mardi 25 janvier 2022

Abby Geni / Zoomania / Una vie en friche

 

Zoomania : le deuxième roman d'Abby Geni raconte une vie en friche

Une vie en friche

par Liliane Kerjan
24 mars 2021

Le deuxième roman d’Abby Geni, Zoomania, tente de remplir son ambitieuse mission de lanceur d’alerte après la catastrophe. L’alliance d’une petite fille et de son frère rebelle militant pour la sauvegarde animale, une cavale de l’Oklahoma à la Californie, police aux trousses, autant de pistes qui perdent la vigueur de la tornade.    


Abby Geni, Zoomania. Trad. de l’anglais par Céline Leroy. Actes Sud, 357 p., 23 €


La calamité a frappé Mercy, une petite ville de l’Oklahoma : le père, la ferme, les animaux ont disparu, restent quatre orphelins dont Cora la benjamine de six ans qui donnera, trois ans plus tard, le récit des disparitions successives. Cette catastrophe climatique se double bientôt d’un attentat dans l’usine de cosmétiques voisine, l’explosion d’une bombe qui dénonce la maltraitance animale et fait sortir les bêtes de laboratoire. La destruction commence à se jouer sur tous les fronts, au climat s’ajoute la réaction des victimes et des défenseurs de causes. D’entrée de jeu, le roman d’Abby Geni joue sur l’enfance, la fratrie, les lendemains de la catastrophe qui a changé leur frère Tucker : ce mélange délétère va-t-il entraîner une accalmie réparatrice ou une dynamique du sursaut face à une urgence vitale alors que la famille McLoud devient l’image médiatique du malheur installé ? Un troisième pic de radicalité surgira plus tard, à minuit, lors de la libération des animaux du grand zoo du sud de la Californie par Tucker, infiltré dans la place.

En ces temps où il s’agit de concevoir un monde d’après, Abby Geni anticipe des façons de ruser et de faire face, elle traite de rêves et de rébellions, plus particulièrement de violences et de rencontres avec la nature et l’écosystème dont l’humain est à la fois partie prenante et agent destructeur. S’agit-il d’un roman opportuniste ? La question se pose, bien que, de manière plus constante, cette sédentaire de Chicago soit authentiquement fascinée par les environnements extrêmes et la faune sauvage – lions, girafes et autres albatros –, comme en témoigne son recueil de nouvelles The Last Animal (2013), et qu’elle observe particulièrement cette lisière entre l’humain et l’animal, ligne de tous les dangers.

Lancé comme un thriller à suspense écologique, Zoomania aligne tous les ingrédients du succès annoncé : la voix d’une enfant avec son amoralité et son réalisme sensoriel, la division d’une famille, la clandestinité, une course-poursuite, des actes flamboyants dont l’attaque d’un poste de ranger pour empêcher la chasse aux crotales, l’incendie du magasin d’un taxidermiste, une fusillade pour abattre l’Homme aux poulets, grand industriel de l’élevage en batterie, bref, la déclinaison attendue de ceux qui ont maltraité les animaux à des titres divers. L’aînée, Darlène, veille au quotidien, mais Cora va fuguer pour accompagner son frère Tucker, électron libre en mal d’héroïsme, convaincu que sa mission est de sauver le monde, et elle partage désormais avec lui l’exaltation, le nomadisme et les dangers. Pour autant, Abby Geni ne convainc pas dans cette opposition sommaire de deux modes de vie, la lenteur, à des fins de liaison et de vraisemblance, mine le tout, à commencer par la mise en place de la routine de Cora, de l’école au mobile home, jusqu’à la déflation finale où, en toute banalité, la police retrouve les fugitifs et permet ainsi de reprendre la vie de famille interrompue. Mais la canicule frappe à nouveau la terre calcinée de Mercy.

Linéaire, scandé par les scènes d’activisme violent de Tucker, ce roman n’est pas exempt des tics de composition enseignés par Abby Geni dans ses ateliers de creative writing, sans avoir le souffle de Farallon Islands (2017), qui a lancé sa notoriété. Si Zoomania veut dire l’urgence, proposer une méditation sur la nature, un certain ennui gagne et fait manquer la cible.

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lundi 24 janvier 2022

Willy Vlautin / Devenir quelqu’un / Le cowboy qui écoutait du métal

 



Le cowboy qui écoutait du métal

par Liliane Kerjan
10 mars 2021

Avec Devenir quelqu’un, l’écrivain américain Willy Vlautin fait la preuve magistrale de son art des combinaisons, non seulement sur les rings de boxe, mais surtout dans la composition d’un roman bâti sur l’alternative. Vainqueurs et vaincus, villes et montagnes, ambition et désespoir, traités avec une rare tendresse, ravivent les promesses toujours recommencées du rêve américain.


