lundi 4 avril 2022

Jim Harrinson / Dans la tanière d’un ours misanthrope

Photo: Jean-Luc Bertini Flammarion Épicurien jamais repenti,
Jim Harrison se raconte ici à la troisième personne du singulier,
comme un leurre sans malice.

 

Dans la tanière d’un ours misanthrope


Christian Desmeules
29 octobre 2016

Il y a une dizaine d’années, rongé par les abus de toutes sortes à l’âge de soixante ans, l’auteur de Dalva et de La route du retour était convaincu qu’il allait mourir bientôt. Une intuition qui l’avait poussé à écrire ses mémoires (En marge, 2003).

Avec un mélange de mélodrame et d’autodérision inimitable, Jim Harrison raconte qu’il se voyait déjà « écroulé sur le plancher de sa maison, ou près d’une des innombrables fontaines de Rome, ou encore affamé dans une chambre de bonne parisienne perversement située au-dessus d’un bistro »…

La troisième personne du singulier qu’il emploie cette fois dans Le vieux saltimbanque est un leurre sans malice. Car c’est sa vie que Jim Harrison raconte ici. Par cet artifice, l’écrivain décédé en mars 2016 à l’âge de 78 ans a simplement voulu « échapper à l’illusion de la réalité propre à l’autobiographie ». C’est l’ultime pied de nez d’un vieux malcommode.

Au crépuscule de sa vie, un Américain, auteur de Légendes d’automne, évoque l’alcool, la cuisine, les femmes, la France (« Paris, une ville infiniment plus fascinante que n’importe quelle métropole américaine »), les animaux, la poésie, le Michigan et le Montana. Les souvenirs qu’il ravive dans un joyeux désordre partagent un horizon avec ses lecteurs : la mort. « Nous vivons tous dans le couloir de la mort, occupant les cellules de notre propre conception. »

« Le sexe est le plus puissant despote qui règne sur nos vies », croyait cet épicurien jamais repenti. Obsédé par les femmes, le sexe, la nourriture, l’alcool et la poésie (sa plus forte drogue, depuis sa rencontre avec l’oeuvre de Keats à l’adolescence), son amour pour la vie n’a eu d’égal que sa passion des grands espaces. Et il faut aimer les deux pour devenir éleveur de cochons comme il l’a fait à une époque — des passages hilarants et pleins de tendresse.

Ce disciple libre de Thoreau et de Steinbeck, qui a aussi passé une grande partie de sa vie à torcher à reculons des scénarios pour Hollywood ou à sacrifier à « la sinistre routine de l’enseignement », ne laissait pas sa place quand il s’agissait de dilapider son argent et son énergie.

Mais Jim Harrison était aussi prodigue d’humilité. « Il savait depuis longtemps que l’humilité était la qualité la plus précieuse qu’on pût avoir. Sinon, on devenait victime des ambitions et des rêves vains de la jeunesse. Qui donc avait décrété que les écrivains étaient si importants pour le destin de l’humanité ? Shakespeare et quelques rares génies pouvaient revendiquer cet honneur, mais des milliers d’autres tombaient dans le vide de l’oubli. »

Un autoportrait d’écrivain en ours misanthrope. Y en a-t-il une autre espèce ?

« Il attendait avec impatience l’anniversaire de ses soixante-dix ans, et l’événement arriva à point nommé. Ce jour-là, il envisagea de devenir un vieux chnoque voguant librement de-ci de-là, réfractaire à toute critique émanant des autres ou de lui-même. Il buvait quand il en avait envie et, après deux ou trois échecs sexuels retentissants, il se dissuada de tenter à nouveau sa chance. »
 
Extrait de «Le vieux saltimbanque»

Le vieux saltimbanque

Jim Harrison, traduit de l’anglais par Brice Matthieussent, Flammarion, Paris, 2016, 148 pages


LEDEVOIR

dimanche 3 avril 2022

Jim Harrison / Le vieux saltimbanque / Le cocktail du Montana

 



Le cocktail du Montana

par Liliane Kerjan
25 octobre 2016

Le vieux saltimbanque est l’autobiographie resserrée, décantée, écrite à la troisième personne, que Jim Harrison (1937-2016) laisse en codicille littéraire. Publiée moins d’un mois avant sa mort en mars dernier, elle conserve intactes l’indépendance de ton, la puissance narrative et la sincérité abrupte d’un écrivain fécond et attachant.


