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vendredi 30 juin 2017

Les nuits torrides de David Bowie et Mick Jagger


David Bowie


Les nuits torrides de David Bowie et Mick Jagger

Paris Match||Mis à jour le 
David Bowie et Mick Jagger dans les années 1980.News Ltd/Newspix / Rex /REX/SIPA
Angie, l’ex-femme de David Bowie, s’est confiée au journal anglais «The Sun». Elle y révèle que le chanteur a eu des relations sexuelles avec Mick Jagger, des Rolling Stones.
David Bowie revient sur le devant de la scène grâce à son nouvel album très attendu, mais aussi grâce aux révélations de son ex-femme de 63 ans. Dans une interview accordée au quotidien anglais «The Sun», Angie est longuement revenue sur ses années de mariage avec le chanteur androgyne, mais aussi sur la relation qu’il a entretenue avec Mick Jagger. Elle y raconte comment David Bowie a fait exploser leur mariage et étale ses étonnants exploits sexuels. «C’était un amateur des parties à trois, avec les femmes comme avec les hommes» a-t-elle confié.
Angie et David se sont rencontrés en pleine ébullition culturelle du «Swing London», à la fin des années 1960. Elle est Américaine, née sur l’île de Chypre, et avait déménagé à Londres pour suivre ses études à l’école Polytechnique de Kingston. Lui essayait d’enregistrer un disque et de faire décoller sa carrière de chanteur pop. Elle affirme l’avoir toujours encouragé à jouer sur son ambiguïté des genres et sa sexualité pour créer un personnage à part entière, hors du commun, comme il l'avait fait avec Ziggy Stardust. Ensemble, ils auront un garçon: Duncan Jones, alias Zowie Bowie. A plusieurs reprises, elle narre ses parties de sexe, sans tabous: «La veille de notre mariage, nous avions fait une partie à trois avec des amis. (…) Nous avions eu une nuit très courte. Nous ne sommes pas allés nous coucher avant 3 ou 4 heures du matin. J’ai regardé David coucher avec tout ce qui bougeait.» Le jour J, ils avaient rendez-vous à 10 heures dans le sud de la capitale, à Bromley. Elle raconte: «Quand j’ai vu la mère de David, je me suis dit: "Oh mon garçon, ce n’est pas bon". C’était une romance de merde. Quand il m’a demandé de l’épouser, il m’a dit "Je ne t’aime pas, au fait".»

«Tu ne vas pas le croire. David et Mick Jagger»

Le moins que l’on puisse dire, ce que la sexualité du couple était très libérée. «Pendant les six premières semaines après notre rencontre, j’ai rencontré quatorze personnes avec qui il avait couché. Je suppose que c’était de l’amour libre, comme on disait dans les années 1960», témoigne l’ex-femme du chanteur. En 1973, elle découvre même Mick Jagger, leader des Rolling Stones, dans le lit de son mari. «Ils n’étaient pas juste dans le lit. Ils étaient nus.» Elle se souvient de ce moment surprenant dans les moindres détails: «Mon assistante riait dans la cuisine quand je suis rentrée. Elle m’a dit: "Tu ne vas pas le croire. David et Mick Jagger". Alors j’ai répondu: "D’accord, mets la bouilloire en marche". J’ai descendu les escaliers, j’ai poussé la porte, et j’ai dit: "Bonjour! Prêts pour le déjeuner les garçons?" Je suis rentrée dans la chambre. David était là, d’un côté, avec tous ses coussins et ses couvertures, et de l’autre, il y avait la jambe de Mick qui dépassait. Je leur ai demandé: "Vous avez passé une bonne nuit les gars?" Ils étaient tellement ivres qu’ils ne pouvaient presque pas parler. J’avais pitié d’eux.» Mais au fond, elle estime que pour David, ce n’était pas une grande histoire d’amour avec Mick.
Cette courte idylle avec l’un des membres des Rolling Stones est un secret de polichinelle puisque l’année dernière déjà, Christopher Anderson avait révélé dans sa biographie «Mick: The Wild Life and Mad Genius of Jagger» que les deux chanteurs avaient entretenu une relation dans les années 1970. Dans le livre, l’auteur explique que Mick Jagger et David Bowie étaient «obsédés sexuellement l’un envers l’autre».

dimanche 8 janvier 2017

Patrick Eudeline : «Il y avait un Bowie en moi»


David Bowie
Par T.A.

