vendredi 13 décembre 2019

Lara Fabian / Adagio


Lara Fabian

Adagio  


Lara Fabian
Adagio
Lyrics : I don't know where to find you I don't know how to reach you I hear your voice in the wind I feel you under my skin Within my heart and my soul I wait for you Adagio All of these nights without you All of my dreams surround you I see and I touch your face I fall into your embrace When the time is right I know You'll be in my arms Adagio I close my eyes and I find a way No need for me to pray I've walked so far I've fought so hard Nothing more to explain I know all that remains Is a piano that plays If you know where to find me If you know how to reach me Before this light fades away Before I run out of faith Be the only man to say That you'll hear my heart That you'll give your life Forever you'll stay Don't let this light fade away Don't let me run out of faith Be the only man to say That you believe, make me believe You won't let go Adagio



Lara Fabian

ADAGIO


Je ne sais pas où te trouver Je ne sais pas comment te joindre J'entends ta voix dans le vent Je te sens sous ma peau Dans mon coeur et mon âme je t'attends Adagio Toutes ces nuits sans toi Tous mes rêves vous entourent Je vois et je touche ton visage Je tombe dans ton étreinte Quand le moment est venu, je sais Tu seras dans mes bras Adagio Je ferme les yeux et je trouve un moyen Pas besoin de moi pour prier J'ai marché si loin Je me suis battu si fort Rien de plus à expliquer Je sais tout ce qui reste Est-ce qu'un piano joue Si tu sais où me trouver Si tu sais comment m'atteindre Avant que cette lumière disparaisse Avant de manquer de foi Soyez le seul homme à dire Que tu vas entendre mon coeur Que tu vas donner ta vie Pour toujours tu resteras Ne laisse pas cette lumière disparaître Ne me laisse pas manquer de foi Soyez le seul homme à dire Que tu crois, fais-moi croire Vous ne lâcherez pas Adagio




FICCIONES
Las canciones más bellas del mundo / Puñalada trapera
Las canciones más bellas del mundo / Barro tal vez
Las canciones más bellas del mundo / Amor perdido
Las canciones más bellas del mundo / Por qué ahora
Las canciones más bellas del mundo / "Bésame mucho" según Monsieur Periné
Las canciones más bellas del mundo / Joss Stone / The Love Me Had / El amor que tuvimos
Las canciones más bellas del mundo / Joss Stone / It´s A Man's World / Es un mundo de hombres
Las canciones más bellas del mundo / Joss Stone / You Have Me / Me tuviste
Las canciones más bellas del mundo / Joss Stone / Karma
Las canciones más bellas del mundo / Charles Aznavour /Nara Noïan / La bohème
Las canciones más bellas del mundo / Jacques Prevert / Ives Montad / Les feuilles mortes
Las canciones más bellas del mundo / Aretha Franklin / I say a little prayer
Las canciones más bellas del mundo /Aretha Franklin / Cinco canciones gloriosas
Las canciones más bellas del mundo / Aretha Franklin / Son of a Preacher
Las canciones más bellas del mundo / Aretha Franklin / Otis Redding / Respect
Las canciones más bellas del mundo / Elvis Presley / Are You Lonesome Tonight?
Las canciones más tristes de la historia, según Spotify
Las canciones más bellas del mundo / Little Richard / Lucille
Las canciones más bellas del mundo / Georges Moustaki / La Métèque
Las canciones más bellas del mundo / Marlene Dietrich / Milva / Lili Marleen
Las canciones más bellas del mundo / Chuck Berry / Johnny B. Good
Las canciones más bellas del mundo / Charles Aznavour / Hier encore
Las canciones más bellas del mundo / Chuck Berry / You Never Can Tell
Las canciones más bellas del mundo / Little Richard / Good Golly, Miss Molly
Las canciones más bellas del mundo / Can´t take my eyes off you
Las canciones más bellas del mundo / Joss Stone / The High Road
Las canciones más bellas del mundo / Frank Sinatra / Killing me Sofly
Las canciones más bellas del mundo / Frank Sinatra / Fly me to the Moon
Las canciones más bellas del mundo / Frank Sinatra / That´s Life
Las canciones más bellas del mundo / Sting / Shape of my Heart
Las canciones más bellas del mundo / Carlos Gardel / Por una cabeza

