vendredi 21 octobre 2016

Bob Dylan / Citations

Bob Dylan
Poster by T.A.

Bob Dylan

CITATIONS


“Celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir.”



Bob Dylan / Malika Favre


“Quand tu n'as rien, tu n'as rien à perdre” 


“Combien de fois peut-on tourner la tête/ En disant qu'on n'a rien vu ?”




“Le monde moderne, avec sa complexité folle, m’intéressait peu. Il manquait de pertinence et de poids.”

“Elvis Presley, personne ne l’écoutait plus. Cela faisait des années que, d’un coup de hanche, il avait envoyé sa musique dans d’autres galaxies.”



“Si tu n'as pas tout ce que tu veux, réjouis-toi de ne pas avoir ce que tu ne veux pas.”


“Les fous,c'est bien connu,ont tout perdu sauf la raison.”


“Cette nuit me plaisait. Les choses grandissent la nuit, mon imagination ouvre ses portes, les idées préconçues s'évanouissent. On cherche parfois le paradis aux mauvais endroits. Alors qu'on l'a à ses pieds. Ou dans son lit.”


“Un poème est une personne nue... Certains disent que je suis un poète.”


“Le chaos est un de mes amis.”


“La moralité n'a rien de commun avec la politique”


“Je ne veux juger personne - je ne veux pas être jugé.”


“On peut être sage et amoureux en même temps.”


“Un homme courageux vous tue avec une épée, un lâche avec un baiser.”


jeudi 20 octobre 2016

Bob Dylan / Un Nobel si discret



Bob Dylan, un Nobel si discret


Par Olivier Nuc
Mis à jour le 16/10/2016 à 10:09
Publié le 16/10/2016 à 10:08


NOUS Y ÉTIONS - Si l'artiste ne fait aucune allusion à son prix Nobel sur scène au festival Desert Trip, ses éminents confrères lui rendent hommage.

À Paris, tandis que certains intellectuels aux cerveaux étriqués protestent bruyamment contre le choix de l'académie Nobel de récompenser l'immense auteur américain qu'est Bob Dylan, un sage canadien en exil à Los Angeles le couvrait de louanges. Jeudi soir, Leonard Cohen, dans le cadre d'une conférence de presse accompagnant la sortie d'un nouvel album, commentait ainsi la nouvelle. «Remettre le prix Nobel de littérature à Bob Dylan, c'est comme épingler le mont Everest en affirmant qu'il s'agit d'une grande et belle Montagne».

mercredi 19 octobre 2016

Face au silence de Bob Dylan, l'Académie des Nobel renonce à le contacter


Face au silence de Bob Dylan, l'Académie des Nobel renonce à le contacter




Par Jean Talabot, AFP agence
Mis à jour le 18/10/2016 à 15:25
Publié le 18/10/2016 à 15:22


Le chanteur américain reste muet et impassible vis-à-vis de la distinction qu'il vient de recevoir. Face à ce mutisme, l'institution suédoise a même renoncé à le contacter mais compte sur sa présence le 10 décembre pour la remise de son prix des mains du roi de Suède.

Sara Danius était une illustre inconnue il y a encore quelques jours, jusqu'à ce qu'elle prononce officiellement le nom de Bob Dylan comme nouveau lauréat du Prix Nobel de littérature. Un prix pour avoir créé «de nouveaux modes d'expression poétique» .

lundi 17 octobre 2016

Après son Nobel, Bob Dylan chante à Vegas comme si de rien n'était

Bob Dylan
Après son Nobel, Bob Dylan chante à Vegas comme si de rien n'était

Par Guillaume Narduzzi, AFP agence
Publié le 14/10/2016 à 18:33


Alors qu'il vient de recevoir la plus haute distinction littéraire, le chanteur américain poursuit ses concerts sans la moindre référence au prix tant convoité dont il vient d'être honoré. Et l'Académie suédoise n'aurait toujours pas réussi à le joindre.

dimanche 16 octobre 2016

Bob Dylan / Un Nobel dans le texte


Bob Dylan
Un Nobel dans le texte


Par Jean Talabot  et Alice Develey
Mis à jour le 14/10/2016 à 09:24
Publié le 13/10/2016 à 17:44



