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dimanche 17 juillet 2016

Les Murray / Examen créole

Les Murray

Les Murray

Examen créole

Quel âge avais-tu quand tu as vécu pour
la première fois dans une maison imperméable ?






vendredi 15 juillet 2016

Les Murray / L’instrument



Les Murray
L’instrument

Qui lit la poésie ? Pas nos intellectuels ;
ils veulent la contrôler. Pas les amoureux, pas les combatifs,
pas les candidats. Eux aussi l’écrèment pour en faire des bouquets
et des cartes maîtresses magiques. Pas les pauvres écoliers
pétant furtivement quand ils sont immunisés contre elle.

La poésie est lue par les amoureux de la poésie
et entendue par quelques autres qu’ils entraînent au café
ou à la bibliothèque de district pour une lecture bifocale.
Les amoureux de la poésie peuvent totaliser un million de personnes
sur toute la planète. Moins que les joueurs de skat.

Ce qui leur procure du plaisir est une pellicule jamais mortelle
distillée, en vers principalement, et suspendue en calme
extase sur la surface du papier. Le reste de la poésie
dont ce fut un temps partie intégrante régit encore
les continents, comme il l’a toujours fait. Mais à condition maintenant

que son vrai nom ne soit jamais prononcé : constructions mentales, poésie sauvage,
l’opposé mais aussi le secret du rationnel,
et qui la lit ? Ah, les amoureux, les écoliers,
les polémistes, les généraux, les rois du crime, tout le monde les lit :
Porsche, décollage, Gaia, Cool, patriarchie.

Parmi les strophes sauvages il y en a beaucoup qui exigent votre chair
pour les incarner. Seul l’art accompli,
libre de toute obédience à son époque, peut vous pirouetter
à travers et en travers des plus grands poèmes à l’intérieur desquels vous êtes.
En étant à l’extérieur toute la poésie est un vide inaccessible.

Pourquoi écrire la poésie ? Pour le chômage surnaturel.
Pour les migraines indolores, qui doivent être exploitées pour frapper
au bas du bras qui écrit au moment le plus mûr.
Pour les ajustements successifs, calibrer un verbe
avant que la transe ne vous quitte. Pour travailler toujours par-delà

sa propre intelligence. Pour n’avoir pas besoin de soulever
et trahir le pauvre pour le faire. Pour une célébrité qui ne vous dévore pas.
Peu de choses en politique lui ressemblent : peut-être
la réinvention par les colons australiens du vote
secret sarcastique adopté depuis longtemps, dans lequel la déflation pouvait se cacher

et, comme quelqu’un qui apporte le bien-être, couvrir de honte les Révolutions
aux fosses communes, tranchantes comme des haches, pareilles à des licteurs.
Était-ce la victoire du monde brillant de la couardise morale ?
Respirer dans le rythme onirique quand on est réveillé et loin de son lit
manifeste le don. Être tragique avec un livre sur la tête.



jeudi 14 juillet 2016

Les Murray / Un autochtone



Les Murray
Un autochtone

Sur les longues plaines au nord du fleuve
un ancien en veste de cuir fait du stop
pour aller aux obsèques de sa fille.




mercredi 13 juillet 2016

Les Murray / Poésie et religion




Les Murray
Poésie et religion

Les religions sont des poèmes. Elles concertent
notre esprit diurne et onirique, nos
émotions, instinct, souffle et geste originel

dans la seule façon totale de penser : la poésie.
Rien n’est dit tant que ça n’a pas été rêvé en mots
et rien n’est vrai qui ne consiste qu’en mots.

Un poème, comparé à une religion accomplie,
peut être comme la seule brève nuit nuptiale dont
meurt et vit le soldat. Mais c’est une petite religion.

La pleine religion est le grand poème de l’amour itératif ;
comme tout poème, elle doit être inépuisable et complète
avec des endroits où nous demandons : Pourquoi le poète a fait ça ?

On ne peut prier un mensonge, disait Huckleberry Finn ;
on ne peut pas le poétiser non plus. C’est le même miroir :
mobile, oblique, étincelant, nous l’appelons poésie,

fixé au centre, nous l’appelons une religion,
et Dieu est la poésie prise dans chaque religion,
prise, pas emprisonnée. Prise comme dans un miroir

qu’elle a attiré, étant dans le monde comme la poésie
est dans le poème, une loi contre sa fermeture.
Il y aura toujours de la religion tant qu’il y aura de la poésie

ou son absence. Toutes deux sont données et intermittentes,
comme la façon d’agir de ces oiseaux – colombe lophote, perroquet rosella –
qui volent les ailes fermées, puis les battent et les referment à nouveau.