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mardi 28 novembre 2023

Le testament de Stephen Hawking

 



Thomas Hertog L’origine du temps. La dernière théorie de Stephen Hawking
Robert A. Millikan, Georges Lemaître et Albert Einstein au California Institute of Technology en janvier 1933 © CC0/WikiCommons


Le testament de Stephen Hawking

par Martino Lo Bue
28 novembre 2023
8 mn

L’idée que les lois de la physique et que des grandeurs longtemps considérées comme universelles telles que le temps et l’espace puissent avoir une histoire, voire des origines, hante la physique, surtout depuis 1915, année de la publication de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein.

Thomas Hertog | L’origine du temps. La dernière théorie de Stephen Hawking. Odile Jacob, 431 p., 24,90 €

Aurélien Barrau | Anomalies cosmiques. La science face à l’étrange. Dunod, 202 p., 17,90 €

Au cours des douze ans qui suivirent, deux théoriciens s’acharnèrent à calculer les solutions de la théorie afin d’en déduire une description d’ensemble de l’univers. Le premier, le physicien soviétique Alexander Friedmann, publia en 1922 et 1924 des solutions aux équations d’Einstein calculées en supposant un univers avec une distribution uniforme de matière. L’un des résultats les plus marquants montrait que, en raison de la courbure de l’espace-temps induite par la présence de matière, l’univers se trouvait en évolution (expansion, contraction). En 1927, Georges Lemaître, père jésuite et professeur de physique à l’Université catholique de Louvain, publia dans les Annales de la Société scientifique de Bruxelles un article qui est aujourd’hui considéré comme l’origine de la théorie du Big Bang. Lemaître, en comparant les modèles d’espace-temps de Willem de Sitter (solutions en absence de matière) et d’Einstein, arriva de façon indépendante à une conclusion similaire à celle de Friedmann. Il écrit : « Lorsqu’on introduit des coordonnées et une division correspondante de l’espace et du temps respectant l’homogénéité de l’univers, on trouve que le champ n’est plus statique, on obtient un univers de même forme que celui d’Einstein, mais où le rayon de l’espace au lieu de demeurer invariable varie avec le temps suivant une loi particulière […] nous sommes ainsi conduits à étudier un univers d’Einstein où le rayon de l’espace (ou de l’univers) varie d’une façon quelconque ».

Si Einstein, de son côté, n’était pas très convaincu par l’idée d’un univers en expansion, d’autres physiciens en étaient carrément horrifiés. C’est ainsi que Hermann Bondi et Fred Hoyle développèrent des théories en essayant de concilier les équations de la relativité avec un univers stationnaire plus conforme à leurs attentes philosophiques. C’est dans la polémique qui s’ensuivit que Fred Hoyle utilisa pour la première fois l’expression « Big Bang » pour designer de façon ironique l’approche évolutive de Lemaître. Deux ans après l’article de Lemaître, l’astronome américain Edwin Hubble montrait que la vitesse d’éloignement des objets extragalactiques est proportionnelle à leur distance, confirmant ainsi les prévisions de Lemaître et de Friedmann. En 1931, un article au titre significatif, « The End of the World from the Standpoint of Mathematical Physics », signé Arthur Eddignton, est suivi, dans la revue Nature, d’une lettre intitulée « The Beginning of the World from the Point of View of Quantum Theory » par Georges Lemaître.

Le premier posait des questions aujourd’hui encore d’actualité. D’une part, il intégrait l’idée d’expansion de l’univers avec le deuxième principe de la thermodynamique, la seule loi fondamentale de la physique imposant une asymétrie entre passé et futur, ce qu’Eddignton a nommé le premier une « flèche du temps ». Il en déduisait que l’univers devrait évoluer vers un état d’entropie maximale, c’est-à-dire vers un minimum d’organisation. Il se posait ensuite la question de savoir pourquoi nous avons, en notre qualité d’entités biologiques très organisées, la possibilité d’être les témoins de cette chute vers un état de désorganisation. La réponse était : d’après les lois de la physique que nous connaissons, et comme nous considérons comme philosophiquement aberrante l’idée que ces lois puissent avoir eu un commencement quelque part dans le passé, un univers admettant l’existence d’êtres conscients, de physiciens par exemple, est une situation extrêmement improbable si l’on n’admet pas des conditions initiales ad hoc.