Le chanteur de 75 ans a reçu ce jeudi 13 octobre la récompense littéraire suprême.Le Figaro revient sur les paroles les plus marquantes de ce poète, chantre de la liberté et de la jeunesse. Une prose qui a inspiré de nombreux artistes.
C'est donc l'une des plus grandes icônes du rock'n'roll, qui succède à la Biélorusse Svetlana Alexievitch. Bob Dylan s'est vu attribuer ce jeudi 13 octobre à 13h le Prix Nobel de littérature. Récompensé, selon Sarah Danius, secrétaire générale de l'Académie, pour «avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique».
Il est vrai que ce grand lecteur et admirateur d'Arthur Rimbaud (à qui il s'identifie dans la chanson Series Of Dreams), a souvent déclaré se sentir plus poète que chanteur à succès. Sa quarantaine d'albums regorge de textes merveilleux, entre slogans révolutionnaires pour la jeunesse des années 60 et poésie pure.
Le Figaro a sélectionné les textes les plus emblématiques de son art.

● Knockin' On Heaven's Door, hymne international

«It's gettin' dark, too dark for me to see / (Il fait de plus en plus sombre, pour moi trop sombre pour voir) / I feel like I'm knockin' on heaven's door / (J'ai envie de frapper aux portes du Paradis)».
Le titre, peut être le plus célèbre de l'artiste, raconte la mort du shérif dans le filmPat Garrett and Billy the Kid. Depuis, «frapper aux portes du Paradis» est devenu un leitmotiv du rock'n'roll, autant repris par les plus grands musiciens de l'époque que par tout guitariste débutant. Les Gun's N'Roses, notamment, en firent en 1991 une version hard rock restée célèbre.

● Mr Tambourine Man, voyage psychédélique

«Though you might hear laughin', spinnin' (Bien que tu puisses entendre des gens rire, tournoyer) / Swingin' madly across the sun (Se balancer furieusement au-delà du soleil) / It's not aimed at anyone (Ce n'est dirigé contre personne) / It's just escapin' on the run (C'est seulement une échappatoire en fuite) / And but for the sky there are no fences facin' (Et à part le ciel il n'y a aucune barrière à affronter)».
Mr Tambourine Man, pour beaucoup, décrit un trip sous psychotropes, à une époque où le LSD était particulièrement à la mode. Dylan réclame à l'étrange Homme au tambourin: «Take me on a trip upon your magic swirlin' ship» (Emmène moi voyager sur ton magique bateau tournoyant). Ce dernier, dealer, chaman, ou poète, initie le chanteur à ce voyage psychédélique.

● Blowin' in the Wind, l'art du «protest song»

«How many roads must a man walk down (Combien de routes un homme doit-il parcourir) / Before you call him a man? (Avant que vous ne l'appeliez un homme?) / Yes, ‘n' how many seas must a white dove sail (Oui, et combien de mers une colombe blanche doit-elle traverser) / Before she sleeps in the sand? / (Avant de s'endormir sur le sable?)».
Porte-étendard du mouvement des droits civiques, Bob Dylan pose une série de questions censées interpeller la jeunesse. La réponse est maintenant connue depuis plus d'un demi-siècle: «Mon ami, elle flotte dans le vent».

● Sad Eyed Lady of the Lowlands, un poème amoureux

«Sad-eyed lady of the lowlands (Dame aux yeux tristes des terres basses) / Where the sad-eyed prophet says that no man comes (Où le prophète aux yeux tristes dit que pas un homme ne vient) / My warehouse eyes, my Arabian drums (Mes yeux dans le magasin, mes tambours arabes) / Should I leave them by your gate (Devrais-je les laisser près de ta porte) / Or, sad-eyed lady, should I wait? (Ou, dame aux yeux tristes, devrais-je attendre?)».
Dernière chanson de l'album mythique de 1966, Blonde on Blonde, ce titre est aussi connu pour être l'un des plus «écrit» du chanteur. Enregistré en une prise par un Bob Dylan drogué, selon la légende, il s'adresse à Sara Lownds, la «dame aux yeux tristes» avec qui le poète se mariera quelques semaines plus tard.

●  I Want You, chant du désir

«The guilty undertaker sighs (Le croque-mort coupable soupire) / The lonesome organ grinder cries (Le joueur d'orgue de barbarie solitaire pleure) / The silver saxophones say I should refuse you (Les saxophones d'argent me conseillent de te refuser) / The cracked bells and washed-out horns (Les cloches brisées et les cors délavés) / Blow into my face with scorn (Me soufflent leur mépris au visage)».
Également paru dans Blonde on Blonde, I Want You rend hommage, non seulement à sa première muse, mais de façon générale aux femmes de sa vie. Influencé, encore une fois, par sa future épouse Sara Lownds, et la déesse de Warhol, Edie Sedgwick, Dylan composera l'une de ses plus entraînantes sérénades. Un hymne à l'amour à l'américaine.