Jim Harrison, Le vieux saltimbanque. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent. Flammarion, 144 p., 15 €


Vous aimez la Margarita ? Le gin and lime ? Il est temps de passer au cocktail Jim Harrison inventé par le patron de sa taverne favorite : quintuple tequila (Herradura de préférence), avec une pointe de citron vert Rose’s. Voilà qui met dans l’ambiance des coups à boire, des camaraderies, des bistrots de campagne et qui prolonge les Aventures d’un gourmand vagabond (2002). Le fort tempérament de Big Jim tient la route et il conduit son récit comme sa voiture, c’est-à-dire sans permis, à travers les halliers et les hautes herbes de sa vie. Chemin faisant, il revoit les épisodes marquants d’un parcours qui passe de la fac à la ferme, des poèmes aux romans et aux scénarios pour Hollywood, « un mode de vie quatre fois schizoïde ». Et quels épisodes ! Il y a la morsure lubrique qui l’entraîne au fond de sa voiture avec une étudiante, mais les ébats s’achèvent ponctués par le coup de feu de son épouse qui sort le calibre 38 de son holster et tire une balle près de la fenêtre ouverte de la banquette. Il y a les étonnants entretiens d’embauche d’un jeune collègue à l’université, et ces cauchemars récurrents, les ménestrels d’un spectacle vu au cours de ses jeunes années dans le Michigan, qui continuent de le hanter.

La vie sur le ranch de Jim Harrison ne ressemble pas aux tableaux classiques des meules et semailles, et ce qui lui reste en mémoire n’est pas le calendrier des saisons mais bien plutôt le troglodyte des marais qui écoute la musique de Schubert et lui répond, le coup de foudre pour Darling, une grosse truie Hampshire qui va mettre bas, bercer sa portée et somnoler en écoutant la Symphonie n° 41 de Mozart. Bref, les animaux, chiens, chevaux et serpents à sonnettes, les oiseaux du Montana ou du Mexique, tous en écho à Wolf: Mémoires fictifs (1991) et à La femme aux lucioles (1991). Il ne s’agit pas d’un portrait flatté ou des mémoires de Narcisse : Harrison, impétueux et modeste, parle sans détour de ses années de poète beatnik désargenté, de son épuisement chronique, de ses coups de mou devant ses notes, de sa crétinerie face à l’argent, de sa sexualité perdue vers ses soixante-dix ans ou de son œil gauche aveugle depuis l’enfance. Tout comme il expose franchement sa cupidité couplée à sa naïveté de prêteur à fonds perdus et son penchant pour la bouteille. Il brosse un portrait intime : à peine quelques lignes sur la politique étrangère et sur la marche du monde. Ces confessions qu’il juge nécessaires à soixante-quinze ans, qui font suite aux mémoires écrits à soixante ans lorsqu’il ressentait de manière poignante la menace de la mort, sortent carrément des sentiers battus avec un accent de grande sincérité, une grande liberté dans le bilan ultime.

D’emblée, Harrison s’impose deux contraintes d’écriture, un format court, une novella – « à cette date tardive, je voulais échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie » –, et, toujours pour mettre à distance, ce vrai-faux personnage fictif qu’il observe et commente : « C’était un puritain pour tout ce qui touchait à son travail. » Un travail acharné, une force d’imagination pour « garder le ballon égotique en état de vol », la poésie pour drogue.

Tout se passe dans une discrétion assumée, un temps suspendu, sans dates précises, sans lieu nommé, à peine dit-il que la grande ferme de sa femme est située « non loin de Livingston, dans le Montana » et qu’ils passent un bout d’hiver à Patagonia, dans l’Arizona, ou encore que « cette université se trouvait à deux heures de New York ». Paris fait exception avec les rues de Sèvres et de Babylone, les emplettes de grosses chaussures de marche au Bon Marché. Discrétion aussi sur ses deux filles, sur les voisins, sur les amis. Pas un mot sur la correspondance suivie avec McGuane, collègue en écriture et en pêche à la mouche. Seules apparaissent les mentions des lectures de Dostoïevski, Faulkner et Rilke, sa grande admiration pour la prose de Gary Snyder. L’humilité et le resserrement sont de mise. Tout couronné de prix qu’il est, et conteur magnifique, Jim l’athlète connait son « hubris coutumière », ses folies et ses intempérances, s’avoue grognon, mais l’essentiel est ailleurs, dans son verbe et le temps du sursis de cet « esclave du langage ».

Jim Harrison Le vieux saltimbanque.

