres encore, notamment La marchande d’enfants, qui, si son action ne se déroulait pas au XVIIIe siècle, aurait probablement provoqué des poursuites pour « apologie de la pédophilie, du meurtre, de la torture et autres actes de barbarie », tant l’humour noir et provocateur y va bon train.

Cette femme étonnante, qui affirmait volontiers sa totale absence de sentiment religieux, son dégoût de la famille et son mépris de toute revendication nationale – ce que l’on peut comprendre après l’épisode de Drancy –, se donnera la mort en décembre 2002, à quatre-vingt-deux ans, pour éviter la sinistre dégénérescence que lui promettait un cancer en phase avancée. Un dernier message à son éditeur disait : « Je vais mourir comme j’ai vécu : en homme libre ». On ne saurait mieux dire !

Car il faut savoir que, précédemment, Gabrielle avait assisté à la déchéance absolue de Justus, son double, atteint de la maladie de Parkinson, « dont les mains ne pouvaient même plus maintenir un livre sur ses genoux », rappelle Karine Cnudde, dans sa remarquable préface à Hemlock. Justus se suicidera officiellement en 1986, et Gabrielle Wittkop affirmera : « Je l’y ai encouragé. J’ai raconté ça dans Hemlock ». Ce n’est peut-être pas aussi simple, si l’on prête attention à une phrase revenant tout au long du livre, jusqu’à ses dernières lignes : « La vérité est la part du discours passée sous silence ».

À la mort de Justus, Gabrielle entreprend la rédaction de ce Hemlock qui nous intrigue aujourd’hui. Il sera publié une première fois dès 1988, revu plus tard par l’auteur, réédité cette année. Il suit donc de très peu la disparition de Justus, et constitue comme la longue justification d’un acte qui devait être posé afin que la vie affirme sa toute-puissance. Un indice est apporté par Karine Cnudde dans sa préface, comme en passant, lorsqu’elle écrit que Gabrielle retrouvera le corps de son mari sans vie « suite à une prétendue absence de sa part ». Ce drame sera en quelque sorte le fil d’Ariane du livre dont nous allons maintenant décrypter la troublante structure.

Si Hemlock est sous-titré « à travers les meurtrières », la polysémie du mot est à prendre au sérieux ; en effet, le lecteur est invité à suivre les destinées tragiques de trois femmes, à travers le temps, un quatrième récit s’insérant entre les pages, justifiant, comme par écho, le comportement de Hemlock, la narratrice, dont le nom en anglais signifie « cigüe ». Deuxième indice récurrent, la cigüe révélant chaque fois, dans chaque histoire, sa présence toxique dans la nature où se déplacent les personnages en situation. Lesquels ?

Nous sommes d’abord au XVIe siècle, en Italie, pour suivre les crimes de la famille Cenci, principalement ceux de Béatrice, qui inspira plus tard Shelley et Stendhal. Tout au long de l’évocation du cheminement qui va amener Béatrice Cenci à assassiner Francesco, son père, on découvre que celui-ci n’a aucune considération pour ses enfants, qu’il mène une vie où dominent la boisson, les garces et le jeu, qu’il est de plus d’une hargneuse brutalité avec sa fille comme en témoigne cet extrait : « Déjà le nerf de bœuf fendait l’air en sifflant, s’abattant sur les épaules de Béatrice, sur les bras dont elle se protégeait le visage. Un coup de pied dans le ventre la fit choir sur le sol, tandis qu’infatigable le nerf de bœuf continuait à la cingler, la striant de rouge, lui brisant un doigt. Enfin Francesco la saisit aux cheveux et la traîna jusqu’à un cabinet où il la jeta comme un paquet avant de claquer la porte et de tourner la clé dans la serrure ».

Le style de Gabrielle Wittkop est d’une somptuosité affolante, qui fait penser – analogiquement, non à l’identique – aux plus belles pages de Huysmans ; il plonge le lecteur dans une réalité visuelle d’une intensité proche de ce qu’il pourrait ressentir au cinéma, comme dans cette description d’un quartier de Rome : « Le quartier avait gardé son aspect médiéval et, sous le vertigineux labyrinthe des degrés extérieurs, des cours suspendues, des galeries en bois jetées d’une maison à l’autre et d’où cascadaient les glycines et les fougères […] s’ouvraient encore les échoppes des serruriers, des papetiers, des drapiers, des marchands d’estampes, des orfèvres… ». Et puis cette phrase, d’une beauté évidente dans sa limpidité, à propos d’une femme vêtue d’une robe blanche, et qui parlait, trempée comme sortie du fleuve, alors que « la pluie lavait ses paroles ». Au passage, on apprendra encore que l’omniprésente cigüe s’appelle aussi faux-cerfeuil, herbe-aux-souris, persil-de-chien, sang-de-vipère, angélique-des-sorcières et bonne-providence. Suivez mon regard…