La réponse de l’abbé Georges Lemaître conteste le rejet par Eddington de l’idée d’un commencement de l’état de nature et de ses lois telles qu’on les connaît. Selon Lemaître, le temps thermodynamique du point de vue de la théorie quantique peut se figurer comme une quantité constante d’énergie se distribuant dynamiquement au sein d’un nombre croissant de quanta. De ce point de vue, on pourrait se représenter le tout début comme un atome originaire contenant toute la masse de l’univers. L’évolution à laquelle on assiste résulterait de la fragmentation progressive de ce quantum originaire dans une multiplicité de quanta. Lemaître en déduisait que « si l’idée est correcte, le début du monde a eu lieu juste avant le début de l’espace et du temps [1] ». On est en 1931 et une bonne partie des questions clé auxquelles la cosmologie tente encore aujourd’hui de répondre sont posées.

Premièrement, il s’agit d’extrapoler, depuis l’évolution de l’univers, le futur (la fin) et le passé (le début) du monde. Pour ce faire, il faut harmoniser ce que les équations de la relativité générale prévoient avec les observations de l’astrophysique. Ces dernières comprennent, entre autres : l’observation de la vitesse d’éloignement des objets extragalactiques, qu’on associe à la constante de Hubble ; l’observation de la chaleur résiduelle résultant de l’époque à laquelle l’univers était très chaud, le fond diffus cosmologique (FDC), ou rayonnement fossile, prévu par Lemaître et découvert en 1965, juste avant la mort de ce dernier. 

Deuxièmement, comme indiqué par la réponse de Lemaître à Eddignton, le problème des origines ne peut que passer par une unification de la théorie de la gravitation d’Einstein et de la mécanique quantique. Là aussi, le concours est encore ouvert ; les deux approches les plus populaires aujourd’hui qui essaient d’y répondre sont la théorie des cordes et celle de la gravitation à boucles. Mais les jeux sont loin d’être faits. 

Du point de vue de la théorie de la relativité générale, la description du début de l’univers ne manque pas de poser des problèmes car la géométrie de l’espace-temps en présence d’une masse énorme, celle de l’univers entier, concentrée dans un espace très petit, voire un point, semble extrêmement bizarre, singulière comme on dit en mathématique. Le mot « singulier » dans ce contexte signifie que certaines grandeurs deviennent infinies et il est donc très difficile de leur associer une représentation physique. L’interprétation de la singularité initiale est encore plus ardue vu la difficulté, même du point de vue d’une expérience de pensée, de se poser en observateur externe par rapport à un univers qui, générant par lui-même l’espace et le temps, ne se trouve nulle part. 

En 1916, Einstein reçut une carte postale envoyée par Karl Schwarzschild depuis le front oriental, contenant la solution des équations de sa théorie de la gravitation en présence d’une masse sphérique, statique, d’une densité extrêmement élevée. C’est là que commence l’histoire de ces objets aux propriétés fort exotiques qui seront ensuite dénommés « trous noirs » par John Archibald Wheeler. Il s’agirait bien de corps célestes : des objets « petits » par rapport à l’univers. Ils seraient aussi observables. Finalement, les densités de masse inouïes qu’ils comporteraient induiraient des conditions de déformation de l’espace temps parfois semblables à celles qu’on suppose avoir eu lieu pendant le Big Bang. Les trous noirs, dont on a une preuve en termes d’observation depuis peu de temps, seraient donc à plusieurs égards des systèmes modèles pour tester les théories de gravitation quantiques ainsi que les théories cosmologiques. Il n’est donc pas étonnant de trouver, parmi les scientifiques qui ont formulé les plus ambitieuses théories cosmologiques, deux des chercheurs qui ont contribué le plus au développement de la théorie des trous noirs : Roger Penrose, Prix Nobel de physique en 2020, et Stephen Hawking.

