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jeudi 25 août 2022

De Leïla Slimani à Pierre Lemaitre, la saga se porte bien

Leïla Slimani


De Leïla Slimani à Pierre Lemaitre, la saga se porte bien

L’écrivaine marocaine publie «Regardez-nous danser», deuxième volet de son feuilleton familial débuté en 2020. Et Pierre Lemaitre, avec «Le Grand Monde», entame un nouveau cycle d’aventures consacré aux Trente Glorieuses


Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié jeudi 3 février 2022 à 12:55
Modifié jeudi 3 février 2022 à 14:58

Leïla Slimani s’est fait un nom avec des romans tendus comme des peaux de percussion, des intrigues resserrées sur l’intimité de quelques personnages à peine, dans un Paris contemporain et dur. Après Chanson douce, Prix Goncourt 2016, inspiré d’un double infanticide commis par une nounou, l’écrivaine s’est lancée dans une fresque romanesque, Le Pays des autres, à large spectre historique: le Maroc, de la fin des années 1940 à aujourd’hui, vu par les yeux d’une famille, fortement inspirée par celle de la romancière et en particulier par le couple hors norme que formaient ses grands-parents maternels.

Après le premier volet intitulé La guerre, la guerre, la guerre, paru en mars 2020, voici le tome 2, Regardez-nous danser, en librairie dès le 3 février. On retrouve le couple formé par Mathilde, Alsacienne, et Amine Belhadj, né à Meknès au Maroc et engagé pendant la Seconde Guerre mondiale dans un régiment de spahis. Après leur mariage en Alsace, ils s’installent au Maroc, sur les terres familiales. Le projet d’Amine est de créer une exploitation agricole modèle. Les obstacles à la réalisation de son projet sont nombreux dans un pays encore sous le joug colonial. La plus grande partie du premier tome était consacrée aux années sanglantes qui ont précédé la fin du protectorat français en 1956 et aux déchirements que la période a provoqués au sein de la famille d’Amine.

Soif de liberté

Regardez-nous danser débute en 1968, dans un Maroc indépendant où la famille Belhadj, grâce à son exploitation désormais florissante, a fait son entrée dans une bourgeoisie à peine déstabilisée par la fin du pouvoir colonial. Entre soif de liberté, quête d’identité et pouvoir autoritaire, les personnages devront faire des choix difficiles.

Trafics ignobles


Autre nouveauté très attendue, autre saga familiale, celle que Pierre Lemaitre débute avec Le Grand Monde. Après avoir écrit des romans policiers et des romans noirs qui ont marqué les annales du genre (Travail soigné, Alex, etc.), Pierre Lemaitre a marqué tout autant les esprits avec Au revoir là-haut (Goncourt 2013), roman sur les lendemains de la Grande Guerre en France, avec ses trafics ignobles, le tout servi par des personnages inoubliables d’anciens poilus, immortalisés en 2017 au cinéma par Albert Dupontel.

Au revoir là-haut était en fait la première pierre d’un édifice romanesque ambitieux et ample là encore: une traversée du XXe siècle, en neuf romans d’aventures, divisés en trois feuilletons ou sagas familiales. La première, intitulée Les Enfants du désastre, centrée sur la famille Péricourt, s’est conclue par Miroir de nos peines et la débâcle de 1940. C’est la famille Pelletier qui se déploie maintenant dans Le Grand Monde et qui ouvre une nouvelle trilogie consacrée aux Trente Glorieuses. La guerre d’Indochine est cette fois dans le viseur du romancier qui excelle dans la description des réseaux de corruption, des trafics et des compromissions qui constituent les coulisses de l’histoire et nourrissent la trame des meilleures fictions.

LE TEMPS

dimanche 14 mars 2021

« Le pays des autres » / Leïla Slimani et le goût amer du « citrange »

 

Leila Slimani


« Le pays des autres » : Leïla Slimani et le goût amer du « citrange »

Après son Goncourt de 2016 pour « Chanson douce », Leïla Slimani change d'horizon et d'ambition. Premier volet d'une trilogie, « Le pays des autres » est une fresque au souffle puissant dans le Maroc des années 1944-1956.


Coup de foudre en Alsace. En 1944, Mathilde, dix-neuf ans, une belle fille joyeuse et robuste, tombe amoureuse d'Amine, séduisant commandant marocain de l'armée française, plus âgé qu'elle. A dix-neuf ans, Mathilde a envie de vivre l'aventure, enfin. Après leur mariage éclair, c'est le grand départ pour le Maroc. Pour la jeune femme qui avait fantasmé une vie idyllique dans une « Afrique » de rêve, les déceptions s'accumulent. En attendant qu'Amine puisse récupérer la ferme de son père, Mathilde s'installe dans sa belle-famille à Meknès. Le choc est brutal, le mode de vie frugal et la religion pesante.

