mercredi 11 mars 2020

Mémoires de Woody Allen / « Quel que soit l'esprit du temps, il faut lui résister »




Mémoires de Woody Allen : « Quel que soit l'esprit du temps, il faut lui résister »

Manuel Carcassonne, l'éditeur français (Stock) du livre du cinéaste, réagit à la marche arrière de Hachette et fera tout pour maintenir la publication.

 
Publié le 07/03/2020 à 23:57

Manuel Carcassonne, directeur de la maison d'édition Stock, filiale de Hachette, nous annonçait vendredi avoir acquis pour la France les droits du livre Apropos of Nothing, le récit exhaustif de la vie personnelle et professionnelle du réalisateur. « Un texte formidable », nous déclarait-il, ajoutant que les Mémoires de Woody Allen seraient publiés sur notre territoire le 29 avril sous le titre Soit dit en passant. Mais, entre-temps, aux États-Unis, la maison Grand Central Publishing, elle aussi filiale de Hachette, qui devait publier le texte sur le territoire américain, s'est ravisée devant la fronde des employés et la colère de Ronan Farrow, le fils de Woody Allen et de Mia Farrow. Figure de proue du mouvement #MeToo, ce dernier a révélé l'affaire Weinstein dans les colonnes du New Yorker et publié chez Grand Central Publishing le livre Catch and Kill, dans lequel il relate l'enquête qui a mené aux accusations de harcèlement et d'agression sexuelle dont a fait l'objet le producteur. Reprochant notamment à son éditeur de n'avoir pas contacté sa sœur Dylan (qui continue d'accuser son père adoptif d'abus sexuels, bien que la justice ait innocenté le réalisateur, dans deux États différents), il avait annoncé qu'il refusait de partager la même maison d'édition que Woody Allen et qu'il allait donc la quitter. Ce revirement éditorial outre-Atlantique change-t-il quelque chose en France ? Manuel Carcassonne nous répond.

Le Point : Comment avez-vous réagi à la décision de la maison d'édition américaine d'annuler cette publication ?
Manuel Carcassonne : Je n'ai pas à commenter la décision d'un confrère et ami qui dirige un groupe d'édition américain et a prouvé plus d'une fois son talent et son courage. La situation américaine n'est pas la nôtre. Woody Allen est un grand artiste, un cinéaste, un écrivain, et son humour juif new-yorkais se lit encore à chaque ligne de cette autobiographie, dans l'autodérision, la modestie, et l'art de travestir le tragique en comédie. Y compris à ses dépens. Il est triste que cette décision ait été prise, triste pour la liberté d'expression, mais parfaitement compréhensible dans le contexte américain.


Dans ces conditions, allez-vous pouvoir maintenir cette publication française ?
Je ne sais pas si je pourrai maintenir la publication, mais je ferai tout pour. Nous devons récupérer les droits qui viennent d'être rendus à l'auteur. Et surtout, soyons francs, c'est l'auteur qui décidera seul. Tout ce que je puis dire, c'est mon plaisir de lecture, la réussite de ces Mémoires d'un œil sur notre siècle.
Pensez-vous qu'il faille la maintenir ? D'aucuns parlent d'un mouvement de fond qui serait dangereux pour la liberté d'expression.


On ne doit pas tout mélanger, ni même amalgamer, au risque de perdre notre bon sens : la boussole qui doit guider nos choix. La France n'a pas été le lieu des querelles familiales entre Woody Allen et son ex-femme Mia Farrow, ni avec Ronan Farrow. Le public français décidera, comme il a décidé en allant voir le dernier film de Woody Allen, qui n'a pas pu sortir aux États-Unis. Publier, c'est s'attacher avec respect à ce que chacun puisse s'exprimer, dans les limites de la loi, que le talent puisse être défendu, que la notion d'auteur soit soutenue. Mon ami et ancien patron Jean-Claude Fasquelle disait : « Il faut savoir mourir sur un texte. » J'espère ne pas avoir à en arriver là, mais je lui donne entièrement raison. Quel que soit l'esprit du temps, il faut lui résister.




lundi 9 mars 2020

La Mort a mis Max von Sydow mat

Max von Sydow

La Mort a mis Max von Sydow mat

Indissociable du «Septième Sceau» de Bergman, l’acteur suédois a joué dans plus de 80 films en Europe et aux Etats-Unis. Il est décédé à l’âge de 90 ans

