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| Brigitte Bardot, 1959 Antonio Saura |
Brigitte Bardot
(1934-2025)

Ce court texte de Stig Dagerman (1923-1954) est bouleversant. Il lui a longtemps tenu lieu de testament littéraire. Aujourd’hui, les éditions Agone livrent une nouvelle traduction, par Alain Gnaedig, de ce texte phare qui éclaire cette nuit où l’écrivain confronte sa propre mortalité à ce qu’il a nommé « l’échec d’exister ». Notre besoin de consolation est insatiable est accompagné de quinze autres écrits précédemment publiés sous le titre La dictature du chagrin, auxquels s’ajoute « Attention au chien ! », qui fut le dernier billet journalistique que l’écrivain suédois donna au journal Arberaten, la veille de sa mort, et qui apparaît comme une note sombre et sarcastique au moment même où l’écrivain quitte ce monde.


La démarche poétique de Christian Dotremont (1922-1979) est celle des grands voyageurs partis à la recherche de traces et de gestes d’écriture, de graphies et d’expériences continues entre les mots et ses images. Après la grande exposition du centenaire de 2022 et différentes publications parues à cette occasion, voici une anthologie qui retrace le parcours du poète, des marges du surréalisme jusqu’au grand Nord, où la neige, l’ombre et le vide l’invitent à la folle invention du logogramme.
L'artiste norvégienne Ingebjorg STOYVA conçoit la peinture comme un mode de narration qui transcende les limites des mots. En abordant et en représentant la vulnérabilité humaine, comme dans Skredderens datter (2019), Ingebjorg invite le spectateur à méditer sur les moments à la fois uniques et universels que recèlent des figures humaines. Ces personnages fixent souvent le spectateur droit dans les yeux, leurs visages expressifs mais impassibles traduisant des émotions complexes, difficiles à saisir autrement. La technique illustrative de Ingebjorg et sa palette sombre instaurent une atmosphère introspective qui tranche avec les récits d'enfance traditionnels, tandis que ses personnages posent avec des livres et des jouets dans des décors dépouillés. Les tableaux invitent le spectateur à partager l'intimité de leurs modèles, plongés dans le sommeil ou jouant dans un champ rempli de poules, et à repenser la solitude et l'individualité de l'enfance.

Le futurisme est perçu en France comme un mouvement artistique italien, né avant la Première Guerre mondiale, dont le fondateur, Filippo Tommaso Marinetti, a rejoint ensuite le parti fasciste. Il a pourtant connu, après la guerre, un développement dans d’autres pays sans adopter cette évolution politique, bien au contraire. C’est le cas principalement en Russie après la révolution de 1917 et en Pologne après l’indépendance retrouvée en 1918.
Franck Jedrzejewski et Malgorzata Perigot-Grygielewicz | Le futurisme polonais (1918-1924). Édition bilingue. Brill, 2 vol., 1 438 p., 107 €
Lancé par un petit groupe de jeunes poètes de Varsovie, le mouvement futuristes polonais est rapidement polyvalent, tourné également vers la peinture, le théâtre ou la musique. Il s’étend ensuite à d’autres centres culturels du pays. Grâce au travail patient et enthousiaste de Franck Jedrzejewski et Malgorzata Perigot-Grygielewicz, deux épais volumes bilingues présentent pour la première fois une anthologie impressionnante de leurs textes entre 1918 et 1924, souvent introuvables y compris en Pologne : de la poésie, des manifestes et des déclarations illustrés par quelques reproductions de tableaux. Une recherche de plusieurs longues années par deux philosophes bilingues, qui ont rédigé des présentations de tous les auteurs et réalisé un appareil critique minutieux.
L’anthologie s’ouvre sur deux des premiers textes futuristes polonais écrits par les poètes Anatol Stern et Aleksander Wat, un tract distribué en 1918 intitulé « Tak » (oui) et un manifeste aux larges ambitions intitulé « Les primitivistes s’adressent aux nations du monde et à la Pologne ». Il a paru en 1920 dans le « premier almanach de poésie futuriste ». On y lit notamment, en guise d’intertitres, des formules choc : « La civilisation, la culture dans leur modernité – aux ordures », ou bien : « Nous effaçons l’histoire et la postérité » ; « les guerres doivent se faire à coups de poing, le meurtre est antihygiénique. Il faut souvent changer de femme. La valeur de la femme réside dans sa fécondité ». D’emblée, l’anthologie donne un ton qui mêle une critique radicale de l’ordre existant, un tantinet de conservatisme misogyne, et l’amour de l’art qui « est uniquement ce qui procure la santé et le rire ».