Patrick Eudeline : «Il y avait un Bowie en moi» (Bowie, l’autre histoire)

Christine Marcandier

6 janvier 2017


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Tout commence, désormais, par un «après David Bowie», par « le jour où Bowie est mort », comme le livre de Patrick Eudeline, Bowie L’autre histoirequi sort en poche aux éditions Points.
Pourquoi ce sentiment, en nous tous, de perte et d’angoisse ? Pourquoi ce moment comme un événement si paradoxal, à la fois collectif et intime, profondément intime ? « Il y avait un Bowie en moi », répond Patrick Eudeline, « comme en tous ceux qui l’ont un jour aimé. Et c’était cela, dont la mort était inacceptable ».
En revenir, alors, à Lazarus, aux images du clip qui accompagnent ce texte d’outre-tombe, au sentiment étrange qui saisit le spectateur face à un Bowie fatigué, avatar décati et malade du « spike Bowie glorieux de jadis » : David Bowie s’expose au seuil du grand départ, lui qui, « depuis toujours, trompait mort et déchéance de la chair, quand ses contemporains s’abîmaient. Ses ongles nous rappellent son âge. C’est son portrait de Dorian Gray ».

dimanche 31 juillet 2016

Olivier Steiner / Throw me tomorrow, dear David





Throw me tomorrow, dear David

Olivier Steiner 11 janvier 2016 
Le journal d'Olivier Steiner




Un des plus beaux incipit de la littérature c’est quand même le premier paragraphe de L’Amant de Marguerite Duras : « Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »

Il y a quelque chose de ça, pour moi, avec le continent Bowie. J’aimais mieux l’homme vieillissant que le génial jeune chanteur qu’il fut. Les puristes diront que sa musique de la fin portait des charentaises, que c’était bien triste, qu’on avait perdu l’insolente modernité d’un titre comme Ashes to ashes, soit. Je ne suis pas un puriste. J’aimais le dernier Bowie, en particulier celui qui est apparu en 99 avec l’album Hours, selon moi le plus personnel, le plus sage dans le sens de sagesse, le plus intime dans les textes. Reprenez l’album et lisez les paroles, c’est comme une confession.


Avec ma main brûlée, j’écris sur la nature du feu, écrivait Flaubert. Avec sa voix brûlée, David chantait lui aussi sur la nature du feu, tous les feux.


J’ai envie de retenir le clip du titre Thursday’s child (réalisé par Walter Stern), un vrai petit morceau de cinéma. Dans un clair-obscur caravagesque, il apparaît devant la grande glace d’une salle de bains, chemise noire boutonnée jusqu’en haut, cheveux longs, blond sombre. Il chantonne, se regarde comme s’il se soupçonnait, finit par allumer la radio. Une chanson démarre, la sienne. C’est-à-dire que sa musique est au second plan, elle n’est là que pour exprimer quelque chose de plus profond, qui se trouve dans l’image et dans la vie. La grande classe, quoi.
L’homme qui est là, qui s’appelle Bowie et qui est un peu plus et un peu moins que la star David Bowie, murmure sur sa propre chanson, à contretemps, un peu absent, légèrement faux. Il va même jusqu’à se racler la gorge, laissant courir l’eau du robinet.
Puis il se tient immobile, silencieux, libéré et comme fatigué de la nécessité du playback. Une femme apparaît à sa droite, elle retire ses lentilles de contact puis tout se détraque comme dans une faille temporelle, il redevient jeune homme, elle redevient jeune fille, les regards s’échangent au gré des sauts dans le temps, pas un mot entre eux deux, rien que du pur présent and nothing to tell, to say. Ne vaut-il pas mieux se taire quand on a pas quelque chose de mieux à dire que le silence ou la musique ?
Quand j’étais ado j’écoutais Aladdin Sane ou Space oddity pour me vieillir, aujourd’hui je m’allonge sur mon canapé, je me sers une vodka, j’arrête le temps, j’écoute Hours. Les titres se suivent et ça le fait, il y a vraiment Something in the air.
David B. serait mort ? Ha, ha, laissez-moi rire : Impossible ! Il y a vraiment something in the air je vous dis