Jim Harrison © Jean-Luc Bertini

L’écrivain a, dit-il, hésité durant un mois sur son titre : devait-il choisir « Le vieux bâtard » ? « Le vieux saltimbanque » ? À son avis, les deux conviennent, « que l’on frime ou que l’on fasse un numéro de chien savant pour du fric. Les bâtards ressemblent de manière frappante aux écrivains ». Les deux termes de la version originale retenue, « The Ancient Minstrel », posent évidemment un problème de traduction. Chacun trouve en mémoire la résonance avec « the Ancient Mariner » de Coleridge, d’autant plus que Jim Harrison se réclame des poètes romantiques anglais, tout particulièrement de l’« Ode au rossignol » de Keats, son obsession dès l’âge de quatorze ans. Quant à sa référence aux Minstrel Shows, montés par des troupes de comédiens grimés en Noirs, imitant leurs voix et dansant le cake-walk, qui ont longtemps fait les beaux jours des spectacles populaires des XIXe et XXe siècles en Amérique et qui lui paraissent sacrilèges, elle ne correspond aucunement à l’acception des ménestrels à la française dans la période du Moyen Âge. Mais Harrison avoue sa fascination pour les jongleurs, ces vagabonds, ces baladins, artistes de la liberté dans une société autoritaire. D’où finalement The Ancient Minstrel – Le vieux saltimbanque –, avec les obsessions de sa vie, la pêche, la chasse à la grouse et à la bécasse, et la cuisine.

À l’intérieur du roman, huit courts métrages de longueurs très inégales où passent ses coups de cœur et ses boules de rage, sans transition, parfois par simple association, de manière décousue, comme portée par quelque conversation amicale. Jim Harrison, fantasque, n’a cure des conventions et des critiques établis, il reste un maître du découpage et du rythme, lui qui affirme avec superbe que « nous écrivons notre propre scénario ». Champion du sommeil, il évoque ses rêves, des amorces pour passer à autre chose, toujours fluide, toujours alerte, divertissant, chaleureux, souvent enclin à se moquer de lui-même mais certain que les rivières, les oiseaux et les forêts l’ont maintenu en vie. « Quand il pêchait la truite, son esprit jouait du violoncelle. » C’est la vie agreste qu’il développe davantage, bien loin des chromos de fermes bourrées de chèvrefeuilles et de lilas mais pleine de plaisirs et de lubies comme faire une promenade quotidienne avec son porcelet préféré. Et si, selon Harrison, « la vie est pingre en conclusions, voilà pourquoi on se bat pour achever un poème », son roman, au contraire, avec sa série d’aperçus, brûle de générosité.

Le vieux saltimbanque s’achève par une « Passacaille pour rester perdu, un épilogue », à la typographie en italique, où Jim Harrison confie, et cette fois à la première personne : « Je me sens absolument vulnérable et je reconnais qu’il s’agit là du meilleur état d’esprit pour un écrivain, qu’il soit en forêt ou au bureau. Images et idées envahissent l’esprit. […] Tout va beaucoup mieux quand on est perdu dans son travail et qu’on écrit au petit bonheur la chance. On ignore où l’on est, le seul point de vue possible, c’est d’aller au-delà de soi ».

EN ATTENDANT NADEAU



samedi 2 avril 2022

«Un sacré gueuleton» / Jim Harrison, modéré à l’excès

 

Chroniques gastronomiques toutes plus délirantes les unes que les autres,
publiées à partir de 1981 dans divers magazines américains.

«Un sacré gueuleton»: Jim Harrison, modéré à l’excès


Christian Desmeules
2 février 2019

Barbue chaude au fumet de fenouil, joues de porc à l’italienne, monceaux d’abats, tamales à la viande de wapiti, litres de Romanée-Conti, de Bandol, de grappa.

Multipliez ça par mille, ajoutez-y un peu de poudre de perlimpinpin, et vous aurez une petite idée de l’appétit surhumain de Jim Harrison, décédé en mars 2017 à l’âge de 79 ans.

Une longévité plus que respectable, quand on connaissait le sens de la démesure de l’auteur de Légendes d’automne et de Dalva. Ses Aventures d’un gourmand vagabond et En marge (Bourgois, 2002 et 2003), ses mémoires, nous en avaient donné déjà un bon aperçu. L’écrivain, qui n’aurait fait qu’une bouchée du nouveau Guide alimentaire canadien, vivait à l’évidence comme il écrivait : avec les deux mains dans le plat et un appétit sans fin. Et surtout sans avoir peur de se salir

Chroniques gastronomiques toutes plus délirantes les unes que les autres, publiées à partir de 1981 dans des magazines américains, de Smoke Signals au New Yorker, Un sacré gueuleton rassemble 47 méditations sur la nourriture, le vin et l’écriture dont la règle de base est d’être « modéré à l’excès ».

Un « déjeuner » de 37 plats

Il nous promène de son ranch du Montana à un « déjeuner » de trente-sept plats dans un restaurant de trois étoiles en Bourgogne, en passant par la Patagonie et le souvenir d’un souper gargantuesque en compagnie d’Orson Welles. Pour cet ogre amateur de chasse et de pêche, de piments forts et de vin rouge, manger est de l’ordre du spirituel.

Mais qu’on se rassure, « Big Jim » n’est pas totalement omnivore. À preuve : « La viande d’écureuil me laisse froid. Ça me fait penser à un bébé extraordinairement prématuré. » Et puisque nous y sommes : le contenu de ce livre pourrait choquer certains adeptes du véganisme. Nous préférons les en avertir.