Les jeunes auteurs de ces textes ont respectivement 24 et 20 ans lors de leur adresse, en 1920, « uniquement au consommateur d’aujourd’hui ». Selon Franck Jedrzejewski et Malgorzata Perigot-Grygielewicz, ce manifeste appelle à « remplacer l’esthétique par l’anti-grâce, l’extase par l’intellect, à changer les théâtres par des chapiteaux de cirque, à s’insurger contre l’hypocrisie bourgeoise et le sentimentalisme, contre l’automatisme et l’absurdité du monde ». Tout un « programme » qui rappelle immédiatement l’esprit joueur, radical, destructeur des habitudes, le goût de la provocation propres à toutes les avant-gardes qui naissaient un peu partout en Europe au début du XXe siècle. Le mouvement polonais « oscille fortement entre les courants formistes, dadaïstes, cubistes et expressionnistes », est-il dit en introduction, et se lie rapidement avec les Russes, notamment avec Vladimir Maïakovski qui écrivit et monta avec Vsevolod Meyerhold, sur des décors de Vladimir Malevitch, une pièce futuriste russe. En rejetant Marinetti, ils se rapprocheront même du dadaïsme et du surréalisme – encore que ce dernier ne se constitue qu’en 1924, avec le manifeste d’André Breton, quand les futuristes polonais touchent à leur fin.
Ils ont également la performance comme point commun avec les autres avant-gardes européennes. En 1918-1920, quand la Pologne célèbre le retour de l’indépendance après 123 ans de partages et d’occupation par trois empires, « l’affirmation euphorique » de beaucoup de jeunes poètes « correspondait à l’ivresse générale provoquée par l’indépendance si brusquement retrouvée », explique Czesław Milosz à propos du mouvement « Skamander » qui nait à ce moment-là et qui a dominé l’entre-deux-guerres. Au contraire, les jeunes futuristes trouvaient cette poésie bavarde (trop lyrique, trop de mots), voyaient la culture, la guerre et le patriotisme différemment, et ils prenaient la parole dans la rue pour le dire. Une sorte d’anarchisme prolonge la provocation esthétique. Troubles de l’ordre public selon les autorités qui dispersent leurs performances, arrêtent et gardent à vue les jeunes troublions. À Cracovie se crée un autre groupe qui s’exprime dans des « cabarets futuristes » autour de Bruno Jasienski et Titus Czyzewski. « Imitant les soirées dadaïstes, les futuristes polonais organisèrent […] des poétosoirées, des soirées de poésies qui sous les provocations incessantes tournaient pour la plupart à l’émeute ».
Ces scandales, arrestations et démêlés avec la police les faisaient connaître au-delà des seuls milieux artistiques. Ces performances et provocations sont incarnées par des textes que l’on trouvera dans les « journalières » rassemblées dans le premier volume. Ils affirment une esthétique originale que Franck Jedrzejewski & Malgorzata Perigot-Grygielewicz analysent à travers un long avant-propos consacré à la traduction des styles futuristes. Au-delà des difficultés des traductions de la poésie en général, ils insistent sur cette formule de Stern et Wat qui, dans le manifeste futuriste cité plus haut, soulignent en majuscules l’essentiel pour eux : « LES MOTS ont leur propre poids, leur tonalité, leur couleur, leur propre tracé. ILS OCCUPENT UNE PLACE DANS L’ESPACE. Voilà les valeurs indiscutables de la parole »,qu’il n’est pas aisé de rendre dans une traduction, d’autant que le futuriste « recherche l’ironie, l’humour et le rire ». Voyez cet extrait du manifeste de Cracovie écrit par Bruno Jasienski en avril 1921, dans une écriture phonétique propre à la performance : « Persone ne doit créér et construir quoi ke ce soit en 1921, comme c’était fait aupparavant. La vi va de l’havant et ne se réppète pas. Chaque créhateur est obligé d’accepter ce qu’il a acquis + faire ce marveilleux saut nouveau, que chake artiste doit accomplir dans le vidde du monde. L’art est la créhation de nouvels chozes », derrière ces mots on découvre « une langue néologique » et la « réalité extra-langagière qu’ils mobilisent », constatent Franck Jedrzejewski et Malgorzata Perigot-Grygielewicz. De même, on se réfèrera aux « nanopaniques » d’Aleksander Wat, qu’ils définissent comme « l’expérience la plus radicale du futurisme polonais », des « parodies nihilistes et blasphématoires de la représentation de l’irreprésentable ». Le plaisir d’une anthologie réside aussi dans la promenade qu’on ne peut qu’entreprendre entre les textes et les auteurs, plaisir qui va très bien au « désordre » futuriste, et qui introduit le lecteur dans ces jeux poétiques des cinq ou six premières années de la Pologne nouvellement indépendante. Puis la tension sociale et politique a laissé la place à un temps plus sombre, « l’histoire se remit aux environs des années 30 à tourmenter les poètes », raconte Milosz qui faisait partie de cette nouvelle génération, elle « annonçait les catastrophes », « les Cassandres se multipliaient ». [1]
Le futurisme polonais consacre beaucoup de place dans son second volume aux discussions et bilans qui animèrent le mouvement, et aboutirent à sa disparition en tant que tel, à l’âge de cinq ou six ans. En 1923, est reprise la vieille querelle avec Marinetti sur la machine qui les obnubilait tous, en ce début de XXe siècle. Quel était son apport à l’homme ? Marinetti privilégiait la machine/matière, contrairement à Tadeusz Peiper, un des proches de Wat, auteur d’un manifeste essentiel du futurisme polonais, « Métropole, masse, machine » (1922, reproduit dans le premier volume de l’anthologie), pour qui, dès 1922, « le rôle de la machine dans la création artistique n’est pas de soumettre le sujet mais la transformation de l’art », ce qu’il reprend un an plus tard : « ce qui nous intéresse, ce n’est pas la matière mais l’homme ». Un siècle après, le débat est toujours d’actualité avec les nouvelles technologies.