Thomas Hertog L’origine du temps. La dernière théorie de Stephen Hawking
Karl Schwarzschild © CC0/WikiCommons

C’est bien à la dernière théorie de ce dernier que Thomas Hertog, son collaborateur depuis le début des années 2000, consacre son livre. L’ouvrage, mêlant des discussions scientifiques et des anecdotes biographiques sur Hawking, expose l’approche cosmologique que ce dernier a développée au cours des dernières années de sa vie. On trouvera des pages parfois très belles dédiées au problème de l’harmonisation des théories cosmologiques avec la structure du FDC, étudiée ces dernières années de façon de plus en plus détaillée. On y évoque l’hypothèse d’une dilatation initialement extrêmement rapide de l’univers, ce qu’on appelle une inflation. On y explique comment des fluctuations quantiques ayant lieu d’abord à une échelle microscopique pourraient avoir été amplifiées à l’échelle cosmique laissant leur trace dans le FDC. On y parle de constante cosmologique et de matière et d’énergie noires. Tous les sujets les plus intrigants de l’astrophysique contemporaine sont là, traités avec passion et clarté. 

La dernière partie du livre attaque frontalement le problème, déjà clairement vu par Eddington en 1931, de la nature anthropique de l’univers. Il s’agit de répondre à la question de savoir pourquoi, avec une infinité d’évolutions cosmiques envisageables, on se trouve dans l’évolution, qui n’a pas l’air tout à fait « typique », où le développement de la vie est possible. La réponse de Hawking et de Hertog est, de quelque façon, « perspectiviste ». En décrivant l’évolution d’ensemble de la manière dont on décrit la trajectoire d’un objet quantique, on peut imaginer un univers évoluant au long de différentes histoires en même temps. Le fait d’observer cette possibilité particulière serait associé à la modalité par laquelle on interagit avec l’ensemble des histoires. On se trouverait dans un univers dont l’évolution dans le passé serait affectée par la manière dont on l’interroge dans le présent. Hawking et Hertog qualifient cette vision de « descendante » (top-down en anglais), se référant au fait qu’en physique le temps est communément indiqué par une flèche qui pointe vers le haut. Les soixante pages consacrées à cette théorie audacieuse constituent peut-être la partie la plus passionnante et la plus importante du livre de Hertog.

Thomas Hertog L’origine du temps. La dernière théorie de Stephen Hawking
Le professeur Hawking en vol dans un avion zéro-g (2007) © CC0/WikiCommons

Comme Une brève histoire du temps de Hawking, ce texte possède toutes les qualités pour fasciner un large public et pour attirer des jeunes vers l’étude de la physique et de la cosmologie. Néanmoins, de même que certains médicaments contenant un fort principe actif, le livre de Hertog présente aussi quelques contre-indications pour éviter des effets indésirables. Dans un autre excellent livre traitant des mêmes sujets, Roger Penrose avait identifié trois mots clé qui décrivent bien la majorité des grandes théories cosmologiques dont les siennes : mode, croyance, imaginaire (voir Roger Penrose, La nouvelle physique de l’univers. Mode, croyance, imaginaire, Odile Jacob, 2018). Il s’agit peut-être seulement d’une question d’âge, mais chez Hertog cette distance salutaire qui caractérise Roger Penrose est totalement absente. Trop fréquemment, dans ses pages, l’enthousiasme fébrile du croyant l’emporte sur le recul qu’on attendrait de la part d’un scientifique, surtout quand il s’adresse à un public de non-spécialistes. Un compte rendu de l’édition en anglais, publié dans la revue Nature il y a quelque mois, reproche avec raison à Hertog un certain abus de l’argument d’autorité faisant valoir son très haut « pedigree ». On y parle de « brand of Hawking worship ».