C’est brouillon, parfois sans queue ni tête, mais c’est surtout terriblement passionné, jouissif et gorgé d’humour. Tout ça couronné d’une philosophie à la logique implacable : « Tout ce qui vit finit en étron. »

EXTRAIT DE «UN SACRÉ GUEULETON»

« Mon authentique révolution personnelle a eu lieu l’automne dernier, à Parme, en Italie. J’ai découvert que je pouvais boire un verre de Prosecco di Valdobbiadene, puis reprendre mon dur labeur de touriste. Je préfère naturellement les marchés aux cathédrales. Quand je bois un verre de rouge, j’ai surtout envie d’en boire un autre. J’ai passé des heures dans le splendide marché de Modène en n’ayant bu qu’un seul verre de Prosecco. J’ai même découvert qu’en faisant la cuisine en buvant du Prosecco, on ne bousillait pas la recette. »
Un sacré gueuleton
★★★★

Jim Harrison, traduit de l’anglais par Brice Matthieussent, Flammarion, Paris, 2018, 384 pages



vendredi 1 avril 2022

Jesmyn Ward / Le chant des revenants / La métaphore pénitentiaire

Jesmyn Ward, Le chant des revenants


La métaphore pénitentiaire

par Liliane Kerjan
9 février 2019

Le roman Le chant des revenants, couronné par le National Book Award, confirme la grâce et la puissance du style poétique de Jesmyn Ward, déjà lauréate du prix pour Bois sauvage en 2011. Son blues du Mississippi, inspiré par les peines et les fantômes d’une fragile famille rurale, fait vibrer les traces des drames de l’Amérique noire.


Jesmyn Ward, Le chant des revenants. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Charles Recoursé. Belfond, 264 p., 21 €


« J’ai été élevée dans le Mississippi, dans une famille et un milieu qui s’identifiaient comme noirs et j’ai les histoires et le vécu correspondants », confie Jesmyn Ward, racontant sa surprise lorsque la génétique lui révèle des ancêtres européens, africains et indiens séminoles. Et elle ajoute : « Un de mes arrière-grands-pères a été tué par un gang de patrouilleurs blancs pendant la Prohibition, mon père a été chassé des plages et du parc ségrégués de Pass Christian. J’étais la seule Noire de mon lycée privé à Pass Christian. » Elle puise son matériau dans ces réminiscences aussi bien que dans les vies des habitants de Delisle, la ville où elle est née il y a quarante ans, et sa musique rend hommage au répertoire du Mississippi, berceau du blues.

Le Chant des revenants (Sing, Unburied, Sing) se construit sur l’entrelacs des mélopées du Sud et sur trois personnages majeurs, en premier lieu l’adolescent Jojo, pivot de la fiction, sa mère Léonie, et l’ombre de Richie, gamin défunt qui hante les souvenirs.

Le roman s’ouvre par une brève scène de dépeçage à la ferme, première initiation sanglante et première corde au cou, puis s’organise autour d’une famille, les grands-parents noirs, River et Philomène, le couple mixte des parents, Léonie et Michael, avec leurs deux enfants. Mais telle apparente banalité permet de véhiculer clairement l’interrogation inquiète de la romancière sur le monde d’aujourd’hui et la place d’un enfant comme Jojo, né d’un homme blanc et d’une femme noire, un enfant qui voudrait déjà comprendre la mort et pouvoir la regarder en face. La complexité du Sud profond, la boue et la poussière du monde rural, les rets de la misère, de la captivité et de la déchéance en font « un monde qui se moque des vivants et les change en saints après leur mort. Et il n’arrête jamais de nous torturer ».

Tous esclaves et suppliciés modernes, les personnages appartiennent au monde contemporain, comme Léonie la serveuse de bar qui s’accroche à la drogue tandis que Michael, son mari, purge une peine de trois ans au pénitencier de Parchman. La prison agricole de l’État du Mississippi compte des hectares de terres à faire fructifier, des kilomètres de murs, trois cimetières et une chambre d’exécution par injection létale, avec deux mille hommes dans des camps fermés par des barbelés, gardés par des tireurs-tueurs armés, des rangs et des rangs de prisonniers semblables à des vols de corbeaux sur les sillons, une chaleur d’étuve pour une récolte du lever au coucher du soleil.

En taule avant Michael, il y a eu River, ligoté chez lui lors d’une opération de représailles et emprisonné à quinze ans ; il y a eu Richie, le petit voleur de viande, un gosse noir de douze ans qui s’étonne – « et comment j’aurais pu concevoir que Parchman était le passé autant que le présent et l’avenir ? » –, Richie aux yeux farouches qui veut s’enfuir, et finira sauvé du dépeçage et du brasier par la lame de River plantée dans son cou pour une mort douce dans des bras pleins de miséricorde. Richie, Given, des revenants parmi tant d’autres, toujours à l’arrière-plan, sinon au premier plan. Lettres de prisonnier, visites au parloir tous les quatre mois, violences, racisme, chasse à l’homme, fouet et chiens lâchés, le pénitencier tient ses promesses infernales.

