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samedi 2 novembre 2024

Kawakami Mieko : une romancière qui s’est fait le porte-parole des femmes japonaises

 

Kawakami Mieko : une romancière qui s’est fait le porte-parole des femmes japonaises

Culture Livre 

Richard Medhurst


Kawakami Mieko est notamment célèbre pour son court roman Seins et Œufs, lauréat du plus grand prix littéraire japonais, avec en prime un certain succès pour l’édition française de son œuvre. À l’occasion d’une réunion du Club des correspondants étrangers du Japon (FCCJ) organisée à Tokyo en novembre 2020, la romancière s’est exprimée sur la suite de ce best-seller ainsi que de la situation des femmes, son sujet de prédilection.


Le succès foudroyant d’une féministe

Kawakami Mieko est née en 1976 à Osaka. En 2006, elle s’est lancée dans l’écriture, après avoir tenté sa chance dans le domaine de la chanson. Sa toute première œuvre a été couronnée par le prix Tsubouchi Shôyô pour les jeunes écrivains. En 2007, elle a publié un court roman intitulé Seins et Œufs (éditions Actes Sud, 2012) qui a fait beaucoup de bruit et lui a valu le prestigieux prix Akutagawa 2008 ainsi que le titre de « Femme de l’année 2008» du magazine Vogue Japan. Murakami Haruki a même dit de ce livre qu’il en avait eu « le souffle coupé ». Depuis, Kawakami Mieko a écrit quantité d’autres ouvrages souvent couronnés par un et parfois même plusieurs prix littéraires. En 2019, la romancière a publié une nouvelle version de Seins et Œufs dotée d’une très longue suite, qui a fait l’objet d’une traduction en anglais, intitulée Breasts and Eggs, en 2020. Cet ouvrage à la fois drôle et provocant sur les dérives de la féminité a été salué par la critique et très bien accueilli par le public. Il est considéré comme l’œuvre d’une féministe dont le propos met fortement l’accent sur le corps des femmes.

Trois femmes en quête de leur identité

Dans Seins et Œufs, Kawakami Mieko explore l’univers de trois générations de femmes d’une famille originaire d’Osaka. Natsuko, une romancière en herbe trentenaire et célibataire, vit très modestement à Tokyo dans un minuscule appartement. Sa sœur Makiko, de dix ans son ainée, est hôtesse dans un bar minable d’Osaka où elle habite en compagnie de sa fille Midoriko, tout juste douze ans. Makiko est obsédée par l’idée d’augmenter la taille de ses seins en dépit de la dépense énorme que cela représente et elle est intarissable sur le sujet. Son projet inspire un tel dégoût à sa fille, en pleine crise de pré-puberté, que celle-ci finit par se murer dans le silence et ne plus s’exprimer que par écrit, par le biais de son journal intime. Un beau jour, en plein été, Makiko décide de se rendre chez sa sœur à Tokyo, pour consulter un médecin au sujet de l’augmentation mammaire qui la fait tant rêver. Les trois femmes se retrouvent ainsi pour quelques jours dans le minuscule appartement de Natsuko, sans pouvoir vraiment communiquer. Dans cette première partie, le récit prend la forme d’une structure à deux voix où celle de Midoriko (en italique) alterne avec celle de Natsuko (écriture romaine). Le regard de cette dernière sur sa sœur et sa nièce est décapant.

Seins et Œufs, la suite…

La seconde partie ne figure pas dans la version de Seins et Œufs de 2007. Elle est tirée d’ « Histoires d’été » (Natsu Monogatari, avec un jeu de mots sur natsu qui signifie « été » tout en rappelant le prénom de la narratrice, Natsuko) paru en 2019. La romancière a ajouté une suite, entièrement nouvelle à son œuvre, une suite dont l’action se situe huit ans plus tard, entre 2016 et 2018. Natsuko, toujours célibataire, raconte la vie qu’elle mène à présent à Tokyo. Elle s’interroge à la fois sur l’avenir de sa production littéraire et sur son désir de devenir mère par procréation médicalement assistée (PMA), sans relation sexuelle.

