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vendredi 17 mars 2023

Le jour où Ernest Hemingway s’est retrouvé en quarantaine avec sa femme et sa maîtresse

 

Ernest Hemingway, 1939


Récit : Le jour où Ernest Hemingway s’est retrouvé en quarantaine avec sa femme et sa maîtresse



En 1926, Ernest Hemingway, marié à Hadley Richardson, entame une liaison avec la journaliste Pauline Pfeiffer. Quelques mois plus tard, l'auteur se retrouve confiné avec les deux femmes...

lundi 12 décembre 2022

Biographies / Hemingway

Ernest Hemingway


Ernest Hemingway
(1899-1961)

 

Écrivain américain (Oak Park, Illinois, 1899-Ketchum, Idaho, 1961).

UN REPRÉSENTANT DE LA « GÉNÉRATION PERDUE »

Le soleil se lève aussi (1926), puis l'Adieu aux armes (1929) font rapidement de Hemingway le romancier américain le plus représentatif de la génération d'après la Première Guerre mondiale, la « génération perdue ». Plus tard, Pour qui sonne le glas (1940) reflète les problèmes politiques et la violence engendrés par la montée du fascisme. En 1954, le prix Nobel de littérature, en couronnant le Vieil Homme et la mer (1952), consacre la portée d'une œuvre qui, sous une inspiration cosmopolite et réaliste, des allures de roman d'aventures et un style de reporter, cache un esthétisme subtil et une méditation morale, de nature stoïque, sur la condition humaine.

Un parti pris d'anti-intellectualisme et un certain exhibitionnisme de virilité ont malheureusement enfermé l'œuvre et la personnalité de Hemingway dans une légende qui lui nuit. Hemingway a mis les techniques d'un art raffiné, très travaillé sous des allures simplistes, au service d'une conception qu'il voulait exagérément sommaire, brutale, voire primitive de la vie. Ses héros, qui, dans cette œuvre qui forme une longue chronique autobiographique, sont toujours lui-même, peuvent paraître stéréotypés. Laconique, individualiste, blasé, mais actif et viril, le héros de Hemingway est un être blessé, hanté par la mort, mais stoïque et qui cherche une évasion, presque un divertissement au sens pascalien, dans l'alcool, l'amour, la chasse et la pêche au gros. Ses romans d'action cachent une quête, une méditation morale presque obsessive.

Cette ambiguïté se retrouve dans l'homme. Entre l'homme et l'écrivain, entre la légende à la Buffalo Bill et le style à la Flaubert, il y a malentendu. D'un côté il y a Hemingway boxeur, chasseur de fauves, pêcheur de thon, soldat : un homme de six pieds de haut qui pesait cent kilos, chaussait du 45 et le faisait savoir. De l'autre il y a un clerc à lunettes qui calligraphiait au crayon cinq cents mots par jour au maximum et récrivait trente-neuf fois la fin de l'Adieu aux armes. On a beaucoup décrit le voyageur, l'amant, l'aficionado, le soldat en battle-dress pas très réglementaire. Mais il y a aussi Hemingway artiste, qui veut « écrire un prose si pure qu'elle ne se corrompe pas ». Il travaille debout, dans un capharnaüm de livres, écrivant au crayon sur une planche à dessin, dès l'aube. « J'écris, dit-il, jusqu'à ce que j'arrive au point où j'ai encore du jus et où je commence à avoir une idée de la suite. Alors je m'arrête et j'essaie de vivre jusqu'au lendemain. C'est l'attente jusqu'au lendemain qui est dure à passer. »

JEUNESSE ET PREMIÈRES EXPÉRIENCES

Hemingway est né dans un milieu petit-bourgeois du Middle West, dans une atmosphère de rigorisme puritain. Son père, médecin, qui finit par se suicider, cherchait dans la chasse et l'alcool une évasion à son mariage avec une femme austère et castratrice. « Les hommes sentimentaux sont si souvent trahis », écrit Hemingway dans la nouvelle « Père et Fils ». Lui sera dur. Très tôt, il préfère la compagnie des braconniers, des boxeurs, des casse-cou des rodéos à celle des instituteurs de Oak Park School. Dans les nouvelles de Cinquante Mille Dollars (In our Time, 1924), il a romancé son enfance. Nick Adams, pêchant et chassant dans les forêts du Michigan, initié à l'amour par une Indienne, assistant avec son père à un accouchement, c'est Hemingway enfant, proche du Huck Finn de Mark Twain. Au sortir du collège, renonçant à l'université, Hemingway entre comme reporter au Star de Kansas City. Journaliste, il apprend à « écrire des phrases claires, éviter les adjectifs passe-partout, faire des récits intéressants, des phrases courtes dans un anglais vigoureux et souple ». C'est donc dans le journalisme qu'il apprend ce style sec, rigoureux, ce laconisme de procès-verbal et cet art de regarder. Ernest Hemingway n'abandonnera jamais le journalisme : il sera reporter en Europe, en Asie et en Orient. Trente-cinq ans de journalisme nourrissent son œuvre. Réunis par William White dans Hemingway en ligne (By-line, 1967), ses reportages sur Pampelune, Mussolini, la guerre d'Espagne, le débarquement de Normandie, etc., révèlent les liens entre le journalisme et son œuvre.

