vendredi 21 juin 2019

Lisa Azuelos / "Tout ce que je vis est à l’écran"


Lisa Azuelos



Lisa Azuelos

"Tout ce que je vis est à l’écran"



Publié le 13 mars 2019 à 16:01


Après "LOL", "Une rencontre" et "Dalida", la cinéaste Lisa Azuelos sort "Mon bébé". L’histoire très autobiographique d’une mère, jouée par Sandrine Kiberlain, incapable d’accepter que sa fille parte étudier au Canada.

Héloïse avait beau s’y attendre, la nouvelle ébranle tout de même le petit monde qu’elle a construit avec ses trois enfants: Jade, sa cadette, s’apprête à partir étudier au Canada après son bac. Paniquée à l’idée d’être séparée de son "bébé", la maman se replonge dans ses souvenirs, revit la naissance de sa fille, retrace la relation fusionnelle qu’elle a tissée avec elle, et filme frénétiquement tout ce qu’elle peut avec son téléphone avant le départ tant redouté.



En janvier dernier, le Festival de la comédie de l’Alpe d’Huez décernait à "Mon bébé" son Grand Prix et le prix de la meilleure actrice amplement mérité à Sandrine Kiberlain. Une consécration pour cette comédie ponctuée d’émotions qui relie, par la grâce d’un montage savant, le passé et le présent dans un mouvement continu.



Un film autobiographique

La propre fille de Lisa Azuelos, Thaïs Alessandrin, interprète le rôle de Jade et cosigne le scénario de "Mon bébé". La réalisatrice estime que sa fille était la mieux placée pour savoir comment parlent et pensent les jeunes de 20 ans. "J’avais besoin de son aval. Besoin qu'elle me donne des idées de scènes, d’endroits, de dialogues, de décors. Je suis très proche de tous mes enfants et il n’y a aucun secret entre mon travail et ma vie", assure Lisa Azuelos. Elle ajoute qu'elle n'a aucun filtre et que tout ce qu'elle vit dans la vie se retrouve à l'écran, soulignant ainsi la dimension autobiographique de son oeuvre.

Les hommes pleurent devant "Mon bébé"

Sur le tournage, Lisa Azuelos apparaissait autant comme réalisatrice que comme modèle pour Sandrine Kiberlain qui s’est directement inspirée d’elle pour interpréter son personnage.

Pendant le tournage, je faisais des câlins à ma fille, on rigolait, Sandrine nous voyait, et elle intégrait ça à son jeu. Tous les moments où Thaïs ne tournait pas, elle était ma fille. Mais dès que la caméra se mettait en marche, c'était Sandrine sa mère. En prenant ma fille pour le rôle, l'osmose devenait beaucoup plus simple.

Lisa Azuelos, réalisatrice de "Mon Bébé"


Lors des projections publiques de "Mon bébé", la cinéaste a constaté que les hommes pleuraient en regardant son film, et qu'ils se cachaient pour ne pas le montrer. "Il existe toujours une gentrification du public. Mais les choses évoluent. Les films qui font peur, c’est autant pour les filles que pour les garçons. En revanche, certaines niches perdurent. C’est la raison pour laquelle il y a autant de femmes réalisatrices en France de "films de filles". En vrai, les hommes adorent ce genre, même s’il y en a très peu qui osent avouer que "Love Actually" ou "Pretty Women", est leur film préféré."


Rafael Wolf/aq
RTS CULTURE




Publié le 13 mars 2019 à 16:01

jeudi 20 juin 2019

Un nouveau Russe diabolique affrontera l’agent 007 dans le prochain James Bond




Un nouveau Russe diabolique affrontera l’agent 007 dans le prochain James Bond

Fans de l’agent 007 soyez prévenus : les Russes sont de retour ! Pour la première fois en 20 ans, le légendaire espion britannique James Bond aura à faire prochainement face à un machiavélique Russe.
Le prochain film, provisoirement intitulé Bond 25, sera réalisé par Danny Boyle, tandis que Daniel Craig incarnera le héros principal. Or, alors que le tournage est prévu pour décembre, l’acteur devant endosser le rôle du vilain reste encore à trouver. Les producteurs seraient à la recherche d’un homme âgé de 30 à 60 ans, originaire de Russie ou des Balkans, qui doit être « charismatique, puissant, innovant, froid et vindicatif ».
L’acteur écossais Robert Carlyle dans la peau de Renard, dans Le monde ne suffit pas, 1999
Ce long métrage, qui devrait être présenté dans les salles obscures en octobre 2019, pourrait également inclure un rôle féminin majeur, joué par une femme « vraiment saisissante » venant, elle aussi, de Russie ou des Balkans, et dotée de « solides compétences de combat physique ».
Le dernier Russe important à avoir été combattu par Bond est Victor « Renard » Zokas, ancien agent du KGB s’étant reconverti dans le terrorisme, dans Le monde ne suffit pas (1999). Au total, six malfaiteurs de l’Est ont vu leurs plans être déjoués par l’agent 007.