Willy Vlautin, Devenir quelqu’un. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Hélène Fournier. Albin Michel, 283 p., 21,90 €


Avoir vingt ans dans un ranch perdu du Nevada, voilà qui donne des envies d’ailleurs. Horace Hopper, à cheval avant le lever du soleil, diligent, déférent, lié par une relation quasi filiale aux vieux propriétaires, rêve de devenir champion de boxe. Adieu armoise sauvage, montagnes et moutons. Sur le biceps gauche, tatouées à l’encre rouge et noire, deux inscriptions : « Tueur » et « L’enfer attend » : tout un programme. Mais aussi un paradoxe qui engage la curiosité. Ainsi, Willy Vlautin, comme dans ses romans précédents, dont Ballade pour Leroy (2016), très bien accueillis par le public des librairies et des cinémas, combine l’art du portrait et l’appel d’un futur.

Mettant la dynamique de l’espoir insensé du jeune Horace au service d’une action fertile, menée dans la tradition des romans d’apprentissage, avec ses étapes et ses angoisses où alternent solitude, précarité affective et dangers, Willy Vlautin fait vivre avec une bonté hors d’âge la mue d’un jeune Américain mi-blanc, mi-indien païute. Sangs et sons mêlés, voilà ce qui inspire ses trajectoires du trivial à la gloire, cette lente conquête à la dure d’une nouvelle identité. S’enchainent les violents combats à partir des finales des poids légers en 2015 et, lors des pauses, des tranches de vie, au hasard de rencontres éphémères ou plus fondamentales, dont celle d’Eldon Reese, le vieux rancher au cœur généreux qui propose ses maximes : « Tu pars à l’aventure pour te mettre à l’épreuve », ou encore : « Un champion doit savoir prendre des risques », pour soutenir le débutant idéaliste dans sa fuite en avant.

Devenir quelqu’un, de Willy Vlautin : le cowboy qui écoutait du métal

Willy Vlautin, dans l’Oregon (2009) © Jean-Luc Bertini

Les séquences du défi trouvent leur tonalité particulière, faite de sincérité sans forfanterie, d’instants de fébrilité, de boule au ventre et de rage de triomphe, dans le mélange instable qui nourrit le roman et le place en parallèle des choix personnels de Willy Vlautin. En effet, l’écrivain est également depuis une quinzaine d’années le chanteur-compositeur du groupe Richmond Fontaine, ensemble de musiciens de Portland, où il vit actuellement, qui donne des soirées de musique country alternative mâtinée de rock punk. Heureux dans la compagnie du groupe et sur la route, il écrit les paroles et s’accompagne à la guitare électrique. Et cette musique originale rejaillit dans le concert du texte – ambiance country du côté d’Eldon Reese, percussions brutales pour Horace Hopper –, d’autant plus que le titre du roman reprend celui d’une des chansons de l’album de 2016. Le texte développé y trouve un rythme syncopé, une respiration, une chaleur singulière en alternant violence et nostalgie paysanne.

On a comparé Willy Vlautin à Raymond Carver et même à John Steinbeck, il a fait écho aux Motel Chronicles de Sam Shepard. Univers glauques, drames des démunis, instants de victoire, tout y est, avec modestie et générosité : l’élan et le courage du prétendant sauvent de la banalité comme du mélodrame et ménagent le désir d’un retour glorieux sur le Little Reese Ranch. À quel prix, la liberté ? Cette fois encore, l’ambition du héros est épique à son échelle, au risque de le détruire, mais il s’agit de faire ses preuves, de se dépasser pour se réinventer. La mystique du rebond et du défi, vissée dans le rêve américain, s’accompagne comme toujours d’une mobilité fiévreuse, d’un changement de nom et de métier, d’une solitude extrême, d’une sévère mise à l’épreuve, avec son lot d’embrouilles, d’arnaques et de dérives.

Willy Vlautin sonne juste, écrit des dialogues simples, rend visibles les nobles et les bas instincts, mais il ne s’attarde pas, passe de l’Arizona au Mexique, évoque les facettes contrastées du Nevada de Las Vegas à Tonopah, avec pour arrière-plan le monde immuable des granges et des chevaux. Toujours sur le qui-vive, ce cinquième roman touche profondément, car, s’il joue sur les ressorts classiques de la construction de soi et de l’ascension des humbles à partir des aspirations d’un berger – ce cowboy qui écoute du métal –, il met à nu des émotions primitives et une humanité troublante.

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dimanche 23 janvier 2022

Jacqueline Woodson / De feu et d’or / De Tulsa à l’Upper West Side

 



De Tulsa à l’Upper West Side

par Liliane Kerjan
21 avril 2021

Sur trois générations, le roman De feu et d’or livre l’histoire d’une famille noire des États-Unis depuis le massacre de Tulsa en 1921 jusqu’au 11 septembre 2001. Le talent éprouvé de conteuse de Jacqueline Woodson, sa chaleur attentive, abordent les questions de race, d’identité, de classe et de genre tout au long d’un parcours à six personnages, bien centré sur les questions cruciales du XXe siècle américain.