DE OTROS MUNDOS
LAS CANCIONES MÁS BELLAS DEL MUNDO

RIMBAUD


lundi 9 décembre 2019

Mirrors of Chance / Diamants de papier




Mirrors of Chance

Diamants de papier

Mirrors of Chance / Paper diamonds


LEÏLA VASSEUR-LAMINE
3 OCTOBRE 2018


Bouches gourmandes des couleurs

Et les baisers qui les dessinent
Flamme feuille l’eau langoureuse
Une aile les tient dans sa paume
Un rire les renverse.

(Paul Eluard)
En entrant dans la Galerie Miranda située dans le 10ème arrondissement de Paris, l’œil est titillé par un quadrillage chromatique comme une mosaïque abstraite composée de pierres éblouissantes distraitement taillées : une installation d’une série de nombreux photogrammes aux éclats de couleurs vives disparates, les Zerograms d’Ellen Carey présentés au public pour la première fois.
Rappelez-vous, les photogrammes, assimilés au surréalisme, sont ces photos réalisées sans caméra obscure, à l’aide d’objets de natures diverses disposés à même le papier photosensible puis exposés à la lumière. Cette technique, Ellen Carey, pionnière dans la recherche de l’abstraction minimaliste, en a fait un processus expérimental – exécuté uniquement en chambre noire – d’extrapolation de la lumière comme source de la couleur.
La lumière perçue par l’œil humain est composée d’ondes électromagnétiques dont la longueur varie entre 400nm (perçues comme bleu, violet) et 800nm (perçues comme rouge sombre) et entre lesquelles s’étend le spectre chromatique classique : bleu, vert, jaune, orange, rouge auquel l’œil est sensible. Lorsque toutes ces ondes sont additionnées elles sont perçues comme une lumière « blanche » en revanche, lorsque ces ondes sont décomposées au travers de prisme comme les gouttes de pluies sur les rayons du soleil elles apparaissent distinctement à l’image de l’arc en ciel.
A partir de ce principe physique et des théories de base de la colorimétrie (la synthèse additive et la synthèse soustractive) Ellen Carey a mis en œuvre depuis 1992 jusqu’à aujourd’hui, un long travail expérimental intitulé Struck by light faisant de la couleur l’objet immanent de ses photogrammes. Ainsi la rupture avec ses prédécesseurs est abordée par l’absence d’objet représentatif, narratif, intermédiaire ; l’abstraction est ici appliquée au niveau zéro comme performance pure entre le papier, l’obscurité, sa technique et une dose de hasard lors de l’exposition à la lumière, d’où son nom de « Zerogram » - que l’on peut transcrire par Zérogramme en français – qui loin d’être anecdotique est la revendication d’une évolution historique du procédé.
Cette volonté de faire de l’expérience physique et chimique le sujet central, d’établir un degré zéro de la photographie, s’affranchit également des codes sacrés de la photographie comme celui concernant le support écran qu’est le papier argentique. Ordinairement lisse et intouchable, il est cette fois f-acteur majeur de la composition picturale puisqu’il est méthodiquement froissé de manière à réfracter les différentes couleurs à la façon d’un rectangle à facettes. Ceux qu’elle appelle symboliquement des « miroirs de chance », sont les épreuves (états des estampes) de l’observation de phénomènes invisibles à l’œil nu : un dialogue esthétique entre la science et l’inexplicable, le réel et l’imaginaire, autant de fenêtres sur la pluralité des possibles comme des invitations au ravissement.
Bonbons de lumière, diamants de papiers ou kaléidoscopes asymétriques, ces Zérogrammes ont bien une qualité commune : l’indomptabilité ! , ce qui n’est pas pour déplaire à l’artiste comme en témoigne sa carrière audacieuse et avant-gardiste. De précédents travaux sont d’ailleurs exposés dans la galerie pour mettre en avant ses différents cheminements et partis pris, parmi lesquels deux Pulls : Pull with Filigree (2004) et Pull with Red Rollback (2006) issus du Polaroid 20x24 (51x61 cm) comme des stigmates du contact arraché de la lumière et de l’ombre, et trois Monochromes qui résultent aussi d’un processus empirique à partir de la matière photographique.
Rendez-vous phare, les Mirrors of Chance d’Ellen Carey sont emplis d’une promesse solaire, une ode au rayonnement, comme des parures inouïes à contempler gaiement.