En mai 1918, à dix-huit ans, Hemingway s'engage dans l'armée et part pour l'Europe comme pour un match international. La guerre le marque profondément, comme Cummings ou Dos Passos. Adolescents, persuadés de partir pour une croisade juste qui mettrait fin aux guerres et aux injustices, ces Américains découvrent une boucherie dirigée par des généraux incompétents et des politiciens ineptes. La faillite de leur idéal les marque à jamais de désarroi. Gloire, patrie, honneur, toutes les valeurs sont remises en question. Ils reviennent de guerre sceptiques et désenchantés, critiquant tout, ne respectant pas des aînés qui ont déclenché ce massacre général. La génération perdue invente le debunking – le « déboulonnage », comme Hemingway le pratique dans un poème sur Theodore Roosevelt dans Three Stories and Ten Poems (1923), son premier recueil publié. Mais Hemingway fut, de plus, blessé. Le 8 juillet 1918, à Fossalta di Piave, sur le front italien, il fut atteint par un obus de 420 et deux balles de mitrailleuses : « Je me penchais, écrit-il dans l'Adieu aux armes, mis ma main sur mon genou et mon genou n'était plus là. »

Cette blessure obsède l'œuvre. Tous les héros de Hemingway sont blessés au combat : Nick Adams à la colonne vertébrale ; Henry, dans l'Adieu aux armes, au genou ; le colonel Cantwell à la tête ; Robert Jordan à la cuisse ; Jack, dans Le soleil se lève aussi, est castré. Cette blessure est le traumatisme originel, comme les innombrables accidents survenus à Hemingway lui-même sont les lapsus de la mort. La guerre, « l'histoire naturelle des morts », comme il l'appelle, marque la fin de l'innocence. Embarqué dans la débâcle de boue, de sang et d'absurdité, le lieutenant de l'Adieu aux armes dénonce l'imposture : « J'ai toujours été embarrassé par les mots glorieux, sacré, sacrifice. Nous les avions entendus, nous les avions lus sur les proclamations. Mais je n'ai jamais rien vu de sacré et ce qu'on appelait glorieux n'avait pas de gloire, et les sacrifices ressemblaient aux abattoirs de Chicago. Les mots abstraits tels que gloire, honneur, courage, sainteté étaient indécents. »

Hemingway fait donc sécession et rejoint ses compatriotes à Montparnasse. Dans Le soleil se lève aussi et dans Paris est une fête (À Moveable Feast, 1964), il a capté l'esprit de la génération perdue, cette existence désœuvrée, désenchantée, inquiète. Mais lui ne flâne pas aux terrasses de Montparnasse. Dans sa mansarde rue du Cardinal-Lemoine, puis au 113, rue Notre-Dame-des-Champs, il travaille dur, raturant inlassablement. Guidé d'abord par les conseils de Sherwood Anderson, qu'il a rencontré au Toronto Star, puis par Gertrude Stein, il s'efforce de donner une représentation aussi précise que possible de la réalité. « La plus grande difficulté, dit-il, c'était de décrire ce qui s'était réellement passé au moment de l'événement. Quand on écrit pour un journal, on raconte ce qui s'est passé et, à l'aide d'un procédé ou d'un autre, on arrive à communiquer l'émotion au lecteur, car l'émotion confère toujours une certaine vérité au récit d'un événement du jour. Mais la chose réelle, la succession mouvante des phénomènes qui produit l'émotion, cette réalité qui serait valable dans un an ou dans dix ans et, avec de la chance et assez de pureté d'expression, pour toujours, j'en étais encore loin et je m'acharnais à l'atteindre. » « J'essayais, ajoute-t-il, d'écrire en commençant par les choses les plus simples. »