L’élève de Stephen Hawking, professeur dans la même université que Lemaître, qui a rencontré les plus grands esprits de notre temps, semble par moments essayer de nous faire oublier que ses théories, bien que fascinantes, sont encore extrêmement controversées. Un exemple, au début du chapitre 7 : « Le lancement de la révolution darwinienne en cosmologie fut un acte hawkingien par essence ». Hertog confond trop souvent de nouvelles idées, courageuses, fascinantes et à la mode, avec des « révolutions » scientifiques. Ces dernières impliquent généralement la construction d’une hégémonie autour d’un nouveau paradigme dépassant les communautés académiques et disciplinaires et créant un nouveau sens commun, une nouvelle doxa. Ce n’est ni le cas de la théorie des cordes, ni celui de l’holographie quantique, ni celui de la théorie cosmologique descendante.

Ceux qui voudront, sans renoncer à l’indiscutable beauté de maintes pages du livre de Hertog, reparcourir les mêmes thématiques guidés par un regard très différent, celui d’un incroyant dont le recul s’accompagne d’une grande familiarité avec la philosophie et l’épistémologie, pourront se tourner vers les Anomalies cosmiques d’Aurélien Barrau. L’auteur, lui aussi chercheur reconnu dans le domaine de la cosmologie, se passionne surtout pour l’aspect ouvert, non linéaire, fait d’anomalies et d’erreurs, du processus d’avancement de la connaissance. Pour Barrau, « toutes les théories sont fausses » et c’est bien pour cela que la science ne cesse jamais d’avancer. Se focaliser sur les succès qui, selon Barrau, ne peuvent qu’être temporaires, fait perdre de vue que les échecs peuvent être productifs pour l’avancement de la connaissance. Selon Barrau, l’exposition de n’importe quelle théorie si l’on en efface les anomalies revient à une pratique, bien cernée par Georges Canguilhem dans Le normal et le pathologique, qui n’est pas dépourvue d’analogies avec des mécanismes sociaux répressifs. Un livre dont l’esprit pourrait enseigner aussi aux scientifiques, de plus en plus obsédés par une vision managériale de la recherche, à vivre les sciences comme work in progress.


[1] En décembre 2022 la VRT (Organisme de la radiodiffusion flamande) a retrouvé dans ses archives une interview qu’on croyait perdue de Georges Lemaître dans laquelle il parle, environ trente ans après, de sa théorie de l’évolution cosmique.


EN ATTENDANT NADEAU





samedi 17 mars 2018

Big Bang, trous noirs / Ce que Stephen Hawking a apporté à la science

Stephen Hawking


Big Bang, trous noirs : ce que Stephen Hawking a apporté à la science


Par  Tristan Vey
Publié le 14/03/2018 à 17:10

Sans rivaliser avec le grand Albert Einstein, le physicien britannique a contribué de manière significative à notre vision actuelle de l'univers et de ses origines.
Stephen Hawking est l'un des plus grands physiciens de la deuxième moitié du XXe siècle. Sa contribution à notre compréhension de l'univers n'a rien de comparable à celle d'Albert Einstein (il le reconnaissait d'ailleurs bien volontiers lui-même), mais ses travaux sur les trous noirs ou sur le Big Bang ont sans conteste fait date en astrophysique.

Le physicien britannique a en effet choisi, à contre-courant de son époque, très marquée par les développements de la mécanique quantique, de poursuivre les travaux de son illustre aîné sur la gravitation. Il a notamment travaillé avec le mathématicien, britannique lui aussi, Roger Penrose sur les implications mathématiques des équations de la relativité générale.
S'il n'est pas le premier à formuler l'idée que l'univers a connu une phase de croissance initiale très rapide à partir d'un état extrêmement dense et chaud (la théorie du Big Bang), il pousse néanmoins les équations d'Einstein dans ses retranchements en démontrant qu'elles prévoient l'existence dans le passé d'un point unique de densité infinie: ce qu'on appelle en physique «une singularité».
Contrairement à une idée commune répandue, cela ne veut pas dire que l'univers était tout entier concentré en un point, mais au contraire que les équations d'Einstein ont une limite au-delà de laquelle elles ne parviennent plus à rendre compte correctement du monde: une nouvelle physique est nécessaire. Sur le plan théorique, c'est un accomplissement majeur.