Leïla Vasseur-Lamine
Leïla Vasseur-Lamine naît et grandit à Paris où elle fait ses études. Ses prédilections pour la littérature, le théâtre et l’art l’amènent à entreprendre une licence de Lettres Modernes et Théâtre puis un master de recherche intitulé “Discours, Culture, Médias” à La Sorbonne-Nouvelle. Elle développe alors un intérêt profond pour la sociolinguistique et y consacre son mémoire de fin d’études. En 2012, elle part un an en mobilité ERASMUS à Rome (Italie) suivre des cours de journalisme, d’édition, de littérature italienne et de sociolinguistique à l’Università degli di Studi di Roma Tre. Cette expérience marque un tournant décisif dans son parcours. Elle lui donne le goût des longs voyages pour mieux vivre et comprendre le monde au travers des cultures diverses propres à chaque pays, régions, villes… En 2016 elle est engagée comme éditrice au Vietnam dans une maison d’édition internationale spécialisée dans le livre d’art grand public, où elle officie également comme traductrice et auteure. Elle y reste un an. A son retour elle décide de changer de voie et étudie actuellement en vue d’un métier dans la conservation du patrimoine; la Culture étant pour elle un chemin de cœur qui nécessite qu’on s’y dévoue pour une meilleure diffusion au plus grand nombre. Elle parle aussi italien, anglais, a de solides bases en allemand et des notions en arabe, vietnamien, et grec. Elle se consacre parallèlement à des projets artistiques en tous genres.


dimanche 8 décembre 2019

Ponce Pilate, l'histoire qui bifurque / Harmonie à bascule

Ponce Pilate © Eric Reignier

Ponce Pilate, l'histoire qui bifurque

Harmonie à bascule

LEÏLA VASSEUR-LAMINE
1 AVRIL 2018

Tu ne peux le comprendre et ta bouche blasphème : Porte moins haut l'audace et connais-toi toi-même !
(Auguste Lacaussade)
Il y a des mises en scène qui laissent pour toujours le souvenir d'un état de grâce dans le cœur du spectateur. Celle de Xavier Marchand se place avec bonheur dans cette liste. Entre narrations, dialogues et monologues intérieurs, son adaptation théâtrale du Ponce Pilate de Roger Caillois, transpose et transporte l'histoire du jugement de Jésus Christ par le préfet de Judée.
Ponce Pilate © Eric Reignier

Au milieu de la scène plongée dans la pénombre, une plus petite scène dont les rideaux gris perle s'ouvrent et font jour sur un espace-temps intimiste, moderne et lointain. Une fenêtre bleutée sur l'ère judéo-chrétienne à observer d'un point de vue du présent, introduite par des marionnettes en costumes d'époque et des comédiens en habits de tous les jours qui ont pris place sur et derrière un comptoir scénique.
Saisi et nuancé par les lumières froides intrigantes et révélatrices des projecteurs, le jeu de balance opéré entre les comédiens et les marionnettes hypnotise. On y voit des comédiens à la portée de leurs marionnettes et des personnages manipulés par les comédiens. On s'enquiert du regard de l'acteur porté sur son propre personnage et on s'émeut de celui de façade de la marionnette qui provoque l'action.
Ponce Pilate © Eric Reignier