UN STYLE ELLIPTIQUE SANS DÉVELOPPEMENT PSYCHOLOGIQUE

C'est alors qu'il met au point son célèbre style, glacé, simple, rigoureux, qui note les faits avec une objectivité de procès-verbal. D'abord il remplace les développements psychologiques par le récit de l'action et du comportement – « behaviourisme » – des personnages. Puis il utilise les mots vrais, techniques. Enfin, il tisse un réseau de correspondances qui crée une ambiance climatique ou linguistique. « La prose, écrit-il, n'est pas de la décoration, c'est de l'architecture. » Il ne dit donc pas « revolver », mais « Smith and Wesson 32 », pas « avion », mais « Junker 88 ». Ce laconisme rejoint la critique morale. Vie et style sont démythifiés ensemble. Et ce style discipliné est celui de la panique contrôlée. Puisqu'il faut mourir, autant le faire avec style. Entre l'homme et la mort, il faut mettre le style. La mort, dont la blessure est l'annonciation, est le destin de tous les héros de Hemingway. Mais, face à elle, il y a le style, qui est affaire de stoïcisme autant que de rhétorique. Les techniques de style sont, chez Hemingway, de la même nature que les techniques de chasse, de pêche, de boxe, de tauromachie ou de stratégie. Il s'agit à la fois d'évasion et de discipline. Une nouvelle comme « la Grande Rivière au cœur double » est tout entière une fiesta de technique. Le style de Hemingway n'admet pas plus de chiqué que celui du torero : il passe au ras des choses comme l'autre au ras des cornes. Il est célèbre et très imité. Mais il n'est pas entièrement inventé. Il doit quelque chose à Mark Twain et à Stephen Crane, pionniers du réalisme américain, et à Flaubert, qu'il découvrit par l'intermédiaire d'Ezra Pound. Bien qu'il l'ait pastiché dans The Torrents of Spring (1926), il doit aussi à Sherwood Anderson, à Ring Lardner et à Gertrude Stein. La théorie de l'« objet corrélatif » de T. S. Eliot explicite assez bien l'essence de l'art de Hemingway : « Le seul moyen d'exprimer une émotion de façon artistique, c'est de trouver un ensemble d'objets, une situation, un enchaînement d'événements qui seront la formule de cette situation particulière, de telle sorte que, quand les faits extérieurs sont donnés, l'émotion est immédiatement évoquée. » Ainsi, Hemingway décrit non pas une émotion, mais le geste et l'objet qui la matérialisent et la symbolisent. Ce nouveau roman, qui remplace l'analyse par la vision et met un terme à la littérature d'introspection et au romancier omniscient, doit naturellement beaucoup au cinéma.

Cette technique n'est pas simplement un autre moyen d'expression. Elle exprime autre chose – Marx et Freud sont passés par là : elle s'efforce de rendre perceptibles les neuf dixièmes de conscience immergée, que la logique ne saurait exprimer. En ce sens, les recherches de Hemingway, si elles aboutissent à des résultats différents, ne sont pas sans rapport d'intention avec celles de James Joyce ou de Virginia Woolf, qu'il connaissait bien. Cet art du geste plus que de la réflexion, cet art du relatif et de l'immédiat portent une morale de l'ambiguïté qui séduisit Sartre et une métaphysique de l'incertitude qui conquit les existentialistes. Cette vision objective, ces gestes sans rime ni raison, ces actions sans commentaires ni projets sont ceux d'êtres perdus qui agissent à tâtons dans un univers où personne ne juge, n'espère, ne projette ni ne regrette, parce que rien n'a de sens. L'homme est réduit à ses faits et gestes, n'a plus ni espoir ni personnalité ; il ne cherche le combat que par goût du suicide, sachant que le néant – « nada » – triomphera toujours : « winner take nothing ». Le roman de Hemingway est une révolution de la conscience plus que de la littérature et exprime parfaitement le désespoir à la fois stoïque et épicurien d'une génération coincée entre deux guerres et qui fit la grande bringue parce qu'elle n'avait pas vraiment gagné la Grande Guerre.

Ce rapport entre le style et le sujet est évident dès 1926 dans le premier grand roman de Hemingway, Le soleil se lève aussi (The Sun also rises), qui porte en épigraphe la phrase de Gertrude Stein : « Vous êtes tous la génération perdue. » Dans ce roman à clés, Hemingway évoque magistralement la triste bringue des années folles. En ces clochards dorés de la bohème internationale, on reconnaît aisément les Américains de Paris, Harold Loeb, Donald Ogden Stewart, lady Duff Twisten. Mais l'action qui les conduit des cafés de Paris aux arènes de Pampelune ne mène nulle part. Ces touristes du désarroi tournent en rond dans des passions impuissantes, dont la blessure de guerre est, une fois de plus, le symbole. Mais, avec une verve mortelle et un chic fou, ils vivent dans une agitation passionnée, et ce chic est leur honneur : « C'est en somme ce que nous avons à la place de Dieu », conclut admirablement lady Brett.

