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mardi 21 juillet 2026

Rencontre avec Salomé Kiner / « J’avais envie de m’installer dans un espace d’écriture qui a souvent été occupé par les hommes »

 

Salomé Kiner


Rencontre avec Salomé Kiner – « J’avais envie de m’installer dans un espace d’écriture qui a souvent été occupé par les hommes »

Emma Poesy
27 SEPTEMBRE 2021

lundi 20 juillet 2026

Carrie Snyder / Invisible sous la lumière / L’horizon de la course

 



L’horizon de la course

La proximité des Jeux olympiques de Rio ne manquera pas de donner un éclat particulier au roman canadien Invisible sous la lumière, inspiré par les championnes de course à pied des Jeu d’Amsterdam en 1928. Carrie Snyder sait faire partager sa passion de courir grâce à un personnage de fiction à présent centenaire qui revit son siècle d’émotions intenses, de la ferme familiale à la ville de Toronto, de la guerre des hommes au sort des femmes, des médailles aux tourments.

vendredi 17 juillet 2026

Colum McCann / Lettres à un jeune auteur / Ce qui importe : langue et intrigue


Ce qui importe : langue et intrigue

par Liliane Kerjan
19 juin 2018

Les succès littéraires de Colum McCann l’autorisent pleinement à jouer les moniteurs d’écriture. Une quarantaine de textes libres, incisifs et pertinents, au fil d’une déclinaison suivie sur une année, offre ici un objet insolite. Si les Lettres à un jeune auteur s’inscrivent dans la dynamique du respect de l’apprenti et du partage professionnel, elles témoignent de la foi de l’écrivain McCann et brossent un portrait de l’artiste.

mercredi 15 juillet 2026

Liliane Kerjan / Entretien avec Michael Cunningham

 




Entretien avec Michael Cunningham

En attendant Nadeau a interrogé Michael Cunningham, l’auteur des Heures et de La Maison du bout du monde, sur sa relation au conte, dont les éditions Belfond publient un recueil.

mardi 14 juillet 2026

Douglas Kennedy / Isabelle, l’après-midi / Un Américain à Paris



Un Américain 

à Paris


Dans son dernier roman, Isabelle, l’après-midi, Douglas Kennedy propose sa variation de l’Américain à Paris, devenu l’un des canons du parcours littéraire des grands maîtres. Mêlant solitude et frénésies érotiques, épiphanies et découvertes, une liaison unit par intermittence un étudiant de Harvard et une traductrice de la bourgeoisie parisienne, à la fin des années 1970. La trame de l’apprentissage croise celle de la maturité tourmentée, le contrepoint transatlantique jouxte le sixième arrondissement, mais le passage du temps cerne les couples pour donner un roman intense, bien cadencé, qui se lit d’une traite.

samedi 11 juillet 2026

Liliane Kerjan / Edward Albee, dernier acte

Edward Albee


Edward Albee, dernier acte

Pour le grand public, le nom d’Edward Albee restera associé à sa tragédie Qui a peur de Virginia Woolf ?, jouée On Broadway de 1962 à 1964 et reprise encore la saison dernière à Paris. Mais Albee est également l’auteur d’une trentaine d’autres pièces, qui vont du théâtre de l’absurde à l’hommage, de l’autobiographie à l’adaptation. Très prisé en Europe, d’une ambition extrême pour son art, il demeure l’un des classiques du théâtre américain du XXe siècle.

vendredi 10 juillet 2026

Liliana Kerjan / Entretien avec Sam Lipsyte

 

Sam Lipsyte


Entretien avec Sam Lipsyte

Après Virginia Reeves qui évoquait, entre autre, les cours d’écriture, omniprésents aux États-Unis, EaN s’entretient avec Sam Lipsyte, un écrivain qui y enseigne et affirme qu’il faut travailler sérieusement, mais sans se prendre au sérieux.

jeudi 9 juillet 2026

David Nicholls / Summer Mélodie / Rapper Shakespeare

 



Rapper Shakespeare

Le roman de David Nicholls Summer Mélodie (Sweet Sorrow en version originale) évoque l’apprentissage amoureux du lycéen Charlie Lewis dans une petite ville au sud-est de Londres, et croise avec un humour tendre les émotions et la nostalgie liées à l’idylle d’un Roméo candide, interprète amateur de la pièce de Shakespeare.