Toute l’histoire de Béatrice et de ses méfaits nous est contée dans ses moindres détails, jusqu’au procès qui la condamnera à mort, puis à son exécution au final grandguignolesque : « Toute rouge encore du sang de Lucrezia, la hache retomba avec un bruit sourd. Comme le bourreau voulait montrer la tête au peuple, ainsi qu’on le faisait toujours pour les condamnés de qualité, elle lui échappa et roulant à bas de l’échafaud, vint frapper le sol en répandant un flot de sang. Alors une grande plainte s’éleva, une immense clameur : la foule romaine mettait au monde Béatrice Cenci ».

Le deuxième destin tragique qui nous est conté est celui d’une Française du Grand Siècle, Marie-Madeleine d’Aubray, future marquise de Brinvilliers. Née le 22 juillet 1630, par une nuit de pleine lune, dans une grande maison centenaire, bâtie à la barrière de Picpus, à la mort de sa mère elle fut confiée à la Macette, serve ramenée du château d’Offémont que possédait Antoine Dreux d’Aubray, conseiller d’État, et maître des requêtes, notamment. Elle avait à peine six ans quand la Macette lui fit voir la lune dans un seau d’eau, ce que Marie-Madeleine voulut expérimenter à chaque pleine lune ! Plus tard, Macette lui apprit à reconnaître les champignons, bolets, morilles, coulemelles et autres coprins chevelus ; mais aussi la fausse oronge, l’amanite phalloïde, le tricholome ardent, la russule fourchue ou l’entolome livide et les touffes de l’hypholome, tous ceux qui faisaient mourir quiconque en mangeait. « Et pour la première fois, Marie-Madeleine d’Aubray entendit parler du poison, une chose cachée qui pouvait tout. » Plus tard, jeune fille, elle est violée par un valet au bec-de-lièvre, qu’elle perdra en l’accusant d’un vol menant à son arrestation. Mais, apprenant qu’il s’est échappé, l’angoisse ne la quittera plus de toute sa vie. Un autre indice, glissé là entre deux phrases : « Il y a des choses qu’on fait mais dont on ne parle pas ».

Hemlock et Les héritages : le centenaire de Gabrielle Wittkop

Après avoir appris les plantes et leurs propriétés multiples, et batifolé avec Hector de Thouarcé, un ami de ses frères, puis enseigné à ceux-ci les travaux pratiques menant au plaisir, elle fut bien aise d’avoir recours à Macette pour avorter des fâcheuses conséquences de ces emportements ! À l’instigation de son père, elle rencontre M. de Brinvilliers qu’elle ne tarde pas à épouser. Lors de la nuit de noces, en leur château de Sains, Clément de Brinvilliers « ne s’étonna point de ne pas trouver ce qu’il n’avait guère attendu »… En revanche, il fut ravi de trouver en sa femme « une compagne de plaisir, élégante et disposée à jouir de toutes les fêtes ». Très vite, il initia Marie-Madeleine aux joies et aux affres du tripot, où l’on perdait toujours. Des fortunes disparaissaient en un rien de temps, « des manoirs s’écroulaient sur eux-mêmes, des forêts disparaissaient en vapeur, des joyaux coulaient en rapides rivières jusqu’à ce que plus rien ne restât ». Un jour, Clément lui présenta un ami, son double, qui se reflétait en elle comme elle se reflétait en lui ; or, on sait que croiser son double, c’est ouvrir sa porte à la mort ! Du fait de cette rencontre avec Godin de Sainte-Croix, le destin de la marquise se trouva scellé. Devenue bien vite sa maîtresse, pour la première fois elle avait connu une assomption, « atteignant enfin ce que toujours elle avait attendu, soulevée et anéantie dans d’indescriptibles délices. Elle se retrouva ruisselante, défaite, noyée dans sa chevelure et riche aussi du souvenir futur ».