L'ŒUVRE

En 1927, les nouvelles de Men without Women (traduit en partie dans Dix Indiens) portent à sa perfection le style elliptique, la narration behaviouriste et la litote de Hemingway, en particulier dans deux célèbres nouvelles, « The Killers » (« les Tueurs ») et « Hills like White Elephants ». En 1929, l'Adieu aux armes (A Farewell to Arms), parfois considéré comme le meilleur roman de Hemingway, reprend le thème autobiographique de la guerre, de la blessure et de l'absurdité. Pris dans la débâcle de l'armée italienne, las de l'absurdité militaire, le lieutenant Henry finit par signer « sa paix séparée ». Il se réfugie en territoire neutre, mais pour y voir mourir la femme qu'il aime. Il n'y a pas d'amour heureux chez Hemingway. Dans une nouvelle, « Un endroit propre et bien éclairé », il explicite cette peur et cette fascination du néant : « Notre nada qui êtes au nada, que votre nom soit nada, que votre règne soit nada, que votre volonté soit nada comme au nada… » En 1932, Mort dans l'après-midi (Death in the Afternoon) trouve dans la corrida espagnole le symbole de cette conception de la vie et du style. Sous l'« afición », ce reportage sur la tauromachie dissimule une fascination pour la mort bravée. En 1935, les Vertes Collines d'Afrique (The Green Hills of Africa), reportage sur les safaris, trouvent dans la chasse un autre visage de la corrida.

Mais ces Neiges du Kilimandjaro (The Snows of Kilimanjaro) sonnent le glas de la génération perdue. Harry, l'écrivain raté, le chasseur moribond qui n'atteindra jamais les neiges sacrées du Kilimandjaro, marque un tournant de l'œuvre de Hemingway. Les années folles sont mortes avec le krach économique de 1929. La génération perdue rentre d'exil et s'engage dans la politique. Comme Dos Passos, Caldwell et Steinbeck, Hemingway semble un moment séduit par le socialisme. En 1935, il fait un grand reportage pour la revue communiste New Masses. En 1937, dans En avoir ou pas (To have and have not), il raconte l'histoire engagée d'un chômeur conduit au gangstérisme par la misère. Attiré par les « raisins de la colère », il semble abjurer son scepticisme, son individualisme désespéré et découvrir la solidarité. Il part comme correspondant de guerre auprès de l'armée républicaine espagnole, rejoignant Malraux et Ilia Ehrenbourg à Madrid. Une pièce de théâtre, Cinquième Colonne (The fifth Column, 1938), témoigne de la profondeur de cet engagement : le héros quitte son égotisme fin de siècle et sa maîtresse parce qu'il a compris que la guerre d'Espagne est l'« espoir ». La guerre d'Espagne fascine Hemingway non seulement par sa cruauté, mais parce qu'elle a un sens : cette lutte de classes menée avec le fanatisme d'une guerre de religion lui paraît la guerre du peuple contre ses maîtres, du droit contre la force, de la lumière contre l'obscurantisme, de l'espoir contre la résignation. Le titre de Pour qui sonne le glas (For whom the Bell tolls) souligne cette solidarité. Il est emprunté au poète John Donne : « Nul homme n'est une île complète en soi-même ; tout homme est un morceau de continent, une part de tout ; si une parcelle de terrain est emportée par la mer, l'Europe en est lésée. La mort de tout homme me diminue parce que je suis solidaire du genre humain. Ainsi n'envoie donc pas demander pour qui sonne le glas, car il sonne pour toi. »

Le héros Robert Jordan, professeur américain, s'engage dans un maquis républicain, par idéal antifasciste. Il tue avec la même maîtrise que les autres héros de Hemingway, mais cette fois par conviction. Il discipline la violence au service d'une cause, et le roman d'aventures semble tourner au roman engagé. L'absurde n'en triomphe pas moins finalement. Sous les apparences de l'engagement, le scepticisme stoïque de Hemingway a le dernier mot. Les erreurs des anarchistes, l'incompétence de l'état-major républicain, les rivalités des chefs des brigades internationales – en particulier André Marty, caricaturé sous le nom de Massart – font de la mort du héros un sacrifice inutile. La solidarité apparaît comme l'ironique camouflage de l'absurde : Robert Jordan meurt pour rien ; l'ironie dramatique est totale. La seule vertu est de mourir convenablement, comme il en donne l'exemple. Une fois de plus, le roman est une mise à mort dont la beauté rachète l'inutilité. Jordan est un mort en sursis pendant trois jours, et l'amour est sa grande illusion. Le fulgurant amour de Jordan et de Maria, c'est Héloïse et Abélard chez les partisans. L'intensité de leur passion ne se nourrit pas d'amour, mais de l'impossibilité de l'amour et de la menace de la mort. L'amour n'existe que dans la splendeur de l'instant, dont l'orgasme lyrique est l'ironique symbole : « Maintenant, maintenant, maintenant, oh ! maintenant, tout de suite ce présent, ce seul présent, présent par-dessus tout. Il n'y a pas d'autre présent que toi, présent, et le présent est ton prophète. Le présent est pour toujours présent. Viens maintenant, présent, car il n'y a pas d'autre présent que maintenant. Oui maintenant, maintenant je t'en prie, maintenant… ».