mercredi 8 juillet 2026

Jeanine Cummins / American Dirt / Un graffiti sur le mur frontière

 



Un graffiti sur 

le mur frontière

Le roman de Jeanine Cummins, American Dirt, suit à la trace un groupe de migrants du Mexique vers les États-Unis. Leur histoire personnelle les sauve de l’anonymat d’une foule d’égarés qui luttent pour leur survie et donne corps à la violence vécue au Mexique.


samedi 4 juillet 2026

Romain Verger / Ravive / Renouveau du fantastique

 



Renouveau du fantastique

Après des romans comme Grande Ourse et Forêts noires, Romain Verger passe avec brio à la nouvelle, toujours dans la veine fantastique.

vendredi 3 juillet 2026

Richard Wagamese / Jeu blanc / Amérindiens : pourquoi ça patine

 



Amérindiens : pourquoi 

ça patine

Richard Wagamese, fer de lance de la littérature amérindienne canadienne, est mort il y a quelques mois à l’âge de 61 ans. Il laisse derrière lui des poèmes et des romans ; après Les Étoiles s’éteignent à l’aube, les éditions Zoé publient Jeu blanc, qui a valu à son auteur une large reconnaissance au Canada. L’histoire d’un homme qui puise sa force à la fois dans sa singularité et dans son appartenance à un peuple et une histoire.

jeudi 2 juillet 2026

John Okada / No no boy / L’autre versant de Pearl Harbor




L’autre versant 

de Pearl Harbor

Avec le roman No no boy, John Okada (1923-1971) fait resurgir toute la période de l’après Pearl Harbor et les conflits de loyauté des citoyens d’origine japonaise face aux exigences du gouvernement des États-Unis. Ichiro, vingt-cinq ans, tiraillé par sa double appartenance, retrouve Seattle après quatre années de prison et de camp d’internement. Un roman clé de la première génération des écrivains asiatiques-américains.

mercredi 12 novembre 2025

Henri Michaux / Donc c’est non.



Il n’y a pas de camarades du Non

dimanche 22 juin 2025

Biographies / Graham Green



Graham Greene

Biographie

Écrivain anglais, Graham Greene est né le 2 octobre 1904 à Berkhamsted (Royaume-Uni).

Son père est principal de la Berkhamsted School où l'enfant accomplit ses études secondaires de 1915 à 1921. Ses souvenirs scolaires sont rapportés dans Enfance perdueet marqués par la nostalgie d'une époque qu'il évoque d'autant plus qu'il l'a déteste. Il passe une enfance heureuse et paisible au milieu de ses cinq frères et soeurs et de ses six cousins.

À quatorze ans, Graham Greene commence à écrire des fables et des contes fantastiques. Mais l'ennui, la morosité, le sentiment de la futilité des choses (qui ne le quittèrent plus) l'accablent bientôt. Il passe par une période d'intense désespoir, joue plusieurs fois sa vie à la roulette russe, ce qui amène son père à l'envoyer à l'âge de vingt ans passer six mois chez un psychanalyste. Cette "cure" — courageuse et inusitée pour l'époque — l'éveille à la puissance des rêves et de l'inconscient tout en l'aidant à mieux faire face à la vie et en le dotant d'instruments d'analyse qu'il utilisera ensuite abondamment dans sa création littéraire.

Après quatre ans d'études à Balliol College, il quitte Oxford en 1925, non sans avoir obtenu un diplôme de "deuxième classe" en Histoire moderne. Il a profité de son séjour pour adhérer, pendant quelques semaines, au Parti Communiste britannique (ce qui lui vaudra de se voir refuser un visa d'entrée aux États-Unis dans les années '50). Il se met à boire comme tout "gentleman" qui se respecte et rencontre Evelyn Waugh, athée comme lui à cette époque de sa vie, avec qui il restera toujours lié.

Il continue à écrire pour le théâtre et, en 1925, publie son premier livre, recueil de poésies intitulé Avril Babillard. En 1926, il se convertit au Catholicisme pour épouser, l'année suivante, Vivien Dayrell-Browning — elle-même convertie deux ans plus tôt à l'âge de dix-sept ans — qu'il a rencontré chez le libraire oxfordien Blackwell's et qui lui donnera deux enfants.