dimanche 24 janvier 2016

La playlist rock d’Hugo Cassavetti / Bowie, clones ou disciples

David Bowie
La playlist rock d’Hugo Cassavetti : Bowie, clones ou disciples
Publié le 05/03/2013. Mis à jour le 22/03/2013 à 17h50.
A quoi reconnaît-on le génie ? Probablement à l’impossibilité d’être imité et à la capacité de faire des émules. Pour le retour surprise de David Bowie, petit tour d’horizon de quelques-uns des plus savoureux élèves du rocker caméléon.


JobriathTake me I’m Yours (1973), extrait de l’album Jobriath
Mick RonsonBilly Porter (1974), extrait de l’album Play Don’t Worry
Alastair RiddellOut On The Streets (1974), extrait de l’album Space Waltz
Peter MurphyCuts You Up (1989), extrait de l’album Deep
SuedeNew Generation (1994), extrait de l’album Dog Man Star



samedi 23 janvier 2016

David Bowie / 25 artistes choisissent leur chanson fétiche


David Bowie 

25 artistes choisissent leur chanson fétiche pour “Télérama”

“Life on Mars”, “The Man Who Sold the World”, “Space Oddity”... Pour rendre hommage à l'icône disparue, nous avons demandé à des artistes de choisir leur chanson fétiche et juste quelques mots, ou une bribe de souvenir, pour l'accompagner.

Melvin Poupaud, acteur, réalisateur et musicien

Always Crashing in the Same Car




« Pour la mélodie et les paroles qui parlent de notre vulnérabilité dès qu'il s'agit de (re)tomber amoureux ».

Vincent Delerm, chanteur, Sandrine Kiberlain, actrice, et Joakim, producteur

Life on Mars




Vincent Delerm : « Pour la mélodie magique du couplet, le lyrisme du refrain, “Is the life on mars ?”... Si même lui n'a pas la réponse à cette question ! ».
Sandrine Kiberlain : « Une chanson marquée dans mes veines. Comme son regard, sa liberté, son élégance ».
Joakim : « Une montée sans fin. D’un point de vue pianistique, la suite d’accords est bluffante. L’oreille anticipe une gamme, Bowie fait autre chose.»

vendredi 22 janvier 2016

Quand Bowie devint la Joconde


Quand Bowie devint la Joconde


Laurent Rigoulet
Publié le 26/09/2015. Mis à jour le 04/10/2015 à 08h44.