Jacqueline Woodson, De feu et d’or. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Schneiter. Stock, coll. « La cosmopolite », 204 p., 19 €


Tout commence au son d’un orchestre à Brooklyn, Prince à tue-tête, le grand-père au piano, c’est le dernier jour de mai 2001, jour de la cérémonie des seize ans de Melody. Elle va se vêtir de la robe blanche, la robe de sa mère Iris qui n’a pu la porter en son temps pour la célébration, parce qu’elle était enceinte. Enfant du déni et de la pensée magique, dans la belle demeure familiale de Park Slope, Melody franchit un cap : « Regardez la beauté de notre couleur noire. Pendant que nous dansons, je ne suis ni Melody, qui a seize ans, ni la fille illégitime de mes parents. Je suis un récit, une histoire presque oubliée. Dont on se souvient. »

Les ambitions du roman sont posées, la durée, la stature. Le déclic par l’émotion, le drame et le défi, amenés sans longueurs, s’effleure à travers des bribes de souvenirs, des fragments concrets de la vie quotidienne et des rencontres. Six personnages : Melody, ses parents, Iris et Aubrey, ses grands-parents, Sabe et Po’ Boy, et un ami, Malcolm, tous invitent à un voyage émotionnel et à des instants poétiques. Jacqueline Woodson privilégie les gens, esquissant à peine les lieux, elle évoque durant les années étudiantes d’Iris de menus faits tels des cheveux et des coiffures, les remarques des Africaines et des Caribéennes qui décèlent sa grossesse, des instants avec ses amoureux, passant rapidement d’un monologue intérieur à une brève conversation, accumulant les sensations simples, passant d’un moment à l’autre comme par association, d’une chanson à l’autre pour faire s’ébrouer une époque.

Au cœur des trois générations circulent des fils de vie, semés çà et là – en rappel, Melody porte le prénom de sa grand-mère qui a failli mourir à Tulsa – car Jacqueline Woodson joue sur les échelles, d’une part un format intime, celui du foyer et de la famille linéaire, et de l’autre un cadre national matérialisé par deux massacres. Elle borne l’horizon par des cauchemars, à commencer par celui du lynchage raciste perpétré dans le quartier noir prospère de Black Wall Street à Tulsa, Oklahoma, dans la nuit du 31 mai au 1er juillet 1921, et où, pour faire bonne mesure, des bombes incendiaires de boule de térébenthine en feu furent lâchées sur les toits de Greenwood par la police de la ville, en renfort du Ku Klux Klan. Restent les cendres dans la mémoire de la famille. L’épisode est évoqué à mi-parcours, encore rouge près de l’os (pour reprendre le titre original du roman, Red at the Bone), et demeure gravé dans les esprits comme pour réactualiser cette tentative d’élimination, cette menace qui ne s’efface pas, installant une défiance vis-à-vis du monde, et la vie comme un mode de survie. Pour Iris, Tulsa, lieu hanté, lié à la perte, au feu, à la destruction de l’avenir noir, demeure un passé en sommeil, un épisode archaïque mais qui ajoute de l’épaisseur et de la profondeur à son histoire. Au contraire, au matin du 11 septembre, la télévision passe ses images des bombardements et le groupe des étudiants, à l’unisson, songe à un père, un frère, prisonniers des tours.

De feu et d’or, de Jacqueline Woodson : de Tulsa à l’Upper West Side

Oklahoma City (2017) © Jean-Luc Bertini

Panachant les registres, Jacqueline Woodson construit une atmosphère où les membres de ces familles restent infiniment proches et protecteurs, donnant ainsi une image discrète et calme de la communauté noire, tout à l’inverse des violences des tapages médiatiques et des stéréotypes. Ainsi Aubrey, père noir de Melody, d’origine modeste, mène-t-il sa parentalité de manière exemplaire. Une écriture, très travaillée vers l’ellipse et la vignette, capte les gestes et les nuances de tendresse comme autant de photographies sentimentales instantanées, pour partager une gaucherie et des incertitudes. La timidité marque ces jeunes gens, écoliers et étudiants brillants, ambitieux mais incertains. Si le monde des campus permet de dépasser les contingences des quartiers, il élargit la perspective ; en cité universitaire, l’horizon évolue, les Noirs se regroupent en tablées, Iris noue d’autres liens dont une liaison homosexuelle.