On entend la profondeur de la langue dans le chœur des voix commentatrices et dans les soliloques incantatoires amplifiés, on perçoit la pluralité des discours dans les accents vibrants. On écoute les interventions avisées, calculées, les prises de paroles bouleversées, oniriques, transcendées, qui font écho sous le masque des pensées de Ponce Pilate et résonnent en notre propre cogito.
Bercés par une musique au carrefour des identités d'Orient, le poids religieux, l'ancrage culturel juif territorial et l'émergence de la figure de Jésus porté par ses disciples sont confrontés à la stature politique, morale et stoïcienne du Romain colonisateur.
Ponce Pilate © Eric Reignier

Pourtant c'est bien Ponce Pilate qui semble pris en otage d'enjeux qui le dépassent et le secouent de l'intérieur. Tourmenté en son âme et conscience, il veille cependant sans relâche à maintenir sa posture de procurateur, drapé dans une toge bleu ciel reliant la tête à la main orchestrale qui rythme les prises de paroles.
C'est ainsi qu'il fait face, tour à tour (ici dans le désordre), dans une déclinaison de couleurs fondues dans le décor, au Grand prêtre Caïphe vêtu de sa mitre, accompagné par Hanne ; représentants autoritaristes du Sanhédrin, à Ménénius son bras-droit romain vêtu de beige, partisan du sacrifice d'un homme "pour le salut d'un peuple", au centurion au casque à plumes pourpres, à Jésus étranger sur la terre, tantôt immaculé tantôt affublé d'une cape rouge, à Judas l'épileptique mystique en pantalon et bonnet de toile, à sa compagne Procula émanant de la nuit dans ses voiles gris pour lui faire part de son rêve, à la foule aux maints visages que la violence galvanise...
Ponce Pilate © Eric Reignier

Cette suite d'échanges, comme autant de facettes d'un procès, atteint son climax lors de sa longue soirée, illuminée par les lucioles, en tête à tête avec Mardouk, son ami cynique et clairvoyant à la croissante corpulence et rougeoyante opulence. Elle clôt le cycle des réquisitoires et plaidoyers et ouvre sur la décision fatale de Ponce Pilate, au travers de ces mots prononcés par Mardouk :
"Qui peut savoir d'avance quelle bifurcation est décisive ? Prenez-garde, peut-être est-ce vous qui vous trouvez à l'un de ces carrefours secrets où un acteur aveugle, négligeant ou distrait, oriente pour longtemps le destin de l'Humanité tout entière..."
Ponce Pilate, libre-arbitre ou juge forcé ? acteur ou marionnette du destin de cette Histoire ? Telle n'est pas l'unique question. Et c'est là tout le charme.
Ponce Pilate © Eric Reignier

Pour ceux qui ne l’ont pas vu et pour ceux qui voudraient le revoir, le spectacle reprend sa tournée en 2019 :

Ponce Pilate, l’histoire qui bifurque
Adaptation et mise en scène Xavier Marchand
D’après le roman de Roger Caillois © Editions Gallimard

Avec Noël Casale, Gustavo Frigerio, Guillaume Michelet, Sylvain Blanchard, Mirjam Ellenbroek

Marionnettes Paulo Duarte
Scénographie Julie Maret
Création vidéo Jérémie Terris
Costumes Manon Gesbert & Célia Bardoux
Lumière Julia Grand
Assistante à la mise en scène Olivia Burton
Régie générale Julien Frenois
Musique : Yom / extrait de l'album Le Silence de l’Exode (Buda musique, 2014)
Compagnie Lanicolacheur




vendredi 6 décembre 2019

Pierre Assouline / «C’est le moment de découvrir Maigret»



Pierre Assouline: «C’est le moment de découvrir Maigret»

L’auteur et journaliste Pierre Assouline, biographe de Georges Simenon, inaugure la réédition des romans du commissaire Maigret, pour les 30 ans de la mort de l’écrivain belge. Discussion autour du policier le moins bavard de l’histoire
Nicolas Dufour
Publié dimanche 17 mars 2019 à 17:56, modifié dimanche 17 mars 2019 à 18:57.

