vendredi 10 septembre 2021

Mohmoud Dowlatabadi / Cinq histories cruelles

 



Cinq histoires cruelles

Annotations de la traductrice

Trad. du persan par Michèle Brognetti. Préface d'Hossein Esmaili

Collection Connaissance de l'Orient (n° 105), Série persane, Gallimard
Parution : 29-05-2002





jeudi 9 septembre 2021

«Une icône», «la splendeur du vrai» / La presse internationale salue la mémoire de Belmondo

 


«Une icône», «la splendeur du vrai»: la presse internationale salue la mémoire de Belmondo

Le Washington Post, le New York Times, El Pais, The Guardian, Der Spiegel, Corriere Della Sierra... La presse du monde entier a rendu hommage à Jean-Paul Belmondo, disparu le 6 septembre à 88 ans.

Plus qu'une légende du cinéma français, Jean-Paul Belmondo a marqué le cinéma mondial de son empreinte. L'annonce de sa mort a provoqué une vague d'hommages. Ses cascades, sa personnalité et sa présence à l'écran lui ont valu des éloges de la presse des deux côtés de l'Atlantique. Rare pour un acteur français.

Les médias américains n'ont pas manqué de saluer la mémoire de «Bébel». Le Washington Post écrit ainsi : «Avec ses cheveux châtains ébouriffés, son physique musclé et son nez romain cabossé, Belmondo personnifiait l'antihéros indolent – le dur à cuire nonchalant qui pouvait utiliser ses poings mais préférerait ramener quelques pastis et voir où la vie, ou une femme aventureuse, pourrait le mener.»

Du côté du New York Times , on salue la versatilité de l'acteur à l'écran: «Peu importe la scène, peu importe à qui il donne la réplique, quel que soit le chaos qui éclatait à l'écran, M. Belmondo était toujours capable d'effectuer un retrait calme et cool, comme s'il était plus amusé qu'excité par l'activité tourbillonnant autour de lui. Il a apporté une touche de comédie à ses rôles d'action et un soupçon de danger à ses rôles comiques ; on pourrait bien l'imaginer jouer le héros réticent et saugrenu des séries d'action américaines des années 1980 comme "Die Hard". »

Le quotidien new-yorkais a ressorti de ses archives la critique d'À bout de souffle à l'époque de sa sortie. Le journaliste Bosley Crowther écrivait de Jean-Luc Godard : «Il aborde son sujet peu attrayant dans un style photographié excentrique qui traduit avec netteté le tempo nerveux et le caractère erratique et émotionnel de l'histoire qu'il raconte. Et à travers l'actrice américaine Jean Seberg et un nouveau jeune homme hypnotiquement laid du nom de Jean-Paul Belmondo, il projette deux personnages carrément effrayants.»

Le magazine de référence Variety , spécialisé dans le cinéma, salue aussi une «figure irrésistible dont la véritable identité restait énigmatique, mais dont le charme était tel qu'on croirait presque tout ce qu'il vendait.»

La presse européenne dithyrambique

En Angleterre, The Guardian a rendu un hommage très appuyé à son importance dans l'histoire du cinéma français et international : «[Il] était l'archétype du gangster et du dur à cuire, en plus des dimensions cérébrales, réfléchies et comiques de la conscience de soi. (...) L'éternel beau et romantique Belmondo fait partie intégrante de l'histoire du cinéma français, et de la France elle-même.»

Der Spiegel , quotidien de référence en Allemagne, rend hommage à «l'un des rares acteurs à pouvoir donner aux adolescents une idée passionnante de ce que cela pourrait signifier un jour d'être un homme.»

Le quotidien de référence El Pais espagnol titre lui son hommage «la splendeur du vrai», et met en avant sa performance dans À bout de souffle : «Ce n'est pas un film, c'est une légende, et son protagoniste a été enfermé toute sa vie dans un personnage qui, aujourd'hui, plus de six décennies plus tard, reste une icône de l'histoire du cinéma.»

En Italie, le Corriere Della Sera se souvient de Belmondo «le fanfaron», une «pièce vitale, aventureuse et populaire du cinéma français.» (...) Le journaliste Maurizio Porro insiste sur le lien particulier qu'entretenait Belmondo avec l'Italie : «Il était admiré dans le rôle de Cyrano de Bergerac, personnage qu'il a repris à de nombreuses époques, et à qui il a redonné sa nature psychosomatique hardie et malheureuse, un rebelle désespéré peut-être sans cause mais avec la faculté de s'auto-parodier, un passage idéal de l'ère Gabin à celle de Depardieu.»