On considère généralement ce western espagnol en trois jours comme le dernier grand roman de Hemingway. Le suivant, Au-delà du fleuve et sous les arbres (Across the River and into the Trees, 1950) semble une parodie de Hemingway par lui-même. Un colonel américain revient mourir en Italie, où il a combattu. En attendant le glas, il se donne une fiesta : boit, chasse, pêche et aime pour la galerie et pour l'honneur. Mais cet ancien combattant parle plus qu'il n'agit. Il dorlote sa mort en gondole. Il ne meurt pas : il se laisse glisser. Il y a de l'humour noir et de la parodie dans cette mise à mort d'un demi-solde vieilli. Comme Thomas Mann, Hemingway a choisi Venise comme décor d'une sénescence qu'il redoute. Le colonel Cantwell, grognard fatigué, représente la déchéance, que Hemingway évitera en se suicidant.

Le Vieil Homme et la mer (The Old Man and the Sea, 1952) est au contraire une épure stoïque, qui reprend le thème traité vingt ans plus tôt dans l'Invincible. Le vieux pêcheur, qui n'a rien pris depuis quatre-vingt-quatre jours, est semblable au torero vieilli. Les requins dévorent l'énorme espadon qu'il prend. Le vieil homme rentre au port avec un plat d'arêtes. Personne ne sera témoin de sa victoire, qui est à la fois une défaite et son unique richesse. Seul avec la mer, il a fait son devoir, parce que cette force morale est sa seule certitude. C'est le dernier roman publié du vivant de Hemingway.

Îles à la dérive (Islands in the Stream, 1970) est une œuvre posthume. Hemingway eût probablement resserré d'un tiers ce livre un peu bavard et trop « ernestoïque ». Mais ce roman, composé de trois récits distincts, situés dans la mer de Cuba, résidence favorite de Hemingway, reprend les grands thèmes habituels de la mort, de la lutte inutile, de l'apprentissage du courage. Très autobiographique, il met en scène les épouses et les enfants de Hemingway, ses chats, son bateau, ses amis cubains. Une fois de plus, le roman d'aventures est en fait une quête spirituelle : Hemingway essaie une dernière fois de débusquer la baleine blanche qui hante son œuvre, le monstre sans visage qu'il affronte sans illusion, mais sans peur. Parce qu'il n'y a rien d'autre à faire ici-bas, que de monter en ligne avec ses cannes à pêche, ses fusils, ses copains et son whisky. « Le tout est de durer », disait Hemingway, ce desperado de l'écriture. Il a duré. Mais, quand les forces ont commencé à le trahir, il a devancé l'appel et s'est suicidé d'une balle dans la tête. C'était cela aussi son style. Un style qui durera.


LAUROUSE



dimanche 11 décembre 2022

Les 17 meilleurs livres du monde, selon Ernest Hemingway

Ernest Hemingway


Les 17 meilleurs livres du monde, selon Ernest Hemingway

L’auteur américain Ernest Hemingway, entre la guerre, l’écriture de L’adieu aux armes, une escapade prolongée à Cuba et le succès du Vieil homme et la mer, aura eu le temps de bouquiner. Et de regretter ces 17 livres qu’il aurait adoré « relire pour la première fois ».

PAR
BETHSABÉE KRIVOSHEY
23 AVRIL 2020

En février 1935, Ernest Hemingway parle littérature au magazine américain Esquire. Dans cet article intitulé Remembering Shooting-Flying: A Key West Letter, l’auteur livre une liste de 17 chefs-d’œuvres qu’il préfererait « relire pour la première fois (…) que d’avoir un revenu fixe d’un million de dollars par an. » Voici la fameuse liste de ces livres – où se côtoient beaucoup de russes, et quelques français - qui pour Hemingway, valaient plus que des millions :

- Anna Karenine de Léon Tolstoï
- Far Away and Long Ago - A History of My Early Life de William H. Hudson
- Les Buddenbrook, Le déclin d'une famille de Thomas Mann
*- Les hauts de Hurlevent*d’Emily Brontë
*- Madame Bovary*de Gustave Flaubert
- Guerre et Paix de Léon Tolstoï
- Mémoires d'un chasseur d’Ivan Tourgueniev
- Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski
- Hail and Farewell de George Moore
- Huckleberry Finn de Mark Twain
- Winesburg, Ohio de Sherwood Anderson
- La Reine Margotd’Alexandre Dumas
- La Maison Tellier de Guy de Maupassant
- Le Rouge et le Noir de Stendhal
- La Chartreuse de Parme de Stendhal
- Les Gens de Dublin de James Joyce
- Autobiographies de William Butler Yeats


VANITYFAIR

samedi 10 décembre 2022

Toutes les fois où Ernest Hemingway a échappé à la mort

Ernest Hemingway

Ernest Hemingway est le genre d'individu que l’on aurait aimé avoir dans son équipe à Koh-Lanta. Pas seulement pour sa capacité à raconter des histoires le soir au coin du feu de camp, mais également pour son habilité hors du commun à sortir indemne de situations rocambolesques, voir carrément mortifères. Accidents aériens, explosion d'obus, bataille avec un requin... Au cours de son existence, l'écrivain n'a cessé de jouer à cache-cache avec la mort. Mais quand celle-ci le trouve le 2 juillet 1961, ce n'est pas dans d'abracadabrantes conditions : Hemingway est en pyjama chez lui à Ketchum dans l'Idaho. Il s'est suicidé en se logeant une balle dans la bouche, à l'âge 61 ans.