Une élégante équation

Stephen Hawking se penche alors sur d'autres «singularités» de la théorie de la relativité générale: les trous noirs. Ce sont des objets si denses (ou si massif) qu'ils piègent toute forme de matière ou d'énergie qui franchit une certaine limite, appelée «horizon». Même les grains de lumière, les photons, qui sont les objets les plus rapides de l'univers et dont la masse est nulle, ne parviennent à s'en échapper.


L'équation de Hawking est la première à mêler une constante quantique (la constante de Planck h) à la constante gravitationnelle G.
C'est en tout cas ce que l'on pense jusqu'à ce que Stephen Hawking se penche sur la question. En introduisant un peu de mécanique quantique, il découvre que les trous noirs ne sont pas si noirs... Pour des raisons complexes, ils rayonnent en effet très légèrement. Ils ont du coup également une température.
Cette découverte surprenante est le plus grand accomplissement de sa carrière. L'article paru dans Nature en 1974 lui aurait valu le prix Nobel... si elle avait pu être confirmée par des observations. Mais ce «rayonnement Hawking» est bien trop faible pour être détecté par les dispositifs actuels. C'est la première fois qu'un théoricien parvenait à réunir dans une même équation (très élégante) les paramètres fondamentaux de la relativité générale et ceux de la mécanique quantique.
Pour tous les curieux qui souhaiteraient en savoir plus, le magazine La Rechercheavait consacré un dossier spécial passionnant en 2013, diffusé gratuitement sur leur site internet à l'occasion du décès du physicien.
Comme la plupart des grands théoriciens, Stephen Hawking fit ses plus grandes contributions à sa discipline avant d'atteindre l'âge de quarante ans. Un phénomène plus lié au vieillissement cérébral normal qu'à sa maladie.



vendredi 16 mars 2018

Stephen Hawking / Le savant qui défiait les étoiles






Stephen Hawking, le savant qui défiait les étoiles


Par Tristan Vey
Mis à jour le 14/03/2018 à 18:46
Publié le 14/03/2018 à 06:18


Stephen Hawking en 10 citations inspirantes
Le célèbre astrophysicien britannique avait déclaré un jour : «Cet Univers ne serait pas grand-chose s'il n'abritait pas les gens qu'on aime». Voici 10 autres de ses citations les plus inspirantes.

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PORTRAIT - Cloué dans un fauteuil et s'exprimant via un ordinateur, Stephen Hawking est décédé mercredi à 76 ans, après avoir consacré sa vie à percer les secrets de l'univers et à populariser l'astrophysique.
Sa silhouette désarticulée, recroquevillée dans un lourd fauteuil électrique, était connue dans le monde entier. Incapable de marcher ni de parler depuis des dizaines d'années, le physicien anglais Stephen Hawking est mort ce mercredi à l'âge de 76 ans. «Nous sommes profondément attristés par la mort aujourd'hui de notre père adoré», ont déclaré ses enfants Lucy, Robert et Tim dans ce texte publié par l'agence britannique Press Association. «C'était un grand scientifique et un homme extraordinaire dont l'œuvre et l'héritage vivront encore de nombreuses années», ont-ils écrit.
L'affection dégénérative paralysante diagnostiquée il y a plus de 50 ans (une sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée maladie de Charcot en France et maladie de Lou Gehrig aux États-Unis) aura finalement eu raison de lui. Reconnu par ses pairs pour des travaux de jeunesse remarquables sur les trous noirs, le cosmologiste était devenu une icône. Son corps brisé a nourri auprès du grand public le fantasme d'une science pure, immatérielle, désincarnée. L'histoire de sa vie, le drame de sa maladie, ont forgé une légende.
Né le 8 juillet à Oxford en 1942, soit trois siècles jour pour jour après la mort de Galilée (il décède aussi le même jour que la naissance d'Einstein), Stephen Hawking n'est pas un génie précoce. Ses résultats à l'école sont corrects, sans plus. Sa mère admet même volontiers que son garçon est «paresseux». C'est «un autodidacte», «un papier buvard qui absorbe tout», se rappelle-t-elle dans une biographie publiée dans les années 90. La famille est cultivée, un peu excentrique. Chacun peut apporter son livre à table et lire en mangeant.