● Jokerman, portrait d'un Surhomme

«Jokerman dance to the nightingale tune (Jokerman danse au son du rossignol) / Bird fly high by the light of the moon (L'oiseau vole haut au clair de lune) […] You're a man of the mountains, you can walk on the clouds (Tu es un homme des montagnes, tu peux marcher sur les nuages) / Manipulator of crowds, you're a dream twister (Manipulateur des foules, tu es une tornade de rêve)».
De L'Ode au rossignol de Keats au mythe herculéen, Jockerman brasse les références et dessine progressivement la figure d'un étrange dieu nietzschéen, mi-homme mi-serpent, dont la danse libératoire, «par-delà le bien et le mal», évoque celle de Zarathoustra. Les fulgurances du surréalisme et les illuminations rimbaldiennes inspirent un texte qui se plaît à créer des rapprochements incongrus, plongeant la chanson dans une atmosphère onirique.

● Forever Young, conseil à la jeunesse

«May you grow up to be true (Puisses-tu grandir et rester tel que tu es) / May you always know the truth (Puisses-tu toujours connaître la vérité)», entonne Bob Dylan dans ce titre à l'air élégiaque.
Comme un sage, contemplatif sur sa vie passée, il intime à son auditeur de profiter de son présent et de son innocence. Un carpe diem acoustique dans la digne lignée du parolier qui enjoignait déjà son public, dans sa chanson The Times they are changin', à suivre le mouvement des temps qui changent, à prendre le chemin des «nouvelles routes». Bob Dylan, jeune à jamais et désormais nobélisé.

samedi 15 octobre 2016

Malika Favre signe la une du New Yorker consacrée à Bob Dylan



Malika Favre
Une artiste française signe la une du New Yorker consacrée à Bob Dylan

Le célèbre magazine américain a choisi la graphiste française Malika Favre pour réaliser la couverture de sa prochaine édition consacrée au lauréat du prix Nobel de littérature 2016.

Par Alicia Paulet
Mis à jour le 15/10/2016 à 13:24
Publié le 15/10/2016 à 13:03



Bob Dylan stylisé en noir et blanc, portant lunettes, caban noir, et épaisse tignasse bouclée. Pour célébrer la remise du prix Nobel de littérature à l'auteur de Blowin' in the Wind, The New Yorker a choisi de publier un portrait de Bob Dylan en une de son prochain numéro attendu en kiosque le 24 octobre.
L'illustration, qui s'intitule The Laureate, a été dessinée par la graphiste française Malika Favre. «Cela s'est décidé à la dernière minute, bien entendu. Personne ne pouvait réellement prévoir cette grande nouvelle. J'ai donc reçu un e-mail de Françoise Mouly [la directrice artistique du New Yorker] jeudi en début d'après-midi, me demandant si j'avais le temps et l'envie de faire des esquisses pour célébrer Bob Dylan», a expliqué l'artiste lors d'une interview accordée à 20 Minutes.
L'artiste, qui a déjà collaboré par le passé avec l'hebdomadaire américain, n'a pas hésité longtemps pour accepter l'offre. «L'idée d'un portrait à la Milton Glaser [graphiste américain auteur de l'iconique affiche du LP Greatest Hits de Bob Dylan en 1966], mais avec un traitement totalement différent, me paraissait une évidence. Bob Dylan a tellement de charisme et de personnalité qu'il me paraissait dommage de ne pas montrer ce profil si atypique. J'ai réfléchi à plusieurs idées et c'est celle avec les jeux d'espaces négatifs qui me sont si chers qui a été choisie», a ajouté Malika Favre.

vendredi 14 octobre 2016

Bob Dylan / manières d’écrire une histoire

Bob Dylan

Bob Dylan
Manières d’écrire une histoire

Il y a de nombreuses manières d’écrire une histoire. Le sensationnalisme n’en est pas une.



Bob Dylan, Nobel du rock et de la littérature




Bob Dylan, Nobel

du rock et de la littérature
Par Olivier Nuc
13/10/2016 


VIDÉO - Si le Kenyan Ngugi wa Thiong'o avait les faveurs des parieurs, c'est finalement l'auteur de Blowin'in the Wind qui a été récompensé. Retour sur le mythe né autour de Robert Allen Zimmerman.



C'était donc l'année de l'Amérique! Mais toujours pas celle de Philip Roth. Le nom de Bob Dylan est donc sorti du chapeau. Le chanteur a été récompensé du Nobel de littérature, comme l'a annoncé la secrétaire générale de l'Académie, Sara Danius, pour «avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique».

