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vendredi 7 août 2020

Juan Carlos parti d’Espagne, le roi actuel aura fort à faire pour «réparer» la monarchie

Juan Carlos en 2013, alors qu’il s’apprêtait à abdiquer en faveur de son fils. — © Daniel Ochoa de Olza

Juan Carlos parti d’Espagne, le roi actuel aura fort à faire pour «réparer» la monarchie


Felipe VI a annoncé que son père, le souverain émérite, était définitivement écarté de la Casa Real et du pays. Mais avec les affaires de corruption qui la minent, la Maison royale aura beaucoup de meubles à sauver si elle parvient à restaurer son prestige issu de la transition démocratique post-franquiste


Olivier Perrin

Publié mardi 4 août 2020 à 09:12
Modifié mardi 4 août 2020 à 21:29


L’ancien roi d’Espagne Juan Carlos de Borbon y Borbon, 82 ans, longtemps révéré pour avoir mené la transition de la dictature de Franco à la démocratie, s’est donc résolu ce lundi à l’exil après l’ouverture par la justice de son pays d’une enquête pour corruption à son encontre. Il l’a annoncé dans une courte lettre à son fils, le souverain Felipe VI, qui l’a ensuite annoncé sur le site de la Casa Real. Le Tribunal suprême espagnol doit établir s’il a touché des pots-de-vin pour la construction d’une ligne ferroviaire à grande vitesse en Arabie saoudite par un consortium d’entreprises espagnoles.

LE TEMPS



jeudi 6 août 2020

En Espagne, Juan Carlos prend le large






En Espagne, Juan Carlos prend le large

Le roi émérite, qui fut le garant de la transition démocratique du pays, a quitté le territoire espagnol. Une manière de tenter de sauver la couronne, mise en danger par les déboires judiciaires du monarque
François Musseau, Madrid
Publié mardi 4 août 2020 à 18:25
Modifié mardi 4 août 2020 à 23:07

Le départ de celui qui disait «avoir tout donné pour sa patrie» a un parfum de disgrâce. Le roi émérite, lui qui pendant quatre décennies fut l’incarnation de la transition de la dictature vers la démocratie, a pris la tangente en fuyant cette même «patrie». Juan Carlos, associé à une période opulente de l’Espagne, se trouve-t-il aujourd’hui à Estoril, où résidait son propre père, Jean de Bourbon, comme le soutiennent des médias portugais? Ou bien en République dominicaine, comme l’atteste le quotidien La Vanguardia, dans une des fastueuses résidences du magnat du sucre et tycoon hôtelier «Pepe» Fanjul, son supposé «grand ami»?

Quelle que soit la destination de Juan Carlos Ier, et que cet exil soit temporaire ou non, un cycle s’est terminé: avec ce départ en plein cœur de l’été, qui a pris tout le monde de court même s’il a été mûrement prémédité et préparé avec le fils et actuel monarque Felipe VI, un lien symbolique s’est rompu entre un pays entier et celui qui résida cinquante-huit ans à la Zarzuela – la résidence royale, sise au nord-ouest de Madrid.
«Un double drame»
«Pour tous ceux qui, comme moi, ont vécu des décennies de consolidation démocratique, dans laquelle Juan Carlos Ier a joué un rôle primordial, il est très triste de le voir aujourd’hui faire ses valises, tel un aveu de sa déchéance morale, commente l’éditorialiste Fernando Omega. On assiste à un double drame, celui d’un père répudié par son fils, et celui d’un fils obligé de sauver l’institution monarchique en sacrifiant son père.» Dans une lettre adressée lundi à Felipe, Juan Carlos explique que sa «décision méditée» de quitter l’Espagne est liée aux répercussions publiques d’événements passés de sa vie privée. Autrement dit, et compte tenu de ses déboires judiciaires, son exil est sa manière à lui de protéger à la fois son fils et la monarchie.
Le 18 juin 2014, en abdiquant au profit de son fils, Juan Carlos – sur lequel s’accumulent déjà une série de scandales de mœurs – croit renforcer une monarchie dont la réputation commence à se déliter auprès d’une majorité d’Espagnols, pour qui la Casa Real avait toujours été jusque-là symbole d’union nationale et d’exemplarité. Mais, ce faisant, celui qui devient ce jour même «roi émérite» fragilise sa propre situation puisqu’il met fin à son «inviolabilité». A cette date, Juan Carlos est persuadé que son prestige n’a pas été fondamentalement entamé par ses multiples frasques, notamment une partie de chasse clandestine au Botswana en avril 2012, qui se soldera par une chute fracassante.