Personnalité très en vue, accessible et charismatique, Jacqueline Woodson s’est d’abord fait connaître par ses succès dans la littérature dédiée aux enfants et aux adolescents, avec une production soutenue et un mandat d’ambassadeur national pour la littérature jeunesse à la bibliothèque du Congrès en 2018-2019. Née dans l’Ohio, elle fait halte en Caroline du Sud – Greenville et ses quartiers ségrégués – avant d’arriver à Brooklyn à l’âge de sept ans, passant d’un Sud lent et communautaire à un quartier cosmopolite, éclaté, où ses voisins sont portoricains, allemands ou dominicains. Lorsqu’elle décide de se consacrer à l’écriture, elle se met d’emblée au service du progrès du jeune public de la communauté noire, lui contant des histoires d’amitiés, de filles, de gens familiers, d’autres expériences du monde, tant et si bien qu’elle a vite fait, en une vingtaine de livres, de capter ce vivier tout en raflant tous les prix littéraires. Son premier roman pour adultes, Un autre Brooklyn, paru en 2016, est finaliste du National Book Award. Elle y partage ses impressions sur son lieu de vie, mais surtout accompagne désormais ses premiers lecteurs en leur proposant d’autres romans comme pour entretenir l’osmose.

Dans son panthéon, Jacqueline Woodson place ses prédécesseurs Toni Morrison, Virginia Hamilton et James Baldwin, lequel l’inspire au point qu’elle a créé un programme « Baldwin for the Arts ». Cet hommage à un militant hardi, qui ne cesse de nos jours d’être cité sur les pancartes des manifestations, fait écho à son tempérament d’entraîneuse. Pour autant, sa représentation de la communauté noire à travers une famille se fonde sur des pudeurs et des subtilités. De feu et d’or est le roman d’une fragilité qui perdure, d’un attachement filial très fort où l’enfant est la lumière et la vie. Reste le souvenir des catastrophes : dernière scène et retour au 11 septembre, course éperdue sur Broadway et réminiscence des braises de Tula incendiée.

S’il y a incontestablement une ascension depuis la pauvreté des commencements, et notamment via le parcours universitaire, son prix ne semble jamais acquitté pour de bon. Le roman, qui ne rechigne pas à des touches orales, convient à un large public sensible aux mille péripéties du quotidien, à une poignée de situations familières et fédératrices. Mais, invariant, le message est là, depuis les livres pour la jeunesse : priorité à la famille et aux études. De manière exclusive, les poètes cités – Langston Hughes, Paul Laurence Dunbar, Ntozake Shange – sont noirs, de même que les institutions et programmes mentionnés – Spelman College, A Better Chance – sont réservés aux Noirs. Jacqueline Woodson montre la force d’une identité et la concorde d’une communauté, elle continue d’inviter les ancêtres et de jouer les guides vers une promesse et une liberté.

EN ATTENDANT NADEAU

samedi 22 janvier 2022

Lionel Shirver / Propriétés privées / La comédie immobilière

 

Lionel Shriver
JOEL SAGET


La comédie immobilière

par Liliane Kerjan
10 mars 2020

Dans ces nouvelles ironiques et divertissantes, Lionel Shriver se fait commissaire d’une exposition de bribes de sentiments tenaces et de chimères intimes, mêlant le cocasse des mesquineries et les décalages des attachements dans une fine analyse des emballements et des défaites de notre société.


Lionel Shriver, Propriétés privées. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Laurence Richard. Belfond, 450 p., 21 €


Douze textes, dont ceux d’ouverture et de clôture longuement développés en novellas, pour traiter de l’inconfort feutré de ces Américains entre deux âges, diplômés, installés de bonne foi dans leur innocence tardive, sympathiques au demeurant, et toujours surpris par l’écueil qui surgit, imprévisible à leurs yeux. Et c’est là que Lionel Shriver fait mouche pratiquement à tout coup car le bon vieux mécanisme des familiarités de situation, d’un vécu proche, de bévues peu glorieuses, fait la soudure et capte l’attention. Propriétés privées est son septième ouvrage traduit en français. Sa réputation de romancière n’est plus à faire depuis 2006, moment où elle aborde le genre de la nouvelle, un format qui va faire la part belle à une série d’impasses et aux blessures des renoncements.

« Propriété » en version originale, « propriétés privées » en traduction, le titre générique du recueil, apparemment débonnaire, cache une mine de variations, depuis l’accession à la propriété avec son lot d’enthousiasmes naïfs et de déboires jusqu’à l’occupation d’un lieu, le partage et le bornage d’un espace vital, l’hospitalité généreuse ou forcée, toute la gamme des sourires, des crispations et des abus. L’immobilier et la possession révèlent leurs vices cachés : à nous les sans-gêne, les pique-assiettes, les invités surprise, les parasites bien élevés, les visiteurs opiniâtres, ou a contrario les pantouflards bloqués, les routiniers, les casaniers.