mercredi 19 juin 2019

Tchékhov / Un amour de poisson

Helena Bonham Carter 
JOHN SWANNELL

Anton Tchékhov 


 Un amour de poisson

A Fishy Affair by Anton Chekhov 

Aussi étrange que cela puisse paraître, l’unique carassin1  qu’abritait  l’étang à proximité de la datcha du général Pantalykine s’éprit follement de la jeune Sonia Mamotchkine, en villégiature dans le coin. Qu’y a-t-il là de si étrange, du reste ? Chez Lermontov, un démon est bien tombé amoureux de Tamara2, et Léda fut aimée d’un cygne et n’arrive-t-il pas aux ronds-de-cuir de s’amouracher de la fille de leur chef ? Tous les matins Sonia Mamotchkine venait se baigner avec sa tante. Le carassin amoureux longeait la berge, il observait. Du fait de la proximité de la fonderie « Crandel et fils » , l’eau de l’étang était depuis longtemps brunâtre, cependant le carassin distinguait tout. Il voyait les blancs nuages courir dans le ciel bleu, les oiseaux voler, les dames se déshabiller, épiées par les gamins cachés derrière les buissons non loin de la rive ; il voyait la tante plus que potelée s’asseoir sur une pierre cinq bonnes minutes avant de se baigner et se caresser le corps avec satisfaction en disant : « Tu as vu l’éléphant que je suis devenue ? Ça fait peur à voir. » S’étant débarrassée de ses légers habits, Sonia se jetait à l’eau avec un cri, nageait, toute recroquevillée de froid, et le carassin rappliquait aussitôt, nageant dans sa direction et se mettant à embrasser frénétiquement ses jambes, ses épaules, son cou…
     Après le bain, les estivantes allaient chez elles boire du thé et manger des brioches, tandis que le carassin solitaire tournait dans l’étang en se disant :
« Bien sûr, il ne sert à rien d’imaginer que cet amour puisse être réciproque. Comment une jolie fille comme elle pourrait-elle aimer un carassin comme moi ? Impossible ! Inutile de te bercer d’illusions, poisson méprisable ! Il ne te reste qu’une issue – la mort ! Bien, mais comment ? On ne trouve dans l’étang ni revolver ni allumettes au phosphore. Pour nous autres carassins, la seule mort possible est la gueule d’un brochet. Mais où prendre un brochet ? Il fut un temps où l’on trouvait ici un brochet, mais il a péri d’ennui. Ô, malheur ! »
     Et, songeant à la mort, notre jeune pessimiste s’enfonça dans la vase pour y tenir son journal…
     Un soir, Sonia et sa tante pêchaient au bord de l’étang. Le carassin naviguait non loin des flotteurs, fixant du regard sa Dulcinée. Brusquement, l’éclair d’une idée lui traversa l’esprit. 
     « Je vais mourir de sa main ! » se dit-il, et de nager vers l’hameçon de Sonia, et de l’avaler.
     — Sonia, ça mord, chez toi ! Ça mord !
     — Ah ! Ah !
     Sonia bondit et tira de toutes ses forces. On vit briller dans l’air quelque chose de doré qui retomba dans l’eau en laissant des ronds à la surface.
     — Cassé ! s’écrièrent-elles en chœur, devenues blêmes. Cassé ! Ah ! Ma chère !
     En examinant l’hameçon, elles y trouvèrent la lèvre d’un poisson.
     — Ma chère, fit la tante, il ne fallait pas tirer aussi fort. Voilà que le pauvre poisson n’a plus de lèvre…
     S’étant détaché de l’hameçon, mon héros était tout étourdi, il mit du temps à revenir à lui ; après quoi, il se mit à se lamenter : « Vivre, toujours vivre ! Quelle ironie du sort ! »
     S’apercevant tout de même qu’il avait perdu sa mâchoire inférieure, le carassin blêmit et partit d’un rire hagard. Il était devenu fou.
     Mais je m’en voudrais, même si tout cela peut sembler bizarre, de retenir l’attention de lecteurs sérieux avec le destin d’une créature aussi insignifiante qu’un carassin. Est-ce si bizarre, d’ailleurs ? Il se trouve bien des dames pour écrire, dans de grandes revues, à propos d’inutiles goujons et autres escargots. Je ne fais qu’imiter ces dames. Peut-être même que je suis une dame, moi aussi, s’abritant derrière un pseudonyme masculin.
     Ainsi, le carassin sombra dans la folie. Le malheureux est encore en vie de nos jours. En général, les carassins aiment bien qu’on les fasse cuire avec de la crème aigre, mon héros, lui, est prêt à toutes les morts. Sonia Mamotchkine a épousé un pharmacien et sa tante est partie à Lipietsk, chez sa sœur mariée. Ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que ladite sœur mariée a six enfants qui aiment tous leur tante.
     Mais poursuivons. Le directeur de la fonderie « Crandel et fils » est l’ingénieur Krycine3. Il est de notoriété publique que son neveu Ivan écrit des vers qu’il fait publier avec frénésie dans toutes sortes de journaux et de revues. Vers midi, un jour de canicule, le jeune poète eut l’idée, en passant devant l’étang, de s’y baigner. Il se déshabilla et se glissa dans l’eau. Le carassin fou le prit pour Sonia Mamotchkine, s’approcha de lui et l’embrassa tendrement dans le dos. Ce baiser eut les funestes conséquences : le carassin transmit au poète son pessimisme. Sans rien soupçonner, le poète sortit de l’eau et, avec un rire hagard, repartit chez lui. Quelques jours plus tard il partit pour Petersbourg ; allant d’une rédaction à l’autre, il infecta de son pessimisme tous les poètes, et depuis ce temps-là, nos poètes se sont mis à écrire de sombres et tristes vers.

