Sur Instagram, Emily Ratajkowski poste des photos en décolleté plongeant, en maillot de bain, voire complètement nue. Un moyen d’affirmer sa féminité mais aussi son féminisme : elle dispose de son corps comme elle le veut.
«Mon corps, mon choix», c’est le mantra d’Emily Ratajkowski, comme elle l’écrit sur Instagram. Et son corps, la jeune femme a choisi de le dévoiler. Le nudité est sa marque de fabrique : elle s’est fait connaître en 2013 en participant au clip «Blurred Lines» de Robin Thicke et Pharrell Williams, dansant complètement nue à côté des chanteurs ; aujourd’hui, elle montre ses formes sur les réseaux sociaux. Selfies en décolleté plongeant, photos de ses fesses sur la plage, clichés dénudés sont devenus sa spécialité.
Sexy sûre d’elle et intelligente
Mais si Emily Ratajkowski n’hésite pas à montrer son corps, ce n’est pas une potiche pour autant. Non, ses selfies nus sont une marque de son engagement féministe. «Nous sommes plus que des corps mais ça ne veut pas dire que nous devons avoir honte de notre sexualité», avait déclaré le mannequin, il y a quelques mois, prenant la défense de Kim Kardashian, attaquée pour avoir posé sans vêtement. Quelques semaines plus tard, la jeune femme de 25 ans avait publié une lettre sur le site Lenny Letter de Lena Dunham, écrivant : «Les réactions des gens à propos de ma sexualité ne sont pas mon problème, mais le leur.»
Seulement la jeune femme est régulièrement attaquée sur les réseaux sociaux à cause de son exhibitionnisme. Par exemple lorsqu'elle avait choisi de soutenir le candidat démocrate Bernie Sanders, pendant les primaires américaines : Emily Ratajkowski avait été victime de sexisme. «Les commentaires disaient que j’avais un excès de beauté mais rien dans le cerveau», raconte-t-elle dans la version américaine du magazine «Glamour». «Et j’ai aussi lu la phrase : "Tais-toi et montre-nous tes seins". Notre société n’admet pas qu’une femme puisse être sexy, sûre d’elle et avoir des convictions politiques. (…) Alors que les hommes font ce qu’ils veulent sans qu’on leur pose de question.» Raison de plus de faire de son corps un étendard du féminisme.
Dans Lettres à l’inconnu(e), roman épistolaire constitué d’une correspondance à sens unique, Bernard Sarrut interroge la nature de l’amour. Aimer serait-il un verbe intransitif ? L’élan amoureux a-t-il vraiment besoin d’un objet ?
Elle était une véritable icône dans les années 60. Anita Pallenberg, ancien mannequin et ex-compagne de Keith Richards, est morte mardi à 73 ans.
Ses longs cheveux blonds, son style bohème et sa frange iconique ont inspiré les femmes du monde entier. Aujourd’hui encore, Anita Pallenberg est une référence dans le monde de la mode et des arts. Mannequin, styliste, cette Allemande née à Rome en 1944 a longtemps évolué dans les milieux underground, parmi les artistes dont le Velvet Underground d’Andy Warhol. Son amie Stella Schnabel a annoncé sa mort mardi, à 73 ans, de cause encore non communiquée.
En plus d’avoir tourné dans de nombreux films dont «Barbarella» et «Swinging London», c’est également la vie privée tumultueuse d’Anita Pallenberg qui a fait sa légende. Dans les années 60, alors qu’elle fréquente Brian Jones, fondateur des Rolling Stones - groupe qu’il est contraint de quitter en 1969 notamment à cause de problèmes judiciaires et de drogue - elle tombe sous le charme de Keith Richards. Leur relation ne devient officielle qu’après la mort de Brian Jones, retrouvé sans vie dans sa piscine un mois après avoir quitté les Stones. Avec Keith, Anita forme un couple épié qui fait fantasmer les groupies et vendre les journaux. Au cours de leur histoire qui durera douze ans, Anita donne naissance à trois enfants, Marlon – qui suivra son père en tournée en 1976 - Angela et Tara, mort peu après sa naissance à cause de problèmes de santé.