Toujours sous l’emprise du roi-coton et de la haine du Noir, la « ferme Parchman » ressuscite la pire ambiance des plantations d’autrefois, si bien que le Mississippi de Jesmyn Ward n’est pas sans rappeler le vieux Sud des confédérés, puis le temps des lynchages, le souvenir des chasses à l’homme, un nègre buté parce qu’on perd un pari, les soupçons de viol, les châtiments extrêmes pour de petits larcins : le mode pénitentiaire a gagné tout le XXe siècle, de proche en proche, assorti pour les Afro-Américains de la hantise des fusils de la police, des chaînes, des rebuffades et du mépris.

Lorsque la romancière fait sortir le prisonnier du pénitencier, le long voyage en voiture vers le Nord puis le retour vers le golfe égrène un décor triste et de sordides rencontres pour se terminer en bagarre lorsque Michael est chassé de la maison de ses parents, des nantis blancs suprémacistes qui refusent d’accueillir leur fils, leur belle-fille noire et les enfants. À un monde carcéral brutal succède un monde libre abreuvé de violence et de haine.

Jesmyn Ward, Le chant des revenants

Jesmyn Ward © Beowulf Sheehan

L’oscillation entre la critique de l’Amérique et la célébration des traditions des Noirs du Sud donne à Jesmyn Ward toute latitude pour créer un monde magique parallèle, varier les registres en faisant droit aux pratiques vaudoues, aux plantes médicinales et aux fables orales, autant d’aspects de la survie et de l’imaginaire du peuple noir, autant de façons de prêter une voix à ceux qui n’en ont pas, de donner un pouvoir à ces dépossédés. D’où les visions qui sont autant d’échappées poétiques avec leur étrange bestiaire, l’extase de la meth qui fait revenir les morts, les chansons du folklore pour sublimer les souffrances et évoquer les plaies qui attendent toujours d’être pansées.

Jouant du rythme et du lyrisme, le roman fait ainsi écho aux blues de Parchman – qui ont été enregistrés de 1947 à 1959 – et rappelle le patrimoine vivace du Mississippi, l’un des cinq États qui comptaient le plus d’esclaves au moment du déclenchement de la guerre de Sécession. Une force dramatique sous-tend cette chronique familiale et le périple de l’ironique retour à la liberté sous les yeux de Jojo, réceptacle des confidences bouleversantes de son grand-père, prisonnier à jamais de ses souvenirs de Parchman.

La confrontation entre l’ici et l’au-delà, entre l’innocence et l’expérience donne les plus belles scènes, toujours liées à la filiation et à la transmission d’un héritage immatériel. En visant à l’universel, le traitement des personnages afro-américains, tous vulnérables et chaleureux, tous démunis face à leur vie, emporte la conviction : leur simplicité directe, leur sens de la fratrie et leur humanité font passer une certaine connaissance de la vie et apprivoisent l’apprentissage de la mort.

Jesmyn Ward, Le chant des revenants

Ferme dans le Sud des États-Unis © Thomas Machnitzki

Le Chant des revenants a été comparé à deux très grands romans classiques, Tandis que j’agonise et Beloved, inscrivant ainsi Jesmyn Ward dans les pas de William Faulkner et Toni Morrison. C’est donc l’écriture flamboyante et tourmentée du Sud aussi bien que l’engagement des Afro-Américaines qui font référence pour attester de la valeur esthétique et politique de ce remarquable roman. Le Chant des revenants fait suite à deux réflexions sur le devenir des jeunes Africains-Américains dans la société du XXIe siècle du Mississippi, fortement marquée par le racisme et la pauvreté. D’une part,2014, Ligne de fracture (Where the Line Bleeds) et d’autre part Les Moissons funèbres (Men We Reaped) en 2016.

Faut-il ajouter que Jesmyn Ward a succédé à l’Afro-Américain Colson Whitehead, lauréat en 2016 du National Book Award pour The Underground Railroad, fiction consacrée aux esclaves fuyant les plantations.

Dans le même temps, des universitaires republient et annotent les récits d’esclaves qui aujourd’hui trouvent un nouveau public. Non seulement la question de la race est loin d’être éteinte aux États-Unis – elle est au cœur de l’activisme des campus – mais elle irrigue puissamment la littérature américaine d’aujourd’hui. Pour Jesmyn Ward, qui travaille en ce moment sur un nouveau roman situé à la Nouvelle-Orléans à l’époque du florissant commerce des esclaves, une seule certitude : il est impossible d’ignorer les racines profondes de la culture noire et d’oublier la voix de ses morts jamais ensevelis.