Mais, en 1923, le débat prend une autre ampleur avec un long texte « bilan » de Bruno Jasienski, un des fondateurs du mouvement qui s’est rapproché du communisme. Son texte de septembre 1923 présente l’avenir du futurisme polonais à partir d’un constat : « le futurisme n’est pas une époque, c’est une certaine forme de conscience ». Il le voit partagé entre deux options opposées, celle des Italiens, qui « élève la machine au niveau de l’idéal érotique de l’humanité », et celle des Russes, qui, à l’instar d’une formule de Maïakovski, subordonne la machine à l’homme. La définition du futurisme polonais par Jasienski demeure hésitante au point qu’il se demande s’il a vraiment existé. Il termine sur cette formule, comme une justification de son éloignement du mouvement qu’il a créé à Cracovie : « la question se pose […]s’il y a eu vraiment un futurisme polonais en tant qu’unité ou s’il ne s’agissait pas simplement d’un groupe de personnes unies par une expansion commune, trouvant aujourd’hui leur propre voie ». Et ce futurisme laissera une esthétique et une insolence chez bien des écrivains (moins des écrivaines) du XXe siècle polonais.
[1] Ces citations de Milosz sont extraites de sa préface à Constantin Jelenski, Anthologie de la poésie polonaise, L’Âge d’Homme, 1981.

L’homme aux deux visages de Viet Thanh Nguyen et Punks de John Keene questionnent en profondeur les identités et ce que la littérature en fait, comment elle ouvre un espace singulier au mineur. Inventives, perturbantes, les démarches de ces deux livres nous obligent à penser autrement et à concevoir une littérature pirate. Des lectures qui semblent urgentes et nécessaires pour mieux penser le monde contemporain.

La star du cinéma français, morte dimanche, devrait reposer au cimetière de la commune varoise et pas chez elle, à La Madrague comme l’a confirmé la mairie tropézienne ce lundi.
On connaît la date et le lieu. L’inhumation de Brigitte Bardot, morte dimanche à 91 ans, se fera mercredi 7 janvier au cimetière marin de Saint-Tropez, a confirmé la mairie varoise ce lundi 29 décembre. Mais si cette dernière demeure n’aurait rien de surprenant pour le commun des mortels, pour l’ancienne gloire du cinéma français, la nouvelle surprend.
«Mythe total», «plus beau diamant du monde», «destin unique» : le milieu du cinéma rend hommage à B.B.
Souvent comparée à Marilyn Monroe, comme elle blonde, à la beauté explosive et à la vie privée tumultueuse, B.B. était, comme l’actrice américaine, «le plus beau des diamants du monde», a estimé auprès de l’AFP Francis Huster. «Je suis sûr que leurs deux étoiles forment le plus beau duo du ciel», a assuré l’acteur, qui avait tourné avec Bardot en 1973.
Elle était «la plus belle du monde», mais surtout «une actrice absolument formidable», a souligné sur BFMTV le comédien Pierre Arditi, refusant de la réduire à une «icône physique». «Elle a marqué notre temps parce qu’elle était aussi capable d’incarner et de jouer», a insisté l’acteur de 81 ans.
Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma (CNC), a estimé sur le réseau social X que B.B. était devenue dès «Et Dieu.... créa la femme» de Roger Vadim (1956) «un mythe à l’écran (...) mais aussi l’incarnation de la femme française pour le monde entier».