L’influence de la jeune femme sur Keith Richards est telle qu’elle est surnommée la «Sixième Rolling Stones». Dans le groupe, elle sait se faire respecter, elle la forte-femme, à l’époque meilleure amie d’une autre muse du groupe, Marianne Faithfull, compagne durant des années de Mick Jagger. Avec ce dernier, on lui prête d’ailleurs une brève aventure sur le tournage de «Performance» dans les années 1970. A Paris Match en 2010, Keith Richards explique en avoir voulu à Mick Jagger plus qu’à sa compagne. «J’en ai surtout voulu à Mick, parce que cette escapade cinématographique compromettait l’équilibre du groupe. Et le bouquet, c’était qu’il se tapait ma copine, en plus». De cette peine sont cependant nés les titres «Let it Bleed» et «Gimme Shelter».
1979, l'année où tout bascule
Malgré l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre, Anita et Keith finissent par se séparer juste avant le début des années 1980, victimes de leur vie chaotique. Tous les deux accros à l’héroïne, ils ne parviennent plus à se comprendre, notamment lorsque Keith décide de se soigner alors qu’Anita n’est pas prête à laisser tomber la drogue. «C’était un sacré caractère qui, de toute façon, n’en faisait qu’à sa tête», confie encore Keith Richards à Match en 2010. En 1979, la vie d’Anita et des Stones bascule lorsqu’un jeune garçon de 17 ans, Scott Cantrell, est retrouvé mort d’une balle dans la tête, dans le lit d’Anita Pallenberg et Keith Richards. Le jour du drame, le musicien est à Paris pour enregistrer l’album «Emotional Rescue», mais la rumeur veut que sa compagne ait entretenue une relation avec l’adolescent. Un an après la tragédie, Anita est innocentée du meurtre. Le jeune garçon s’est en fait suicidé après être tombé amoureux d’elle. En 2008 au «Guardian», elle explique à l'époque n'avoir rien ressenti face à ce drame. «C'est l'une des merveilles des drogues et de la boisson». Mais c’en est trop pour Keith et Anita, qui se séparent définitivement.
Anita Pallenberg se fait ensuite plus discrète, continuant son chemin dans la mode et collaborant notamment avec la reine british du style punk, Vivienne Westwood. En 1987, épuisée par la vie, seule et malheureuse, elle décide de se prendre en main et entame une cure de désintoxication à la demande de sa soeur. La trace laissée par Anita Pallenberg dans les esprits est telle que régulièrement, des hommages lui sont rendus. En 2013, Carla Bruni a notamment enregistré une chanson, «Chez Keith et Anita». Elle chante : «Chez Keith et Anita, c'était l'été soixante-dix, Je ne savais rien de tout ça, et pourtant je vivais chez Keith, chez Keith et Anita».
Elle a les dents du bonheur, le sex-appeal de son père, Mick, et la grâce de sa mère, Jerry. Georgia May Jagger est la nouvelle étoile de la mode, et comme le fut sa mère avant elle, l’égérie du parfum Angel de Thierry Mugler.
Paris Match. Quelles sont les senteurs qui vous rappellent votre enfance ? Georgia May Jagger. Le parfum Angel, bien sûr, que ma mère portait. L’odeur boisée du santal et l’émanation de la pluie : en Angleterre, il pleut beaucoup et je me souviens d’être allée à l’école trempée. L’odeur de la typique “shepherd’s pie”, mon plat préféré. Si je devais créer un parfum, il sentirait probablement comme cette tourte que j’adorais !