Importants dessous-de-table versés par le régime saoudien

A sa sortie d’hôpital, il lâche aux Espagnols: «Je suis désolé, je me suis trompé, cela ne se reproduira pas.» On le sait depuis longtemps chasseur invétéré, coureur de jupons compulsif, navigateur hédoniste: une image quasi folklorique, pour certains sympathique, qui s’ajoute à son rôle décisif lors du putsch avorté du lieutenant-colonel Tejero en février 1981. «Son rôle lors de ce moment capital, où la démocratie espagnole aurait pu sombrer de nouveau, lui a conféré une puissante image de sauveur de la nation, dit le politologue Enrique Gil Calvo. A tort, Juan Carlos a alors pensé qu’il pouvait à jamais bénéficier de ce capital de sympathie, qui plus est protégé par son statut royal.»
Le moment de bascule se produit en 2018, lorsque des médias révèlent – sur la base d’enregistrements clandestins réalisés par un ancien commissaire de police – que l’ancien monarque disposerait de comptes bancaires en Suisse, liés à d’importants dessous-de-table versés par le régime saoudien dans le cadre d’un contrat de train rapide entre Riyad et Médine, contrat obtenu par un consortium espagnol. Ces 65 millions d’euros auraient été versés à une fondation avant de bénéficier à une certaine Corinna Larsen, «l’ancienne tendre amie du roi», suspectée d’être aussi une intermédiaire.

Possibles poursuites judiciaires

Ces mouvements d’argent se poursuivant après l’abdication de juin 2014, ils peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires. S’ils trouvaient des «indices» allant dans ce sens, la justice suisse et le parquet du tribunal suprême pourraient mettre en examen le roi émérite. Hier, l’avocat de Juan Carlos a bien pris soin de préciser qu’en aucun cas son client n’avait l’intention de fuir et que, depuis sa nouvelle résidence, «il serait totalement à la disposition de la justice».
Reste à savoir si l’exil volontaire de Juan Carlos va suffire à sauver la monarchie espagnole, objet d’une avalanche de scandales depuis une dizaine d’années. Certes, depuis le début de son règne en juin 2014, Felipe VI a tout fait pour maintenir une attitude irréprochable. Le 15 mars dernier, voyant que les casseroles judiciaires de son père prenaient de l’ampleur, il a renoncé à l’héritage paternel (pour éviter toute possible contamination avec de l’argent d’origine douteuse) et a supprimé la somme annuelle de 200 000 euros allouée à son père.
La plupart des formations politiques, dont les socialistes au pouvoir, ont approuvé le départ volontaire de Juan Carlos, comme une mesure supplémentaire favorisant un «cordon sanitaire» autour d’une monarchie en péril. A l’inverse, les nationalistes et la gauche radicale de Podemos y voient une «attitude indigne», une «fraude». Voire un motif pour contester la légitimité de Felipe VI.