Brigitte Bardot est «un mythe total», a également assuré Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière à Lyon et délégué général du festival de Cannes, sur franceinfo. Elle « a donné les codes de ce que c’était qu’être une star », a-t-il ajouté, rappelant l’émeute qu’avait provoquée sa venue au Festival de Cannes en 1967.
Ancien président du festival, Pierre Lescure a, lui, salué un «destin unique», «sa beauté dingue et comme nouvelle, absolue et effrontée», «sa fantaisie, ses rôles multiples». De son côté, Jean Dujardin a publié une photo en noir et blanc de l’icône sur Instagram, accompagnée d’un simple «#brigittebardot».
18:17
«Brigitte Bardot, l’icône qui osait dire non»
Après Jean-Paul et Alain, ses frères des hauts sommets, BB est partie au soleil du Midi. Nous sommes tristes et, en même temps, follement heureux. Car nous pourrons dire, droit dans les yeux aux générations suivantes, aux professeurs de morale et aux faux vertueux que nous avons connu le parfum dément d’une star d’un autre temps. D’une star hors de la normalité dont se prévalait un ex-président. D’une star qui ne s’appartenait plus, qui suscitait l’admiration et la jalousie, la haine et la passion, l’opprobre et l’extase.
Une femme indocile, surexposée, élue par les dieux du cinéma, choisie par le public et dont la seule apparition déclenchait un mouvement de foule. Une tension aussi érotique que spirite. Qui n’a pas vu BB entrer dans un restaurant de plage, paillote ensablée et kitsch du Var, décor balnéaire surnuméraire, se mettre à danser et frapper dans ses mains ne connaît pas l’amour et la beauté, la sauvagerie et la souveraineté. BB féministe réactionnaire, chanteuse au timbre miaulant, était souveraine dans toutes ses actions, dans toutes ses prises de position.
Comment Bardot… créa Saint-Tropez
«Brigitte Bardot a contribué à faire rayonner Saint-Tropez dans le monde entier» et «continuera d’habiter l’âme de notre cité», a salué dimanche la ville où l’actrice française a vu éclore sa célébrité et s’y est éteinte dimanche à 91 ans. Icône du cinéma, figure intemporelle et engagée, «Brigitte Bardot restera à jamais associée à Saint-Tropez, dont elle fut l’ambassadrice la plus éclatante», a rendu hommage le petit port méditerranéen dans un communiqué. «Par sa présence et son aura, elle a marqué l’histoire de notre commune et contribué à faire rayonner Saint-Tropez dans le monde entier», poursuit le texte.
Lorsque le voyageur débarque à Saint-Tropez, il échoue inévitablement sur le port, centre névralgique du village. Ici, tout commence et s’achève autour de cette anse mythique où s’enroulent bars, restaurants et boutiques et où s’engouffre une foule ininterrompue de badauds avides d’un petit morceau d’histoire. Car la légende fascine encore, à l’image de la star locale, Brigitte Bardot et sa maison de La Madrague, au bout de la presqu’île. Son empreinte pèse sur chaque ruelle, chaque mur en stuc ocre et s’invite régulièrement dans les conversations des habitants.
Brigitte Bardot était «un ange pour les animaux», salue l’association Peta
L’actrice française Brigitte Bardot, décédée dimanche à l’âge de 91 ans, était «un ange pour les animaux» et «une porte-parole de toutes les espèces», a rendu hommage la fondatrice de l’association Peta, Ingrid Newkirk. Brigitte Bardot avait renoncé au cinéma en 1973 pour se consacrer entièrement au combat de sa vie, la cause animale.
«De ses pigeons sauvés à Saint-Tropez à ses chiens bien-aimés, Brigitte manquera à Peta», a écrit dans un communiqué la fondatrice de cette association de défense des animaux. Elle était «un ange pour les animaux» et «s’est battue, y compris devant les tribunaux, pour tous les protéger», a-t-elle poursuivi.
Peta avait attribué un prix à Brigitte Bardot en 2001, pour sa mobilisation en faveur de la cause animale. La star avait aussi contribué à des campagnes de l’organisation, comme celle en 2013 pour que l’enseigne britannique Fortnum & Mason cesse de vendre du foie gras.
La dernière interview de Brigitte Bardot au Figaro : «Je n’ai jamais connu un monde si invivable»
Sa parole est rare et irréductible. Brigitte Bardot est confinée, comme tous les Français. À la Madrague, la résidence de Saint-Tropez qu’elle ne quitte plus depuis des années, son quotidien n’a pas changé depuis le début de la pandémie. L’actrice, icône des années 60, désormais activiste du droit des animaux, se livre sans retenue. Son regard sur la France d’après, celle qui vient, est impitoyable.
«La connerie reste l’un des plus gros fléaux de l’être humain», disait-elle, en préambule. Elle donnait le ton.