Vous êtes anglaise par votre père, américaine par votre mère. Trouvez-vous une différence entre les parfums britanniques et ceux des Etats-Unis ? Non, mais ma mère a toujours été obsédée par les parfums français, comme beaucoup d’Américaines qui veulent être un peu parisiennes. Je ne crois pas que mon père en portait, je ne m’en souviens pas en tout cas…
Comment avez-vous réagi quand on vous a proposé de devenir le visage du parfum Angel ? Je l’ai tout de suite annoncé à ma mère, Jerry Hall, qui en avait été la première égérie. Cette fragrance a fait partie de mon enfance, ma mère avait sur sa coiffeuse tous les flacons Angel et je regardais les défilés de Mugler. Quand j’ai commencé à être modèle, je trouvais les défilés ennuyeux, je me souvenais avec nostalgie des shows exubérants des années 1990.
Pourquoi avoir arrêté vos études ? J’ai étudié à l’université tout en commençant le métier. J’ai pris des cours du soir à New York en peinture, dessin et photographie. J’en aimais l’ambiance car les autres élèves, comme moi, étaient déjà dans la vie professionnelle. De retour à Londres, j’ai suivi un cursus de photographie. Je travaillais comme mannequin le week-end. Etudier la photo en étant photographiée par des professionnels m’a donné envie d’apprendre sur le tas, au fil des séances de mode. D’autant que le mannequinat, ça ne dure jamais longtemps, alors j’ai pensé qu’il fallait en profiter.
Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ? Au départ, je ne souhaitais pas y mettre le pied parce que tout le monde dans ma famille y a goûté. Je voulais me rebeller contre ce chemin tracé. Mais à force d’entendre des propositions de contrats et de belles campagnes, je me suis laissé convaincre. Ça me rendait nerveuse au début d’être au centre de l’attention. J’aime voyager, comprendre l’aspect créatif de la mode. Ce sont les points positifs.
Quels sont les côtés négatifs ? On ne dort pas assez, on est souvent seule. Le fait que je sois plus petite que la moyenne des tops est un problème : je ne peux pas défiler dans la plupart des shows.
Vous avez déclaré ne pas vous soucier que les gens vous prennent en photo dans la rue. Maintenant que vous êtes davantage connue, est-ce toujours votre avis ? Peu de gens me reconnaissent. Sauf parfois de très jeunes filles et je suis heureuse de poser pour elles. Quand j’ai fait mes premières couvertures de magazines, je n’osais plus rentrer chez les marchands de journaux de peur que l’on me reconnaisse, j’envoyais mes amis acheter “Vogue” pour moi !
Vous êtes pourtant très présente sur Instagram, avec plus de 500 000 abonnés. Est-ce une obligation professionnelle ? J’ai été obligée de m’y inscrire car quelqu’un se faisait passer pour moi. Je me suis prise au jeu. J’aime la photo, Instagram m’amuse. C’est aussi une partie de mon travail, je ne poste pas de clichés privés.
Pensez-vous que le nombre d’abonnés est un signe aujourd’hui de réussite ? Cela indique une certaine popularité, mais beaucoup de mannequins très célèbres ne sont pas sur ces réseaux, comme ma mère. Elle, elle oublie comment on envoie un mail et lui apprendre à utiliser iTunes a été une de nos plus longues conversations ! Elle continue à envoyer des fax ! Mon père est bien meilleur avec les nouvelles technologies.
Est-ce que cela vous gêne que l’on fasse constamment référence à vos parents ? Non. Je leur dois au moins la moitié de mon succès. Mais si j’étais mauvaise, je ne ferais pas ce métier depuis si longtemps. Je parle beaucoup de l’industrie de la mode avec ma mère, elle en a une vision très intéressante.
Après votre carrière de mannequin, qu’aimeriez-vous faire ? J’aimerais continuer la photographie et la mode, de manière éthique et écologique. Petite, je voulais devenir chercheuse naturaliste et documentariste animalier, comme David Attenborough. Ce serait un rêve.