Un garçon «paresseux»

En 1959, son père, chef du service de parasitologie à l'Institut national de recherche médicale, à Londres, part en Inde avec sa femme et ses trois plus jeunes enfants pour une mission de plusieurs mois. Stephen, l'aîné, 17 ans, reste en Angleterre. Hébergé par la famille d'un ami, il parvient, après quelques mois d'études solitaires, à décrocher une bourse de physique à l'University College, le plus ancien collège de l'université d'Oxford.

Ses camarades remarquent très vite les aptitudes de cet original aux lunettes épaisses et au large sourire qui préfère traquer les erreurs dans les manuels plutôt que d'en résoudre les problèmes.

Au sein de la vénérable institution, la future star mondiale de la physique s'ennuie ferme. Selon ses professeurs, Hawking travaille très peu. Lui-même reconnaît à plusieurs reprises n'avoir pas consacré plus d'une heure par jour à étudier. Ses camarades remarquent néanmoins très vite les aptitudes de cet original aux lunettes épaisses et au large sourire qui préfère traquer les erreurs dans les manuels plutôt que d'en résoudre les problèmes.
En deuxième année, le jeune homme, plutôt chétif, pour ne pas dire malingre, intègre le prestigieux club d'aviron en tant que barreur. D'un naturel aventureux, plein de confiance en lui, il casse autant de bateaux qu'il gagne de courses. Ces innombrables après-midi passées sur les rivières sont à deux doigts de lui coûter la mention «très bien» à son examen final. Il la décroche de justesse et au culot en «menaçant» les examinateurs de rester à Oxford s'ils ne la lui donnent pas. Ce précieux sésame lui est indispensable pour postuler à un doctorat à Cambridge. À rebours de son époque, Hawking choisit la cosmologie, l'étude des origines de l'univers, plutôt que la physique quantique, un domaine pourtant en pleine effervescence.
C'est à cette période que la maladie fait son apparition. Le jeune homme est de plus en plus maladroit. Il tombe parfois sans raison. Le diagnostic des médecins est terrible: Hawking est atteint d'une sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot). Rare et incurable. Pour une raison inconnue (encore aujourd'hui), la maladie attaque les motoneurones du cortex cérébral. Le jeune homme comprend qu'il ne pourra bientôt plus marcher, parler, manger, voire respirer, sans assistance. La dégénérescence peut se faire en quelques années. Il pourrait mourir en moins de trois ans. Le temps est compté.
Accablé par un sentiment d'injustice, l'étudiant de 21 ans retrouve rapidement dans son amour naissant pour une jeune étudiante en langues, Jane Wilde, l'énergie pour se battre. Pour fonder (rapidement) une famille, Hawking a besoin d'argent, donc de travail. La priorité absolue est de boucler au plus vite son doctorat. Pour la première fois de sa vie, il se jette à corps perdu dans le travail. C'est un tournant décisif: il se surprend à adorer ça.

Le succès de sa Brève histoire du temps


Le succès de sa «Brève histoire du temps», est immense : le livre s'écoule à plus de neuf millions d'exemplaires dans le monde. C'est d'autant plus surprenant que l'ouvrage est assez confus et mal écrit.

Ses aptitudes remarquables en mathématiques l'amènent à formuler des interprétations physiques originales. Les théories d'Einstein prévoient que l'effondrement de certaines étoiles conduit à la formation d'objets si denses que même les photons, les particules les plus rapides de l'univers, ne peuvent échapper à leur attraction gravitationnelle. Hawking montre que ces «trous noirs» abritent des «singularités», des points de l'espace-temps où la densité devient infinie.
Il publiera de nombreux articles sur d'autres «singularités» qui émanent naturellement des théories d'Einstein. Le jeune chercheur fait par exemple le lien avec la théorie du Big-Bang, formulée dans les années 40, qui peine encore à faire consensus. Il montre qu'il s'agit mathématiquement d'un «trou noir inversé»: un point de densité infinie qui s'est dilaté. Et que les trous noirs sont au contraire le terminus d'un univers régi par la gravitation: un état stable définitif.
Le plus beau résultat de Stephen Hawking date de 1974. Le chercheur est le premier à réussir à associer les constantes fondamentales de la relativité générale avec celles de la mécanique quantique, deux théories a priori incompatibles, dans une même équation. Elle décrit la manière dont les trous noirs devraient «s'évaporer» en émettant un léger rayonnement. Cette radiation Hawking, bien trop faible, n'a jamais pu être observée de son vivant, le privant du prix Nobel qu'il aurait mérité. À 35 ans, en 1979, il se voit proposer la prestigieuse chaire lucasienne de professeur de mathématiques de Cambridge, jadis occupée par Sir Isaac Newton. Personne ne s'imagine alors que le jeune homme occupera le poste pendant 30 ans!