S'il est de la même génération que les Rolling Stones, Dylan, qui vient d'assurer leur première partie au Desert Festival, approche son métier d'une manière diamétralement opposée. Pas de grand show pyrotechnique pour lui, mais des spectacles qui évoquent l'ambiance des clubs traditionnels de l'Amérique profonde. S'il passe sa vie à donner des concerts, il n'a rien d'une bête de scène rock. Et continue, surtout, à n'en faire qu'à sa tête, derrière sa moustache fine et son chapeau à larges bords.

Il en est ainsi depuis cinquante ans, lorsque le chantre du folk contestataire décida d'empoigner une guitare électrique et de jouer avec un groupe complet. C'est le 25 juillet 1965, dans le cadre du Festival de Newport, que Dylan fit scandale, provoquant l'ire des tenants de la tradition du protest song. Quelques jours avant, Like a Rolling Stone, single révolutionnaire, était sorti, marquant une césure irrémédiable avec les intégristes. Lesquels ignoraient que le musicien revenait là à ses premières amours, le rock'n'roll.

Bob Dylan enchaîne en quatorze mois les chefs-d'œuvre que sont Bringing it All Back Home, Highway 61 Revisited et Blonde on Blonde. À l'issue de ces séances de studio qui influenceront des milliers d'artistes, il n'a que 25 ans!

Entre son arrivée à New York en janvier 1961 et le début du travail sur cette trilogie, le chanteur a gravi les échelons de la notoriété. En s'affranchissant du mouvement pour les droits civiques, il cultive l'ambition de combiner la poésie, dont il est un grand lecteur, à la pulsation du rock. Après avoir passé en revue ses nouvelles chansons à la guitare sèche et à l'harmonica en une journée, Dylan décide d'incorporer d'autres instruments sur certaines d'entre elles.

Bob Dylan


Une transition en douceur

Six mois avant la version des Byrds qui marquera le début du mouvement folk rock, il essaie d'intégrer une batterie à Mr Tambourine Man. En vain. «Cette batterie me rend fou», s'écrie-t-il dans une version de travail inédite du titre.

À l'arrivée, Bringing It All Back Homes' articulera autour de deux faces: l'une acoustique, l'autre électrique. Une manière d'opérer une transition en douceur avant le choc opéré par Highway 61 Revisited, premier disque 100 % rock de l'artiste, quelques mois plus tard. Dylan a convoqué le jeune génie de la guitare blues américaine Mike Bloomfield, qu'il a repéré dès 1962.

Paradoxal, il lui demande de ne pas jouer de «trucs à la B. B. King», ces tirés de cordes dont Bloomfield a justement fait sa signature sonore. Sur l'album-titre, Dylan s'amuse avec un sifflet de police, avec l'enthousiasme d'un enfant qui ne quitte pas son nouveau jouet. Mais c'est sur l'enregistrement de la pièce maîtresse, Like A Rolling Stone, qu'il applique sa méthode, autorisant la partie d'orgue du guitariste Al Kooper à figurer dans l'arrangement, dépassant allégrement le format des tubes de l'époque et figurant un texte cryptique. La chanson deviendra un emblème, détrônant Blowin'in the Wind, qui n'a pourtant été écrite que trois ans auparavant.

Bob Dylan va alors très vite. Trop vite peut-être. Le remarquable documentaireDon't Look Back, réalisé par D. A. Pennebaker, montre la frénésie avec laquelle il tape ses textes à la machine, entre deux concerts. En tournée, avec le renfort bruyant des Canadiens de The Band, il se fait huer copieusement. On l'accuse d'avoir vendu son âme en troquant son inspiration sociale pour les images surréalistes et les arrangements percutants de son nouveau répertoire.

Ce qui l'encourage à aller encore plus loin sur Blonde on Blonde, perle de sa discographie et naissance électrique d'un mythe.

LE FIGARO


DRAGON


jeudi 13 octobre 2016

Bob Dylan, le Nobel de littérature qu'on n'attendait pas




Bob Dylan, le Nobel de littérature qu'on n'attendait pas

DÉCRYPTAGE - Philip Roth, Don DeLillo, Joyce Carol Oates.... On pensait qu'un auteur américain décrocherait cette année la récompense suprême. Mais sans doute pas celui-ci qui vient d'être primé pour «avoir créé de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition de la chanson» .