Jagger Jr, 25 ans et des airs de BB, près de Paris, jeudi 1er juin. Veste en fausse fourrure Volcom et collier prêté par maman.Sébastien Micke / Paris Match
A peine débarque-t-elle de l’Eurostar qu’on est frappé par son extraordinaire ressemblance avec ses deux parents. La moue et la bouche de son père, la silhouette, la blondeur et l’élégance de sa mère.
Paris Match. Est-ce l’exemple de votre mère qui, dès l’enfance, vous a donné l’envie de devenir mannequin ?
Georgia May Jagger. Oh non, pas du tout. Ma sœur aînée, Elizabeth, exerçait elle aussi ce métier. Je me disais que cela en faisait bien assez dans la famille ! J’avais 15 ans lorsque leur agent m’a proposé d’essayer. J’ai accepté, persuadée que l’aventure ne durerait qu’une saison, deux au maximum, d’autant que je mesurais pratiquement 15 centimètres de moins que les autres filles ! Eh bien, depuis dix ans je n’ai jamais arrêté de travailler ! [Rires.] Je faisais sans cesse l’aller-retour entre Londres et New York. Et comme je tenais à poursuivre mes études, je n’avais pas d’autre solution que de faire mes devoirs dans les avions.
Comment des enfants réussissent-ils à grandir normalement, entre deux parents aussi iconiques que les vôtres ?
Ils ont divorcé lorsque j’avais 7 ans. Ma mère nous a emmenés vivre à la campagne, à 40 kilomètres de Londres. Comme nos parents n’avaient fait ni l’un ni l’autre de longues études, ils nous ont toujours poussés à l’école et nous ont élevés d’une façon plutôt stricte. Si nous avons eu la chance d’effectuer très jeunes de magnifiques voyages, comme à Bali ou au Maroc, ils évitaient de nous faire séjourner dans des hôtels trop luxueux. Ils souhaitaient toujours se mêler à la population locale. Pour rien au monde ils n’auraient passé leurs journées au bord de la piscine. Ce qui leur plaisait, c’était de se confronter aux différentes cultures et, surtout, à la vraie vie. Ils voulaient que rien ne nous tombe tout cuit dans la bouche. Comme j’étais dyslexique, j’ai dû travailler deux fois plus que les autres pour réussir mes examens.
En classe, n’avez-vous jamais eu à subir la jalousie ou les railleries des autres enfants ?
Ce qui nous blessait le plus, c’étaient les rumeurs concernant mes parents que les enfants de l’école ou leur famille avaient lues dans les journaux et venaient nous rapporter. Ma mère et mon père nous aidaient à faire la part des choses et nous tenaient le plus éloignés possible des médias. C’est sans doute cette période difficile qui a fait que, durant toute mon enfance et une partie de mon adolescence, j’ai refusé la lumière, d’être exposée. Etre suivie par des paparazzis me perturbe profondément.
J’étais une enfant précoce, très éveillée, qui avait une passion pour les films anciens, en noir et blanc. A l’adolescence, j’étais très attirée par les choses du passé. D’un naturel rêveur, je me passionnais aussi, déjà, pour la nature et les animaux. Et je passais l’essentiel de mon temps libre au sein d’ateliers créatifs.
Ce qui vous vaut d’être très impliquée dans la défense de l’environnement…
Mon frère James est le cofondateur de Project Zero, une association née il y a quatre ans qui se bat pour la protection des océans, et dans laquelle je m’investis beaucoup. En ce moment, seuls 5 % des océans sont protégés et notre but est d’atteindre les 30 %. Project Zero est le vaisseau amiral qui soutient beaucoup de petits projets de développement, comme celui d’introduire des huîtres dans la baie de New York ou d’arrêter la surpêche à Mexico. En quinze ans, grâce à l’arrêt de la surpêche, la biodiversité s’y est fortement améliorée. Je suis d’ailleurs allée nager dans le golfe du Mexique, au milieu des raies mantas, pour prouver la véracité de nos propos !