Stephen Hawking à Chicago, en 1986.
À cette époque, Stephen Hawking n'est pas encore une célébrité. C'est un ouvrage de vulgarisation publié en 1988 qui va le propulser sur le devant de la scène. Le succès de sa Brève histoire du temps, est immense: le livre s'écoule à plus de neuf millions d'exemplaires dans le monde. C'est d'autant plus surprenant que l'ouvrage est assez confus et mal écrit. Le coup de génie de l'éditeur: avoir fait du portrait de l'auteur dans son fauteuil électrique la couverture du livre. Le «story telling» est parfait. Le scientifique est prisonnier d'un corps cassé mais réussit par la seule force de son esprit à naviguer avec aisance dans les théories physiques les plus abstraites tout en livrant un combat acharné contre la maladie qui le ronge et aurait dû l'emporter depuis des années.
En a résulté un grand malentendu. Stephen Hawking est devenu l'incarnation du «scientifique parfait», comme l'a écrit la sociologue Hélène Mialet. L'image de son corps désarticulé a en quelque sorte validé le mythe populaire d'une science qui ne serait qu'un pur produit de l'esprit, détaché des contingences matérielles. Cette vision masque pourtant une réalité bien différente, analyse la sociologue française: Hawking était au contraire au cœur d'un système complexe, éminemment matériel, qui lui permettait d'exister et de produire de la science. Des étudiants brillants l'assistaient (comme tous les chercheurs de son niveau) dans sa production scientifique. Des infirmières s'occupaient de lui en permanence. Il ne pouvait exister qu'au sein de cet étroit réseau, invisible depuis l'extérieur.

Personnage de la pop culture


L'apparition de Stephen Hawking dans «Les Simpson».
Hawking avait conscience du mythe qui l'entourait et surveillait attentivement sa communication. Il a toujours refusé de changer sa voix synthétique à l'accent américain avec laquelle il avait commencé à «s'exprimer» dans les années 80 (il est même présent sur le dernier album des Pink Floyd comme choriste!). Son statut d'icône lui a ouvert toutes les portes. Les papes comme les présidents américains l'ont naturellement reçu. Il est devenu un personnage de la pop culture à part entière, s'invitant dans les shows télévisés américains ou dans des séries comme «Les Simpson» ou «Star Trek». Au cinéma, un biopic lui a même été consacré.
Jamais un scientifique n'a connu une telle notoriété. Jamais un scientifique n'a bénéficié d'une telle caisse de résonance médiatique. Ses propos sur l'inexistence de Dieu, les extraterrestres ou l'euthanasie ont systématiquement été écoutés et relayés, quel qu'en soit l'intérêt ou la pertinence. S'il a su profiter à plein de ce grand jeu pour «remplir» sa vie, l'homme n'a jamais semblé dupe. Dans son autobiographie publiée en 2013, il écrivait ainsi: «J'espère qu'on se rappellera d'abord de moi comme père et grand-père.» Une épitaphe qui résonne comme un cri du cœur.

Stephen Hawkin effectue un vol en apesanteur en 2007.


À VOIR: En 2015, Stephen Hawking faisait une théorie de physique sur les One Direction.



Stephen Hawking fait une théorie de physique sur les One Direction
Lors d'une conférence à Sydney, une adolescente a demandé au physicien Stephen Hawking son avis sur les conséquences cosmiques du départ du chanteur Zayn Malik du groupe One Direction.

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