Lionel Shriver, Propriétés privées

© Jean-Luc Bertini

Chacun reconnaitra son camp ? Rien n’est moins sûr, car les dilemmes de la société actuelle ébrèchent les vieilles certitudes. Ainsi, dans « Terrorisme domestique », voici l’adolescent Liam qui s’incruste chez ses parents, sans aucun désir d’indépendance, sans hâte d’avancer, heureux dans ses stratagèmes d’incompétence et son oisiveté minimaliste. Un père de disposition hypo-active, une mère plus impatiente, rien n’y fait, c’est la faillite des affectueuses incitations, la guerre d’indépendance inversée. Motif proche dans « Le sycomore à ensemencement spontané », ou comment élaguer et contenir l’intrus, car il s’agit, bien entendu, de l’arbre du voisin. Variante à ces histoires de racines intempestives dans « Kilifi Creek », nouvelle publiée dans le New Yorker, où la jeune Liana, étudiante du Wisconsin, s’invite au Kenya chez un vieux couple de très vagues amis pour se baigner avec volupté dans les eaux de la baie qui vont révéler les premiers signes d’imprudence.

À cette obsession vitale d’une chambre à soi, les expatriés apportent naturellement leur touche forte, un lot d’opportunisme et d’expédients pour durer. La novella ultime, « La sous-locataire », met en compétition deux pigistes américaines qui s’accrochent à Belfast, défendant avec leurs armes insidieuses un territoire et une bulle de survie. Le luxe des escarmouches à fleuret moucheté donne d’excellents portraits de femmes indépendantes – free lance – et pourtant terriblement dépendantes des circonstances.

Lionel Shriver traque la rage de posséder, la désinvolture plein feu, le toupet à feu réduit, mais c’est dans la phase de l’ultimatum et de la chute de la nouvelle qu’elle déploie tout son talent. Elle a aussi bien recours au renversement, comme dans « Capitaux propres négatifs » pour suivre les péripéties d’un divorce à l’amiable, qu’à un crescendo hilarant où l’effet de mode et l’insolite convoquent la télévision dans la sphère domestique. S’inspirant du penchant farfelu des nouvelles anglaises et des petites ironies de la vie, elle imagine dans « Poste restante » un paresseux fantasque qui jette le trop-plein du courrier et usurpe l’identité d’un correspondant pour vivre une autre vie.

Grand moment aussi dans « Le baume à lèvres », où Peter Dimmock, exécuteur testamentaire de son père mourant, arrive en hâte à l’aéroport. Mais là, le déshabillage minutieux et le passage au scanner, la persécution tatillonne, l’inspection suivie du portique de détection et du crescendo de l’interrogatoire donnent tout le sel comique à une tentative d’envol dans l’Amérique du XXIe siècle. La même nouvelle croque un savoureux portrait du père, vieillard tyrannique et emporté pestant contre les chapardeuses de ses babioles, mais « pourquoi à notre époque, une semi-analphabète volerait-elle un stylo à plume ? ».

Lionel Shriver, Propriétés privées

Si les textes courts brossent à petites touches une critique de notre société avide de possessions, souvent radine, « Le lustre en pied » livre l’étude fouillée d’une inquiétude cachée, celle d’une lionne à la tignasse rousse qui vit en dilettante à l’ombre de l’université Washington and Lee, à Lexington, en Virginie. Jillian Frisk, créatrice de bijoux et d’objets, vit sans contraintes, retrouvant son vieil ami Baba trois fois par semaine au tennis pour jouer et marivauder. Cette jolie vie bohème est assombrie par la déroutante expérience de ne pas être appréciée, en particulier des femmes : « Jillian se sentait mal à l’aise, perdue, perplexe, même un peu effrayée. Paralysée. » Faut-il une offrande propitiatoire pour manifester son amitié à Baba et Paige ? Le lampadaire extraordinaire qu’elle a fabriqué devient l’enjeu d’une possession pleine et entière, d’une exclusivité sans retour. Avec minutie et acuité, Lionel Shriver entre dans les replis des amitiés éphémères, dans les fragilités des femmes célibataires.

Shriver, qui à quinze ans a choisi un prénom de garçon pour mieux tirer son épingle du jeu, a gardé son côté combatif et cette mobilité d’esprit des voyageuses, acquise sur le tas en Israël, à Belfast, Bangkok et Nairobi où elle a vécu, et qu’elle entretient aujourd’hui dans ces allées et venues entre Londres et New York, attentive aux adresses, aux quartiers, au foncier. Propriétés privées joue des effets secondaires de l’immobilier dans les grandes villes, de l’emprise des maisons, séductrices ou rebelles, quasi-personnages de la fiction, telle la maison de Brooklyn dans « Les nuisibles ». Bicoque approximative, dite « Le Petit Taudis », perfidement située au fond d’une impasse, elle déclenche le coup de foudre : « À l’arrière, les fenêtres de la cuisine et de la salle à manger étaient envahies par une gigantesque vigne, qui, dans le jardin, avait poussé au-delà de son treillis à ossature carrée pour grimper sur le mur extérieur. J’admirais l’ambition de cette vigne. Fin septembre, ses feuilles étaient encore bien larges et vertes et je me demandai si nous pouvions en cueillir pour faire des dolmades grecques ou récolter les grappes de raisin et s’essayer au vin maison. »