A l'occasion de la ressortie en coffret des vinyles des années folk et glam, retour sur la rencontre entre David Bowie, en rupture de Ziggy, et le photographe Brian Duffy, enfant terrible de la mode londonienne, pour la pochette d'“Aladdin Sane”. Icône !
On ne sait pas combien de temps ça durera, mais l'objet en vogue, à l'approche du sapin 2015, a les atours d'un coffret vinyle. Bruce Springsteen, John Lennon, Roxy Music, Marvin Gaye, Queen, Bob Marley ont déjà leurs intégrales (ou presque) en carton glacé, chic et épais. Et David Bowie présente la sienne en majesté. Elle ne concerne que les premières années d'exercice (Five Years 1969-1973) mais pèse quand même ses six kilos. A la différence des concurrents, l'état major du « Starman » ne s'est pas contenté de dupliquer les albums existants (remastérisés ou pas) mais ajoute un double album d'inédits, une version alternative de Ziggy Stardust (le remix de 2003) et soigne les pochettes jusqu'à la texture. Gaufrée sur The Man who sold the world (la fameuse image censurée de Bowie en robe), lisse et brillante sur Hunky Dory, d'un mat lumineux pour Aladdin Sane. Première cible : les fans, bien sûr, mais aussi les nouveaux venus et ceux qui ne se sont jamais accoutumés à la miniaturisation de ces monuments de l'art pop que sont les 33 tours de l'histrion glam.
La pochette chez Bowie, c'est tout une histoire. Celle d'Aladdin Sane est inoubliable, au point qu'on l'a rebaptisée « Joconde de la pop » et qu'elle a servi (dans une version alternative) de figure de proue aux grandes expositions londonienne et parisienne. Quand il se lance dans sa conception, en 1973, Bowie ne veut pas seulement prendre un nouvel envol, quittant la peau d'un Ziggy Stardust suicidé sur la scène de l'Hammersmith Odeon, il souhaite aussi faire entrer son métier dans une nouvelle dimension. Son ange gardien de manager, l'insatiable Tony DeFries, est bien décidé à faire de son héros transformiste une star planétaire et parle de révolutionner la communication rock à l'aide d'un sortilège visuel : « Je voulais persuader la maison de disques de mettre sur pied une campagne globale, raconte-t-il. Il me fallait une image que nous pourrions décliner sur tous les supports. Jusqu'à la diffusion de spots télé, ce qui ne s'était jamais vu. Le marketing musical était tout à fait balbutiant. »  Le manager a quelques ruses en réserve : il imagine, par exemple, que le meilleur moyen de convaincre la maison de disques de l'importance du projet est de lui proposer un devis exorbitant. Il se tourne vers quelques stars de la photographie, Masayoshi Sukita, David Bailey et un enfant terrible du Swinging London, Brian Duffy, star du glamour, qui vient de signer le prestigieux calendrier Pirelli. Ce dernier emporte la mise. Il est conquis par son modèle et marche dans la combine de DeFries, avec sa verve de pirate : il propose les tirages les plus chers et les plus sophistiqués, des plaques photographiques importées de Suisse et une typo de chez Conway's, le chic du chic.


Aladdin Sane, extrait de l'album Aladdin Sane

Duffy est un personnage fantasque, visionnaire, provocateur. En 1972, il approche de la quarantaine et brûle de ses derniers feux. Pour lui, la photographie s'éteint pendant ces années-là. « Tout a été dit entre 1839 et 1972, clame-t-il. Il n'y a rien plus rien à inventer. J'ai mis un certain temps à voir cette mort venir. Le premier à m'avoir alerté est Henri Cartier-Bresson, qui s'est mis à la peinture et au dessin. »Duffy se consacrera, lui, à la rénovation des meubles anciens, après avoir entrepris de brûler toutes ses photos, sur un coup sang, la fin des années 1970. La prise de vue pour Aladdin Sane est l'un de ses derniers faits d'arme. L'écoute de Jean Genie  lui a soufflé l'idée d'une apparition d'un Aladdin au torse nu. On lui prête aussi l'idée de l'éclair (mais d'autres sources jurent que c'est Bowie). Celle-ci vient à chaud en tout cas. Un autocuiseur dans le studio sur lequel est dessiné un éclair bleu et rouge servira de modèle. Pierre La Roche, l'artiste maquilleur de Ziggy Stardust (de Jagger et du Rocky Horror Picture Show) s'emploie à tracer le plus éclatant des dessins sur la joue du chanteur, mais le photographe a d'autres vues. Il le fait savoir avec force jurons (sa signature) et dessine brusquement un éclair au rouge à lèvres qui vient barrer le visage de Bowie : Aladdin Sane est né.
Avec le temps, la genèse de l'album gagne en mystère. Un souvenir chasse l'autre. Duffy a-t-il vraiment eu l'idée du génie d'Aladdin parce qu'il a mal compris le titre de l'album quand Bowie le lui a soufflé « A lad insane » ? Bowie voulait-il un éclair comme celui qui accompagnait la devise de Presley, « TCB » (taking care of business) ? L'alchimie entre les deux artistes est telle qu'ils se partagent l'idée et l'exécutent en moins d'une journée. A la perfection. Simple portrait sur fond blanc, la pochette d'Aladdin Sane est une œuvre de maître en même temps qu'une arme publicitaire déclinée sous toutes ses formes. 100 % Duffy. 100 % Bowie. Ils en feront d'autres.





lundi 18 janvier 2016

David Bowie / Caméléon toujours vert

David Bowie, caméléon toujours vert


Hugo Cassavetti
Publié le 19/01/2013. Mis à jour le 11/03/2013 à 13h31.