EN ATTENDANT NADEAU




mercredi 30 mars 2022

Jeanette Winterson / La faille du temps / Métamorphoses de Shakespeare

 

William Shakespeare


Métamorphoses de Shakespeare

par Liliane Kerjan
9 avril 2019

À l’heure où se multiplient les adaptations de romans, films et nouvelles sur les scènes de théâtre, l’éditeur Harper a pris le pari inverse et passé commande de romans à partir des pièces de Shakespeare, pour commémorer le quatrième centenaire de la mort du Barde de Stratford. Jeanette Winterson a ouvert allègrement le bal avec La faille du temps, inspiré du Conte d’hiver.

Jeanette Winterson, La faille du temps. Trad. de l’anglais par Céline Leroy. Buchet-Chastel, 306 p., 22 €


Dès 2013, l’idée d’un nouveau travestissement est lancée et Harper sollicite des auteurs tels que Margaret Atwood, Anne Tyler ou Howard Jacobson pour réécrire Shakespeare à l’usage du public du XXIe siècle, tout en restant fidèle à l’esprit original. L’une des pièces de la dernière période, Le conte d’hiver, jouée pour la première fois en 1611, semble s’y prêter tout particulièrement puisqu’on l’a parfois appelée « romance », étiquette trompeuse pour une tragi-comédie qui continue d’exercer une fascination à travers ses péripéties et sa fantaisie. Dans l’ombre du grand Will qui a toujours aimé jouer avec les déguisements et flirter avec le transgenre, Jeanette Winterson accepte, et sans aucune hésitation car elle y trouve maintes résonances personnelles : « J’ai écrit cette reprise parce que cette pièce m’habite depuis plus de trente ans. Elle m’habite parce qu’elle fait partie des écrits et de cet univers sans lesquels je ne pourrais pas vivre, une pièce en dehors de laquelle je ne pourrais pas vivre. Cette pièce parle d’une enfant trouvée et j’en suis une. Cette pièce parle du pardon et des futurs possibles – de la façon dont le pardon et le futur sont liés dans les deux sens. Le temps est bien réversible. »

Reste à explorer la faille. Courant sur seize années, l’intrigue de ce conte romanesque que Shakespeare mène de Sicile en Bohême se nourrit d’un riche matériau : jalousie soudaine du roi Léonte, message surnaturel de l’Oracle, conflit des pensées et des sentiments, poésie des bergers de la scène pastorale, disparition et survie de Perdita, idylle et fuite des jeunes gens amoureux, épisodes de reconnaissance père-fille et de rencontre des rois, extraordinaire final avec résurrection de la statue d’Hermione. S’y ajoutent l’harmonie familiale et politique retrouvée en dénouement, la mise en œuvre du mythe des saisons, autant de signes de mobilité, de vie ardente appuyée sur la prosodie shakespearienne aux cadences variées qui enchante les cinq actes. Mais c’est sans aucun doute l’action du Temps, porteur du lent mûrissement de la prise de conscience, le soubassement religieux et le retour à la sérénité, ces données capitales, qui emportent l’adhésion de Jeanette Winterson car pour elle chaque vie n’offre que deux choix possibles : ou se recroqueviller sur le passé ou pousser vers l’inconnu.

Comme à son habitude, elle a toutes les audaces et, si la trame de l’action reste fidèle et solide, la licence fictionnelle sur les gens et les lieux s’en donne à cœur joie. De Bohême et Sicile, on passe sans ambages à Londres et à La Nouvelle-Orléans, incidemment à Paris. Chaque personnage d’aujourd’hui joue avec son double ancien, ainsi se campent Leo (ex-Léonte), devenu roi des fonds d’investissement à la City, jaloux et requin, MiMi (ex-Hermione), chanteuse franco-américaine à succès qui signe chez Virgin, Xéno (ex-Polixène), créateur de jeux vidéo perdu dans sa réalité virtuelle et sexuelle ; le berger et le clown de Bohême reparaissent dans le Sud profond des États-Unis, en Shep, pianiste de bar avec son fils Clo, tandis que le voyou Autolycus, « le méchant le plus attachant qu’ait créé Shakespeare, malin, lunatique et qui ne se laisse jamais abattre », vole à la tire, ment et trafique des voitures d’occasion. La liesse change de rive et la fête des moutons de 1611 tourne au bœuf au bar de la toison, le Fleece, dans sa version de 2015.

