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mercredi 4 septembre 2019

Cannes / "Une fille facile" avec Zahia et "Alice et le Maire" primés à la Quinzaine

Zahia Dehar


Cannes : "Une fille facile" avec Zahia et "Alice et le Maire" primés à la Quinzaine

 18h39, le 23 mai 2019


Le film "Une fille facile" avec Zahia Dehar, l'ex-escort girl, a reçu le prix de la Société des auteurs compositeurs dramatiques. "Alice et le Maire", avec Fabrice Luchini, a lui aussi été distingué. 
"Une fille facile" de Rebecca Zlotowski, qui met en scène l'ex-escort girl Zahia Deharpour ses débuts au cinéma, et "Alice et le maire" de Nicolas Pariser ont été primés jeudi à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Le premier a reçu le prix SACD (Société des auteurs compositeurs dramatiques) et le second le prix du meilleur film européen, décerné par Europa Cinema Label.
Zahia Dehar

"Une fille facile", premier rôle pour l'ex-escort girl Zahia Dehar

"Une fille facile" suit deux cousines un été à Cannes : la libérée Sophia, Zahia Dehar, qui couche avec des hommes riches et se fait offrir des cadeaux, et Naïma (Mina Farid), plus jeune, fascinée par l'univers de luxe et de désir qu'elle découvre. L'ex-escort girl avait accédé malgré elle à la notoriété à l'occasion du scandale impliquant des joueurs de l'équipe de France qui avaient eu recours à ses services alors qu'elle était mineure. "J'ai plutôt de la sympathie pour les femmes victimes de la curée publique", racontait, il y a quelques jours à l'AFP, Rebecca Zlotowski à propos de son actrice.
"Pour être féministe on n'a plus besoin de montrer des femmes spationautes ou neuro-chirurgiennes. J'ai du plaisir à montrer des femmes dans le cliché de la sur-féminité", ajoutait la réalisatrice, membre du collectif 50/50 à l'origine de la montée des marches 100% féminine l'an dernier à Cannes, dans le sillage de l'affaire Weinstein et la vague #MeToo. Agrégée de langue et littérature française, cette diplômée de la Femis voit dans son film un dialogue avec "La collectionneuse" d'Eric Rohmer. "Une fille facile, ce n'est pas péjoratif, c'est une femme qui s'épanouit dans sa sexualité à l'égal d'un homme. Il est rare de voir une femme comme Sophia célébrée comme cela", a souligné pour sa part Zahia Dehar.
Zahia Dehar

"Alice et le maire", avec Fabrice Luchini en maire de Lyon 

"Alice et le maire" met en scène un maire de Lyon (Fabrice Luchini) vieillissant qui fait venir auprès de lui une jeune femme (Anaïs Demoustier) qu'il charge de lui trouver des idées nouvelles pour rebondir politiquement.  "Je ne me suis pas du tout inspiré de Gérard Collomb et de la vie politique lyonnaise, dont j'ignore tout", assurait le cinéaste Nicolas Pariser dans la revue "Le film français", déplorant que la Ville lui ait mis des bâtons dans les roues. 
"Je ne me suis pas du tout inspiré de Gérard Collomb et de la vie politique lyonnaise, dont j'ignore tout", assurait le cinéaste Nicolas Pariser dans la revue "Le film français", déplorant que la Ville lui ait mis des bâtons dans les roues. "Nous devions tourner à la mairie, nous avions même fait des repérages techniques assez poussés mais, au dernier moment, la mairie n'a plus voulu travailler avec nous, comme si, soudain, elle avait pris peur", racontait-il, déplorant que l'opposition municipale ait "instrumentalisé l'affaire avec beaucoup d'énergie et une certaine réussite dans la presse locale".

mardi 3 septembre 2019

Zahia, actrice principale d'"Une fille facile" / "J'ai toujours été attirée par ce genre de femmes totalement libres"