Il a arpenté le monde de Georges Simenon, ses 200 romans, dont 75 Maigret. Il a écrit la biographie de l’auteur belge, ainsi qu’un Autodictionnaire Simenon. L’écrivain et journaliste Pierre Assouline signe la première préface des dix volumes de la nouvelle intégrale de Maigret. Celle-ci est publiée ces temps par Omnibus, à l’occasion des 30 ans de la mort de Simenon, décédé à Lausanne en 1989.
Le Temps: J’ai une chance dingue: je découvre ces jours les «Maigret». Que dites-vous à ceux qui s’y lancent?

Pierre Assouline: Qu’ils ont en effet beaucoup de chance. On ne peut pas vous dire: «Il était temps!», ce serait un peu bête et présomptueux. Parce qu’il n’y a justement pas de moment: les Maigret, comme tout Simenon, font partie des classiques modernes. En tant que tels, ces romans sont intemporels et universels. Ils attirent de nouveaux lecteurs à tout instant. Vous qui commencez maintenant, vous avez l’avantage de venir après des éventuels concurrents. Columbo, par exemple, qui a un peu écorné la puissance et le prestige de Maigret à la TV, et conséquemment, sur le livre – il y a toujours un lien entre cinéma, télévision et livre.
Aujourd’hui, il n’existe pas de concurrence à Maigret. Les binômes homme-femme des séries de Netflix représentent un autre monde, basé sur une police scientifique d’une expertise inouïe. Maigret demeure seul, il s’en remet entièrement au facteur humain. Il tranche tellement avec l’offre actuelle, face au camp d’en face, qu’il n’a pas de rival.
Vous mentionnez Columbo. Celui-ci avait quelque chose de Maigret, qui se disait «parfois imbécile» face aux suspects…
Oui, c’est en faisant l’idiot que l’enquête peut être résolue. Mais puisque Columbo est derrière nous, dans notre contexte éditorial ou télévisuel, le moment n’a jamais été aussi propice pour découvrir Maigret. Il retrouve tout son attrait.
On pourrait être pessimiste: Maigret, c’est vieux… Qui achètera ces gros volumes de romans agglomérés?
Je crois beaucoup à cette nouvelle édition. Les couvertures de Loustal donnent un coup de jeune et, surtout, de la couleur à un univers qui en manque singulièrement. L’univers de Simenon est gris, sombre; on en a fait un cliché, la pluie, le brouillard… Mais ils représentent quelque chose. L’œuvre est enveloppée d’un halo qui n’est pas toujours engageant. Or les couleurs de Loustal sont formidables. Je pense que cette édition va compter dans la redécouverte de Simenon.