La marquise entreprit de soutenir financièrement son amant, le couple que celui-ci formait avec Élisabeth, son épouse, étant fort démuni. Des fortunes y passèrent, sous le regard « complaisant » de Clément qui, généreusement, offrit même son nom à une petite fille adultérine prénommée Marie. Dreux d’Aubray, le père de Marie-Madeleine, indigné par l’inconduite de sa fille et sa monstrueuse prodigalité, s’arrangea pour faire embastiller Sainte-Croix. Elle devint folle furieuse et décida, ce jour-là, de tuer son père ; encore fallait-il savoir comment s’y prendre. Certaines rencontres vont y pourvoir.

Et puis soudain, Wittkop se permet un clin d’œil réservé aux initiés. C’est un clin d’œil « littéraire », si l’on peut dire ; un paragraphe commence ainsi : « La marquise sortit à cinq heures ». Or, dans le premier Manifeste du surréalisme, André Breton citait en bonne part Paul Valéry déclarant qu’il se refuserait toujours à écrire : « La marquise sortit à cinq heures ». On appréciera !

Certaines rencontres, disais-je. Avant d’être libéré, pâli et aminci, Sainte-Croix avait côtoyé au cachot un Italien nommé Eggidi qui l’incita à user du poison s’il avait des comptes à régler, et à reprendre contact avec le chimiste et apothicaire bâlois Chistopher Glazer, établi à Paris, rue du Petit-Lion. Ainsi Sainte-Croix et Marie-Madeleine furent-ils initiés à la bonne manière d’administrer l’arsenic sans laisser de traces, ou si peu ! Un chemin s’ouvrait.

Bon. Je ne vais pas retracer tous les méfaits de la Brinvilliers, le lecteur devant en connaître une bonne partie, et Gabrielle Wittkop se délectant à les rappeler au fur et à mesure de leur accomplissement. Petit résumé de la liste noire de ses transgressions telles qu’elles figurent dans une confession écrite de sa main : après avoir perdu sa virginité quand elle n’avait pas huit ans, elle reconnaissait avoir empoisonné son père et ses frères, avoir tenté d’empoisonner sa sœur, avoir été incendiaire, avoir commis incestes et avortements. Finalement arrêtée après une escapade à Londres, elle fut condamnée à avoir la tête tranchée en place de Grève, et à subir préalablement la question « pour avoir révélation de ses complices ». Liée nue sur un chevalet, un homme au bec-de-lièvre (son obsession) « lui força entre les dents un entonnoir où il vida les coquemars contenant l’eau de trois grands seaux. Elle étouffait. Ses entrailles allaient éclater, ses reins se dissoudre, son cœur se rompre, l’eau lui ressortait par les coins de la bouche, inondait ses cheveux, ruisselait glaciale sur tout son corps ».

Le jour de son exécution, on entendit un coup sourd, celui du glaive du bourreau : « Madame de Brinvilliers tenait fort droite sa tête qui, quelques instants, demeura sur le tronc avant de tomber tandis qu’avec un gloussement de source une cape écarlate revêtait la condamnée jusqu’aux pieds. Le petit corps chancela, tout rouge, et s’effondra sur le tas de sable ». « Sortie » de la marquise, bien qu’il ne fût pas cinq heures !

La troisième histoire racontée par l’auteur porte sur une Anglaise de l’époque edwardienne, Augusta Fulham, et sur ce qu’il advint alors qu’elle vivait en Inde. Dès les premières lignes, le fil rouge fait son apparition quand il est précisé qu’Augusta était justement en train de lire The Cenci de Shelley. Plus tard, évidemment, elle sera bouleversée par la lecture de La Brinvilliers d’Alexandre Dumas, comme on se retrouve ! Je ne vais pas développer maintenant le contenu de cet épisode, sachez seulement qu’il est aussi haletant que les précédents, et qu’après avoir quitté Londres – où sévissait alors Jack l’éventreur – Augusta suivit en Inde son mari, officier de l’armée britannique alors puissance occupante ; le temps faisant son office, comme le désenchantement, elle prendra un amant et finira par empoisonner patiemment Edward afin de se sentir libre. Lors d’un déplacement à travers le pays, cette phrase magnifique surgit soudain : « Les voyageurs traversèrent une ville rouge et blanche comme une pièce de boucherie ».

Convaincue d’assassinat, elle est condamnée à être « pendue par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive », mais du fait qu’elle se trouve enceinte, des œuvres de son amant, sa peine est commuée en emprisonnement à perpétuité. Le 29 mai 1914, jour anniversaire de ses trente-neuf ans, Augusta Fulham « vit soudain une lueur fulgurante, ressentit le choc d’une clarté qui lui entrait par les yeux et lui brûlait le cerveau. Elle tomba raide morte […] Personne ne vint réclamer le corps ».