Enfin en Belgique, Le Soir célèbre un «monstre sacré adoré du public qui (...) s'inscrit pour l'éternité dans l'histoire du cinéma français.»

LE FIGARO



mercredi 8 septembre 2021

Mort de Jean-Paul Belmondo, monstre sacré du cinéma français

 

Jean-Paul Belmondo


Mort de Jean-Paul Belmondo, monstre sacré du cinéma français

L'acteur aux 80 films est décédé le lundi 6 septembre à l'âge de 88 ans. Cascadeur, séducteur, hâbleur, icône de la Nouvelle vague, il restera Le Magnifique pour toujours.

Jean-Paul Belmondo aura les honneurs des Invalides

L’organisation de cet hommage a été mis au point, hier, avec la famille et le gouverneur militaire de Paris. On sait déjà que l’hommage, pendant lequel Emmanuel Macron prononcera un discours, n’aura pas la raideur protocolaire des grandes cérémonies militaires. Il se voudra populaire, à l’image de l’acteur haut en couleur et empreint de liberté. Le ton n’est pas aisé à trouver si le président ne veut pas tomber dans un procès en récupération.

Les Invalides, édifice du XVIIe siècle voulu par Louis XIV, sont un lieu chargé d’histoire. Site militaire, abritant un hôpital, il réclame de la solennité. Sans compter les impératifs de sécurité. Les discussions entre les époux Macron, le gouverneur militaire de Paris et la famille ont cherché à trouver un juste équilibre entre un moment «léger» partagé par tous les Français, et un temps de deuil exceptionnel.

Suggestions du président

Si la longue cour d’honneur et les hommages organisés aux Invalides sont principalement réservés aux militaires, plusieurs cérémonies récentes ont été dédiées à des personnalités civiles, dont les noms ont été, à chaque fois, suggérés par le président de la République.

Quinze jours après les attentats du 13 novembre 2015, la présidence de la République avait par exemple décidé de mettre à l’honneur les victimes. Quelque 2 500 proches, blessés ou rescapés furent conviés pour un «temps partagé avec la nation». L’heure fut rythmée par un discours de François Hollande, mais aussi par des temps musicaux loin des fanfares militaires. En juillet 2017, Emmanuel Macron avait présidé une cérémonie en l’honneur de Simone Veil, une des figures politiques préférées des Français. Six mois plus tard, c’était au tour de l’écrivain et académicien Jean d’Ormesson d’être ainsi distingué.

L’organisation de cet hommage a été mis au point, hier, avec la famille et le gouverneur militaire de Paris. On sait déjà que l’hommage, pendant lequel Emmanuel Macron prononcera un discours, n’aura pas la raideur protocolaire des grandes cérémonies militaires. Il se voudra populaire, à l’image de l’acteur haut en couleur et empreint de liberté. Le ton n’est pas aisé à trouver si le président ne veut pas tomber dans un procès en récupération.

Les Invalides, édifice du XVIIe siècle voulu par Louis XIV, sont un lieu chargé d’histoire. Site militaire, abritant un hôpital, il réclame de la solennité. Sans compter les impératifs de sécurité. Les discussions entre les époux Macron, le gouverneur militaire de Paris et la famille ont cherché à trouver un juste équilibre entre un moment «léger» partagé par tous les Français, et un temps de deuil exceptionnel.

Suggestions du président

Si la longue cour d’honneur et les hommages organisés aux Invalides sont principalement réservés aux militaires, plusieurs cérémonies récentes ont été dédiées à des personnalités civiles, dont les noms ont été, à chaque fois, suggérés par le président de la République.

Quinze jours après les attentats du 13 novembre 2015, la présidence de la République avait par exemple décidé de mettre à l’honneur les victimes. Quelque 2 500 proches, blessés ou rescapés furent conviés pour un «temps partagé avec la nation». L’heure fut rythmée par un discours de François Hollande, mais aussi par des temps musicaux loin des fanfares militaires. En juillet 2017, Emmanuel Macron avait présidé une cérémonie en l’honneur de Simone Veil, une des figures politiques préférées des Français. Six mois plus tard, c’était au tour de l’écrivain et académicien Jean d’Ormesson d’être ainsi distingué.

