
Le prix des dollars
par Claude Grimal
21 septembre 2022
Il s’est dernièrement publié aux États-Unis une série d’essais dans lesquels les auteurs présentent leurs difficultés à s’accommoder d’une existence en société capitaliste avancée (ou finissante ?) alors qu’ils n’en sont pas eux-mêmes les premières victimes. Eula Biss, avec Avoir et se faire avoir, est l’une d’entre eux.
Eula Biss, Avoir et se faire avoir. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Justine Augier. Payot, 280 p., 21 €
L’analyse critique personnelle d’une position (un peu ou très) privilégiée a d’habitude tendance à susciter chez le lecteur un brin d’agacement. Lassé de voir se dérouler au fil des pages le schéma prévisible (la liste des avantages qu’apporte le confort social mêlée à des aveux de culpabilité, de malaise, de promesses d’amendement, etc.), il est prêt à penser que le mode autobiographique n’est pas le mieux adapté à ce sujet où le piège narcissique menace. Eula Biss, qui est poète et essayiste, évite ce piège grâce à sa manière directe, vive, presque naïve, d’aborder la question.