Mal en point ? Depuis presque dix ans, les rumeurs allaient bon train. Régulièrement, on annonçait même le pire : la mort de David Bowie. Il avait montré l'exemple d'un renouvellement créatif sans fin, son absence produisait plus qu'un manque : un vide. D'où l'impact du cadeau surprise de son 66e anniversaire, le 8 janvier dernier : alors que 2012 venait de s'achever sur un curieux constat — l'étonnant regain de vitalité des « seniors » du rock —, Bowie lâchait un morceau flambant neuf, au titre de circonstance, Where are we now ? (« Où sommes-nous à présent ? »), annonciateur d'un album (The Next Day) à paraître le 11 mars.
Drôle de chanson, sombre, et belle ballade en demi-teinte qui réveille le souvenir de Heroes, sommet de la trilogie berlinoise publiée à la fin des années 1970. Accompagnée d'un clip des moins glamour (le visage de la star, peu à son avantage, incrusté dans une étrange peluche bicéphale), la chanson évoque l'époque où Bowie se réinventait, après sa période « white soul toxico », dans un Berlin en noir et blanc, ville de tous les possibles. Nostalgie d'une ère où les contraintes inspiraient, entre autres, l'audace artistique ? Comment ne pas songer également à l'aîné John Lennon, qui brisa une retraite similaire — également consacrée à sa famille — pour écrire et graver, en 1975, avec David, justement, le classique Fame, avant de revenir revigoré...
Ce retour surprise ferait presque oublier que, dans sa retraite new-yorkaise, le caméléon du rock anglais est demeuré étrangement présent. A la suite de l'arrêt de sa tournée, en 2004, pour des raisons de santé, Bowie a pris du recul, mais pour mieux rester, comme il l'a toujours fait, aux aguets. Et se faire brillamment désirer. Car une chose est certaine : son aura n'a fait que s'amplifier. La période de « silence » a servi à entretenir et à réaffirmer, à coups de rééditions luxuriantes, l'importance de l'oeuvre passée.
S'il a refusé qu'on utilise son répertoire dans une comédie musicale à sa gloire, Bowie a surveillé de près les célébrations successives de ses albums majeurs : il s'est vu proclamé à nouveau roi du glam avec Ziggy Stardust, maître d'un funk visionnaire sous influence krautrock (Station to station), parrain d'un rock électronique aussi exigeant que grand public (Low). Chaque année écoulée a été l'occasion de rappeler son génie. Sans oublier l'autre spécialité du Dorian Gray de la pop : être toujours aussi prompt à adouber les meilleurs artistes émergents (TV on the Radio, Arcade Fire, The National, etc.), prêtant même sa voix et ses conseils à l'album de Scarlett Johansson. Pas mal pour un homme fatigué, retiré du milieu.
« L'homme qui venait d'ailleurs » n'était donc jamais loin, attendant son heure. Son timing est une fois de plus impeccable. Quel que soit le contenu de The Next Day(qui sortira pile pour l'ouverture de la très médiatique expo consacrée à l'artiste à Londres), son annonce éclipse aussitôt toute la concurrence. Même ses détracteurs semblent heureux de le retrouver. Vivant. Et, espérons-le, toujours pertinent.

1947 Naissance de David Robert Jones, à Londres.
1969 David Bowie obtient son premier succès : Space Oddity.
1972 Invention du personnage de Ziggy Stardust.
1977 David Bowie s'installe à Berlin, avec Iggy Pop. 1983 Let's dance, plus gros succès de sa carrière.
2004 Interruption de la tournée « Reality ».



dimanche 17 janvier 2016

David Bowie / Androgyne génie

David Bowie, 

androgyne génie


Hugo Cassavetti
Publié le 07/03/2013. Mis à jour le 08/03/2013 à 12h50.