La cause n’est donc pas perdue?
Il n’y a pas de cause! Simenon est lu depuis 1929, partout dans le monde. Pour chaque livre, les chiffres ne sont pas si élevés qu’on imagine, on ne peut pas comparer aux best-sellers d’aujourd’hui. Mais Simenon a publié jusqu’à quatre livres par an. C’est l’accumulation qui fait les chiffres.
D’ailleurs, l’édition Omnibus indique les dates de rédaction et de publication des romans. Parfois, il n’y a qu’un mois de délai. Alors qu’à présent il faut parfois des années pour qu’un éditeur publie un roman, cela paraît fou…
C’est particulier à l’économie de l’édition à cette époque, qui ne correspond pas à celle d’aujourd’hui. On publiait d’abord dans des journaux. Quand ils éditaient ce genre de littérature populaire, Tallandier, Fayard et les autres le faisaient de manière industrielle. Ce n’était pas corrigé, il y avait des coquilles, le papier était médiocre… Cela allait très vite.
J’essaie de comprendre en quoi Maigret fascine toujours. Ce monde-là, avec ses écluses et ses guinguettes épaissies de fumée, a pourtant disparu?
Pas vraiment. Ces petites villes de province, les chemins de halage que décrit Simenon, sont toujours là. Promenez-vous dans la France profonde, rien n’a changé. Allez à Moulins, où se déroule L’affaire Saint-Fiacre: le mobilier a changé, mais pas la géographie. On s’est rendu compte que la topographie des romans de Simenon est la même dans tous ses romans, et c’est, de manière subliminale, celle de la ville de Liège, la ville de son enfance. La mairie, le bistrot, l’école, vous retrouvez cette disposition partout.
On est aussi frappé par la variété des personnages, toujours surprenants…
C’est la pâte humaine propre à Simenon. Il a beaucoup vécu avant d’écrire. Certains écrivains américains se targuent d’avoir exercé de nombreux métiers. Mais dans le cas de Simenon, c’est réel, depuis ses reportages à l’âge de 16 ans; il a vécu les métiers qu’il décrit. Il possède un stock d’émotions, de choses vues, dans tous les milieux. Il a même été mondain. Quand il est entré chez Gallimard, il habitait Neuilly, il est devenu un peu parvenu. Mais ce n’est pas lui, il aime la campagne, être retiré. Toute la palette de personnages existe dans ses romans.
Dans les «Maigret» comme dans les autres livres, ceux qu’il appelait les «romans durs»?
Je fais de moins en moins la différence entre les Maigret et les romans durs. C’est Simenon qui a établi cette distinction, en disant qu’il écrivait des Maigret pour se délasser. Il voulait absolument entrer dans la vie littéraire parisienne, il a été adoubé par Gide et la NRF… Ses propres propos ont porté préjudice à une partie de son œuvre, alors même que le personnage de Maigret est devenu bien plus célèbre que son créateur. Le fait est que les Maigret se vendaient mieux que les romans durs. Il en a souffert, en rigolant. Il faut reconsidérer l’ensemble, tout Simenon, sous le même bandeau: la condition humaine, avec ce que cela comporte de tragique. Jusqu’à l’absence de rédemption.
Et il y a les personnages féminins. Dans certains cas, un auteur n’oserait plus dépeindre des femmes ainsi; et parfois, Simenon façonne des figures d’une force incroyable.
Quand je pense personnage de femme, je vous réponds Betty, mais ce n’est pas dans un Maigret. On peut évoquer Madame Maigret, effacée mais bien là. Cela dit, admettez que ce qui est parfois écrit dans Maigret est loin d’un Lolita de Nabokov, qui, lui, aurait vraiment du mal à paraître aujourd’hui.
Face à certains personnages, comme ces petites vieilles qui trottent pour servir les verres dans les bistrots, je songe à Jacques Brel…
La majorité des enquêtes de Maigret sont localisées à Paris. Mais ce n’est pas un hasard si vous pensez à Brel: Simenon entretient des souvenirs du même Plat Pays, avec son empathie. C’est le paysage humain de son enfance, dans son quartier populaire de Liège. Ce souvenir est sans doute un peu le même que celui de Brel.
Avez-vous une préférence dans les adaptations?
J’aime beaucoup La tête d’un homme, de Julien Duvivier. J’apprécie Jean Gabin, qui est aussi français que Maigret. Mais le meilleur reste Bruno Cremer. Il a la stature, il est grand, épais, il fait plus de 100 kilos. Et ce qui est le plus important, il sait se taire.
Le taiseux, c’est ce qui définit le personnage?
Maigret est l’homme qui fait parler les autres. Il a sa manière d’avoir davantage de compassion pour les coupables que pour les victimes, car le suspect risque sa tête. Les coupables l’attirent parce qu’il a la conviction d’être l’un d’entre eux. Ces romans illustrent l’idée que les gens derrière les barreaux ne sont pas des criminels-nés, mais des gens que la vie, les circonstances ont amené au point de rupture. Toute sa vie, Simenon a eu peur de basculer. Il a collé cela à Maigret.
Qui prolonge Maigret aujourd’hui?
Personne. Il est mort avec son créateur, comme Tintin avec Hergé. Si l’on parle de Simenon, Patrick Modiano a quelque chose de lui. Des amis m’ont dit que mon premier roman, La cliente, était totalement dans la veine Simenon; je pensais à plein de clins d’œil, mais je ne m’étais pas rendu compte que des situations aussi étaient proches de Simenon. J’étais pleinement imprégné.