Je n’ai jamais considéré le mannequinat comme une fin en soi et j’ai tout à fait conscience de l’aspect éphémère de ce métier. Parallèlement à ma carrière de top model, j’ai fait une école de photo et de dessin. Je suis attirée exclusivement par la simplicité, le portrait et le naturel. Le corps et son vécu m’intéressent plus que les vêtements ! C’est pourquoi je suis à l’aise lorsque je photographie des personnes que je connais. La démarche est plus difficile avec des inconnus.
En vous regardant évoluer autour de la piscine, notre équipe n’a pu s’empêcher de vous comparer à Brigitte Bardot dans “Et Dieu… créa la femme”. Aimeriez-vous poursuivre votre carrière au cinéma ?
Ce n’est pas parce qu’on est un mannequin qui réussit qu’on sera forcément une bonne actrice ! Franchement, je ne sais pas si j’en aurais le talent, ni même si j’en aurais envie. Je crois que je préférerais me tourner vers la réalisation. Au moins, derrière la caméra, je n’aurais plus à me soucier de mes vêtements, de ma coiffure ou de mon maquillage ! En même temps, j’ai bien conscience qu’avant de diriger mon premier film musical — mon rêve —, je devrais passer des années à porter des cafés sur les plateaux ! [Rires.]
Etes-vous un cœur à prendre ?
Non, depuis cinq ans je suis amoureuse de la même personne, un musicien. A la maison, à Londres, je vis avec deux garçons : mon fiancé et mon meilleur ami depuis dix ans, qui est skateur. Lorsque je suis chez moi, ce qui m’arrive rarement, j’adore cuisiner pour nos copains.
Au bout de cinq ans d’amour, envisagez-vous de faire bientôt un bébé ?
Ah non, je ne suis pas du tout prête à devenir maman !
Pourquoi ?
D’abord parce que je suis une fille hyperbordélique, pas du tout organisée, qu’il y a toujours plein de monde chez moi et que quatre valises non défaites traînaient encore ce matin dans ma chambre !
Comment vous imaginez-vous dans dix ans ?
Je me refuse à penser à l’avenir car j’adore vivre le moment présent. Le seul projet concret que je peux vous annoncer est l’arrivée de deux chiots à la maison en septembre ! Plus sérieusement, j’aimerais lancer une ligne de produits bio. Je prends mon temps. J’observe. Je réfléchis.
Dix-neuf ans après votre maman, Jerry Hall, qui en a été l’ambassadrice, vous êtes devenue à votre tour l’égérie du parfum Angel, de Thierry Mugler. Un symbole ?
Angel fait partie intégrante de mon enfance. Sa fragrance est sans aucun doute mon premier souvenir olfactif. Dans ma chambre trônait un immense poster de maman, alanguie sur une dune de sable bleu avec ses cheveux longs et un legging pailleté. Pendant longtemps, j’ai été persuadée que ma mère était une sirène…
Un livre qui paraît en France est l’occasion de revenir sur l’une des plus belles aventures du rock. Au moment où sort également un coffret de 19 DVD retraçant les premières années du groupe.
Paris Match. Vous avez écrit cette biographie il y a dix ans. Vous souveniez-vous de tout ?
Nick Mason. Le problème n’est pas de se souvenir mais de savoir si les événements se sont déroulés de la manière dont je les raconte. Parfois, nous n’avons pas tous la même version de l’histoire. Alors voici la mienne. Il existe pas mal de livres sur Pink Floyd, je trouvais intéressant de donner un vécu de l’intérieur. Il y avait aussi une forme de célébration dans ma démarche. Pink Floyd est souvent vu comme un groupe sombre, qui a passé sa vie à se disputer. Mais ce n’était pas totalement vrai…
Vous dépeignez le groupe comme une famille : on se fait la gueule, on se parle mal, mais à la fin on est tous contents d’être ensemble.