Puis une fois à la campagne, les terres se révèlent ingrates, les éléments capricieux. Toutes les expérimentations agricoles d'Amine virent au fiasco. L'argent file. Mathilde doit faire des miracles pour tenir la maison, habiller les enfants. Son mari se noie sous le travail, révèle la face dure, violente de son caractère. A l'école, leur petite Aïcha subit les humiliations des autres petites filles qui moquent ses cheveux frisés. Métis, elle est un peu comme le « citrange », cet oranger sur lequel son père a greffé une branche de citronnier. Il y a des bons côtés aussi dans cette vie souvent austère, et Mathilde, d'un tempérament tenace, s'en empare dès qu'elle le peut. La décolonisation, qui mènera à l'indépendance du Maroc, est en marche qui porte son cortège de violences. Entre les deux communautés, la tension monte. Mathilde et Amine se retrouvent pris entre deux feux.

S'inscrire dans l'Histoire

Après deux romans serrés et acérés situés dans le Paris contemporain, « Dans le jardin de l'ogre » en 2014 et « Chanson douce », Goncourt reçu en 2016 à l'âge de trente-cinq ans, Leïla Slimani a voulu se lancer un défi. Respirer le grand air. Sentir des odeurs nouvelles. Changer de pays. S'inscrire dans l'Histoire. Naviguer entre une foule de personnages. La romancière s'inspirera pour l'écrire de la vie de sa grand-mère et de son grand-père, des souvenirs d'enfance de sa mère aussi. « Le pays des autres » est une fresque attachante au goût âpre qui ne cède pas aux simplifications et multiplie les points de vue. Elle est portée par un style à la fois sobre et envoûtant et des personnages complexes qui rêvent d'une vie simple. Ce roman, sous-titré « La guerre, la guerre, la guerre », est le premier volet d'une trilogie. Le deuxième se passera sous Hassan II, pendant les « années de plomb » 1970-1980, avec Aïcha comme personnage central ; le troisième, entre 2005 et 2015, avec les enfants d'Aïcha et de son plus jeune frère Selim. On a hâte de faire leur connaissance.

Le pays des autres

de Leïla SlimaniGallimard, 366 pages, 20 euros. Sortie le 5 mars

Thierry Gandillot


LES ECHOS



 



samedi 5 novembre 2016

Leïla Slimani / Chanson Douce / Un thriller psychologique inspiré de faits réels








«CHANSON DOUCE», LEÏLA SLIMANI ÉPINGLE UNE NOURRICE

Par Virginie Bloch-Lainé
 2 septembre 2016 à 17:41

Un thriller psychologique inspiré de faits réels.







Leïla Slimani, à Paris le 28 septembre.
Leïla Slimani, à Paris le 28 septembre. Photo Joël Saget. AFP



Louise fait à Mila, 5 ans environ, «des chignons si serrés que la petite a les yeux bridés, étirés sur les tempes.» Myriam, la mère de Mila, aurait pu y voir un indice de la maniaquerie de la nounou de ses deux enfants. Mais quand il s’agit de Louise, Myriam est à côté de la plaque et ne voit qu’une perle. Elle l’a embauchée parce qu’elle souhaitait exercer son métier d’avocat. «Certains adolescents rêvent de plateaux de cinéma, […] Myriam a toujours rêvé de la cour d’assises.» Elle sera servie. Paul, son mari ingénieur du son, est agacé par les initiatives intrusives et l’étrange impassibilité de la nounou. Il voudrait se séparer de Louise et dit à Myriam : «Elle est si parfaite, si délicate, que j’en ressens une forme d’écœurement.» Mais le licenciement attendra la fin des grandes vacances. Trop tard : Louise assassine Mila et son frère cadet Adam au mois de mai. Nous l’apprenons dès le premier paragraphe. Quant à la nounou, «blanche», pauvre, veuve et mère abandonnique sans âge grâce à une allure de «poupée», elle s’est ratée, elle est dans le coma : «Elle n’a pas su mourir. La mort, elle n’a su que la donner. Elle s’est sectionné les deux poignets et s’est planté le couteau dans la gorge.»Après cette entrée en matière concise, Leïla Slimani reprend le film d’horreur depuis le début. Chanson douce est son deuxième roman. La violence et l’absence de sentimentalité sont pour l’instant la marque de fabrique des histoires qu’imagine l’auteur de 34 ans à partir de faits réels. Dans le jardin de l’ogre, son roman précédent, publié il y a un an, était inspiré de l’affaire DSK et racontait la vie d’Adèle, jeune journaliste souffrant d’une addiction sexuelle. Ecrit à partir d’un fait divers américain, Chanson douce est plus tendu encore, et agréablement crispant pour le lecteur.