Tout Maigret. Dix volumes paraissant jusqu’au 4 avril. Omnibus. Aussi en livres électroniques.


mercredi 4 décembre 2019

Pierre Assouline / «Le Suisse» du Goncourt



Pierre Assouline

Pierre Assouline, «le Suisse» du Goncourt

L'écrivain et journaliste littéraire est membre du jury du plus prestigieux prix littéraire français depuis 2012. A quelques heures du verdict, il raconte son amour de la Suisse
Lisbeth Koutchoumoff
Publié lundi 2 novembre 2015 à 19:58, modifié lundi 2 novembre 2015 à 20:08.

«Vous pouvez m'appeler à tout moment. Le soir aussi, même tard. Il y a le quart de finale France All-blacks demain, c'est la seule chose. Appelez-moi avant si possible » Pierre Assouline lance cette phrase dans un grand sourire. Et la phrase, et le sourire, disent beaucoup de cet homme-livre, faiseur de succès par son blog-littéraire La République des livres et par son couvert à l'Académie Goncourt où il siège depuis 2012. Ces deux fonctions auraient pu faire de l'homme un personnage balzacien, parisien en diable. Il n'en est rien.
Son affabilité et son calme presque de campagnard brisent instantanément les clichés. Sa disponibilité téléphonique indique qu'il a fondu vie personnelle et vie professionnelle en un même mouvement ininterrompu, seule façon sans doute d'écrire aussi romans et biographies, d'être dans l'équipe dirigeante du Magazine littéraire après avoir longtemps dirigé Lire, de signer des documentaires pour la télévision (dont le prochain sur l'émission Apostrophe le 6 novembre sur France 2), de donner des cours d'écriture à Sciences-Po Paris et à la Société de lecture de Genève depuis l'an dernier et des conférences dans le monde entier et beaucoup en Suisse.
Cela fait donc plusieurs années que je viens très régulièrement en Suisse... J'aime le pays et les gens. J'aime la montagne, surtout en été pour marcher, et les lacs. Cela fait beaucoup déjà !
Car Pierre Assouline aime la Suisse. A quelques heures du verdict du prix Goncourt 2015, il se décrit même comme « le Suisse du jury». Nous y reviendrons. « Depuis 7 ou 8 ans, des amis suisses très chers me prêtent une maison sur un petit lac entre Crans et Montana. Je m'y rends à toutes les saisons. J'ai dû écrire quatre ou cinq livres là-bas. J'écris toujours mes livres loin de Paris. Cela fait donc plusieurs années que je viens très régulièrement en Suisse. Un lycée en Valais a mis mon roman La Cliente à leur programme et m'ont demandé de rester avec eux pendant une semaine. Les Alliances françaises de Zurich et Berne m'invitent régulièrement pour des conférences. J'aime le pays et les gens. J'aime la montagne, surtout en été pour marcher, et les lacs. Cela fait beaucoup déjà ! »
Pierre Assouline devient une figure du journalisme littéraire dans les années 1980. Après des débuts au service étranger du Quotidien de Paris puis à France-Soir, il devient directeur du magazine Lire en 1985 et le restera jusqu'en 2003 où une brouille avec le groupe Express-Expansion signera le divorce. Il débute aussi ces années-là, sa carrière de biographe avec des livres de référence sur Marcel Dassault, Gaston Gallimard, Jean Jardin, Albert Londres. Suivront ensuite Georges Simenon, Hergé, Cartier Bresson. Suivront ensuite les romans avec, parmi les plus connus, Lutetia, Le Portrait, Sigmarinen, avec, souvent, la Deuxième guerre mondiale en toile de fond.
Connu des auditeurs d'Europe 1, de France Inter et de France Culture où il tient la tranche horaire des matinales pendant plusieurs années, c'est bien le lancement de son blog La République des livres qui fait du journaliste Assouline un phénomène médiatique. En à peine un an, il est suivi chaque jour par des milliers d'internautes qui laissent des commentaires drôles, érudits ou violents. Pierre Assouline a sélectionné les meilleurs pour une anthologie en 2008, « Brèves de blog, le nouvel art de la conversation ».