Antoine Duplant
Publié lundi 9 mars 2020 à 19:03
Modifié lundi 9 mars 2020 à 19:03

Les plus jeunes l’ont découvert en 2015 dans Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la force: il y incarne Lor San Tekka, le vieux résistant de la planète Jakku qui file à Poe Dameron la clé usb permettant de retrouver Luke Skywalker. Pour leurs aînés, le souvenir de Max von Sydow reste à jamais lié à son premier grand rôle au cinéma et sa première collaboration avec Ingmar Bergman: Le Septième Sceau. Il est un chevalier de retour des croisades qui traverse des contrées ravagées par la peste et le chaos spirituel. La Mort lui apparaît. Pour différer la fatalité, le chevalier lui propose une partie d’échecs. Il la perd, inexorablement… Le comédien incarne l’humanité en quête de sens; il se pose en frère universel.




D’une blondeur de jeune premier viking, frôlant le double mètre, regard bleu vif dans un visage long comme un jour sans pain au nord de la Suède, Max von Sydow a joué dans dix films de Bergman dont La Source, Les Fraises sauvages, Les Communiants ou L’Heure du loup. Il reste à jamais associé au génial cinéaste – «Vous devez vous impliquer dans un film de Bergman davantage que dans les autres car il aborde des questions beaucoup plus profondes et philosophiques que la moyenne», expliquait-il.




«Pelle le Conquérant»
Ce compagnonnage n’empêche pas Max von Sydow de s’exporter abondamment et avec beaucoup de discernement. S’il concède à la Scandinavie Pelle le Conquérant et Les Meilleurs Intentions, de Bille August, ou Les Emigrants, de Jan Troell, il fait le tour du monde des genres cinématographiques et des registres dramatiques. Il travaille avec les plus grands, Francesco Rosi, John Huston, Sydney Pollack, Mauro Bolognini, Lars von Trier, Wim Wenders, David Lynch (Dune), Steven Spielberg (Minority Report), Woody Allen (Hannah et ses sœurs), mais aussi, nul n’étant parfait, chez de gros nuls comme Eric-Emmanuel Schmitt (Oscar et la dame rose) ou Francis Huster (Un Homme et son chien)…
«De nombreuses personnes pensent qu’un acteur doit s’identifier au personnage. Moi pas, même si j’implique une part de moi-même quand je joue. J’estime que c’est une vertu de faire des choses qui ne viennent pas de soi. Telle est la conception suédoise de l’acteur», disait-il. Cette conception alliant la neutralité à l’efficacité a permis à Max von Sydow d’exceller dans 84 films et camper des personnages durablement installés dans l’imaginaire collectif, comme le prêtre de L’Exorciste.

L’empereur Ming

S’il peut se targuer d’avoir eu le redoutable honneur d’incarner Jésus (La Plus Grande Histoire jamais contée, 1965) et le diable (Le Bazaar de l’épouvante, 1993), Max von Sydow avait l’art de composer des méchants très convaincants. Il y a bien sûr l’empereur Ming dans Flash Gordon et le roi Osric dans Conan le Barbare mais aussi, plus sérieusement, le tueur à gages efficace et cynique des Trois Jours du condor, le vieux médecin nazi de Shutter Island et l’amiral Petrenko, son dernier rôle, antique ganache soviétique, dans Kursk. Il a même été pressenti pour tenir le rôle du Dr. No dans le premier James Bond, et pris sa revanche en 1983 en incarnant un autre ennemi de 007, Ernst Stavro Blofeld dans Jamais plus jamais.
Parmi les petits jobs pittoresques que l’immense comédien a décrochés, il faut mentionner la voix d’un fantôme dans Ghostbusters II et celle de la Corneille à trois yeux dans Game of Thrones. «Comédien, c’est une profession tellement étrange. Une chose si futile. Ce n’est pas comme fabriquer un meuble ou écrire un livre», affirmait celui qui avait l’ambition de rester un mystère. Aujourd’hui, la Mort a mis Max mat. Il avait presque 91 ans.



lundi 2 mars 2020

Ernesto Cardenal / Oración por Marilyn Monroe


Marilyn Monroe

Ernesto Cardenal
Oración por Marilyn Monroe


Extrait du film jamais diffusé
du réalisateur chilien-canadien Jorge Fajardo