Il faut dire que la mort l'attendait au tournant depuis un moment. Depuis ses 18 ans très précisément. En effet, le 8 juillet 1918, Hemingway est sur le front italien-autrichien en tant qu'ambulancier pour la Croix Rouge (il aurait voulu se battre, mais il est jugé non-éligible pour les combats à cause d’un œil défaillant), lorsqu'il est touché par un tir de mortier. Propulsé au sol, il sent la vie quitter son corps, « comme si on avait tiré par l'un des coins un mouchoir de soie de sa poche », racontera-t-il au Time. Le jeune écrivain s’en sort de justesse avec 237 éclats d’obus dans la jambe et une obsession pour la mort, qui transparaît dans tous ses ouvrages selon les critiques. Il s'inspirera d'ailleurs de cette époque de son existence pour son troisième roman, L'Adieu aux armes (1929). Mais cette expérience ne le dissuadera pas pour autant de tenter le diable tout au long de sa vie.

Le vieil homme et les dents de la mer

C’est que l’homme a un goût très prononcé pour la guerre, la chasse, les armes à feu, la boxe et à peu près toutes les activités permettant de rouler des mécaniques et montrer sa virilité. Ainsi, c’est tout naturellement qu'il rédige pour Esquire une sorte de journal de bord doublé d'un manuel pour tuer les gros bestiaux à la chasse. Pour ce faire (et aussi parce qu'il adore ça), Hemingway se rend à Key West pour pêcher et se retrouve rapidement en prise avec un requin, une belle bête qu’il espère hisser sur le ponton du bateau. D’une main il dégaine son Colt .22 pour achever l'animal, de l'autre il tente de l’immobiliser à l’aide d’une espèce d'harpon. Mais l’engin se brise et Hemingway découvre avec surprise — mais sans douleur, il tient à le préciser —, qu’il s’est tiré dans le mollet, que la balle a ricoché et qu’il s’est blessé à deux endroits. Heureusement, il s’agit là de lésions mineures en comparaison avec ce qu’il a vécu pendant la Première Guerre mondiale, mais tout de même… Cette fois-ci, il n’écrira pas un livre pour raconter son expérience mais un récit truculent, publié dans Esquire en 1935.

Crocodiles et ronflements

Malgré ses différents comportements pour le moins risqués (aller sur le front pendant la Guerre d’Espagne, participer à la Libération de Paris, ou plus précisément à celle du Ritz...), c’est pourtant lors d'inoffensives vacances avec son épouse que l’auteur manque de mourir à deux reprises en 1954.

La scène se déroule en Ouganda, où Hemingway, — amateur de gros bestiaux on l’a compris —, emmène sa femme Mary Welsh pour un safari. « Un cadeau de Noël », dira-t-il au New York Times. Les tourtereaux montent avec un pilote à bord d’un Cessna, afin d'aller sur les traces d’un troupeau d’éléphants. Mais l’avion s’écrase en essayant d’éviter une nuée d’oiseaux et les trois compères doivent passer la nuit en pleine jungle. Ce qui n’effraie en rien l’écrivain, « nous avions des provisions d’urgence, mais peu d’eau. Nous avons fait des tours de garde pour aller à la rivière, mais les éléphants n’étaient pas très contents. Il y avait des hippopotames et des crocodiles qui se baladaient le long de la rivière », raconte-t-il, toujours dans le New York Times, « On a retenu notre respiration pendant deux heures en apercevant à quelques pas de nous la silhouette d’un éléphant, éclairée par la lune, qui écoutait les ronflements de ma femme. » Après avoir été secouru de cet environnement hostile pour les ronfleurs, la troupe embarque dans un deuxième avion... qui prend feu. Pendant deux jours, le monde entier pleure la mort d’Hemingway, tragiquement disparu dans un accident en Afrique.

