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dimanche 1 août 2021

« Un caprice de la nature » / Saga visionnaire en Afrique du Sud à l’ère de l’apartheid



Nadime Gordimer


« Un caprice de la nature », saga visionnaire en Afrique du Sud à l’ère de l’apartheid


Dans son neuvième roman, Nadine Gordimer imagine une héroïne défier la norme dans ce pays impossible où le racisme et l’iniquité sont à la base des lois.

Par Kidi Bebey

Publié aujourd’hui à 10h00 

Dans le train qui la ramène vers sa famille pour les vacances, une jeune pensionnaire se débarrasse de son uniforme et décide de changer de prénom. Elle s’appelait Kim, elle sera Hillela. « La seule Hillela parmi les Suzanne, les Claire et les Fiona. D’où sortait ce prénom ? Aucune idée », ironise sa créatrice Nadine Gordimer.



Au passage, l’écrivaine sud-africaine nous fait un clin d’œil : et si ce changement d’identité symbolisait la liberté de chacun d’agir ou de penser à sa guise, en dépit des règles et des lois ? Et s’il préfigurait les changements à venir de toute la société ?

Ainsi commence Un caprice de la nature, le neuvième livre de Nadine Gordimer, paru en 1987 et dont l’histoire se passe en Afrique du Sud, durant l’apartheid. Au fil des pages du roman, on observe Hillela défier la norme dans ce pays impossible où le racisme et l’iniquité sont à la base des lois.

Avec cette vaste fresque embrassant une quarantaine d’années, celle qu’on a appelée « la grande dame » de la littérature sud-africaine nous offre un exemple parmi les plus aboutis de son savoir-faire, aussi bien que de sa vision du monde.



Libérer le pays

Nadine Gordimer nous entraîne tout d’abord à la suite de son héroïne Hillela, élevée par ses oncle et tante activistes blancs. Joe est un avocat qui défend des clients noirs, tandis que son épouse Pauline milite et se mobilise pour toutes les causes, « contre les lois sur le Pass [système interne de passeport conçu pour séparer racialement les populations], contre l’apartheid à l’université, contre le déplacement des populations noires ».

Hillela va littéralement appliquer les principes de cette conscience abolitionniste en mettant la liberté et l’égalité au cœur de ses choix de vie. Adolescente transgressive, elle se lance précocement dans la vie adulte. Entre emplois et rencontres multiples, les débuts s’avèrent chaotiques pour la jeune femme dont la soif d’expériences se double d’une absence totale de tabous.

Mais son destin prend un tour exceptionnel lorsqu’elle croise la route de Whaila Kgomani, un leader politique noir dont elle devient la compagne. Hillela va connaître l’exaltation fiévreuse d’une vie consacrée au projet le plus révolutionnaire qui soit : libérer l’Afrique du Sud.

Les deux amants voyagent à travers le monde à la recherche de soutiens de la communauté internationale. Ils représentent alors aux yeux de tous « l’incarnation de leur credo politique et éthique, l’unité sans distinction de races face à l’oppression d’une race », même si, dans leur pays, ils connaissent le quotidien d’un couple mixte perpétuellement soumis au danger et à la clandestinité. Quand la mort vient frapper Whaila, Hillela porte la promesse d’une vie… mais Nadine Gordimer réserve à son héroïne un avenir encore riche et complexe.

Afrique du Sud

Un roman visionnaire

A ce premier fil narratif, s’ajoute une seconde trame reliant le parcours d’Hillela à l’actualité géopolitique du monde. De même que Whaila milite à l’ANC (le Congrès national africain), d’autres organisations – le Front de libération du Mozambique, la CIA, le KGB – apparaissent au long des pages, ainsi que de nombreux patronymes authentiques (Kwame Nkrumah, Fidel Castro, Nelson Mandela…), et des événements historiques.

 Tous ces éléments entremêlés à la fiction permettent de rapprocher toujours plus le récit du réel. Et c’est ainsi que, brillamment, Nadine Gordimer révèle son ambition : utiliser toutes les ressources romanesques possibles afin d’imaginer une Afrique du Sud du futur, devenue un Etat multiracial et démocratique à la proue du continent. Au terme de ses tribulations d’amante et d’activiste, Hillela devient première dame, mère d’une enfant métisse et mariée à un président noir.

Considéré par certains critiques comme une « saga idéaliste » à sa parution, Un caprice de la nature a paru visionnaire quatre ans plus tard, lors de l’abolition de l’apartheid, en 1991. C’est que, comme dans ses autres titres célèbres – Feu le monde bourgeois (1966), Le Conservateur (Booker Prize, 1974), Fille de Burger (1979), Ceux de July (1981) –, Nadine Gordimer dépasse largement l’itinéraire sentimental de son héroïne pour dénoncer l’aberration du régime sud-africain et son cortège de violence.