Comme Balzac, Shriver croit aux détails réalistes, à l’influence du cadre, au lien entre habitants et lieux, elle progresse de l’extérieur vers l’intérieur, aborde un univers de drames secrets qu’elle crée chemin faisant, fignole des personnages à la fois représentatifs et fortement individualisés, parfois à la lisière du grotesque. Attachée aux secrètes minuties d’un caractère, elle poursuit la tradition des scènes de la vie privée.

Posséder ? Être possédé ? Quel est l’effet de la propriété sur le caractère ? Observatrice sans concession, Lionel Shriver remet la comédie de mœurs au gout du jour et invente la comédie immobilière.

EN ATTENDAND NADEAU


mercredi 19 janvier 2022

Lewis Nordan / Pistolets et pastèques

 




Pistolets et 

pastèques

par Liliane Kerjan
9 juillet 2021

Avec son roman La mélancolie de celui qui vise juste, paru en 1995 et traduit aujourd’hui, Lewis Nordan nous fait vivre les tumultes d’une petite ville du delta du Mississippi, du deuil aux rires, de l’effervescence à la solitude : l’envers du miroir du lac. Des personnages déclinés sur des airs de blues qui ajoutent au plaisir.


Lewis Nordan, La mélancolie de celui qui vise juste. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek. Monsieur Toussaint Louverture, 281 p., 19 €


Une thèse sur Shakespeare et un poste à l’université en poche, Lewis Nordan commence à écrire à trente-cinq ans. Aventure tardive, huit ouvrages, qui débute par des nouvelles, puis un roman retraçant le meurtre de son ami Emmett Till, venu en vacances dans le Delta, et qui, torturé et mis à mort, devient l’une des grandes figures de la lutte pour les droits civiques. Pour l’écrivain débutant, c’est enfin l’exutoire d’une culpabilité de petit Blanc qui a duré trente-huit ans. Sa popularité grandit et, lorsque Lewis Nordan gagne les grands prix littéraires du Sud, on a tôt fait de convoquer à ses côtés William Faulkner, Flannery O’Connor ou Erskine Caldwell. Sa ville d’Itta Bena devient en fiction Attrape-Flèche, tout comme Jackson remplaçait Oxford chez Faulkner.

La mélancolie de celui qui vise juste, de Lewis Nordan

Clarksdalle, État du Mississippi (2019) © Jean-Luc Bertini

La passion pour le blues, présente dès sa prime jeunesse, résonne d’emblée dans les titres de Nordan Lewis, aussi bien Lightning Song – littéralement « chanson de l’éclair » – que Music of the Swamp – « musique du marécage », publié sous le titre Attrape-Flèche, Mississippi (Rivages, 1997) ou encore celui du présent roman, The Sharpshooter Blues : un blues rural des petits bouges, doux-amer, proche des racines rustiques et d’une tradition populaire qui imprègne son rythme. Musique des contes intimes et des portraits, elle recrée l’atmosphère de cette modeste ville de sang-mêlé, de petits brigands et de braves gens qu’il a quittée il y a belle lurette mais qu’il garde chevillée au cœur, sensible à l’innocence et à la drôlerie, au mélange instable du grotesque et de la beauté. Nordan Lewis nourrit à son endroit un attachement profond, des souvenirs mythiques au point d’écrire, dit-il, comme un expatrié. La mélancolie de celui qui vise juste est d’abord un lieu, les bras dormants du grand fleuve avec ses castors, marsouins, mocassins d’eau et autres alligators. Sur les petites îles, on adore tirer des cartouches, sur le frigo, sur les pastèques, sur les melons perchés sur une tête, juste pour se détendre et bien s’amuser. Monsieur Raney y vit de la pêche, très proche de son fils Hydro qui, même s’il n’a pas toute sa raison, sait qui a tué : ce n’est pas Morgan l’enfant trouvé, l’As de la gâchette. Ainsi démarrent d’emblée suspense et mystère.

Deux « gentils enfants » – des braqueurs de station-service – ont été abattus, et tout un chacun a entendu les coups tirés, occasion de se sentir partie prenante d’un drame collectif où se mêlent pasteur, pompiste, vaguemestre – un hommage à son père décédé lorsqu’il avait dix-huit mois et que, avoue-t-il, il cherche toujours –, tous familiers d’une histoire et d’une méditation communes, bien vivants à travers leurs nombreux dialogues. Le médecin promet à son fils : « Je te lirai des passages de Faulkner, un de ces jours, Ou d’Eudora Welty, ou de Flannery O’Connor. Avec des bêtes de foire, des nains et tout ce que tu voudras. Encore mieux qu’une bande dessinée. » De l’île du pêcheur on passe au quartier noir, dit « Congo belge », avec ses cases misérables, la solitude est partout et la lisière entre mensonge et légende devient floue.