Il sortira pourtant de la jungle portant vaillamment quelques bananes et une bouteille de gin : « Ma chance se porte très bien » s’écrit-il alors. Sa femme s’en sort avec deux côtes cassées et sans doute avec l’impression que son cadeau de Noël était empoisonné. Mais passée l'adrénaline, les conséquences de ces crash aériens successifs sont graves : Hemingway a un traumatisme rénal et crânien, des brûlures partout, des vertèbres déplacées et ne peut donc pas se rendre en Suède pour recevoir le Prix Nobel de littérature qu’on veut lui décerner cette année-là. Qu'importe ! Faisant fi des frivolités, il rentre chez lui à Cuba, où il entame une convalescence, tout en continuant d'écrire. Si ses mésaventures ne l’ont pas encore tué, sa consommation d’alcool pourrait bien s’en charger. Ou son amour pour la chasse aux canards ; lors d'une partie, un morceau de projectile s’insère dans son œil et provoque une infection à laquelle les médecins pensent qu'il va succomber. Il n'en est rien.

Personne ne peut tuer Ernest Hemingway, à part lui-même. Ainsi, ce matin de juillet 1961, l'écrivain décide de jouer un dernier tour au destin : lui faire un pied de nez en s'ôtant la vie, sans l'aide de requins, d'avions, d'obus ou d'une vulgaire chasse aux canards.


VANITYFAIR


vendredi 9 décembre 2022

Ernest Hemingway / L’écrivain coup de poing


Ernest Hemingway
David Levine


Ernest Hemingway : l’écrivain coup de poing

Longtemps, je me suis tué de bonne heure - épisode 1

Yann Diener · Mis en ligne le 1er juillet 2020
Paru dans l'édition 1458 du 1 juillet 2020

« Je suis comme un porc aveugle quand j’écris » : Hemingway avait l’habitude de se présenter avec cette formule, construisant son image d’écrivain fonceur, chasseur et boxeur. À 61 ans, après quatre mariages, sept romans et autant de recueils de nouvelles, il finira par retourner le fusil de chasse contre lui-même.

Enfant, son père lui offre une carabine et une canne à pêche, et lui fait découvrir la nature dans le nord du Michigan.

Ernest Hemingway se donne la mort avec un fusil.

À 18 ans, il est reporter pour le Kansas City Star. En quête d’aventure, le jeune Hemingway rejoint en 1918 le front italien, comme ambulancier, un œil défaillant lui interdisant de participer aux combats. Gravement blessé aux jambes par un tir de mortier, il vit une histoire d’amour avec son infirmière de nuit, qui finit par l’abandonner, le laissant désespéré. Après quoi il couvre le conflit gréco-turc comme correspondant de guerre pour le Toronto Daily Star. Il restera très marqué par les horreurs auxquelles il a assisté.

Hemingway veut absolument écrire, alors il s’installe à Paris au début des années 1920 pour fréquenter les écrivains de la « génération perdue », comme Francis Scott Fitzgerald ou John Dos Passos. Il travaille sans relâche, et, en 1925, il entre en littérature avec un recueil de nouvelles au style novateur, In Our Time. Il tient son phrasé télégraphique de son activité journalistique. Son premier roman, Le soleil se lève aussi, publié l’année suivante, le rend immédiatement célèbre. Il a 27 ans. Avec des phrases sèches, sans pathos, il donne un récit très dense qui sublime ses questions sur l’écriture, le sexe et la mort. 

Hemingway est tout de suite admiré pour l’efficacité de ses nouvelles. « Je me suis entraîné dur et j’ai battu M. de Maupassant, mais personne ne me fera monter sur le ring avec M. Tolstoï, sauf si je suis fou ou si je deviens encore meilleur. » Il contribue à faire sortir la littérature américaine de la prose cultivée bostonienne et new-­yorkaise d’Edith Wharton ou ­d’Henry James. Comme le dit Jerome Charyn dans Hemingway. Portrait de l’artiste en guerrier blessé, (éd. Gallimard, coll. « Découvertes »), ­Hemingway a « dépouillé la langue de l’accumulation de la mémoire et du sens ».

Pour la presse magazine, qui l’adore, ce passionné de pêche au gros et de safaris pose volontiers avec ses fusils et ses trophées de chasse, aussi bien qu’avec ses enfants et ses femmes successives. Il est brouillé avec ses parents, qui trouvent ses livres dégoûtants. Ils viennent tout de même lui rendre visite en 1928 sur son île de Key West, entre Cuba et la Floride. Quelques semaines plus tard, son père se tue avec le fusil que son propre père avait utilisé pendant la guerre de Sécession. (Il dit ne pas supporter son diabète et refuser de devenir infirme.)

Hemingway injurie son père mort, le traite de lâche, et plonge dans la tristesse et dans l’alcool. En 1932, dans Mort dans l’après-midi, un récit consacré à sa passion ambivalente pour la corrida, il parvient, comme il dit, à « parler de la mort sans être morbide ».

De sa plongée dans la guerre d’Espagne, il sortira Pour qui sonne le glas, publié en 1940, qui le confirme dans son image de romancier aventurier. En 1954, après avoir publié Le Vieil Homme et la Mer, il reçoit le prix Nobel de littérature. Il ne se déplace pas en Suède, et fait lire le plus court discours de réception qu’ait connu l’académie.