Mais c’est le quatrième récit, celui qui « encadre » les trois histoires de meurtrières, qui éclaire cette « part du discours passée sous silence » ; on pourra y suivre les réflexions de Hemlock, dont le mari, H. – qu’elle aime éperdument –, souffre d’une maladie incurable le rendant dépendant de son épouse. On sait que Gabrielle Wittkop déclara avoir « encouragé » Justus à se suicider ; mais si elle déclara avoir découvert le corps après une brève absence, tout laisse à penser que ses « encouragements » comportaient une part d’action directe, et que c’est bel et bien d’euthanasie qu’il convient de parler. À juste titre, d’ailleurs ! Une partie du voile est levée quand Hemlock écrit : « Il est encore très tôt, peut-être six heures du matin, matin d’un jour particulier […] Elle lève lentement le bras gauche et lentement aussi fait plusieurs fois un geste d’adieu auquel H. répond. […] Hemlock et H. échangent un signe d’adieu de chaque côté d‘une frontière qui déjà les sépare, se font signe sur les deux rives du Styx déjà, se font signe, se font signe. Puis Hemlock se détourne et s’en va ». Moment déchirant de lucidité absolue.

Hemlock et Les héritages : le centenaire de Gabrielle Wittkop

Les éditions Christian Bourgois nous présentent quant à elles un texte inédit de Gabrielle Wittkop, Les héritages, afin de célébrer le centenaire de sa naissance. Probablement écrit tardivement, ce roman se déroule sur près d’un siècle, traverse deux guerres, et nous mène jusqu’au moment de l’apparition du sida. Cela étant, une histoire qui commence par cette phrase : « Alors que, deux mois avant de se pendre, Monsieur Célestin Mercier reprenait d’un potage au céleri, il interrogea sa femme sur le nom de la villa » ne peut être que captivante !

Située en bord de Marne, la villa Séléné verra se succéder au fil du temps un égyptologue, bibliophile et grand joueur de roulette russe, une belle dévote, torturée par le doute, un pharmacien exhibitionniste, bien d’autres encore ; notamment, ce jeune couple formé d’un déserteur allemand (tiens tiens !), nommé Hugo Degencamp (tiens, encore un H), et d’une Antoinette bien française ; on se souvient que Gabrielle et Justus avaient trouvé refuge, durant l’Occupation, dans une chambre située rue de Seine, et voilà que ce jeune couple habite une villa située sur les bords de la Marne : comme c’est bizarre, aurait dit Louis Jouvet !

Ils connaîtront un sort identique, puisque Hugo rejoindra les forces alliées en 1944, tandis qu’Antoinette, dénoncée et arrêtée, connaîtra les joies de Drancy – voir plus haut. C’est alors un nouveau clin d’œil de Gabrielle, à moins que ce ne soit une ruse de son inconscient. Voici l’affaire : « Un jour de 1966, un couple s’arrêta devant la villa, l’homme grand, mince, à la fin de la soixantaine, la femme belle encore, commençant à peine à vieillir […] Ils demeurèrent quelques instants devant cette maison qui avait abrité sous son toit les joies et les angoisses de leur histoire interdite. Puis, main dans la main, ils s’éloignèrent silencieux, en ce bref instant des quarante ans qu’heureux ils passèrent ensemble ». Et c’est là qu’il y a « clin d’œil ». En effet, si, dans la vie réelle, Gabrielle et Justus, entre 1944 et 1986, ont effectivement passé une quarantaine d’années ensemble, il n’en est pas de même pour Hugo et Antoinette qui, de 1940 à 1966, n’auront passé qu’une vingtaine d’années côte à côte !  Manière de signaler au lecteur peu au fait de leur histoire que Hugo et Antoinette sont, en fait, Gabrielle et Justus… Plus tard, preuve supplémentaire, dans une villa allemande, Hugo boira le poison « pour échapper aux humiliantes déchéances du très grand âge. Une mort virile, digne des Anciens […] Avant son geste, Hugo avait même pris soin de se raser. Il avait toujours montré du caractère ».

La « morale » de tout cela ? C’est que tout être – homme ou femme – est amené un jour à tuer ce qu’il aime, réellement ou symboliquement. Cette morale, Gabrielle Wittkop en a fait une leçon de vie, et son œuvre n’a pas fini de faire trembler les murs de la bienséance. Merci Madame – ou Monsieur ?

EN ATTENDANT NADEAU