On rêvait du couronnement d'un auteur Américain. Depuis Toni Morrison, en 1993, les lettres américaines étaient boudées sans raison valable par les jurés de Stockholm. On espérait logiquement qu'un Philip Roth, même «retraité de l'écriture» depuis quatre ans, qu'un brillant Don DeLillo ou qu'une Joyce Carol Oates au regard acéré sur son pays, finirait par triompher.

Pour rire, comme si cela relevait de l'improbable, on citait le nom de Bob Dylan, toujours présent sur les listes officieuses des sites de paris en ligne, mais si loin du podium. On n'y croyait donc pas vraiment (un chanteur, prix Nobel?) les jurés suédois n'étant pas réputés pour leur fantaisie ou leurs prises de risques.

Ils nous font mentir aujourd'hui en choisissant l'auteur, compositeur, interprète, musicien, poète, le plus célèbre de la deuxième moitié du XXe siècle. À 75 ans, Robert Allen Zimmerman, l'homme qui passe, depuis des décennies, l'essentiel de son temps sur scène, publiant régulièrement de nouveaux albums studio, est récompensé «pour avoir créé de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition de la chanson américaine». «Bob Dylan a écrit une poésie pour l'oreille» a ajouté la secrétaire générale de l'Académie avant de parler «d'icône»...

En tant qu'écrivain proprement dit, Dylan a peu publié. On lui doit un unique roman, pour le moins abscons, Tarentula, écrit en 1966 (Fayard, 1993). L'événement a donc été la publication du premier volume de ses Chroniques (en 2005 chez Fayard) qui a passionné la critique et rencontré un colossal succès public avec plus de 500.000 exemplaires vendus aux États-Unis. Un livre étonnant car personne n'aurait imaginé le taciturne petit homme, le mutique musicien tournant le dos à son public, se confier à ce point.

On avait beau connaître le talent du parolier, on ne pouvait imaginer un tel talent d'écrivain. De l'année 1961, au moment où Dylan, alors âgé de vingt ans, vient de quitter son Minnesota natal pour débarquer à New York, il évoque ensuite la fin des sixties, symbole d'une époque du doute, d'interrogations. Le livre arrive enfin à 1987, année décisive de sa rencontre avec le producteur Daniel Lanois et de l'enregistrement de Oh Mercy. Dylan achevait cette formidable autobiographie par un retour aux années 1960 et à l'enfance.



700 chansons à texte

Chaque année, on espère que le chanteur aura trouvé, entre deux concerts au bout du monde, le temps de rédiger la suite.

Ce volume mis à part, il est évident que l'essentiel de l'œuvre de Dylan restera ces quelque sept cents chansons à texte, mélanges d'influences diverses, des classiques folksongs américaines à la poésie surréaliste, en passant par la littérature. Réunis il y a huit ans chez Fayard sous le titre Lyrics; chansons 1962-2001, ces textes ne cessent de fasciner par leur profondeur, voir leur hermétisme. Qui a jamais réussi à expliquer les paroles de The Changing of the Guards?

Parue sur l'album Highway 61 Revisited en 1965, la chanson Like A Rolling Stone,a fait le tour du monde et a été sacré par le magazine Rolling Stone «plus grande chanson de tous les temps». Dans son discours de réception de Dylan au Rock and Roll Hall of Fame, Bruce Springsteen, également connu pour la qualité de ses textes, dira: «La première fois que j'ai entendu Bob Dylan, j'écoutais WMCA avec ma mère dans la voiture, et soudain il y a eu ce coup de caisse claire qui sonnait comme si quelqu'un avait donné un grand coup de pied dans la porte donnant sur votre esprit.»

Dylan a écrit cette chanson d'après un long poème. Au journaliste Jules Siegel, il en a raconté la genèse: «Le poème était long de dix pages. Il n'y avait pas de titre, juste des vers sur une feuille de papier à propos de ma haine incessante envers quelque chose de bien précis, c'était brutal. À la fin, ce n'était plus de la haine, ça disait aux gens quelque chose dont ils ne savaient rien, leur apprenant qu'ils avaient beaucoup de chance. Une revanche, plus précisément. Je ne pensais pas du tout en faire une chanson, jusqu'au jour où, je me suis retrouvé assis à mon piano, chantant à un rythme très lent How does it feel? au rythme le plus lent possible.»

On attend avec impatience le texte du discours que Dylan, qui vient de publier son 37è album studio, Fallen Angels, prononcera lors de sa réception à Stockholm en décembre prochain. On est également curieux de savoir ce qu'il va bien pourvoir faire des huit millions de couronnes (822.000 euros) octroyés par l'Académie suédoise.

LE FIGARO


PESSOA