Un ton singulier pour parler des livres

C'est que Pierre Assouline a trouvé un ton bien à lui pour parler des livres qu'il aime ou qu'il n'aime pas, chaleureux, affable là-encore, passionné, jamais pédant ou trop spécialiste. Quand Le Monde.fr a fait appel à lui en 2004, ni lui ni l'équipe du Monde n'avaient d'expérience dans les blogs. «J'ai eu la chance d'être approché par le Monde quand j'ai quitté Lire. J'ai dû apprendre ce média qu'est le blog. La sensualité compte pour moi. Je ne suis pas universitaire, je n'ai pas été déformé par ce moule-là. Cela aurait pu m'apporter des qualités que je n'ai pas mais je pense ne pas avoir ce défaut de parler en spécialiste. Au début je n'osais pas trop, j''étais chaleureux mais tenu. Et puis, j'ai pris de l'assurance et j'ai fait ce que je voulais, que cela plaise ou pas. Très vite, C'est devenu une conversation avec les internautes et cela fait dix ans que cela dure » Depuis 2012, La République des livres a quitté le Monde et vole de ses propres ailes sur http://larepubliquedeslivres.com/. Chaque billet de Pierre Assouline, Passou pour les internautes, continue de susciter plusieurs centaines voire un bon millier de commentaires…
Je me comporte toujours comme un étudiant qui veut rattraper ses lacunes. Le véritable moteur étant la curiosité
Comment est née cette passion de la lecture ? « J'étais un élève moyen. J'étais bon en français. Je lisais comme tout garçon de mon âge, sans plus. La boulimie de lecture est venue plus tard, après le bac. Quand je me suis inscris en fac d'histoire à Nanterre, que j'ai lâché assez vite, j'ai eu besoin de rattraper mes lacunes. Et je n'ai jamais cessé en fait. Je me comporte toujours comme un étudiant qui veut rattraper ses lacunes. Le véritable moteur étant la curiosité ».
Pierre Assouline est né en 1953 à Casablanca. Ce sourire qui s'épanouit dans la voix et sur le visage viendrait-il de là ? « Mon enfance marocaine, c'est ma matrice. Les goûts, les couleurs, les saveurs… J'ai eu la chance d'avoir des parents aimants. Je suis un cas désespéré pour la psychanalyse, j'ai beau cherché, je ne vois que des souvenirs idéaux dans un pays idéal »
Le prix Goncourt a des attaches anciennes avec la Suisse.
Aujourd'hui en début d'après-midi, Pierre Assouline et ses neuf autres comparses vont annoncer le nom du prix Goncourt 2015. Qu'a-t-il à dire quand on s'étonne de l'absence d'écrivains suisses dans les premières sélections du Goncourt depuis deux générations, le coup d'éclat de Joël Dicker en 2012 étant l'exception qui confirme la règle ?: « Le prix Goncourt a des attaches anciennes avec la Suisse. François Nourrissier était proche de la Suisse. Hervé Bazin était très attentif à l'ouverture du prix à la francophonie. Je suis la scène littéraire suisse, je rencontre des éditeurs, des écrivains. Mais vous savez, les jurés ne choisissent pas en fonction de l'origine d'un écrivain. Quand un Suisse sera dans la sélection, il le sera parce qu'il est bon, c'est tout. Cela va venir, c'est sûr »