Jeanette Winterson, La faille du temps

Jeanette Winterson © Mark Vessey

La liberté joyeuse de ces translations amène tout naturellement Jeanette Winterson à une radioscopie de la société contemporaine, du pouvoir, de l’empire de la finance, du mélange racial et des aveuglements. La forme longue permet de multiplier les dialogues et anecdotes qui donnent chair à chacun, dépaysent le procès et assurent l’escalade. Trois actes, avec leurs séquences en chapitres brefs, peuplés de milans, corbeaux, loups et ours à la Shakespeare, deux entractes, et le tour est joué. L’ouverture, intitulée « L’astre des eaux », frappe fort, elle déroute, car, glauque à souhait, elle est consacrée à l’abandon d’une enfant par une nuit d’ouragan et de crime à La Nouvelle-Orléans, avec pour témoins deux Afro-Américains, Shep et Clo, bien intrigués par ces mystères. « Que les choses ne soient pas ce qu’elles semblent être fait la beauté et l’horreur du Conte d’hiver ».

Anglaise du Nord, enfant unique dédiée à Dieu par ses parents d’adoption, célèbre à 24 ans avec son titre à grand succès Les oranges ne sont pas les seuls fruits (L’Olivier, 2012), Jeanette Winterson s’y connait en émotions et en techniques littéraires, disposant après une dizaine d’œuvres « des clés de toutes les poternes ». Elle scrute le théâtre, écrit même une « pièce pour trois voix et une ribaude » qu’elle intitule Art et mensonge (1998), et, fascinée par les mots de la Bible, elle touche à tout, manie la violence, passant du brulot féministe au traité des passions. Adepte du « fleurir plutôt que périr », elle se sent missionnaire, apporte sa dynamite, discipline sa colère pour mieux inviter à se départir du fatalisme et à faire des choix, dans le défi permanent du changement.

Shakespeare pré-texte et prétexte, voilà qui ouvre des dérapages affinés. Pour l’observatrice du XXIe siècle, la société n’a pas changé : guerres, trahisons, rages et peines d’amour perdu, allégeances et revanches, tout est là encore aujourd’hui et elle le rend visible avec ses nouveaux oripeaux. Ainsi Perdita paie en dollars, Léo siffle de la vodka, pour Autolycus « quel que soit le moment, boire un bourbon, c’est faire la moitié du chemin vers la vérité ». Quant à Pauline, elle aime Marks & Spencer, tandis que les i-pads ont remplacé les parchemins. Mais à ces gamineries faciles, s’ajoute aussi le plaisir de maintes allusions au texte initial, à commencer par le titre de Winterson, La faille du temps, qui fait écho à la source de Shakespeare, Le Triomphe du Temps, roman de Greene (1588), plaisir qui devient vite un petit jeu addictif avec les clins d’œil malicieux au Songe d’une nuit d’été, au célèbre théâtre du Globe devenu la Roundhouse , voire la double entente avec la troupe et la librairie parisienne Shakespeare & Company. Les enjambements de période acclimatent les musiques, invitent au cœur d’un club de jazz, les pianos mélangent gospel et classique, Perdita peut à bon escient se mettre à chanter Summertime et tout s’achève un soir de concert par une nuit d’été.

« Mes livres sont extravagants », déclare Jeanette Winterson, cette amoureuse des dictionnaires qui travaille les mots – intitulant un de ses chapitres « Fouetté, fouaillé d’épines, d’orties » –, qui entend étirer le tissu de la vie, qui refuse réalisme et linéarité. Pour tous, Le conte d’hiver est un texte canonique, pour elle c’est un talisman, et son travail minutieux fait fi de toute timidité. Le hiératisme des cours royales s’estompe au profit des corps souvent sollicités dans leurs tâches concrètes et charnelles. Si La faille du temps reste un produit dérivé, il permet une seconde naissance, à l’instar de celle de l’héroïne, petite princesse élevée non plus par un berger mais par un Noir du monde interlope de la ville. Car l’intrigue s’amuse et joue avec les notions de bâtardise, de mise au monde bousculée et de naissances multiples – dont les triplées chinoises HollyPollyMolly. Tout comme elle incorpore Billy Joel et Marvin Gaye, T.S. Eliot et Thoreau et chante la gloire du livre.

Jeanette Winterson, La faille du temps

Illustration pour Le conte d’hiver de William Shakespeare de John Opie (1793)