1892.

(1) Poisson d'eau douce, plus petit que la carpe.    
(2) Allusion à la poésie « Tamara » de M. Lermontov
(3) Ce qui signifie : durat. Chez Tchékhov, les noms sont souvent drôles.




lundi 17 juin 2019

Tchékhov / La sauteuse

El pintor y la modelo
Oscar Capeche


Anton Tchékhov 

 La sauteuse

(“Попрыгунья”)


     Tous les amis et les bonnes relations d’Olga Ivanovna étaient présents à son mariage.
 «  Regardez-le : n’est-ce pas, qu’il a quelque chose ? » disait-elle à ses amis en montrant son mari, comme voulant expliquer à tous pourquoi elle épousait un homme aussi ordinaire, que rien ne semblait distinguer.

dimanche 16 juin 2019

Tchékhov / Sommeil




Anton Tchékhov 

 Sommeil







C’est la nuit. Varka*, petite bonne d’enfants d’à peine treize ans, balance le berceau du bébé, en chantonnant tout doucement :
Dodo, fais dodo,
C’est la chanson du dodo...

Une veilleuse verte brûle devant l’icône; à une corde tendue en travers de la pièce pendent des couches et de grands pantalons noirs. La veilleuse projette au plafond une grande tache verte, les ombres des langes et des culottes s’allongent sur le poêle, sur le berceau, sur Varka...Quand la veilleuse se met à trembloter, ombres et tache s’éveillent, comme agitées par le vent. L’air est étouffant, empli d’un remugle de soupe aux choux et de cuir de chaussures. 

samedi 15 juin 2019

Ce «James Bond» qui mourut à Moscou




Ce «James Bond» qui mourut à Moscou



L’espion anti-communiste Sidney Reilly a été arrêté par les Soviétiques le 27 septembre 1925 et fusillé peu de temps après. Bien que la vie de Reilly reste dans une grande mesure entourée de mystère, une chose est claire à son sujet: l’agent était profondément lié à la Russie, de sa naissance à sa tentative d’organiser l'assassinat de Lénine.

« Le bolchevisme avait été baptisé dans le sang... Ses dirigeants étaient des criminels et des meurtriers »,a déclaré Sidney Reilly, un agent du Bureau des services secrets britanniques qui est considéré comme le prototype du James Bond de Ian Fleming. D'origine russe, Reilly a consacré sa vie à vaincre le régime qui était arrivé au pouvoir en 1917, mais n’est pas parvenu à atteindre son but.
La haine de Reilly envers le communisme est l'une des rares choses qui sont claires à propos de l'homme. Des dizaines de détails de sa vie restent entourés de mystère. Pour commencer, nous ne savons même pas où il est né et comment il est devenu citoyen britannique.

L’homme aux mille noms

Sidney Reilly diffusait différentes versions concernant ses origines : il prétendait être un pasteur irlandais ou le descendant d'une noble famille russe. Cependant, aujourd'hui, la plupart des historiens concordent sur le fait qu'il est né en 1873 dans une famille juive, à Odessa (actuelle Ukraine) ou quelque part dans l'ouest de l'Ukraine.
Son vrai nom de famille était Rosenblum, mais le personnage reste un mystère - différentes sources l'appellent Semion, Sigmund ou Gueorgi. D’une façon ou d’une autre, M. Rosenblum arriva en 1896 à Londres où il épousa une femme d'origine irlandaise et changea son identité pour devenir Sidney Reilly.