La mélancolie de celui qui vise juste, de Lewis Nordan

Lewis Nordan © D.R.

Adepte de la mémoire créative, qui participe à l’invention des rameaux d’une histoire, Nordan Lewis joue du rêve éveillé pour donner place à la fantaisie des interstices, il passe du hors norme à l’ordinaire sans coup férir, construit chaque chapitre en arc, délaissant la ligne droite et partant d’une image. Un style de simplicité qui se fait oublier par une quasi-transparence au profit des moments lumineux de surprise et d’humour, si bien que nul ne s’étonne qu’il se sente proche de James Thurber.

Plus de vingt ans après sa parution en anglais, La mélancolie de celui qui vise juste n’a rien perdu de son charme ni de l’acuité de ces moments intenses de la bourgade où s’inscrit fortement la fascination américaine pour les armes à feu et les hors-la-loi, thèmes traités dans la veine lyrique et décalée des ballades, qui caractérise Lewis Nordan. « Je suis devenu un auteur comique parce que je vois toujours l’écriture du même côté, une horreur mélodramatique qui est au cœur du monde. Quelque chose en moi croit que la comédie jaillit de l’obscurité et est habitée par la perte. »

EN ATTENDANT NADEAU



lundi 17 janvier 2022

Wright Morris / Chant des plaines / Au Nebraska

 



Au Nebraska

par Liliane Kerjan
9 juin 2021

Lauréat du National Book Award en 1981, Chant des plaines n’avait jamais été traduit en français, nous faisant oublier son auteur, Wright Morris (1910-1998), « l’inconnu du Nebraska » comme le désigne son traducteur, Brice Matthieussent, dans une belle préface. Un inconnu, malgré ses trente-trois livres et les expositions de ses photos au MoMA (1941) et à la fondation Henri Cartier-Bresson (2019). Toute l’œuvre de ce grand voyageur rend hommage au Nebraska, sa terre natale, autrefois porte de l’Ouest, et le roman familial Chant des plaines n’y fait pas exception.


Wright Morris, Chant des plaines. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent. Christian Bourgois, 284 p., 22,50 €


Centré sur un clan qui n’engendre que des filles – mais une telle malédiction chez des fermiers va se révéler porteuse de femmes exceptionnelles par leur force de caractère et leur rayonnement –, le récit s’ouvre au moment où le gouvernement offre des terres dans les grandes plaines du Midwest. L’installation sur le comté de Madison des deux frères Atkins, Orion et Emerson, renvoie donc aux origines d’un peuplement, dimension historique qui importe aux yeux de Wright Morris, très attentif aux traces à sauver de l’effacement. Les choix de ces femmes dessinent l’évolution d’une société rurale au XXe siècle, depuis les fermes dures et rudes jusqu’à une certaine prise de distance. Méticuleusement décrits dans un parti pris d’archive, ces parcours posent la question de l’appartenance à une terre d’élection.

On dira plaisamment qu’il n’était que temps qu’un hommage soit rendu aux femmes dans cet État du Nebraska, connu pour Boys Town, ville de garçons créée à Omaha par le père Flanagan en 1917, et consacrée aux orphelins sans foyer. Mais voici Miss Cora, vingt ans lors de sa rencontre avec Emerson, deux nattes, grande, maigre et le visage anguleux : elle le suit dans le chariot, sans mot dire, et devient son épouse, une épouse « raisonnable et frugale », qui donnera naissance à une fille, Madge. De même va naître Sharon Rose au foyer du frère bientôt veuf, et les deux fillettes, élevées ensemble, resteront très proches et volubiles. Ainsi, c’est une petite colonie Atkins, besogneuse, peu à peu sensible au progrès technique et aux nouveautés, en perpétuelle installation dans deux bâtisses à étages avec un toit à pignon, qui devient la souche et la référence du temps des origines que Wright Morris observe avec le regard d’un gardien de musée devant ses collections. Plus profondément, confie-t-il, « les caractéristiques de cette région ont conditionné ce que je vois, ce que je cherche et ce que trouve dans le monde ».

L’empreinte indélébile du Nebraska explique alors pourquoi l’écrivain décrit avec un soin rare le quotidien de la vie à l’intérieur, avec ses gestes et objets dont un fauteuil à bascule qui trouble le silence, un piano, un grand panier d’osier. Bien tenue, la ferme prospère : pommes et cochons à la foire de Lincoln pour Emerson, tandis que la grande affaire pour Cora, ce sont les œufs, payés en pièces d’argent, transportés à l’incubateur, relayés par l’élevage de poussins. Jusqu’au bout, Cora restera la figure tutélaire de la ferme.