Vous avez raison. Il existe une famille Pink Floyd, dans laquelle j’inclurais nos enfants mais aussi tous les gens qui ont travaillé avec nous. Beaucoup d’autres groupes de cette époque n’ont pas réussi cela, certains ne se parlent même plus. Nous étions une famille dysfonctionnelle, mais une famille quand même.
Quand nous avons signé un contrat avec Emi en 1967, je pensais que ça durerait un an, guère plus. Roger n’était pas d’accord, il avait une vision bien plus vaste.
Vous avez des mots durs sur Roger Waters, qui se comporte de manière assez rude...
Mais cela n’enlève rien à l’admiration que j’ai pour lui et pour son travail. Nous sommes toujours amis, et cette amitié est plus importante que tout. C’est sur le plan du travail que nous ne sommes pas toujours parvenus à nous entendre. Nous aurions dû trouver une meilleure manière de collaborer. Mais nous sommes arrivés à comprendre comment mettre en musique ce que nous voulions. Nous avions un but commun, nous y sommes parvenus, malgré nos différences. Et ce sont ces différences qui nous ont permis de réussir.
Comment définiriez-vous la musique de Pink Floyd ?
Nous avons légèrement intellectualisé le rock, nous n’aimions pas l’idée d’une musique “mainstream”. Nous n’avions pas le culte de la personnalité. Nous n’étions pas des rock stars, immédiatement reconnaissables.
Etes-vous d’accord lorsque l’on dit que c’était un groupe sans leader ?
Chez les autres, il y avait Mick et Keith, John et Paul, Robert et Jimmy. Chez nous, tout le monde contribuait à tout, même si Roger et moi étions plus impliqués dans le business et l’aspect visuel de notre musique. Le véritable leader aurait dû être Syd Barrett, car c’est lui qui écrivait au début la plupart des chansons. En général celui qui écrit les chansons prend le pas sur les autres. Mais nous, en théorie, nous fonctionnions en démocratie.
Si Roger et David s’étaient moins opposés, nous n’aurions pas fait un aussi bon boulot. Seul un événement comme le « Live 8 » de 2005 pourrait nous réunir.
Comment avez-vous réagi au départ de Syd Barrett, en 1968 ?
Nous étions sûrs de pouvoir continuer sans lui, nous avions confiance en ce que nous faisions. Nous savions aussi qu’il ne reviendrait jamais. Je me souviens encore que, lorsqu’il est parti, ce fut un soulagement pour nous tous. Au moins, nous pouvions avancer, donner des concerts. Rétrospectivement, c’est un peu dur, nous aurions pu agir autrement. Mais nous ne savions pas quoi faire…
Vous êtes le seul à défendre l’héritage aujourd’hui…
Et cela fait de moi le leader ! [Il rit.] Mais je ne le pense pas une seconde. Si David [Gilmour] et Roger voulaient donner des interviews pour parler du groupe, ça me conviendrait totalement. Moi, j’aime me plonger dans nos archives, eux moins… J’aime aussi l’idée de tout mettre en ordre, de protéger notre héritage.
Vous publiez un coffret de 19 DVD retraçant les sept premières années du groupe. Avez-vous découvert des trésors ?
Des photos, des images de la télé belge, des choses que j’avais totalement oubliées. Parfois, je me sentais un peu embarrassé de me revoir cinquante ans plus tôt. Mais, au final, c’est plutôt rigolo, nous n’imaginions pas une seule seconde que cela durerait. Moi, en tout cas, je n’avais pas de vision à long terme. Quand nous avons signé un contrat avec Emi en 1967, je pensais que ça durerait un an, guère plus… Roger n’était pas de mon avis. Il possédait une vision bien plus vaste.
Quand avez-vous compris que vous étiez arrivés à créer une musique qui vous dépassait ?