Double/triple agent

Les biographes de Reilly débattent toujours pour savoir s'il était un espion britannique avant la révolution d'Octobre. Lui-même rappelait qu'il avait commencé sa carrière dans les services spéciaux britanniques dans les années 1890, mais l’historien Andrew Cook, auteur de As des espions : l’Histoire vraie de Sydney Reilly suggère que Reilly mentait et qu’en réalité, c’était un escroc qui cherchait uniquement à s'enrichir lui-même.
Comme l'indiquent les historiens, Reilly ne semble pas digne de confiance. On a signalé qu’il avait participé à la guerre russo-japonaise (1904-1905), espionnant à la fois pour la Grande-Bretagne et le Japon. Alors qu’il vivait en Russie en 1906, Reilly est devenu ami avec les cercles révolutionnaires russes, tout en travaillant dans le même temps pour la Grande-Bretagne et le renseignement tsariste.
Tout en graissant la patte du plus grand nombre de personnes possibles, Reilly n'a pas oublié de gagner de l'argent car il adorait la haute société, les femmes et les jeux de hasard. « Nous considérons qu'il n’est pas digne de confiance et impropre au travail suggéré », a écrit dans un compte-rendu l'un des agents du Secret Service Bureau britannique au sujet de Reilly au début de la Première Guerre mondiale.

Russian Look/Global Look Press

Mission en Russie
Cependant, l'agent a gagné la confiance de Winston Churchill et de Mansfield Cumming (le premier chef de l'organisation qui a précédé le renseignement britannique MI6) - les dirigeants britanniques le trouvaient charismatique, audacieux et extrêmement brillant dans son travail.
Ainsi, en 1917, Reilly fut nommé en Russie, pays auquel il s’était toujours intéressé.
En vivant dans ce pays incognito, il a réussi à recruter des agents doubles importants. De plus, Reilly a obtenu un certificat de tchékiste (police secrète bolchevique) et avait même accès au Kremlin. De la sorte, il a décidé que la meilleure option pour vaincre les bolcheviks était de décapiter leur parti en tuant ses principaux dirigeants: Vladimir Lénine et Léon Trotski.

Complot et conséquences

Avec d'autres agents britanniques, Reilly a planifié un coup d'État. Les régiments lettons qui surveillaient les chefs de parti les plus importants étaient censés retourner leurs armes contre les bolcheviks. Leur chef, Edouard Berzine, a promis de le faire après avoir reçu 1,2 million de roubles (38 700 $ de 1918) des Britanniques.
Berzine n'avait pas l'intention de trahir les bolcheviks: il menait en réalité une action de provocation, conformément aux ordres de la Tcheka. Après que Berzine eut soutiré une solide somme d'argent aux Britanniques, les autorités ont « découvert » la conspiration des diplomates et ont pris l'ambassade d’assaut. Reilly a fui vers l'Europe.

Dernière visite

L'agent infatigable a poursuivi ses tentatives de venir à bout des Soviétiques. À la fin de l’année 1918, il a passé plusieurs mois dans le sud de la Russie où les forces de l'Armée blanche (antibolcheviques) étaient concentrées et essayaient de convaincre Londres de les aider économiquement et militairement. Mais ces efforts furent vains. Les Blancs perdirent et, quelques années plus tard, les bolcheviks finirent par avoir raison de Reilly.
En septembre 1925, il franchit la frontière soviétique pour rencontrer ses connexions avec l'organisation anticommuniste Confiance. En réalité, il s’agissait d’une fausse organisation montée par l’OGPU (successeur de la Tcheka) afin de piéger les ennemis de l'URSS venus de l'étranger.
Reilly, malgré son expérience et son flair légendaire, est tombé dans le piège avec les autres. Il a été exécuté dans une forêt près de Moscou en novembre 1925.



vendredi 14 juin 2019

L'histoire de l’Institut Kourtchatov, berceau du nucléaire russe évoqué dans la série Tchernobyl






L'histoire de l’Institut Kourtchatov, berceau du nucléaire russe évoqué dans la série Tchernobyl

Fondé en tant que laboratoire top secret pour développer la bombe nucléaire soviétique durant la Seconde Guerre mondiale, l’Institut Kourtchatov a non seulement rempli son principal objectif, mais a également été à l’origine de dizaines d’innovations scientifiques, et notamment de la première bombe thermonucléaire ainsi que de la première centrale nucléaire du monde.
De la première bombe nucléaire soviétique à l’émergence de l’Internet russe, l’Institut d’énergie atomique Kourtchatov, à Moscou, s’impose comme un lieu d’innovation depuis déjà bien longtemps.
« Les réacteurs nucléaires conçus entre les murs de l’Institut et utilisés dans nos secteurs de l’industrie, de la construction navale, de la médecine, de l’espace et de la défense, sont devenus les symboles de la puissance de notre pays », a déclaré le président Vladimir Poutine lors de la célébration du 75ème anniversaire de l’établissement, en 2018.
Le physicien Igor Kourtchatov (1903-1960) est l’un des premiers (1932) en URSS à avoir étudié le noyau atomique. Institut du radium Khlopine. Leningrad.
Qui était Igor Kourtchatov ? Et quels ont été les principaux accomplissements de l’Institut au cours de son histoire ? Voici ce qu’il vous faut savoir au sujet de ce site conservant une place centrale dans le secteur nucléaire russe.