Diabétique, celui que tout le monde appelle « Papa » commence à perdre la vue. Il a des sautes d’humeur, il se méfie de ses proches, et n’arrive plus à écrire. Il fait alors plusieurs séjours dans des cliniques psychiatriques, où il subit des électrochocs. En avril 1961, sortant d’une hospitalisation, il essaye de se glisser dans le réacteur d’un avion. Il a de nouveau droit à une série d’électrochocs. Le 2 juillet 1961 à l’aube, trois jours après être sorti de clinique, Hemingway note : « Le traitement était brillant, mais on a perdu le patient », et il se tue d’un coup de fusil de chasse qui lui emporte le sommet de la boîte crânienne. (Il s’était déjà gravement blessé à la tête à de nombreuses reprises tout au long de sa vie, en se cognant chez lui, ou lors d’accidents de voiture ou d’avion.)

Paris Match, qui avait publié des reportages d’Hemingway sur la tauromachie, titre cet été 1961 : « Le vieil homme choisit sa mort ».

CHARLIE HEBDO


jeudi 8 décembre 2022

Hemingway / Une tres courte historie



Ernest Hemingway

UNE TRES COURTE HISTOIRE

Par une soiree brûlante, à Padoue, on le transporta sur le toit d'où il pouvait découvrir toute la ville. Des martinets rayaient le ciel. La nuit tomba et les projecteurs s'allumerent. Les autres descendirent et emportèrent les bouteilles. Luz et lui les entendaient en dessous, sur le balcon. Luz s'assit sur le lit. Elle était fraîche et douce dans la nuit chaude.

Luz avait pris le service de nuit depuis trois mois à la satisfaction generale. Quand on l'opera, elle lui fit sa toilette pour la table d'opération. Ils plaisantèrent à propos de mystère et de clystère. Quand on l'endormit, il se concentra pour ne rien dire au moment ridicule où on raconte des histoires. Quand il put marcher avec des béquilles, il prit les températures pour éviter à Luz de se lever. II n'y avait que quelques malades; tous etaient au courant et tous aimaient bien Luz. Quand i1 revenait, en longeant les couloirs, il pensait à Luz dans son lit.

Avant son retour au front, ils allèrent prier au Duomo. Dans l'église sombre et paisible, d'autres personnes etaient agenouillées. Ils voulaient se marier, mais i1 n'y avait pas assez de temps pour la publication des bans, et ni l'un ni l'autre n'avaient d'extrait de naissance. lls se considéraient eux-mêmes comme mariés, mais ils voulaient que tout le monde le sache, pour etre plus sûrs de ne pas se perdre.

Luz lui écrivit beaucoup de lettres qu'il ne reçut qu'après l'armistice. Quinze arrivèrent en paquet au front; il les classa d'après les dates et les lut à la file. Elles parlaient toutes de l'hôpital, disaient combien elle l'aimait, comme c'était impossible de vivre sans lui et comme il lui manquait affreusement la nuit.

Après l'armistice, ils décidèrent qu'il devait rentrer en Amérique et trouver du travail pour qu'ils puissent se marier. Luz ne le rejoindrait que lorsqu'il aurait une bonne situation et pourrait venir la chercher à New York. Il était entendu qu'il ne boirait pas et ne verrait ni ses amis ni personne aux Etats-Unis. Trouver une situation et se marier. Rien d'autre. Dans le train, de Padoue à Milan, ils se chamaillèrent parce qu'elle refusait de partir pour l'Amérique sans attendre. Au moment de se séparer à la gare de Milan, ils s'embrassèrent mais leur querelle n'était pas éteinte. II était malade de la quitter comme ça.

Il embarqua pour l'Amérique à Gênes. Luz retourna à Padoue où allait s'ouvrir un hôpital. C'était un endroit isolé et pluvieux. Un bataillon s'y trouvait cantonné. L'hiver, dans la petite ville bourbeuse et humide, le major fit la cour à Luz; elle n'avait encore jamais connu d'Italiens. Finalement, elle écrivit aux Etats-Unis que leur liaison n'avait été qu'une aventure de gamins. Elle était désolée, elle savait qu' il ne comprendrait probablement pas, mais peut-être un jour lui pardonnerait-il et lui serait-il reconnaissant... Contre toute attente, elle allait se marier au printemps. Elle l'aimait toujours, mais elle s'était rendu compte que ça n'avait été qu'une amourette. Elle espérait qu'il ferait une brillante carrière et lui faisait entière confiance. Elle savait que c'etait très bien ainsi.

Le major ne l'épousa ni au printemps ni à aucune autre saison. Luz ne reçut jamais de réponse de Chicago. Peu de temps après, il attrapa la chaude-pisse avec une vendeuse du rayon de mercerie d'un grand magasin en traversant Lincoln Park en taxi.


Ernest Hemingway (1898-1961), nouvelle écrite en 1939