mercredi 5 août 2020

Juan Carlos I, le meurtre du père




ÉDITORIAL 

Juan Carlos, le meurtre du père

Le départ de l'ex-roi met en lumière les nombreuses faiblesses du pays


LUIS LEMA
Publié mardi 4 août 2020 à 21:24
Modifié mardi 4 août 2020 à 21:30

Une fuite? Un exil? Une mise à l’écart d’un personnage devenu décidément trop encombrant? Le départ forcé de Juan Carlos, annoncé lundi soir, était devenu une nécessité. Il y a presque un demi-siècle, le jeune roi Juan Carlos, nommé par une décision du dictateur Franco, avait su se mouler aux désirs de son époque, et apparaître comme l’emblème d’une nouvelle Espagne assoiffée de modernité et de démocratie. Quand la démocratie semblait ne plus tenir qu’à un fil, le monarque avait fait la différence.
Pourtant, l’âge venant, à coups de bourdes, d’aveuglements et d’égocentrisme, il a fini par manquer sérieusement le coche. Juan Carlos, progressivement, ne signifiait plus rien dans l’Espagne actuelle. Mais son départ, loin de résoudre les problèmes, risque au contraire de mettre encore plus en évidence les faiblesses d’un pays aux prises avec des crises à ce point multiples qu’il serait vain de vouloir les énumérer toutes.

Pêle-mêle: frappée de plein fouet par la crise sanitaire du Covid-19, l’Espagne se débat avec des conséquences économiques que l’aide européenne ne parviendra pas à gommer. La coalition au pouvoir – les socialistes sont épaulés par l’extrême gauche – fait beaucoup de mécontents, y compris dans les rangs des électeurs de gauche. Son unité territoriale vacille sous les coups de boutoir des indépendantistes catalans. Les nostalgiques d’un pouvoir fort relèvent la tête et s’expriment à haute voix, ici autant qu’ailleurs. Autrefois garante de l’unité du pays, la monarchie est contestée, souvent avec des arguments parfaitement recevables.
Dans ce contexte, Juan Carlos, ses chasses aux éléphants, ses maîtresses et son goût pour l’argent, étaient devenus un boulet purement insupportable. Felipe VI, le successeur aux allures de premier de classe, l’a parfaitement compris. Mais il n’est pas sûr que le meurtre symbolique du père soit suffisant pour apaiser les flammes et rendre la monarchie acceptable dans l’ensemble du pays.
Les Espagnols, encore plus que d’autres, peuvent avoir la mémoire courte. Ce qui, aujourd’hui, paraît parfaitement acquis, était loin de l’être il y a juste quelques décennies. Les dangers sont si nombreux que la maison royale, associée aux dirigeants politiques, semble avoir paré au plus pressé, se débarrassant d’un patriarche devenu synonyme d’une époque révolue. Or, cacher la saleté sous le tapis est rarement une solution pérenne. L’Espagne a besoin d’espérer. Vite, elle doit maintenant se mettre d’accord sur les valeurs et les desseins dont elle est aujourd’hui assoiffée.


lundi 13 avril 2020

En Suisse, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter


Une femme fait du sport à Genève, le 12 avril 2020.

En Suisse, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter


Malgré un bon respect des mesures sanitaires, les infections continuent de croître en Suisse. L'Espagne tente de relancer une économie encore fragile. Les Etats-Unis restent le pays le plus touché par l'épidémie. Notre suivi de la journée du lundi 13 avril


Le Temps avec les agences
Publié lundi 13 avril 2020 à 09:14
Modifié lundi 13 avril 2020 à 13:02

L'essentiel

Alors que la question de la discipline de confinement a été mise en avant comme enjeu du week-end pascal, les polices cantonales constatent un bon respect des mesures sanitaires.
Pays le plus touché, les Etats-Unis recensent dimanche soir 1514 nouveaux décès dus au coronavirus en 24 heures. Un chiffre en repli pour le deuxième jour consécutif.
Dans son discours du dimanche de Pâques, le pape François a appelé à réduire, voire d'annuler la dette des pays les plus pauvres.

En Suisse, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter

La Suisse enregistre un total de 25 580 cas, soit 280 cas supplémentaires en un jour. Un ralentissement des nouvelles contaminations est toutefois observé. Dimanche, le pays comptait 400 nouveaux cas. Samedi, ce chiffre s'élevait à 592. «Le nombre de cas est soumis à une fluctuation hebdomadaire avec des nombres plus faibles le week-end», précise l'Office fédéral de la santé dans un rapport publié ce lundi. La Suisse comptabilise 885 décès depuis le début de la crise.