Laboratoire secret  n°2

Fondé en 1943, l’Institut Kourtchatov portait initialement le nom de « Laboratoire n°2 ». Ce titre discret a été imaginé pour garder son travail secret, l’établissement ayant été créé pour mettre au point la première bombe nucléaire de l’histoire. Dans tous les documents, le laboratoire était d’ailleurs désigné comme un « atelier d’assemblage » tandis que l'uranium était remplacé par le terme « silicium ». Tous les participants du projet ont quant à eux suivi un système complexe de contrôles de sécurité et signé les lois officielles sur les secrets, et avaient donc pour interdiction de divulguer des informations quant à leur activité.
Ce n’est qu’en 1960 que l’Institut a été baptisé du nom d’Igor Kourtchatov, son premier directeur et éminent physicien nucléaire. C’est précisément sous son commandement que les scientifiques soviétiques ont non seulement atteint leur objectif initial de créer la première bombe nucléaire d’URSS (1949), mais ont également mis au point le premier cyclotron à Moscou (1944), le premier réacteur nucléaire en Europe (1946), la première bombe thermonucléaire au monde (1953), la première centrale nucléaire industrielle au monde (1954), le premier réacteur nucléaire soviétique pour sous-marins (1958), les brise-glaces à propulsion nucléaire (1959), ainsi que la plus grande installation pour la conduite de réactions thermonucléaires contrôlées (1958).
Premier bombe atomique soviétique, la RDS-1, au musée du Centre fédéral russe nucléaire de l’Institut panrusse de recherche scientifique en physique expérimentale (VNIIEF), à Sarov.
République soviétique socialiste d’Ukraine. Ville de Kharkov. 1er janvier 1932. Igor Kourtchatov et ses collègues au laboratoire d’accélérateurs de l’Institut de physiques et de technologie de Kharkov.
Kourtchatov avait une forte personnalité, qui a inspiré bon nombre de ses collègues. Ceux qui le connaissaient ont témoigné qu'il était un leader énergique et jovial et que personne d'autre n'aurait fait un meilleur travail que lui. Kourtchatov débordait effectivement de ressources : il était en mesure de visiter toutes les installations de l'Institut, de vérifier la progression des travaux, de discuter avec ses collègues, de les encourager et de formuler les tâches à accomplir. Ses employés attendaient avec impatience leurs rencontres avec lui, toujours inspirantes et restant en mémoire pendant longtemps.
« Parmi les milliers de personnes ayant eu à faire face à un problème nucléaire à cette époque, il n'y avait personne de plus populaire et de plus respecté que ce géant à la démarche lente et pataude, aux yeux toujours radieux et au diminutif chaleureux de "Barbe" », a écrit en sa mémoire Anatoli Alexandrov, physicien et deuxième directeur de l'Institut Kourtchatov.
URSS. Région de Kalouga. Ville d’Obninsk. 10 août 1955. Édifice d’une centrale nucléaire.
Pupitre de commande de la centrale nucléaire d’Obninsk. 1964.

Autrefois et maintenant

Plus tard, en 1968, l'Institut a obtenu des résultats records en matière de confinement du plasma en utilisant un tokamak, une chambre toroïdale à bobines magnétiques. Inventé au sein de l’établissement, le tokamak est devenu le principal outil de recherche sur la fusion thermonucléaire contrôlée à travers le monde.
Moscou. Institut Kourtchatov. Première installation au monde de Tokamak TO-1.
Au cours de la décennie suivante, l’institution a rapidement développé des technologies microélectroniques telles que l’implantation d’ions, la lithographie, la chimie du plasma et les couches minces. Tous ces éléments sont alors devenus la base de l’essor de la nanotechnologie à l’Institut, de la création de systèmes hybrides et des superordinateurs.
En 1975, le nouveau grand tokamak T-10 a ensuite fait son apparition, et est toujours utilisé aujourd'hui pour contrôler les équipements du projet Iter (développé en France), premier réacteur thermonucléaire expérimental au monde. L'Institut possède également le grand tokamak T-15, doté d’un système magnétique supraconducteur.
L’Institut Kourtchatov est également directement lié à l’émergence d’Internet en Union soviétique, puis en Russie. Le 1er août 1990, le premier réseau informatique à l'échelle de l'Union, le Relcom, a en effet été fondé sur la base de ses travaux. La première étape a consisté à relier des ordinateurs situés dans des institutions scientifiques de Moscou, Léningrad, Novossibirsk et Kiev. Puis, le 28 août de la même année, a eu lieu la première session de communication informatique sur le territoire de l'URSS avec une installation étrangère, établie à l'Université d'Helsinki.
Travail avec une plateforme de complexes nanotechnologiques « NanoFab-100 », à l’Institut Kourtchatov.
Maxim Shemetov/TASSAujourd'hui, l'Institut comprend plusieurs centres de recherche distincts traitant de diverses questions scientifiques, tous réunis dans le cadre du Centre national de recherche « Institut Kourtchatov ».
Les activités principales du centre restent toutefois le développement sécurisé de l’énergie nucléaire, la fusion thermonucléaire contrôlée, les processus plasmatiques, la physique nucléaire d’énergies basses et intermédiaires, la physique de l’état solide, la supraconductivité, la chimie des mésons. Des recherches sérieuses sont également menées dans les domaines de la nanotechnologie et de la biotechnologie, ainsi que pour l’élaboration de nouveaux matériaux et médicaments.
Parmi les projets les plus intéressants sur lesquels l’Institut travaille actuellement figure celui visant à trouver des solutions pour protéger les êtres humains des rayonnements cosmiques, qui permettraient d’envisager des missions spatiales lointaines, et celui aspirant à rendre possible la suppression de souvenirs négatifs à des fins de réadaptation, pour traiter des traumatismes psychiques par exemple.