Plus fascinant que jamais, Bowie devance les modes. Le glam rock est moribond ? Il prépare déjà une nouvelle mue…
Septembre 1971. A peine le dernier titre de Hunky Dory bouclé en studio, David Bowie est pris d'une frénésie : les chansons de son disque suivant s'imposent déjà comme des évidences, à graver dans l'urgence. Cette intuition, Bowie la doit à Mick Ron­son, guitariste et arrangeur virtuose. La complicité trouvée avec ce timide alter ego ­venu ­­du Nord a donné des ailes au second couteau pop, déterminé à ravir la couronne glam à Marc Bolan.
« Five years, that's all we've got... » Cinq ans, c'est tout ce qu'il nous reste. La voix du chanteur se brise en hurlant le ­finale de ce qui est peut-être sa plus belle chanson. La plus atypique dans sa construction, la plus caractéristique d'un répertoire qui ne procédera désormais plus par imitation. Le titre, qui ouvre The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars,l'album de la consécration, publié en juin 1972, marque le basculement d'un outsider, tâtonnant et joueur, en maître absolu de sa création. Sa voix, d'abord, aux mille intonations et expressions, fragile mais d'une justesse rare, n'appartient plus qu'à lui. L'enregistrement de Five Years, comme tant d'autres à venir, se fit en une prise, Bowie, littéralement en larmes, puisant au plus profond de son être ses mots cinglants et désespérés.

Jusqu'à Ziggy, Bowie se cherchait. En créant ce personnage de star extraterrestre, héritier de Vince TaylorIggy Pop et autres figures cultes de la mythologie rock, Bowie trouvait enfin qui il était : la créature rock ultime, flamboyant marginal triomphant jusque dans la mise en scène de sa mort programmée (Rock'n'roll Suicide), là où ses inspirateurs restaient maudits.
L'ère est encore aux cheveux longs ? Sur les conseils de sa femme, Angie, Bowie les coupe, comme pour souligner plus encore son androgynie. Blond pour la photo de pochette, il passe au rouge, pour mieux répondre aux couleurs vives de ses délirantes tenues japonaises. Bowie déclare à la presse qu'il « [est] gay, et l'[a] toujours été ».Le timing est parfait. Quinze ans après Presley, l'Anglais incarne à nouveau le trouble sexuel, l'interdit, la liberté. Ziggy Bowie devient l'idole dotée de toutes les vertus : le style, le physique, le costume, l'attitude et, plus que tous ses contemporains, les chansons.
Car plus rien n'arrête Bowie, qui se met à écrire des classiques à la vitesse de la lumière. Pour lui et les autres. All the young dudes sauve la carrière en chute libre de Mott the Hoople. Lou Reed et Iggy Pop sont aux abois ? Bowie les produit, généreux et pas fou : il ne perd jamais le contact avec ceux qui l'ont nourri. Car, si Bowie est un vampire, il demeure un fabuleux passeur, toujours prompt à citer ses sources. DeJean Genet (The Jean Genie) à George Orwell (1984 étant à l'origine de Diamond Dogs), il ouvre son jeune public à un monde infini de culture et de sous-culture.

Cet homme étrange, irréel, au corps si fin, au visage si fascinant, barré d'un éclair multicolore, devient le sésame vers une vie autre, plus belle, plus intéressante, plus sensuelle. Son rock dur, glam, concis, s'autorise un élégant grand écart entre music-hall et jazz. Et Pin Ups, disque de reprises, rend autant hommage aux encore sous-estimés pionniers sixties (KinksPretty ThingsSyd Barrett...) qu'il inscrit Bowie dans leur directe lignée.
Les modes sont éphémères, Bowie les devance. Jusqu'à épuisement. Physique. Le glam rock est déjà moribond lorsqu'il boucle Diamond Dogs, en 1974. Une ultime ode rebelle (Rebel rebel) achève les années de folles extravagances. Entre décadence, déchéance et régénérescence, une nouvelle mue commence. ­