Zahia, actrice principale d'"Une fille facile" : "J'ai toujours été attirée par ce genre de femmes totalement libres"

, modifié à L'ex-escort-girl, propulsée sur la scène médiatique en 2009 lors d'un scandale impliquant Franck Ribéry, interprète son premier vrai rôle au cinéma dans un film de Rebecca Zlotowski, en salles mercredi. 
Zahia Dehar, actrice principale d'un film ? Lorsque l'information a fuité, la presse était dubitative. Mais dans Une fille facile, de Rebecca Zlotowski, en salles mercredi, l'ex-escort girl, propulsée sur la scène médiatique en 2009 pour une affaire de mœurs impliquant plusieurs footballeurs dont Franck Ribéry, est plus que convaincante.

Zahia Dehar, à droite, fait ses débuts au cinéma.


"Résister aux restrictions et aux attentes de cette société"

Après quelques minutes enfoncé dans son siège, le visage et le jeu de Zahia sur grand écran nous irradie. Elle est juste, sobre, avec son phrasé si particulier. Et son personnage, celui d'une jeune fille qui passe un été à coucher avec un riche collectionneur en échange de cadeaux nous questionne : et si finalement c'était ça, la liberté ultime ? Disposer de son corps, coucher pour son plaisir, avec qui l'on veut, en échange de ce que l'on veut, en se moquant du qu'en dira-t-on ?
"J'ai toujours été attirée par ce genre de femmes totalement libres, et qui résistent aux restrictions et aux attentes de cette société", confirme la jeune actrice au micro d'Europe 1.



"Aucun gros mot, une espèce d'élégance"

Depuis le scandale, il y a dix ans, Zahia avait déjà été choisie comme égérie par Karl Lagerfeld, avant de jouer un tout petit rôle dans un film de Marilou Berry. Pour franchir un nouveau cap au cinéma, elle a écrit à Rebecca Zlotovsky... sur Instagram, parvenant à lui donner envie d'écrire une histoire en lien avec son passé médiatique.
"Quand elle m'a envoyé ce petit signe, j'ai regardé ce qu'elle mettait en scène d'elle-même, parce que c'est ça le réseau social, et j'ai été bouleversée par sa manière de parler", raconte la réalisatrice. "Un peu années 60, aucun gros mot, une espèce d'élégance qui m'a immédiatement projetée dans l'imaginaire d'Eric Rohmer..." 
Alors, après avoir longtemps rêvé de devenir pilote d'avion, Zahia envisage aujourd'hui de poursuivre une carrière dans le cinéma. Elle cite comme référence les films de Luis Buñuel et Roman Polanski.



dimanche 1 septembre 2019

Une fille facile / Une classe au-dessus



«UNE FILLE FACILE», UNE CLASSE AU-DESSUS

Par Marcos Uzal
— 27 août 2019 à 17:06 (mis à jour à 19:12)



Jalonné de références sixties, de Bardot à Rohmer, le film de Rebecca Zlotowski révèle en Zahia Dehar une actrice ultramoderne et subtile, au service d’une radieuse chronique sociale qui a la douceur d’un conte d’été.


Difficile d’évoquer Une fille facile sans commencer par souligner, car c’est là le cœur du film, le rôle principal qu’y tient Zahia Dehar, autrefois devenue célèbre malgré elle comme la victime d’une bruyante affaire de mœurs sur laquelle le film de Rebecca Zlotowski ne nous incite pas à nous étendre plus. Car ce préambule est là pour préciser aussitôt que ce qui pouvait sembler être un choix douteux s’avère immédiatement un pari très réussi - on y reviendra.Zahia Dehar incarne Sofia, une jeune Parisienne qui, après la mort de sa mère, débarque à Cannes chez sa cousine Naïma (Mina Farid), 16 ans, en formation dans les cuisines d’un luxueux hôtel de la ville où sa mère est femme de chambre. Un soir, elles montent dans le yacht d’un milliardaire brésilien, Andres (Nuno Lopes), qui a accosté dans le port de la ville. A son bord, Philippe (Benoît Magimel), dont on découvrira que la présence a priori amicale n’est pas épargnée par la domination de classe. Sofia a très vite une liaison avec Andres, attisée notamment par les possibilités matérielles que lui offre cette rencontre. Naïma observe les agissements de sa cousine, partagée entre réticence et admiration.


Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel et Nuno Lopes dans «Une fille facile» de Rebecca Zlotowski. Photo Julian Torres.

Réminiscences

Le film est émaillé de nombreuses citations et références cinématographiques, aucunement anecdotiques. Au tout début, par exemple, Sofia-Zahia marche sur une plage tandis que des gros plans détaillent quelques parties de son corps, exactement comme l’ouverture de la Collectionneuse de Rohmer. Andres et Philippe ont quelque chose d’un peu anachronique, comme sortis d’un film des années 60, tels de lointains cousins des nantis oisifs et désabusés que sut si bien dépeindre le scénariste Paul Gégauff dans Plein Soleil de Clément ou les premiers Chabrol (A double tour, les Godelureaux). Ailleurs, un rêve sensuel avec des oursins convoque Dalí et Buñuel. Et puis surtout, il y a la nonchalance et la diction de Zahia Dehar, qui font irrésistiblement penser à Brigitte Bardot, en particulier dans deux films ensoleillés auxquels on songe beaucoup : Et Dieu créa la femme de Vadim et le Mépris de Godard.
Loin d’être de nostalgiques clins d’œil aux cinéphiles, ces réminiscences, qu’il importe peu de reconnaître, permettent de jauger le présent - cinématographique autant que social - à l’aune d’une mythologie que le film ravive avec une grâce étonnante. Et pourquoi ça marche ? Avant tout parce que Zahia Dehar se révèle formidable. Non pas comme une simple imitatrice de Bardot, mais comme une incarnation contemporaine de ce mélange de naturel et de sophistication qui rendit en son temps l’actrice si moderne et déconcertante. Serge Daney écrivait que dans le film de Vadim, Bardot faisait sonner creux tous les hommes. Soixante ans plus tard, dans une autre Côte d’Azur, Zahia Dehar fait à son tour sonner creux une certaine idée de la masculinité : carafes de whisky et gros cigares, fatuité désabusée et luxe décomplexé, cynique domination sous un masque pseudo-libertaire…

Revanche

Parce que le film ne juge jamais son personnage, il fait aussi sonner creux tout le moralisme qu’une figure comme Zahia Dehar peut éveiller en ces temps parfois puritains. Avec panache et détachement, Sofia vit ce que certains assimileraient à de la prostitution comme une forme de souveraineté, presque comme un acte politique : répondre au mépris de classe et à la phallocratie en se servant chez les hommes riches. Sans illusions, elle sacrifie le romanesque sur l’autel de la lutte des classes. Et il faut qu’il se dégage d’elle beaucoup de candeur pour qu’elle ne paraisse pas le moins du monde cynique lorsqu’elle dit : «Pour moi, les sentiments, ça ne compte pas du tout. On doit jamais rien attendre, on doit toujours tout provoquer par nous-mêmes.» Bien sûr, ce qui nous touche ici, c’est aussi ce que Zahia Dehar paraît dire d’elle-même à travers Sofia (même s’il faudrait se garder de les confondre), qui relève d’une autre forme de revanche : celle d’une jeune fille lavée de la boue de la presse people pour révéler au cinéma une certaine grandeur.
Mais le film est aussi très drôle, l’attitude déconcertante de Zahia Dehar n’étant pas dénuée de puissance comique. Et il est constamment doux, malgré la violence sous-jacente. Comme si les voix (basses) des acteurs et les musiques de Caetano Veloso, Debussy ou Chet Baker s’accordaient à ce mélange d’indolence et de mélancolie qui rend cette néoactrice si émouvante.