jeudi 13 juin 2019

Dix portraits de Olga Khokhlova, épouse et muse de Picasso


Pablo Picasso


Dix portraits de la Russe Olga Khokhlova, épouse et muse de Picasso

29 JANV 2019
ALEXANDRA GOUZEVA


Picasso et Khokhlova se sont mariés à la veille de la révolution de 1917 et ont été officiellement époux jusqu'à la mort d'Olga en 1955, bien que Picasso ait connu beaucoup d'autres femmes entre-temps. Ils ont vécu ensemble 17 ans et ont eu un fils. Olga a continué à écrire à son mari après leur séparation, et le bruit courait qu'elle aurait même poursuivi Picasso et ses maîtresses.

Olga Khokhlova, 1917

Picasso et Olga Khokhlova se sont rencontrés grâce à l’imprésario Serge Diaghilev. La jeune femme a dansé dans les Ballets russes et l’artiste a participé à la préparation du spectacle révolutionnaire Parade. Picasso travaillait avec Diaghilev en tant que scénographe et responsable des décors et des costumes.

Olga Khokhlova à la mantille, 1917


Le fougueux Espagnol a été captivé par la beauté et les bonnes manières de la Russe. Picasso a suivi la troupe lors de leur tournée en Espagne, où il a réalisé l'un des portraits les plus célèbres de Khokhlova - dans une mantille de dentelle espagnole traditionnelle (pour l'imiter, Picasso a utilisé une nappe ordinaire).

Portrait d'Olga dans un fauteuil, 1917


Diaghilev a laissé entendre à Picasso que les femmes russes étaient de bonnes épouses et l’Espagnol amoureux a décidé de se marier. Dans l’intérêt d’Olga, l’artiste s’éloigne du cubisme, cette période de son travail étant souvent appelée « néoclassique ». Ceci est notamment lié au fait que sa femme voulait conserver son apparence dans ses toiles.

Portrait d'Olga Khokhlova, 1918


Les événements personnels ont toujours été reflétés dans les peintures de Picasso. L’image d’Olga est entrée dans l’atelier de l’artiste, et au cours de leurs 17 années de vie commune, elle a pris les aspects les plus différents.

Olga en train de lire, 1920


Le plus souvent, Picasso représentait Olga assise sur une chaise. Pour son mari, elle a abandonné sa carrière de ballet et a refusé de partir en tournée en Amérique latine avec les Ballets russes de Diaghilev. En outre, elle s’est ensuite blessée à la jambe et a passé beaucoup de temps assise sur une chaise de la villa de Biarritz où ils ont passé leur lune de miel, puis plus tard dans leur appartement parisien.

Olga pensive, 1923


Alors qu'Olga jouissait de sa nouvelle vie de famille, une révolution a eu lieu en Russie et la guerre civile a éclaté. La jeune femme s'inquiétait du sort de ses proches - le lien avec eux a été perdu pendant trois ans. Ce n’est que plus tard que des lettres inquiétantes ont commencé à arriver de son pays : son père avait disparu, un frère était décédé, l’autre avait fui le pays et sa mère et sa sœur vivaient dans l’indigence. Durant cette période, de nombreux portraits d’une Olga pensive et triste apparaissent.

Maternité, 1921


En février 1921 naît le fils unique de Picasso et Olga, Paulo. L'artiste était aux anges et représentait sa femme avec son enfant sous les traits d’une Madone. Les portraits de la mère et de l’enfant sont remplis de tendresse. En outre, Picasso peindra beaucoup de portraits du petit Paulo, le représentant même en costume d'Arlequin, dans la « période rose » de sa créativité.

Danse, 1925


Au milieu des années 1920, les relations ont commencé à se détériorer. Olga était de plus en plus jalouse de Picasso (et non sans fondement), le tourmentait avec ses soupçons, et faisait des scandales. Elle a été particulièrement blessée à Monte-Carlo, lors d’une rencontre avec Diaghilev, quand Picasso a commencé à peindre avec enthousiasme de jeunes ballerines des Ballets russes. Et ce alors qu’Olga elle-même avait quitté sa carrière de danseuse pour l'amour de son mari.
Selon les critiques, dans le tableau Danse, Picasso représente précisément Olga. C'est le début de la période surréaliste de la créativité de Picasso, remplie de drame et de tensions.