L'Espagne parie sur la reprise du travail

Malgré un rebond dimanche du nombre de morts causés par la pandémie du coronavirus, l'Espagne va faire lundi le pari de l'optimisme, en autorisant une reprise partielle du travail. Les Espagnols seront autorisés à reprendre, dans une certaine mesure, le chemin des usines, des chantiers et des bureaux. «Nous restons loin de la victoire, du moment où nous retrouverons cette normalité dans nos vies», a déclaré dimanche le chef du gouvernement Pedro Sanchez.
Pour tenter de relancer une économie encore fragile tout en évitant un rebond des contagions, les autorités espagnoles ont annoncé la distribution, dans les métros et les gares, de dix millions de masques aux personnes obligées d'emprunter les transports en commun.

Un couple de globe-trotteurs bloqué sur un parking de Floride

«Nous attendrons, comme tout le monde.» Cela fait quatre ans qu'ils parcourent le monde, visitant cinquante pays sur cinq continents. Mais à cause de la pandémie, ce couple est bloqué en Floride et vit depuis deux semaines sur un parking près de Miami, avec des visas sur le point d'expirer. «Nous avions un rêve, et ce rêve était de traverser le monde en voiture», raconte l'Italien Aldo Giaquinto, 38 ans, qui voyage avec son épouse Vera Kozlovskaia, une Moldave de 35 ans.
Aldo Giaquinto prépare son petit-déjeuner sur un parking de Miami, le 10 avril 2020.AFP

Bloqué, le couple se sent nerveux. Ils ont demandé à prolonger leur visa de touristes mais ils n'ont pas encore obtenu de réponse. «Nous savons qu'il y a des gens dont la situation est bien pire, nous sommes reconnaissants pour tout ce que nous avons», confie Vera Kozlovskaia.

Moscou lance un laissez-passer électronique

Un système de laissez-passer électronique voit le jour à Moscou. Objectif: renforcer le contrôle du confinement dans la capitale russe, épicentre de l'épidémie dans le pays avec des services de santé surchargés. Ce laissez-passer concerne les déplacements en voiture ou en transports en commun pour aller, par exemple, au travail, chez le médecin ou à sa maison de campagne.
Les Moscovites pourront encore se déplacer librement à pied pour aller au supermarché ou promener leur chien. Mais la mairie a prévenu qu'elle pourrait élargir le système à ces déplacements piétons dans son quartier.

En Suisse, les mesures sanitaires sont globalement respectées

Le week-end de Pâques a fait craindre un relâchement de la population. Mais selon les polices cantonales, les mesures de confinement sont globalement respectées. Si quelques personnes ont visité des lieux touristiques fermés, le nombre d’amendes comptabilisé reste dans la moyenne, indique la RTS. La circulation routière est fluide dans le pays, à l'image du Gothard où le trafic a jusqu'ici été calme.

L'espoir d'un ralentissement aux Etats-Unis

«C'est une peste comme notre pays n'en a jamais vu, mais nous gagnons la bataille, nous gagnons la guerre», affirme le président Donald Trump dans un message vidéo de Pâques sur Twitter. Les Etats-Unis recensent dimanche soir 1514 nouveaux décès dus au coronavirus en 24 heures, selon un décompte quotidien de l'université Johns Hopkins. Ce chiffre est en repli pour le second jour consécutif.
L'université américaine de médecine, dont les bilans font référence, avait recensé 1920 nouveaux morts samedi et 2108 vendredi. Les Etats-Unis sont le pays le plus touché par le Covid-19 avec au moins 22 020 décès et plus de 555 000 cas confirmés à ce jour.
La situation est particulièrement grave dans l'Etat de New York, épicentre de la maladie avec plus de 9000 morts, dont près de 7000 dans la seule ville de New York. «On ne voit pas de baisse importante, c'est juste une stabilisation», a nuancé dimanche le gouverneur de l'Etat, Andrew Cuomo. Donald Trump et son administration ont été avertis à plusieurs reprises de la menace que le virus pouvait représenter pour la vie et l'économie du pays. «Une action plus précoce aurait pu freiner la propagation»,