Inachevée, vivante est le quatrième livre de Pierrine Poget, qui a déjà publié trois recueils de poésie. Sa langue poétique s’incarne dans ce récit et nous entraîne aux confins d’une intimité bafouée, en suivant le point de vue d’une femme puissante qui ne craint pas de plonger en elle et d’observer chaque mouvement intérieur. Exploration infinie de ce qui s’y est déroulé, autrefois, presque à son insu, le livre raconte la manière dont progressivement elle accède de nouveau à la vie. Elle témoigne d’une exigence admirable, tant dans sa persévérance à examiner chaque faille et à chercher des explications que dans la langue qu’elle choisit pour évoquer ce voyage.
La romancière Maryse Condé à son domicile à Gordes, dans le sud de la France, le 27 juillet 2021. (ARNOLD JEROCKI / GETTY IMAGES EUROPE)
Mort de Maryse Condé : Jean-Marc Ayrault, Christiane Taubira, Lilian Thuram, Omar Sy, Euzhan Palcy ou encore Leïla Slimani appellent à un "hommage national"
Maryse Condé, disparue dans la nuit du 1er au 2 avril, est la première femme noire à qui la France a remis la Grand-Croix de l’ordre national du Mérite, rappelle une trentaine de personnalités dans une tribune parue dans "Le Nouvel Obs".
"Il est des hommages qui s'imposent avec la force de l'histoire, avec celle des pionnières et des premières : la France le doit à Maryse Condé", écrivent une trentaine de personnalités dans une tribune publiée le 4 avril dans Le Nouvel Obs. L'écrivaine française, illustre voix de la Guadeloupe et de la francophonie, s'est éteinte à 90ans dans son sommeil à l'hôpital d'Apt (Vaucluse), dans la nuit du 1er au 2 avril.
L'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, l'ancien international Lilian Thuram, les comédiens Omar Sy et Aïssa Maïga, la réalisatrice Euzhan Palcy, l'ancienne ministre Élisabeth Moreno, le rappeur Abd al Malik, la directrice de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage Aïssata Seck ou encore les écrivains Leïla Slimani, Erik Orsenna, David Diop et Alain Mabanckou appellent à "un hommage national de la République".
"Guadeloupéenne à qui on avait dit enfant que 'les gens comme elles' n'écrivaient pas des romans comme Les Hauts de Hurlevent, dont la lecture l'avait bouleversée à 10 ans, elle ne l'avait pas cru", souligne la tribune. Faisant fi "(des) préjugés" et "(des) assignations de 'race' et de genre", Maryse Condé "s'est confrontée au monde" et produit une œuvre, distinguée en 2018 par le "prix Nobel alternatif", où elle "a tressé continuellement l'histoire lointaine et celle plus contemporaine, avec les questions qui se posent dans les sociétés héritières de la période de l'esclavage et du post-esclavage".
Le texte rappelle que "c'est cette vie pleine et généreuse, cette œuvre riche et forte" qui a été "honorée" par le président Emmanuel Macron, qui a remis à Maryse Condé "le 2mars2020 la Grand-Croix de l'ordre national du Mérite". "Elle est alors devenue la première femme noire à accéder à cette dignité dans l'histoire de notre pays. Une première exceptionnelle, passée hélas inaperçue", constate par ailleurs les signataires de la tribune. Ces derniers notent que "la tradition" permet aux personnes distinguées par la République "de bénéficier d'un hommage national". "Monsieur le président de la République, personne ne mérite plus cet honneur que Maryse Condé", conclut leur texte.
Mort de Maryse Condé : "Il y avait son désir d'inscrire la fiction dans l'histoire", salue l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot
L'écrivain haïtien Lyonel Trouillot a salué l'oeuvre de Maryse Condé, morte ce mardi à 90 ans. L'écrivaine l'avait notamment marqué parce qu'elle avait "à la fois de la force et du tremblement".
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L'écrivaine Maryse Condé récompensée le 9 décembre 2018 à Stockholm. (CHRISTINE OLSSON / TT NEWS AGENCY via AFP)
"C'était pour moi quelqu'un d'extrêmement important, il y avait chez Maryse à la fois de la force et du tremblement", a salué sur franceinfo l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot après la mort de Maryse Condé à l'âge de 90 ans.