Les chanteurs ou acteurs sont évidemment rares à avoir les honneurs des Invalides. Pour eux, le protocole sait en général se montrer plus innovant dans la forme, autorisant extraits de films ou musiciens. Le 5 novembre 2018, c’est au son du duduk, instrument traditionnel arménien, que le corps de Charles Aznavour était entré aux Invalides. Et c’est sur l’air d’Emmenez-moi, repris par l’assistance, que son cercueil quitta le site. Dans la foule recueillie se trouvait d’ailleurs Jean-Paul Belmondo.

Sans attendre le temps républicain du 9 septembre, qui sera retransmis sur des écrans géants sur l’esplanade des invalides, les témoignages et les marques d’amitié du monde du cinéma ont plu, hier, chacun rappelant la gouaille, l’humour et le professionnalisme de Belmondo. Ce qui a fait dire à son ami le journaliste Philippe Labro: «En un sens, l’hommage national a déjà eu lieu.»

LE FIGARO




David Foster Wallace / Considérations sur le homard / Rock Lobster 2

 


Considérations sur le homard, tome 2, de David Foster Wallace

David Foster Wallace © D.R.


Rock Lobster 2

par Steven Sampson
8 septembre 2021

Le deuxième tome des Considérations sur le homard de David Foster Wallace (DFW) complète la traduction d’un recueil d’articles publié en un seul volume aux États-Unis. Dans ses chapitres sur Updike, Kafka, la langue américaine, le tennis, Dostoïevski, la radio, on retrouve bien sa voix juvénile, érudite et décontractée. En visant l’ironie, DFW soulève une question d’actualité : y a-t-il de l’humour chez les geeks ? 


David Foster Wallace, Considérations sur le homard – tome 2. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Jakuta Alikavazovic. L’Olivier, 312 p., 21 €

samedi 21 août 2021

Gérald Sibleyras / Une blouse serrée à la taille / Regards sur la guerre allemande (2)

 

Une blouse serrée à la taille, de Gérald Sibleyras


Regards sur 

la guerre allemande (2)

par Steven Sampson
25 août 2021

Une blouse serrée à la taille, de Gérald Sibleyras, fait partie de ces romans et récits francophones qui entendent raconter la guerre du point de vue allemand. Avec une différence de taille : les événements relatés ici ne relèvent pas de l’imaginaire mais du vécu.

mercredi 18 août 2021

Lionel Shriver / Marathon Man

 

Lionel Shriver
Walnut Whippet


Marathon Man

par Steven Sampson
18 août 2021

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, de Lionel Shriver, se focalise sur la condition physique, obsession aux États-Unis. Le mari de l’héroïne vient d’adopter un régime draconien de fitness. En le faisant, il incarne le citadin contemporain. Le corps serait-il la dernière frontière ?


Lionel Shriver, Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Catherine Gibert. Belfond, 384 p., 22 €


Au cœur du mythe américain : le cheminement. Que ce soit la traque de Moby Dick, le passage sur le Mississippi de Huckleberry Finn, le déplacement du bétail à travers les Grandes Plaines effectué par les cowboys, ou les modestes excursions de Mickey Mouse – par avion, par bateau, par train ou par nandou – dans ses premiers courts métrages, l’homo americanus est conçu comme un être qui traverse l’espace. Hemingway a transposé ce modèle en Europe : quand son héros ne cavale pas dans les ruelles de Pampelune, il suit des cours d’eau espagnols ou italiens à la poursuite des poissons ou des soldats ennemis.

C’est dire combien le titre original du roman de Lionel Shriver – The Motion of the Body Through Space – reflète la condensation, en termes abstraits, d’un schéma primordial. Si le récit des trajets fut traditionnellement l’apanage du sexe masculin, aujourd’hui il est bien partagé, comme le démontre ce livre, écrit par une romancière dont le nom de naissance est Margaret Ann Shriver. Cela n’empêche pas qu’ici encore la bougeotte, portée à l’extrême, se situe du côté des hommes : c’est le mari de la narratrice, Remington Alabaster (albâtre = quintessence du mâle blanc ?), qui décide subitement, à l’âge de soixante-quatre ans, de s’entraîner en vue d’un marathon.