Durant les dix ans qui suivent sa conversion, Graham Greene est d'abord journaliste, puis rédacteur au Times. En 1929 paraît son premier roman, L'homme et lui-même, bientôt suivi par Orient-Express (1932) puis C'est un champ de bataille (1934) et Mère Angleterre (1935) où chaque scène introduit une trahison et un décès avec déjà l'intégration essentielle de l'innocence et de la corruption si typique de son oeuvre en général.

En 1935, à la suite de déboires conjugaux, il entame une vie d'errance — qui n'est pas sans rapport avec celle d'Evelyn Waugh ou de George Orwell. D'une première incursion au Liberia naît Voyage sans cartes (1936). C'est à cette époque qu'une crise religieuse l'amène à faire la distinction dans sa production littéraire entre drame et mélodrame et à classer ses livres entre "divertissement" et "fiction".

Critique de cinéma pour le Spectator (1935), rédacteur littéraire à Nigth and Day (1937), son activité ne faiblit jamais, ainsi qu'en attestent deux nouveaux romans, Le Rocher de Brighton (1938) et L'Agent secret (1939). L'année précédente, un voyage au Mexique lui avait permis d'enquêter sur les persécutions religieuses et fourni les sources de La Puissance et la Gloire (1940).

Graham Greene fait la guerre comme agent du Foreign Office et est placé comme agent de renseignement en Sierra Leone. Désormais sa vie se passe sous le signe du déracinement. Ses déplacements incessants lui fournissent la matière et le décor de son oeuvre. Sierra Leone et Nigeria pour Le Fond du problème (1948), Malaisie et Indochine pour Un Américain bien tranquille (1955), Notre agent à La Havane (1958) dans l'île éponyme, tandis que La Saison des pluies (1960) évoque un séjour dans une léproserie du Congo, Les Comédiens (1966) Haïti, etc.

Il continue à écrire au même rythme et avec la même maitrise jusqu'au milieu des années '80. Voyages avec ma tante (1969), Le Consul honoraire (1973), Le Facteur humain(1978), Dr Fischer de Genève (1980) ponctuent une production où se mêlent d'autres genres: la biographie avec La Dottoressa (1975), l'autobiographie avec Échappatoires (1980), etc.

En tout, Graham Greene a écrit une trentaine de livre dont l'unité se retrouve dans les constantes de sa philosophie et de sa vie, la fuite, le déracinement qu'il revendique en toute conscience, la fracture, le doute, l'angoisse, l'espérance aussi qu'il met en scène dans un "Greeneland" typique de la déréliction du XXe siècle.

Romancier, nouvelliste, dramaturge, essayiste, engagé sur le plan politique et religieux, homme d'action et d'écriture, Graham Greene a aussi travaillé pour le cinéma, adaptant ses oeuvres à l'écran, écrivant des scénarios dont ce grand classique du film noir qu'est Le Troisième Homme (1949), adapté par Carol Reed.

Graham Greene reste dans la mémoire collective comme l'homme du XXe siècle. Au carrefour de toutes les tendances, de tous les arts, de tous les évènements politiques de son temps, il a su associer action et écriture pour communiquer l'expérience qu'il fit en première ligne de la déliquescence et de la déréliction d'une époque d'incertitudes et de désespoir, sans cesser de croire en une infime miséricorde divine susceptible de racheter le pêcheur le plus misérable ou d'enrayer la chute la plus vertigineuse. Là se situent sans doute la grandeur et l'humanité d'un homme qui se place au niveau des plus grands.

En 1967, il s'installe en France où il demeure soit à Paris soit à Antibes, jusqu'à sa mort qui survient le 03 avril 1991 à Vevey (Suisse).

Il a reçu les plus grands honneurs: le Hawthornden Prize pour La Puissance et la Gloire (1941) le James Tait Black Memorial Prize pour Le Fond du problème (1949), le Catholic Literary Award pour La Fin d'une liaison (1952). Il a été fait Compagnon de l'Ordre de l'Empire britannique en 1966 et Chevalier de la Légion d'honneur en 1969.