Tandis que le couple rend grâce chaque jour à la discrète Louise qui s’occupe des courses, du ménage, des enfants, quelques dérapages annoncent ce dont la «mélancolie délirante» de la nounou la rendra capable. Les enfants font mine d’ignorer un geste brusque, par exemple, devinant que montrer à Louise qu’ils ne sont pas dupes leur vaudrait pire encore. Myriam frôle la lucidité en découvrant un soir, dans la cuisine, une carcasse de poulet qui l’attend, minutieusement nettoyée par sa fée du logis : là, tout de même, la peur de Myriam monte d’un cran. Les héroïnes des deux romans de Slimani se ressemblent : ce sont des mères pressées et sous pression. En présence d’un enfant, l’exaspération n’est jamais loin et la béatitude, hors sujet. La nervosité, l’insatisfaction, l’insécurité d’Adèle et de Myriam font de Slimani la chroniqueuse d’un mode de vie contemporain, celui de couples quadragénaires citadins, éduqués, aisés, ou dans le cas de Myriam et de Paul, s’épuisant à le devenir, et aveugles à ce qui les entoure. Slimani les fait vivre en accéléré, sans tendresse, ni méchanceté. Paul et Myriam sont devenus «les patrons» d’une femme dangereuse qui fut toujours l’employée des autres. Pour Louise, le temps passe lentement et la coupe est pleine.

D’où vient notre plaisir de lecture, alors que deux jeunes enfants vont mourir sous des coups de couteau ? De la vélocité de la plume de l’écrivain, qui saisit des situations et des personnages de l’époque : nous courons avec Paul et Myriam en Grèce, chez des amis, au bureau, dans les transports. Le plaisir naît aussi des frissons que provoquent les catastrophes évitées, jusqu’à la dernière, qui sera la bonne.


RIMBAUD

vendredi 4 novembre 2016

Le Prix Goncourt atriubué à Leïla Slimani





Leïla Slimani, romancière franco-marocaine, à Paris, le 9 septembre 2014.
Leïla Slimani, romancière franco-marocaine, à Paris, le 9 septembre 2014.Photo Jérome Bonnet pour «Libération»

LE PRIX GONCOURT ATTRIBUÉ À LEÏLA SLIMANI


Par LIBERATION— 3 novembre 2016 à 12:49

La romancière franco-marocaine a été récompensée pour «Chanson douce», son deuxième roman. 


C’est finalement Leïla Slimani qui emporte le Goncourt, pour Chanson douce (Gallimard), un thriller psychologique inspiré de faits réels, qui raconte l’assassinat de deux jeunes enfants par leur nourrice. La romancière franco-marocaine était également finaliste du prix Renaudot, mais le jury du Goncourt a la priorité du choix et le doublon n’est pas possible. Ces vingt dernières années, seul quatre femmes ont décroché le prix Goncourt. 

Dans Chanson douce, son deuxième roman, Leïla Slimani raconte l’histoire de Louise, nounou «blanche», pauvre, veuve et mère abandonnique sans âge, qui assassine les deux enfants dont elle s’occupe, Mila et son frère cadet Adam.  
Par ailleurs, le prix Renaudot a été remis à Yasmina Reza pour Babylone, l’histoire d’une femme normale à qui il arrive des choses normales : la mort de sa mère, une fête de printemps qui se passe à peu près bien… Malheureusement suivie d’un drame conjugal chez les voisins du dessus. 
LIBERATION

RIMBAUD


jeudi 3 novembre 2016

Leïla Slimani / "Madame Bovary X"


Leïla Slimani

LEÏLA SLIMANI «MADAME BOVARY X»

Par Alexandra Schwartzbrod— 29 septembre 2014 à 18:36

Cette romancière franco-marocaine, également journaliste, raconte les besoins et désarrois d’une nymphomane.



C’était il y a un an, ou presque. Un banquier de nos connaissances nous envoie un mail : «Pourriez-vous recevoir la jeune femme dont le CV suit ? Elle s’interroge sur la poursuite de sa carrière et les mérites de diverses voies… si bien sûr vous en avez l’envie et le temps.» Le temps jamais, mais l’envie de nouvelles rencontres toujours. Rendez-vous pris, la jeune femme s’avère être journaliste, pour Jeune Afrique entre autres, mère d’un enfant de 2 ans et demi, et épouse d’un banquier (d’où la connexion). Elle est franco-marocaine, douce, lumineuse et indécise sur le sens à donner à sa vie. Peut-être souffle-t-elle dans la conversation qu’elle écrit un roman mais l’info glisse et se perd. Et l’entretien se clôt sur quelque encouragement sans réelle substance.