« Dans une autre région du pays, on assassinait les policiers noirs considérés comme des collaborateurs du gouvernement ainsi que quelques rares policiers blancs. Mais il n’y avait pas d’attaques dirigées vers des banlieusards ou des fermiers blancs ; pas à cette époque, pas encore », écrit-elle, comme si elle annonçait les insurrections futures.

Sous l’apartheid, sa démarche inlassable a longtemps mécontenté les dirigeants de son pays, qui interdisaient la vente de ses livres. Mais la romancière, Prix Nobel de littérature en 1991, saluée à travers le monde et traduite dans une trentaine de langues, a poursuivi sa carrière avec obstination.

« Comment puis-je oublier qu’enfant on m’avait ­appris à ne jamais me servir d’une tasse dans laquelle avait bu notre servante africaine ? », expliquait-elle. Jusqu’à sa disparition en juillet 2014 à l’âge de 91 ans, elle réunissait chaque mois un cercle d’amis de la sphère culturelle avec lesquels elle refaisait le monde. Ainsi que dans ses livres elle l’avait toujours fait.


LE MONDE




vendredi 15 août 2014

Un quart de la population mondiale sera africaine d'ici 2050


Aujourd'hui, plus de la moitié des enfants qui meurent à travers le monde sont africains.

Un quart de la population mondiale sera africaine d'ici 2050

Par Le Figaro
Publié le 13/08/2014 à 12:28


Selon un rapport de l'Unicef publié mardi, 40 % des enfants de moins de cinq ans dans le monde vivront sur le continent africain, dont la population devrait doubler en l'espace de 35 ans.

À l'horizon 2050, un quart de la population mondiale sera africaine. Ce chiffre étonnant s'appuie sur une projection calculée par le Fonds des Nations unies pour l'enfance et présentée mardi à Johannesburg. Selon ce même rapport,Génération 2030/Afrique, la population du continent, qui compte actuellement 1,2 milliard d'habitants, devrait doubler d'ici le milieu du siècle et atteindre 4,2 milliards d'ici 2100. La part des Africains dans la population mondiale sera alors de 40%. «Des taux élevés de fertilité et un nombre croissant de femmes en âge de procréer ont pour conséquence que, au cours de trente-cinq prochaines années, quasiment deux milliards de bébés naîtront en Afrique», explique l'Unicef. C'est l'autre enseignement de ce travail: en 2050, 40% des enfants de moins de cinq ans dans le monde vivront sur le continent africain.

Derrière ce constat global, notent les auteurs du rapport, certains pays méritent une attention plus particulière. Le Nigeria, par exemple, se trouve en première ligne. Le pays connaît déjà la plus forte natalité du continent. Près d'un bébé sur dix né sur Terre en 2050 sera nigérian. D'ici cette date, la population du pays sera multipliée par deux, soit 440 millions d'habitants. D'autres pays d'Afrique sub-saharienne sont concernés par un fort taux de croissance démographique, comme le Niger qui devrait passer de 19 millions d'habitants en 2015 à 69 millions 35 ans plus tard.

L'agence onusienne entend profiter de ce tournant démographique pour sensibiliser la communauté internationale sur la question de l'enfance en Afrique, d'autant plus importante sur ce continent où près de 47 % de la population est âgée de moins de 18 ans. «Ce rapport doit servir de catalyseur à un débat international, régional et national sur les enfants africains,» affirme Leila Gharagozloo-Pakkala, la directrice régionale à l'Unicef pour l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe. «En investissant aujourd'hui dans les enfants - dans leur santé, leur éducation et leur protection - l'Afrique pourrait tirer parti des avantages économiques auparavant connus par d'autres régions et d'autres pays qui ont connu des changements démographiques similaires.»

De nombreux progrès restent à accomplir en la matière. Aujourd'hui, plus de la moitié des enfants qui meurent à travers le monde sont africains, relève le rapport. Ce chiffre déjà terrible devrait continuer à augmenter pour atteindre 70 % au milieu du siècle. Un enfant sur 11 meurt ainsi avant d'avoir atteint l'âge de cinq ans. Cette moyenne est quatorze fois plus élevée que celle observée dans les pays à revenus élevés. Et les conditions de vie pour les survivants ne sont guère réjouissantes. Trois mineurs africains sur dix vivent dans «des contextes fragiles et affectés par des conflits», souligne l'Unicef. La misère fait encore des ravages. L'Unicef estime à 40 % la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté.

LE FIGARO