Grand nu au fauteuil rouge, 1929


Alors que la crise dans les relations entre Olga et Picasso s’aggrave, l’artiste s’éloigne de plus en plus de l’image réaliste de son épouse. Il commence en outre à rencontrer secrètement d'autres muses, et à les peindre dans des formes et des tons plus gais.

Tête de femme - Olga Picasso, 1935


Picasso Museum, Paris

En 1935, Olga et Picasso se séparent et la jeune maîtresse de l’artiste, Marie-Thérèse, donne naissance à une fille. Malgré cela, sa femme Olga a longtemps occupé une place dans les peintures du maître. Auparavant belle, elle apparaît désormais sous les traits d’un monstre effrayant.



mercredi 12 juin 2019

Tchernobyl / Pourquoi les autorités ont gardé le silence pendant 24 heures




Tchernobyl: pourquoi les autorités ont gardé le silence pendant 24 heures

Des vols sans aucune protection au-dessus du réacteur et l’absence de toute information sur ce genre d’accidents : RBTH revient sur la situation à la centrale de Tchernobyl avec les explications de Nikolaï Ryjkov, chef du gouvernement soviétique qui a dirigé la liquidation de l’accident.
Pripiat était une ville soviétique exemplaire : y habiter était prestigieux, y travailler était avantageux. Quinze écoles maternelles, vingt-cinq magasins, cinq écoles et lycées, un hôpital, un hôtel, un port fluvial, une salle de cinéma, une piscine ainsi que de nombreux cafés et restaurants. Et une centrale nucléaire qui garantissait un emploi à la majorité des habitants et qui était l’une des meilleures du pays.
Dans la nuit du 26 avril 1986, deux explosions se sont produites dans le cadre de la maintenance programmée et d’une expérience prévue d’avance. La première a défoncé la dalle de béton d’un millier de tonnes, la seconde a projeté 190 tonnes de substances radioactives dans l’air. La présidence du groupe spécial de liquidation de l’accident a été confiée au chef du gouvernement soviétique, Nikolaï Ryjkov. En 1992, lors du procès dit jugement du PCUS (Parti communiste de l’Union soviétique), il a dû répondre des décisions prises ces jours-là. Décisions qui aujourd’hui encore suscitent une réaction équivoque.
Les explications de l’homme qui était en charge de liquider les conséquences de l’accident. Crédit : Maksim Blinov / RIA NovostiLes explications de l’homme qui était en charge de liquider les conséquences de l’accident. Crédit : Maksim Blinov / RIA Novosti

« C’était vraiment très sérieux »

Je me souviens très bien de cette journée : c’était un samedi. J’allais me rendre au travail quand j’ai été appelé via la ligne spéciale par le ministre de l’Énergie, Anatoli Maïorets, qui a dit qu’un accident s’était produit à la centrale de Tchernobyl, mais qu’il n’était pas au courant des détails. J’ai donné la consigne de préciser la situation d’ici mon arrivée au bureau. J’étais loin de penser à l’explosion d’un réacteur. Ce n’était pas le premier accident, car des générateurs et des turbines étaient déjà tombés en panne. C’est ce à quoi je m’attendais. Mais quand on m’a dit qu’il s’agissait d’un réacteur, j’ai compris que c’était vraiment très sérieux. J’ai pris des mesures urgentes.
Deux ou trois heures plus tard, vers 11h00, j’avais signé un document sur la mise en place d’une commission gouvernementale présidée par mon adjoint, Boris Chtcherbine, aujourd’hui décédé. À 15h00, la commission a tenu sa première réunion. Elle comprenait des scientifiques et des responsables de ministères qui sont partis le jour même pour Tchernobyl et qui m’ont informé de la situation dès le samedi soir. Leur verdict était le suivant : la ville de Pripiat étant située à proximité immédiate de la centrale, ses 50 000 habitants devaient être évacués. J’ai aussitôt donné le feu vert. L’opération a été préparée pendant toute la nuit. Dimanche 27 avril, j’ai été informé vers 14h00 ou 15h00 qu’il ne restait plus personne à Pripiat et qu’il n’y avait que des chiens errants dans la ville.
Crédit : Vitaliy Ankov / RIA NovostiCrédit : Vitaliy Ankov / RIA Novosti
Le 26 avril étant un samedi, plusieurs mariages étaient fêtés ce jour-là dans la ville. La population n’était au courant de rien pendant plus de 24 heures. La première information officielle sur le drame a été rendue publique par les médias soviétiques le 28 avril. Les pays occidentaux clamaient déjà haut et fort que quelque chose de sérieux s’était passé dans la région, mais que la direction soviétique niait tout. La nouvelle arrivait en quatrième position à la radio de Moscou et seulement en onzième à la radio de Kiev. Au journal télévisé principal du pays, Vremia, le dossier de Tchernobyl figurait à la vingt et unième place. Un appel télévisé a été enregistré par le secrétaire général du PCUS, Mikhaïl Gorbatchev, dix-huit jours plus tard.