Chant des plaines, de Wright Morris : le romancier du Nebraska

Nebraska (2012) © Jean-Luc Bertini

Tel microcosme amène à une attention au détail : portraitiste des visages, Wright Morris note l’ourlet des yeux, les paupières, les regards, une égratignure de barbier, une lèvre ferme, une mèche rebelle, s’arrêtant souvent sur les enfants. Il le fait d’autant plus volontiers que ses fermiers sont des taiseux et que seules les cousines et nièces font conversation. Les scènes d’intérieur s’enchaînent, au détriment des paysages à peine aperçus derrière les vitres grillagées, de même que le Nebraska n’est présent qu’à travers quelques noms de villes, Norfolk, Columbus ou Battle Creek, car c’est la matrice qui importe. Sédentaires, ces fermiers ne mentionnent ni les grandes réserves d’Indiens Winnebagos ni les vieux cris de guerre des Sioux et des Pawnees, préférant l’autarcie. Au fil du temps, ce coin de campagne se met à étonner ses hôtes de passage : « Sharon trouva incompréhensible que des gens continuent de vivre en de tels endroits. Engourdis par le froid, abrutis par la chaleur et le travail, ils ressemblaient davantage à des bêtes dans les champs qu’à des humains. »

Ce journal de bord prend largement en compte les tentations du monde extérieur, l’opposition entre la fidélité des anciens et la curiosité des plus jeunes, une envie d’ouverture qui explique aussi bien l’engagement au front d’Orion, revenu gazé des tranchées de 1914 et pensionné, que la bourse de Sharon qui lui permet de prendre des cours de piano à l’académie de musique de Chicago où elle se grise d’indépendance féminine, loin des hommes, de l’enfantement et d’une vie de fermière. Temps de l’émancipation pour Sharon, temps du mariage avec un charpentier du cru pour Madge, le balancement du choix est au cœur du roman. Tout rappelle l’attachement à une terre, à une implantation choisie, un sentiment d’appartenance sentimentale et pourtant se font jour un besoin de découverte de l’ailleurs, une libération dans la perte, alors même que s’infiltre aussi une culpabilité refoulée. Mais les signes de symbiose demeurent vivaces : Blanche, dans son école, malgré son intérêt pour le cinéma et l’ornithologie, a le mal du pays et manque à ses parents.

Faut-il sourire du procédé lorsque Madge donne naissance à des petites filles et lorsque, sensible au progrès, elle dote sa maison des derniers équipements, prétexte à consigner les évolutions techniques d’une période ? Le roman domestique convient à l’ambition de Morris pour l’enregistrement d’une histoire avant qu’elle ne disparaisse à jamais, avant que le soja ne remplace le foin sur la ferme de Cora. Il lui faut évoquer le regain après la Grande Dépression, l’avion qui double le train pour desservir Lincoln. En août 1933, grande merveille, place à la foire mondiale de Chicago : toutes les femmes de la famille y viennent ensemble ; après le chaos, la séance chez le photographe, le feu d’artifice, Cora en sort tout ahurie. La gent féminine, très solidaire, se diversifie et Morris ne manque pas d’ambition pour ses héroïnes puisque Sharon Rose enseigne à Wellesley. Célibataire, elle revoit fréquemment ses nièces, truchements pour aborder les questions de société du moment, et prend ainsi conscience que la vie la ramène toujours à son point de départ.

Wright Morris écrit donc sur la disparition d’un monde, son monde, sur un mode plus proche de l’élégie que de l’euphorie. Il confie ses pensées à des femmes, réduisant les hommes à une figuration dans un vaste tableau de famille toujours renouvelé jusqu’aux années 1970. Pour lui, toutes sont des pionnières à leur façon, chacune a son domaine. Mais peut-on s’affranchir pour de bon des racines et des premiers émois des sens ? Peut-on se réinventer ? En fin de partie, Sharon, dont le visage ressemble à l’effigie d’une vieille pièce de monnaie, va préférer le monde des fantômes.

 « En France, note Brice Matthieussent, il aura manqué à Wright Morris un Malraux ou un Sartre pour le propulser sur le devant de la scène, susciter un engouement comparable à celui dont avait bénéficié l’auteur de Sanctuaire » ; deux écrivains régionalistes, dira-t-on, bien que Morris s’en défendît hardiment. Et à juste titre pour Chant des plaines qui traite non d’un comté imaginaire ou géographiquement inscrit sur la carte du Midwest, mais de l’ancrage à des arpents de terre face au rejet pour faire peau neuve, donnant un roman des métamorphoses qui cherche encore à retrouver les levers de soleil de l’enfance.

EN ATTENDANT NADEAU