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, de Lionel Shriver

Lionel Shriver © Eva Vermandel

Le patronyme de Remington évoque un minéral, celui de la narratrice un arbre, parce qu’on nous informe qu’il rime avec « hickory » (traduit par « alligator » dans la version française) : Serenata Terpsichore. C’est un couple statique et inanimé, obsédé par la forme physique, considérée comme le seul indice de l’évolution de leur relation. Donc Serenata commence son hymne à l’amour conjugal par une description détaillée du corps de son mari : « Il avait des membres naturellement proportionnés, des chevilles fines, des mollets galbés, des genoux bien dessinés et des cuisses de marbre qui, après un petit coup de rasoir, auraient été sublimes sur une femme. Ses pieds étaient de toute beauté – également minces, une cambrure marquée et des orteils allongés. Chaque fois que Serenata lui massait le cou-de-pied, elle appréciait de n’y trouver aucune trace d’humidité. Les pectoraux glabres de Remington étaient délicieusement discrets… »

Mais tout n’est pas parfait chez Remington. Depuis quelques années, il a pris un peu de ventre, point sensible pour le couple (comme s’ils n’avaient pas d’autres sujets de conversation). En gros, la morphologie lisse de ce sexagénaire exprime l’essence de son âme, de sa « race » : « À soixante ans, son teint était devenu légèrement grisâtre : c’est cette homogénéisation de la carnation qui rend le visage des Blancs plus vague, plus plat et d’une certaine façon moins vivant à mesure qu’ils avancent en âge, comme des rideaux dont l’imprimé jadis éclatant aurait passé au soleil. »

Comment revigorer ce morceau de marbre fané ? Courir un marathon pourrait-il agir comme un électrochoc ? Remington semble le croire, il veut réanimer son propre personnage à l’instar de Walt Disney avec Mickey : en parcourant le circuit de MettleMan, le triathlon auquel il s’inscrit, aurait-il l’illusion d’être vivant ? Parce qu’il y a quelque chose de mort chez les Américains que tout l’exercice du monde n’arrive pas à dissimuler. Ils forment le « troupeau des clones décérébrés ». Tel Michel-Ange, ils cherchent à transformer la pierre en muscle, à repousser la sénescence, faute de pouvoir vivre.

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, de Lionel Shriver

Cette vie d’automate – Remington est une marque célèbre de machines à écrire – s’exprime sous la forme, privilégiée dans le roman américain contemporain, de dialogues. Les personnages échangent des répliques comme les adversaires d’un match de ping-pong. On l’observe dans les livres comme au cinéma : dans un avion, si l’on coupe le son lorsqu’on regarde un film, ce qui saute aux yeux est la récurrence mécanique des séquences composées de tête-à-tête : un gros plan rapide sur un premier visage, suivi d’un gros plan de la même durée sur l’interlocuteur, puis un retour à la case départ, et ainsi de suite.

Converser, c’est une lutte, et, pour gagner, mieux vaut être bien armé. D’où la nécessité de dompter son propre physique, de se dépasser. Ahurie, Serenata observe l’acharnement monacal de son mari : en blindant sa chair à la manière d’un super-héros, Remington risque de perdre son âme. Les passages les plus convaincants du roman renvoient alors à l’anatomie : les mains de Serenata posées à plat pendant qu’elle tient ses jambes tendues à trente centimètres au-dessus du sol ; le bourdon qu’elle a fait tatouer sur la peau fine de l’intérieur de son poignet droit à l’âge de seize ans ; la couleur marron des urines de sa voisine (et femme de ménage) Tommy, restée trop longtemps sur le vélo stationnaire ; et la crise cardiaque de Remington lors du triathlon.

À quoi bon tenter, au prix de sa santé, de dépasser ses limites physiques ? Serena se le demande : « Aujourd’hui, on tourne frénétiquement en rond, comme les tigres de Helen Bannerman qui, à force de tourner, se transforment en flaque de beurre. Une civilisation jadis grandiose qui disparaît à l’intérieur de son cul. » En effet, il y a quelque chose de circulaire – ou d’annulaire comme dirait David Foster Wallace – dans cette fureur sportive, un rappel du vol de Mickey dans Plane Crazy. Notre trajet est-il aussi absurde ? Sommes-nous devenus aussi factices que les personnages d’un dessin animé ?

EN ATTENDANT NADEAU