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mercredi 7 décembre 2022

Virgina Woolf / « Vita et Virginia » / Affinités électives




« Vita et Virginia », affinités électives 
Critique
Avec plus de soin que de souffle, Chanya Button met en scène la liaison intellectuelle et sentimentale entre deux femmes remarquables : Vita Sackville-West et Virginia Woolf.


Emmanuelle Giuliani
le 09/07/2019 à 11:53
Modifié le 09/07/2019 à 15:44

Lorsque, d’un film, on retient avant tout le raffinement des décors et l’élégance des costumes, ce n’est guère bon signe. Surtout quand l’œuvre en question confronte deux figures remarquables, femmes de lettres et femmes de tête : les romancières anglaises Vita Sackville-West et Virginia Woolf.

De leur rencontre en 1922, ardemment recherchée par la première, jusqu’à la fin de leur liaison qui se prolongera en amitié, Chanya Button (1) s’attache pourtant à dépeindre scrupuleusement le choc de deux caractères que tout réunit et que tout oppose.


Animées par un farouche désir d’émancipation, en rupture avec les codes et carcans de la société victorienne mise à mal par la Première Guerre mondiale, Vita et Virginia puisent dans l’écriture la force et la liberté que la vie leur refuse encore. Leur mutuelle fascination repose sur l’attraction des contraires – panache de Vita contre discrétion de Virginia, trouble psychologique de Virginia contre assurance, un peu trop belle pour être vraie, de Vita.


Deux comédiennes engagées

En choisissant deux comédiennes (trop) ravissantes qu’elle nimbe de lumière délicate, Chanya Button court le risque de faire basculer son film dans le roman-photo sur pellicule glacée, écueil que le talent et l’engagement des actrices parviennent à éviter. Tantôt garçonne, tantôt ultra-féminine, Vita/Gemma Arterton traverse l’existence le sourire aux lèvres : ses brisures soudaines n’en sont que plus touchantes. Virginia/Elizabeth Debicki, diaphane, ne tombe jamais dans le ridicule quand sa frêle silhouette ploie sous l’assaut des oiseaux noirs.


Mais pourquoi la réalisatrice use-t-elle et abuse-t-elle des gros plans, comme s’il fallait scruter les visages de tout près pour en percer le mystère ? Un procédé qui alanguit le propos, comme la lecture récurrente des lettres échangées entre les deux romancières. Il faut alors les interventions jubilatoires d’Isabella Rossellini, « Madame mère » arc-boutée sur ses principes, ou les hésitations sentimentales de Ruppert Penry-Jones, remarquablement ambigu en époux de façade, pour apporter quelque élan à ce sage exercice, bien éloigné de la magnétique singularité de ses héroïnes.

(1) Il s’agit de son deuxième long-métrage

• Non ! * Pourquoi pas ** Bon film *** Très bon film **** Chef-d’œuvre


LA CROIX

mercredi 23 décembre 2020

«The Night Manager», quand John le Carré 
est bien adapté

 

Hugh Laure et Tom Hiddleston

«The Night Manager», quand John le Carré 
est bien adapté

La mini-série d'espionnage sort en DVD, ce qui permet de la déguster à nouveau, ou la découvrir. Elle en vaut la peine

Nicolas Dufour

Publié lundi 27 mars 2017 à 20:27

C’est un duel d’acteurs au sommet. Hugh Laurie (naguère Dr House) pour le méchant, Tom Hiddleston en gentil. Ce dernier, gérant de nuit dans des hôtels, se fait embrigader par une discrète cellule de l’espionnage britannique afin de pister un trafiquant d’armes aux stratégies de camouflage des livraisons particulièrement retorses – le personnage de Hugh Laurie, donc. De surcroît, l’hôtelier veut venger la mort d’une conquête (Aure Atika) trop brièvement connue et assassinée par l’entourage du vendeur de lance-roquettes.


The Night Manager: inspirée d’un roman de John le Carré, cette mini-série en six épisodes, montrée l’été dernier par la RTS, a divisé – c’est peu dire. D’un côté, des légions d’amateurs qui ont jugé l’œuvre fastidieuse et soporifique. De l’autre, des clients conquis et un establishment séduit: 12 nominations aux Emmy, deux prix – notamment pour la réalisation signée par la danoise Susanne Bier – et trois Golden Globes, honorant entre autres les deux acteurs principaux.

The Night Manager sort en DVD, ce qui permet de la (re)découvrir au calme. Et de savourer la qualité générale de l’ensemble, soutenue, voire parfois relancée, par les deux coqs acteurs. En sus, cette mini-série représente une bonne nouvelle: elle marque le lancement de nouveaux projets d’adaptations des romans de John le Carré par ses ayants droit, lesquels font preuve d’une certaine perspicacité. Lors du dernier festival Séries Mania, Simon Cornwell, fils de l’écrivain, racontait que «John le Carré a été adapté à la TV par la BBC trois fois, la dernière, il y a vingt ans. Nous avons repris les droits des romans, nous avons d’abord privilégié le cinéma. C’est la première fois que nous travaillons pour la TV…» Et c’est réussi, sans excès de respect de l’œuvre originale, et ainsi, avec l’intelligence de laisser les créateurs de la série mener leur projet à bien. Un bon début.

LE TEMPS