Alain Blayac

LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES


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mardi 3 juin 2025

Hannah Sullivan, familière et déconcertante

Hannah Sullivan, Était-ce pour cela,
La Grenfell Tower après l’incendie (Londres) © CC-BY-2.0/ChiralJon /WikiCommons


Hannah Sullivan, 
familière et déconcertante

par Claude Grimal
3 juin 2025
Numéro 222

Après Trois poèmes, couronné par le prix T.S. Eliot, Hannah Sullivan, poète britannique née en 1979, publie Était-ce pour cela, un très séduisant triptyque poétique.

Hannah Sullivan | Était-ce pour cela. Trad. de l’anglais (Grande-Bretagne) par Patrick Hersant. Édition bilingue. La Table Ronde, 256 p., 21,50 €

Séduisant, d’abord, pour la facilité avec laquelle il peut être lu autant par un lecteur sans habitude de la poésie que par celui qui la connaît bien. Séduisant, ensuite, parce que ses vers et sa prose trouvent dans la vie quotidienne les grands thèmes poétiques classiques (exister dans l’espace et le temps, composer avec le monde) et parlent donc directement à la sensibilité contemporaine.

Était-ce pour cela est organisé en trois sections fragmentées, passant d’expériences qui remontent à l’enfance de Sullivan (ou avant) à celles de sa jeunesse ou de sa vie de mère ; elles sont structurées autour de quelques lieux et préoccupations. La première section, « Locataires », rend hommage aux victimes de l’incendie de la tour de Grenfell à Londres en 2017 et met en place le thème de l’habitation, de la destruction et de l’impermanence. La deuxième, « Était-ce pour cela », essentiellement en prose, reprend ces motifs, mais celui de la destruction devient personnel tandis que celui de l’habitation, mis au premier plan, est illustré par les maisons dans lesquelles la poète a vécu ou séjourné des années 1980 aux années 2000, à Londres, Sheffield, quelque part en Australie, Boston, New York, San Francisco… La troisième section, « Joyeux anniversaire », sans doute la plus frappante, écrite essentiellement en tétramètres, énonce dès son épigraphe virgilienne (« … aperitque futura ») et ses premiers vers la décision de se tourner non plus vers l’espace mais vers le temps  :

La première moitié ayant été

vouée à l’espace j’ai décidé

de consacrer le reste de ma vie,

au temps, cette chose en quoi nous vivons

comme des poissons ou sur quoi nous sommes

comme la mousse ou les spores d’une souche

de candida tenaceDans cette section à la fois neurasthénique et amusée, la poète met une nouvelle fois en avant la rugosité de sa vie passée et présente, la banalité des activités maternelles et domestiques (s’occuper des enfants, jouer avec un pistolet à bulles, regarder un écureuil), les faisant alterner avec les angoisses de l’âge qui vient et de la maladie.

Une question anodine, « Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? », que lui pose sa mère par mail à l’occasion de son anniversaire, donne soudain un centre à son malaise. Elle ne souhaite en effet aucun cadeau, elle voudrait simplement :

Tout retrouver pour tout recommencer

en prêtant attention cette fois

à l’apparence des choses,

aux fins immanentes présentes

dans les commencements.

Pourtant, à la fin, elle fera la réponse qui s’impose : « J’aimerais un gâteau au chocolat… peut-être avec des pépites », avant que le poème ne s’achève sur la révélation que lui apporte, ô ironie, l’observation d’une vulgaire mite étendant ses ailes en « bénédiction » et vers laquelle elle « s’agenouille », saisissant alors toute la nécessité et « l’impudence d’affronter / demain ».

Les « grands » sujets d’Était-ce pour cela se cachent ainsi derrière le dérisoire bric-à-brac de l’existence, en particulier celui de la (sur)consommation dont le livre rend si bien compte, dans l’agitation vaine ou l’ennui des tâches à accomplir. Le spleen auto-ironique de Sullivan les y débusque mais, habile, les met à distance en un geste poétique maître d’une composition par ellipse et juxtaposition, d’un fluide système de rimes (dans la première section) et d’une riche allusivité littéraire.

Était-ce pour cela possède pour cela tous les charmes du familier et du déconcertant. S’ajoute à ces charmes le bel aspect du livre, illustré de quelques photographies (importantes pour la compréhension du texte) et harmonieusement divisé en pages blanches et bleues selon les langues utilisées (français et anglais).

EN ATTENDANT NADEAU