"La rencontrer c'était être séduit par cette force, cette affirmation de soi et aussi ce tremblement qui lui venait de sa vie, des difficultés qu'elle avait connues. Il y avait donc chez elle une assurance quelque peu tremblante et c'était assez déroutant cet aspect-là de sa personnalité", a détaillé Lyonel Trouillot.
Une certaine singularité
Maryse Condé a écrit "Le cœur à rire et à pleurer. Contes vrais de mon enfance", pour raconter cette enfance dans la Guadeloupe des années 50, la rébellion contre ses parents et surtout son père et ses manies de petit bourgeois en quête de reconnaissance. C'était un moment pour elle d'affirmation de soi-même si on ne retrouve pas d'emblée chez elle, un sentiment de fierté raciale, communautaire. Pour Lyonel Trouillot, "l'une des problématiques de la vie de Maryse [Condé], c'était la construction d'un soi-même par-delà les déterminations historiques et régionales tout en reconnaissant le poids de ces éléments sur la constitution de l'individu" c'est-à-dire, "comment dire 'je' sans être surdéterminé par toutes les conditions historiques dont on est le produit. Il y a beaucoup de ça dans le rapport de Maryse Condé dans le rapport à l'écriture et à la vie", a expliqué l'écrivain.
Maryse Condé "était une des rares voix féminines dans cette littérature de la Caraïbe qui advenait, c'était 'je' dans le 'nous', il y avait son désir d'inscrire la fiction dans l'histoire", a insisté Lyonel Trouillot. L'écrivaine guadeloupéenne "est à la fois dans le courant de la naissance de ces voix caribéennes à elles-mêmes, à l'histoire et à l'épopée de la Caraïbe, mais elle est aussi dans une singularité qui n'est pas réductible à cela et c'est peut-être cela qui a fait un certain isolement de son parcours, une certaine différence", remarque Lyonel Trouillot. Au point où Maryse Condé a toujours regretté de ne pas avoir de son vivant la reconnaissance en Guadeloupe à la hauteur de son talent et de sa renommée internationale
INTERVIEW. "La nuit pour adresse" : Maud Simonnot sur la piste de McAlmon, parrain littéraire du Paris des années folles
Éditrice chez Gallimard, Maud Simonnot a découvert l'existence du chaînon manquant entre James Joyce, Ernest Hemingway et Gertrude Stein, dans le Montparnasse des années 20 : l'éditeur et poète américain Robert McAlmon. Avec "La nuit pour adresse", elle consacre un beau récit à cette personnalité fêtarde et mélancolique.
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McAlmon le magnifique (1895-1956) ... Maud Simonnot l'a traquée pendant dix ans, après avoir découvert, au hasard d'une thèse, ce double inversé d'Ernest Hemingway, qui fut l'un des piliers du Montparnasse littéraire des années 20. Dans "La nuit pour adresse" (Gallimard), elle nous restitue en deux cent cinquante pages la trajectoire éblouissante de ce météore méconnu des lettres.
Ces dernières décennies, les odeurs sont dans l’air – si l’on peut dire. Non que l’on n’ait pas parlé d’elles auparavant mais, depuis l’étude d’Alain Corbin Le miasme et la jonquille(1982) et le populaire roman de Patrick Süskind Le parfum (1985), l’olfaction a pénétré la littérature (grande et petite) au point qu’un universitaire américain, Hans J. Rindisbacher, a suggéré l’émergence d’un nouveau (sous-) genre, le parfumoirlogue. Cette dénomination un peu étrange a le mérite de signaler la prolifération actuelle d’écrits dans lesquels un narrateur, ou plus souvent une narratrice, parle de son rapport personnel aux odeurs. L’appel des odeurs, de Ryoko Sekiguchi, écrivaine qui a joliment écrit sur les saveurs, s’ajoute aujourd’hui à ce corpus.
Récit au réalisme empreint d’étrangeté, Une simple intervention raconte la singulière expérience d’une jeune infirmière dans une clinique, sous la direction d’un médecin qui pratique un « nouveau genre d’intervention », un « traitement radical pour guérir les troubles psychiques ».