Après “The Dark Side of the Moon”. L’album a passé plus d’un an en tête du hit-parade américain. Là, j’ai compris que quelque chose s’était passé. Et encore… comme nous étions sans cesse occupés, nous n’avons pas vraiment eu le temps de réfléchir. Nous pensions au projet suivant. Au-delà du disque, ce fut également une période où nos vies changèrent. Nous commencions à nous marier, à avoir des enfants. Jusque-là nous étions ensemble 24 heures sur 24.
Y a-t-il des époques de votre carrière que vous aimez plus que d’autres ?
Non. Il y a tellement de choses différentes. Je me suis autant amusé au fond d’un bus dans le nord de l’Angleterre que dans un jet privé au-dessus de l’Amérique. Et ce qui me reste le plus, ce sont les concerts. Que vous soyez devant 500 personnes ou 50 000, vous êtes engagé dans votre musique de la même manière.
Les premières années d’un groupe sont généralement les plus créatives…
Pas forcément. Avec le temps, nous avons essayé d’être le plus parfaits possible. Il y a toujours l’opportunité d’évoluer, je n’ai jamais joué une chanson de la même manière.
Cela vous manque-t-il de ne plus jouer ?
Pas vraiment… Enfin, je ne suis pas désespéré à l’idée de ne plus pouvoir retrouver mon siège derrière la batterie. Il m’arrive parfois de participer à des sessions d’enregistrement pour d’autres musiciens, juste pour le plaisir.
Le mois dernier, Roger Waters se produisait à Mexico pendant que David Gilmour jouait à Londres quasiment le même répertoire. Qu’est-ce que cela vous fait ?
C’est ainsi. Si Roger et David s’étaient moins opposés, nous n’aurions pas réussi à faire un aussi bon boulot. La seule chose qui réunirait le groupe serait un événement comme le “Live 8”, puisque nous avions pu le faire en 2005. Mais l’enjeu était de taille, il s’agissait de changer le monde…
Sauf que vous n’avez pas vraiment changé le monde ?
Peut-être, mais c’était utile de le faire, cela a permis d’alerter les consciences.
Aujourd’hui, des gamins de 15 ans portent vos tee-shirts, vos images ont imprimé la conscience collective. Pink Floyd est-il plus nécessaire que jamais ?
Pink Floyd fait partie du passé. David a été assez clair il me semble lors de la promotion de notre dernier album, “The Endless River”, en 2014. Mais notre musique résonne encore dans l’époque contemporaine, tout comme celle des Rolling Stones ou des Beatles. La chose la plus constante dans Pink Floyd est notre engagement politique. Un combat comme le Brexit aurait été trop faible pour nous. Roger est bien plus impliqué dans le conflit entre Israël et la Palestine…
Vous, vous avez toujours eu une passion pour les voitures de course, que vous collectionnez. Etait-ce une manière d’échapper à la folie du groupe ?
Ce n’était pas une échappatoire mais un complément. Conduire une voiture de course relève de la précision. Pour effectuer le tour parfait, il faut trouver l’ajustement infime.
Un peu comme la batterie, non ?
En termes de précision, oui. Mais dans une voiture vous êtes seul aux commandes, vous êtes entièrement responsable. Alors que dans un groupe, surtout quand vous êtes derrière la batterie, vous êtes soumis au bon vouloir de vos collègues musiciens.
Quand vous regardez en arrière, vous sentez-vous comme l’un des hommes les plus comblés au monde ?
L’un des plus chanceux. Mais c’est derrière une batterie que je suis le plus comblé. Car je sais que je peux me battre au plus haut niveau. Conduire vite est un plaisir qui n’est plus de mon âge. Batteur de Pink Floyd, c’est mon métier.
« Pink Floyd », de Nick Mason, éd. du Chêne, 312 pages, 17 euros.
« The Early Years 1965-1972 », coffret de 19 DVD (Parlophone/Warner).