Les enjeux éthiques de la reproduction

En novembre 2020, Kawakami Mieko a participé à une réunion du Club des correspondants étrangers du Japon (FCCJ) à Tokyo. A cette occasion, elle a rappelé que Seins et Œufs, le court roman pour lequel elle a obtenu le prix Akutagawa 2008, n’était que sa deuxième œuvre. Une œuvre certes écrite dans le feu de la passion mais où il manquait encore une certaine technique. Au cours des dix années qui ont suivi, Kawakami Mieko s’est affirmée en tant qu’écrivain. Dans le même temps, elle est devenue mère et elle a décidé de s’exprimer sur « les enjeux éthiques de la reproduction » dans son roman suivant. C’est alors qu’elle a eu envie de se pencher à nouveau sur les personnages de Seins et Œufs, car elle avait l’impression qu’ils l’interpellaient.

Kawakami Mieko a dit qu’elle avait beaucoup réfléchi à propos du titre qu’elle voulait donner à son œuvre. Le sujet étant le même, à savoir le corps des femmes, Seins et Œufs restait donc toujours pertinent. « J’ai envisagé d’ajouter une virgule, un point, ou encore “nouveau”, tout au début », a dit la romancière en plaisantant. Mais pour finir, elle a choisi d’appeler Natsu Monogatari la nouvelle version de Seins et Œufs. Toutefois pour la traduction en anglais effectuée par Sam Bett et David Boyd en 2020, il a semblé tout naturel de revenir au titre japonais d’origine et de l’intituler Breasts and Eggs.


Richard Medhurst

Traducteur et éditeur pour Nippon.com. Titulaire d’un mastère de poésie moderne et contemporaine obtenu en 2002, à l’Université de Bristol. Est parti la même année pour le Japon où il a enseigné l’anglais pendant trois ans, à Chiba. A également vécu en Chine et en Corée. A travaillé à la mairie d’Izumi, dans la préfecture de Toyama de 2008 à 2013. S’est ensuite installé à Tokyo où il est devenu traducteur à plein temps chez Nippon.com en 2014.


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vendredi 6 septembre 2024

Murasaki Shikibu / L’auteure inconnue de la plus grande œuvre littéraire japonaise (4)

 

Murasaki Shikibu, l’auteure inconnue de la plus grande œuvre littéraire japonaise (4)

Richard Medhurst

28 / 08 / 2019


Il y a près d’un millier d’années naissait la plus célèbre œuvre littéraire japonaise, Le Dit du Genji (Genji Monogatari). Si ce classique est mondialement connu, son auteure en revanche l’est beaucoup moins. Il s’agit de la dame de cour Murasaki Shikibu, qui compilait ses observations sur l’aristocratie japonaise à travers ses différents écrits.

jeudi 5 septembre 2024

Le Dit du Genji [3] / Les romances à l’époque de Heian, ou le Japon d’il y a 1 000 ans

 

Le Dit du Genji [3] : les romances à l’époque de Heian, ou le Japon d’il y a 1 000 ans

Richard Medhurst

24 / 04 / 2020


Un peu de connaissance sur les romances et les traditions de l'aristocratie de Heian est utile pour les lecteurs qui s'attaquent au plus vieux roman du monde, le classique japonais « Le Dit du Genji », datant de plus de 1 000 ans.

mercredi 5 octobre 2022

Les chats et les chiens dans les proverbes japonais

 



Les chats et les chiens dans les proverbes japonais

Richard Medhurst 

13 / 09 / 2022

Que leur bonne fortune les laisse pantois ou qu’ils ramassent un bâton, les chats et les chiens font leur apparition dans un certain nombre de proverbes japonais.

Les chats sont populaires au Japon, mais, comme le montrent les proverbes qui suivent, on ne les associe pas nécessairement à une forme positive de contribution...