Voici donc un texte multiple qui assume sa vigueur critique face à la gangrène de l’argent, à la violence et l’hypermasculinité d’une société, une réécriture qui pose le dilemme du pardon ou de l’oubli. C’est bien l’universalité des thèmes shakespeariens, la multiplication des points de vue, le paradoxe d’une analyse publique et intime ainsi que le tribut à l’innocence et la patience d’Hermione qui sont recousus, rebrodés pour faire un autre texte sur le changement possible et la seconde chance, thème privilégié par Winterson, militante du pardon et des futurs apaisés : « le temps peut se racheter », dit-elle. En lettrée, elle glose sur les fins possibles « Vengeance-Tragédie-Pardon » et sur les pièces tardives, pratique le défi littéraire qui bannit la tristesse. Une atmosphère d’attente émerveillée et de jubilation habite cette fiction qui combine une réponse au conte de fées original et une pochade savante destinée au monde contemporain pour lancer une hypothèse personnelle où tout s’envole, hors limites. Elle joue avec Shakespeare mais ne le relègue pas, ne le remplace pas. Sans vergogne, Jeanette Winterson bouscule le déroulement chronologique, citant en fin de partie la belle tirade de Léonte sur les prémices de la tendresse : « Chuchoter, n’est-ce rien ? S’appuyer joue contre joue ? … », car cette extravagante est conquise par l’éloge du rien, mot-clé de la pièce à ses yeux. Le conte d’hiver est devenu un philtre à passer de Bohême en Louisiane, à rejeter la souffrance pour mieux s’émerveiller. L’exercice de la reprise a tant plu à cette Perdita des temps modernes qu’elle songe à prendre l’attache de Shylock et à revisiter Le marchand de Venise.

Pour Jeanette Winterson, sensible au réversible, « la fin de la pièce, sans explication ni avertissement jette tous les personnages dans une nouvelle vie. Ce qu’ils en feront entre dans la faille du temps ». Sa fiction s’achève sur une voix de femme, la méditation de Perdita, porteuse d’une histoire « pareille à une poche d’air dans un bateau chaviré ». Au terme de cette adaptation très libre et inventive, qu’il nous faut prendre comme un hommage et une arabesque haute en couleur, laissons pourtant, quatre cents ans plus tard, William Shakespeare nous faire sens et signe dans les derniers vers de la pièce dits par son père, le roi Léonte :

« Emmène-nous d’ici, qu’à loisir nous puissions

 

Nous questionner et nous répondre, sur les rôles

 

Que nous avons joués dans ce vaste gouffre du temps

 

Depuis notre séparation. Oh, vite, emmène-nous.»

EN ATTENDANT NADEAU



mardi 29 mars 2022

Le Mexique de Fernanda Melchor / Une jeunesse en enfer

 

Fernanda Melchor


Le Mexique de Fernanda Melchor : une jeunesse en enfer


L'écrivaine mexicaine Fernanda Melchor dépeint une jeunesse perdue entre violence, bestialité du désir et misogynie dans son nouveau roman, "Paradaïze" (Grasset). Elle est notre invitée aujourd'hui.

23 / 03 /2022


Fernanda Melchor est née en 1982 à Veracruz, au Mexique. Ayant fait ses armes dès l'enfance, avec la télévision autant que par ses lectures, elle a souhaité écrire très jeune. Après avoir réuni des chroniques pour publier Aquí no es Miami (2013), elle s’est fait connaitre dans le monde avec son roman La saison des ouragans (Grasset, 2019, traduction de Laura Alcoba) primé dans plusieurs pays.

Elle revient aujourd'hui avec Paradaïze (Grasset, 9 Mars 2022), traduction française (par Laura Alcoba) de son roman Páradais sorti en février 2021 au Mexique. Un roman, écho avec son précédent, traite de la violence, de la bestialité du désir et d’une misogynie systémique. Ecrit depuis la perspective des bourreaux, il délivre le point de vue de Polo, jeune jardinier pauvre de “Paradaïze”, un lotissement pour riches. Il maudit sa vie misérable, ne trouvant d'échappatoire que dans l’alcool. Il rencontre Franco, qui habite le lotissement. Un adolescent solitaire et obsédé par sa voisine, Madame Marian. Obsédé au point de mêler Polo à un plan pour entrer de force chez elle… jusqu’au drame.

Fernanda Melchor souligne la richesse dramatique des personnages jeunes. L'adolescence est pour elle "un moment de crise existentielle, le premier moment où on se sent le plus nous-mêmes et, en même temps, on n'est pas adulte (...) ; c'est un moment très intéressant en termes dramatiques".

Dans ce livre et dans son oeuvre, Fernanda Melchor s'attache, dit-elle, à "explorer le côté obscur de l'âme humaine : que se passe-t-il dans la tête des personnes capables de commettre des violences atroces, au Mexique et dans le monde ?".

Contre les stéréotypes, elle montre que ces jeunes parfois "n'ont pas d'autre choix " que de rejoindre les bandes du crime organisé. Son oeuvre fait ainsi des pas de côté par rapport à la mode des séries glorifiant les narcotraficants. Dans Paradaïze, ils n'apparaissent qu'en arrière-plan. Fernanda Melchor a par ailleurs participé à l'écriture de Somos, une série Netflix librement inspirée d'un fait divers qui a eu lieu en 2011 : le massacre d'habitants d'Allende, une ville située dans le nord du Mexique, par un groupe de narcos du Cartel de los Zetas. Donnant le point de vue des victimes, elle s'attache à montrer les conséquences de cette violence dans les vies ordinaires.

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