« Sommes-nous assez idiots pour déclencher la panique ? »

Ce sont les Suédois qui ont été les premiers à enregistrer les émissions (radioactives). Dans la nuit du 26 avril, leurs capteurs ont révélé une radioactivité élevée et ils ont conclu à une fuite. Ce qui était le cas. Nous n’avons compris que le matin ce que c’était. Tout le reste est faux. Personne n’a caché les informations pendant trois jours. En effet, les nouvelles accordées au public étaient très prudentes. Mais devions-nous crier sur les toits « Sauve qui peut » ?  Sommes-nous assez idiots pour déclencher la panique afin que des centaines de milliers de personnes se jettent de tous côtés, notamment celui de la source de l’irradiation ? Nous n’étions pas si bêtes. Il fallait évacuer la population de manière organisée.
Certains ne comprenaient pas ce qu’est une irradiation. À Pripiat, tout le monde le savait, étant donné que la majorité des habitants travaillaient à la centrale nucléaire. Moi, je suis arrivé sur les lieux le 2 mai et je roulais en voiture depuis Kiev. On s’arrêtait dans certains villages proches de la zone contaminée. J’ai été abordé par une femme qui m’a demandé ce qui se passait. « C’est irradié, c’est sale », ai-je répondu. « Sale ? Mais non, regardez comme les pommes de terre sont propres », a-t-elle dit. Les gens ne se rendaient pas compte de la situation.
Crédit : Igor Kostine / RIA NovostiCrédit : Igor Kostine / RIA Novosti
Le 2 mai, nous avons réussi à délimiter la zone contaminée grâce à plusieurs sources. J’ai alors décidé lors d’une réunion à Tchernobyl qu’il était indispensable d’évacuer tout le monde dans un rayon de 30 kilomètres. On a placé sur la carte un compas et on a établi le diamètre de la zone d’exclusion. Quand je quittais Kiev tard le soir, j’ai vu des centaines de cars rouler à ma rencontre pour évacuer les habitants.
Au printemps et en été 1986, les zones d’exclusion et les territoires de « contrôle strict » comptaient environ 400 000 habitants. L’irradiation a contaminé les territoires de Russie (dans une mesure moindre, avec quatre villages peuplés de 186 personnes), de Biélorussie et d’Ukraine où la superficie de la zone dangereuse a dépassé celle de Moscou. Environ 116 000 personnes ont été évacuées sur-le-champ, tandis que 270 000 autres ont pu déménager dans les années qui ont suivi.

« Personne ne pensait à fuir »

Nous n’avions même pas d’hélicoptères protégés contre la radioactivité. C’était un appareil comme les autres dont le plancher avait été recouvert de dalles de plomb pour retenir l’irradiation. Nous étions vêtus de combinaisons blanches et de chapeaux et nous avions un compteur Geiger dans la poche. Quand on se trouve loin du réacteur, le compteur claque, mais calmement. Quand on s’en rapproche, le bruit devient plus fréquent. Au-dessus du réacteur endommagé, il hurle comme un fou.
Mais que restait-il à faire ? On comprenait qu’on risquait de recevoir des doses importantes (de radiations), mais personne ne pensait à fuir. J’y ai passé deux heures et je suis reparti, tandis que mes adjoints y ont travaillé tour à tour pendant plusieurs mois, en se relayant tous les quinze jours. Lorsqu’on les rappelait, ils grognaient. Mais nous, on insistait. Sur recommandation des médecins, on les faisait rentrer.
Plus tard, certains ont dit qu’on obligeait les responsables à y venir. Au contraire. Moi, j’avais un millier de demandes de la part de volontaires désireux d’y aller. Les gens comprenaient que c’était un accident et que leur aide était nécessaire.
Durant la première année après l’accident, les travaux de liquidation ont été effectués par 350 000 personnes. Sur conseil des scientifiques, il a été décidé de combler la bouche du réacteur de sable et de plomb. Ce dernier était fourni d’urgence sur les lieux depuis tout le pays.

« Personne ne nous donnait d’informations »

On se frayait un chemin dans un monde entièrement inconnu. En 1979, les Américains ont connu un accident semblable, à la centrale nucléaire de Three Mile Island, mais tout avait été gardé dans le plus grand secret. Personne ne nous a fourni d’informations, on ne savait rien. Nous étions seulement critiqués. C’était la guerre froide. Et personne ne nous fournissait d’aide  financière.
Le 1er mai, les membres de la commission savaient déjà que les enfants de la région manquaient d’iode pour la thyroïde et que le pays ne disposait pas de grues ayant une longueur de flèche suffisante ni une capacité de charge nécessaire pour monter la chape de béton. Ce jour-là, j’ai signé un document renonçant à l’achat d’équipements et de produits alimentaires pour plus de 120 millions de dollars pour faire face à la situation. Par la suite, nous avons fait part de toute notre expérience.