猫に小判 — Neko ni koban

Le koban est une pièce d’or de l’époque d’Edo (1603-1868), et « donner un koban à un chat » veut dire donner quelque chose à quelqu’un qui, faute d’en comprendre ou d’en apprécier la valeur, n’est pas en mesure d’en tirer parti.

猫に鰹節 — Neko ni katsuobushi

Les katsuobushi sont des lamelles de bonite séchée. Le proverbe, qui veut dire « poser des katsuobushi à côté d’un chat » et évoque l’idée de tenter l’animal en plaçant les délicieux morceaux de poisson à sa portée, fait référence à une situation dangereuse, ou qui requiert un haut degré de vigilance.

猫の手も借りたい — Neko no te mo karitai.

Dire de quelqu’un qu’il « veut même emprunter les pattes d’un chat », alors qu’il sait que cet animal de compagnie ne va pas lui être d’un grand secours, revient à dire qu’il déborde d’activité.

Dans l’assortiment de dictons qui suit, figurent ceux qui insistent sur le côté mignon et tout petit des chats.

猫の額 — Neko no hitai

L’expression « le front d’un chat » est employée pour désigner quelque chose de tout petit, en parlant, par exemple, d’un jardin ou d’un bout de terrain.

猫をかぶる — Neko o kaburu

Métaphoriquement parlant, « faire le chat » veut dire faire semblant d’être tranquille et inoffensif, dissimuler sa vraie nature. L’expression peut aussi signifier afficher un air innocent.

猫も杓子も — Neko mo shakushi mo

Pour dire que toutes sortes de gens étaient présents à un événement, la langue anglaise dispose de l’expression « every Tom, Dick, and Harry » (tous les Tom, Dick et Harry). L’équivalent en japonais est « même les chats et les louches » étaient présents.

Si nous nous tournons maintenant vers le côté canin des choses, nous nous apercevons que certains proverbes japonais établissent un lien entre les chiens et divers genres de querelles, que ce soit à titre de protagonistes ou de spectateurs.

犬猿の仲 — Ken-en no naka

Avoir une relation comme entre chiens et singes s’applique à des gens animés d’une hostilité réciproque ou ayant des rapports excécrables.

犬の遠吠え — Inu no tôboe

Lorsque quelqu’un critique d’autres personnes derrière leurs dos, on peut comparer cette médisance aux « hurlements lointains d’un chien » qui reste à distance pour ne pas être obligé de se battre.

夫婦喧嘩は犬も食わない — Fûfu genka wa inu mo kuwanai.

Les disputes entre époux tiennent souvent à de petites causes difficiles à comprendre de l’extérieur, et elles sont rapidement résolues. Au Japon, il existe un proverbe selon lequel « même les chiens ne mangent pas les scènes de ménage ». Tout le monde sait que les chiens ne sont pas très pointilleux sur ce qu’ils ingurgitent, mais ils ne « mangent » pas les (ou ne se mêlent pas aux) querelles entre époux. Le proverbe conseille aux gens de garder eux aussi leurs distances.

Toute chose a deux facettes, comme le démontre cette ultime série de proverbes.

飼い犬に手を噛まれる — Kaiinu ni te o kamareru.

Le chien étant en règle générale un animal de compagnie loyal, « Avoir la main mordue par son chien » évoque une trahison commise par un subordonné en qui l’on a confiance.

犬が西向きゃ尾は東 — Inu ga nishimukya o wa higashi.

« Si un chien fait face à l’ouest, sa queue est à l’est. » C’est une façon de dire que les propos de quelqu’un relèvent de la simple évidence.

犬も歩けば棒に当たる — Inu mo arukeba bô ni ataru.

« Si un chien part en promenade, il va trouver un bâton. » Ce vieux proverbe peut se lire de deux façons. Selon l’une d’entre elles, le chien reçoit un coup de bâton, et la phrase nous avertit que tout pas en avant entraîne un risque de catastrophe. Mais dans une autre interprétation, contradictoire, le bâton est un jouet que les chiens aiment porter dans la gueule, et le proverbe suggère alors qu’il vaut mieux agir que ne rien faire, car l’action peut générer une récompense.


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